Revenir
Revenir

J’ai des élèves qui m’interrogent de par leur comportement

Des perturbations de l’élève dans la relation aux autres peuvent nous interroger.

Sommaire

Analyse de situations perturbantes et propositions d’actionsPerturbation dans la relation aux autresDes situations qui interrogentDifférencier difficultés et troubles du comportementPerturbation de la faculté de penser : observations et propositionsPerturbation de la faculté d’agir : observations et propositionsPourquoi prévenir les perturbations en classe ?Recommandations pour prévenir les perturbations et y remédier
Phases d’un comportement impulsif et propositions d’actionsLa phase d’activationLa phase d’agitation
La phase d’accélération
Le point culminant
La décélération
La récupération
Ressources complémentairesGérer efficacement les comportements des élèves - VidéoAgir face aux comportements opposants d’élèves - VidéoLa violence chez l’enfant et la place de l’éducation - VidéoAccompagner et gérer les enfants à l’origine de situations perturbantes - Vidéo

Analyse de situations perturbantes et propositions d’actions

Perturbation dans la relation aux autres

Des perturbations de l’élève dans la relation aux autres peuvent nous interroger.
1. Crainte et méfiance vis-à-vis de certains adultes ou d’autres élèves
Comment je comprends ce comportement ?
Peu confiant en lui-même, l’élève ressent une grande insécurité dans ses relations avec les autres qu’il peut percevoir comme menaçants et menacer en retour. Il n’a pas ou peu de copains.
Qu’est-ce que je propose ?
  • Organiser des groupes de paroles entre pairs en faisant appel si possible à un tiers.
  • Favoriser le développement des habiletés sociales et soutenir l’intégration au sein de la classe.
2. Opposition
Comment je comprends ce comportement ?
  • S’oppose non par volonté d’indépendance mais par sentiment d’injustice et d’insatisfaction.
  • En outre, le refus de la relation permet d’éviter tout risque de répétition d’abandon.
Qu’est-ce que je propose ?
  • Ne pas réagir soi-même agressivement, ce qui pourrait faire naître un cycle persécuteur/persécuté stérile. Rester ferme et exigeant à propos des règles sociales tout en laissant ouverte la possibilité de dialoguer.
  • Une formation d’équipe sur la violence institutionnelle.
D’après les travaux de l’UNALG, « Guide pour la mise en œuvre des parcours de scolarisation et de formation ».

Des situations qui interrogent

Plusieurs situations vécues : en quoi ces élèves nous interrogent ?
1. Kevin se lève brutalement, il renverse sa chaise, jette son matériel scolaire au sol et injurie copieusement son voisin Baptiste, l’accusant de lui avoir volé sa calculatrice.
2. Depuis son entrée au collège et après chaque récréation, Dylan a un comportement bruyant et instable ne lui permettant pas de rentrer dans les apprentissages avant dix ou vingt minutes.
3. Malika rate son exercice de mathématiques et déchire sa feuille en faisant des commentaires qui perturbent la classe.
4. Jason ne supporte pas d’aller dans la cour de récréation ; il s’isole derrière un poteau, tout dialogue est impossible. Il reste cependant performant d’un point de vue scolaire même s’il se désintéresse de la vie de classe.
5. Louis est ingérable en classe. Il perturbe dans le car scolaire. Il a été exclu de l’association sportive et radié du restaurant scolaire pour quelques jours.
6. Sonia refuse toute activité sportive et s’ingénie à mettre l’enseignant en situation difficile.
Ces élèves nous interrogent du fait de difficultés ou troubles du comportement. En tenant compte de certains indicateurs, nous pouvons supposer que Kevin, Malika et Sonia rencontrent des difficultés comportementales qui peuvent être régulées au sein du lycée, ce qui est plus complexe pour Dylan, Louis et Jason qui présentent des troubles. Des investigations complémentaires sont dans ce cas nécessaires.

Différencier difficultés et troubles du comportement

Ce que les enseignants observent chez les élèves présentant un trouble du comportement :
  • perturbation de la faculté de penser ;
  • perturbation de la relation aux autres ;
  • perturbation de la faculté d’agir.
Les indices généraux permettant de différencier difficultés et troubles du comportement sont les suivants :
  • durée :
    - difficulté comportementale : crise passagère ou épisodique, manifestation momentanée, ponctuelle,
    - trouble du comportement : comportement inadapté depuis plusieurs mois (Dylan ?) ;
  • constance :
    - difficulté comportementale : un seul contexte (la cour de récréation, par exemple),
    -trouble du comportement : se manifeste dans diverses situations scolaires et sociales (Louis ?) ;
  • fréquence :
    - difficulté comportementale : dans la moyenne de sa classe d’âge (Kevin ?),
    - trouble du comportement : de 3 à 4 incidents critiques par semaine ; plusieurs fois par jour ;
  • intensité :
    - difficulté comportementale : peu dommageable pour lui-même ou les autres (Malika ?),
    - trouble du comportement : entraîne des conséquences graves pour lui-même et les autres ;
  • complexité :
    - difficulté comportementale : comportement isolé (Sonia ?),
    - trouble du comportement : plusieurs comportements inadaptés (Jason ?).

Perturbation de la faculté de penser : observations et propositions

Des perturbations de l’élève dans sa faculté de penser peuvent nous interroger.
1. Incapacité à se maintenir sur les tâches proposées
Comment je comprends ce comportement ?
  • L’absence de confiance en soi est telle que toute proposition est vécue comme une menace pour le sentiment d’intégrité personnelle.
  • Manque d’intérêt, préoccupations envahissantes qui empêchent les apprentissages, difficultés cognitives spécifiques.
Qu’est-ce que je propose ?
  • Encourager, favoriser les initiatives. Féliciter les réussites : verbaliser le travail, analyser les difficultés (la rétroaction).
  • Donner des objectifs accessibles, étape par étape, tenant compte des intérêts et des possibilités de l’élève et l’aidant à découvrir qui il est.
2. Difficulté à comprendre les règles et à les respecter
Comment je comprends ce comportement ?
  • Toute contrainte est perçue comme une menace.
  • L’élève se sent constamment agressé, reste sur ses gardes sans faire confiance à l’adulte et ne voit pas l’intérêt de ce qui lui est proposé.
Qu’est-ce que je propose ?
  • Dialoguer, responsabiliser.
  • Isoler en cas de crise tout en maintenant un accompagnement.
D’après les travaux de l’UNALG, « Guide pour la mise en œuvre des parcours de scolarisation et de formation ».

Perturbation de la faculté d’agir : observations et propositions

Des perturbations de l’élève dans sa faculté d’agir peuvent nous interroger.
1. Difficulté à concevoir et formuler des projets, travail non remis... cahiers non tenus, absences, erreurs de salles de cours...
Comment je comprends ce comportement ?
  • Soumis à la recherche de satisfactions immédiates, l’élève ne peut pas s’engager dans des tâches à long terme.
  • Mauvaise intégration des repères spatiotemporels, organisation très confuse.
Qu’est-ce que je propose ?
  • Mettre en place des repères spatiotemporels, des repères visuels dans la classe (time-timer).
  • S’appuyer sur un rythme régulier et rassurant, souligner le début et la fin des activités.
2. Tendance à la destruction des objets de l’environnement ou de son propre travail
Comment je comprends ce comportement ?
Ce sont souvent des réponses à un sentiment profond de privation affective et d’injustice intolérable. Les objets appartenant à l’adulte de référence peuvent être particulièrement visés.
Qu’est-ce que je propose ?
  • Ne pas placer l’élève dans des situations susceptibles d’éveiller cette tendance, ce qui exige une grande vigilance de la part des professionnels.
  • Engager l’élève dans une démarche de réparation.
3. Problèmes de transition pour passer d’une activité à une autre
Comment je comprends ce comportement ?
  • Manquant de confiance en lui et méfiant, l’élève rejette ce dans quoi il est engagé.
  • A contrario, il peut aussi s’accrocher à ce qu’il fait par crainte de l’inconnu.
Qu’est-ce que je propose ?
  • Utiliser des outils de médiation : l’ordinateur, la contractualisation, les repères visuels...).
  • Mettre en œuvre des d’activités favorisant l’expression verbale.
D’après les travaux de l’UNALG, « Guide pour la mise en œuvre des parcours de scolarisation et de formation ».

Pourquoi prévenir les perturbations en classe ?

Prévenir les perturbations en classe, c’est :
  • donner du sens aux apprentissages ;
  • clarifier le contrat didactique ;
  • susciter l’intérêt et soutenir l’attention ;
  • développer la mémorisation ;
  • développer les stratégies d’apprentissage ;
  • diversifier les situation d’apprentissage ;
  • aider à la dé-contextualisation et aux transferts des apprentissages ;
  • favoriser les processus d’abstraction, de conceptualisation et de raisonnement ;
  • faciliter la compréhension ;
  • accompagner la construction des savoirs ;
  • prendre en considérations les conceptions et travailler sur les erreurs.

Recommandations pour prévenir les perturbations et y remédier

Plusieurs éléments sont à prendre en considération en classe et vis-à-vis de l’élève.
Les éléments à ne pas négliger
  • La voix, vecteur de communication (angoisse, tension. Bien régulée = rassurante).
  • La bienveillance, le soutien positif.
  • La justice (traiter les élèves de façon équitable).
  • Les situations déclenchantes : importance de noter les conditions de la crise pour se mettre en capacité de produire une réflexion différée.
  • L’espace classe : comment l’organiser pour que les élèves l’investissent ?
Les moyens d’intervention que l’enseignant peut mobiliser
  • L’entretien en tête-à-tête ou avec un tiers (partenaire) : orienté vers la résolution de problèmes.
  • Recours au soutien positif : établir une bonne relation avec l’élève.
  • Élaboration d’un programme individualisé de comportement : 1 ou 2 comportements à modifier à chaque fois.
  • Tétra-aide : un outil d’aide à l’autonomie qui peut être utile pour gérer le comportement.
Souvent, les comportements agressifs et violents suivent une évolution prévisible, ils sont précédés des mêmes événements. L’enseignant doit donc apprendre à reconnaître les éléments déclencheurs par l’observation.
En ce qui concerne les élèves manifestant des troubles du comportement, les éléments déclencheurs les plus fréquents sont les suivants :
  • le début des leçons et des activités ;
  • les périodes de transitions ;
  • les périodes de travail individuel ;
  • les changements au programme prévu.
Les éléments à privilégier pour l’enseignant
  • Mes activités sont structurées et organisées.
  • Je structure mon temps entre les activités.
  • Les conséquences ou les récompenses sont équitables.
  • La présentation des tâches scolaires est motivante et vivante.
  • Les activités ne sont pas trop compétitives.
  • Mes réactions en tant qu’enseignant ne sont pas imprévisibles.
  • J’évite les périodes d’attente.
  • J’établis des liens significatifs avec les élèves en besoin.

Phases d’un comportement impulsif et propositions d’actions

La phase d’activation

La phase d’activation est la première phase d’un comportement impulsif.
Les manifestations sont encore discrètes : soupirs, tension musculaire, ton de voix inhabituel, changement de teint, rougeur...
Dans ce cas l'enseignant doit :
  • observer l’élève durant les moments de transition, de changement ;
  • s’approcher de lui ;
  • le questionner discrètement sur la façon dont il se sent ;
  • lui proposer d’aller se rafraîchir aux toilettes ;
  • reprendre avec lui le déroulement de la journée sur sa carte d’emploi du temps.

La phase d’agitation

La phase d’agitation est la deuxième phase d’un comportement impulsif : l’activité motrice augmente ou diminue de façon significative.
Augmentation:
  • regard très mobile ;
  • réponses brèves et peu explicites ;
  • mouvements des mains, des pieds ;
  • instabilité sur la chaise ou au sein du groupe de travail.
Diminution:
  • regard perdu, ailleurs ;
  • voix atone ;
  • position repliée sur sa chaise.
Dans ce cas, l’enseignant doit :
  • reconnaître qu’il y a un problème (« oui, je vois que tu t’énerves pour faire ce travail de copie ») ;
  • offrir une écoute empathique (« c’est vrai que c’est très difficile d’écrire entre de si petites lignes ») ;
  • modifier l’organisation du travail proposé en maintenant l’exigence (« tu vas utiliser ton crayon de papier à la place du stylo et ne faire qu’une ligne »).

La phase d’accélération

La phase d’accélération est la troisième phase d’un comportement impulsif.
Chez l’élève, cela se manifeste par :
  • comportement d’évitement de la tâche ;
  • obéissance puis comportement inapproprié ;
  • provocation ;
  • refus ;
  • argumentation ;
  • cris, recherches d’autres camarades pour enrôler le groupe.
Dans ce cas, l’enseignant doit :
  • rester calme ;
  • rester directif en donnant des consignes simples, l’une après l’autre ;
  • respecter l’espace personnel de l’élève ;
  • renforcer tout comportement positif s’il apparaît ;
  • proposer des choix (« veux-tu terminer seul ton travail ou veux-tu que je t’aide ? ») ;
  • proposer d’aller au « coin refuge » pour s’apaiser.

Le point culminant

Le point culminant constitue la quatrième phase d’un comportement impulsif.
L’élève manifeste :
  • colère ;
  • insultes ;
  • destruction de biens ;
  • automutilation ;
  • agression d’un pair, de l’enseignant ou d’un adulte présent dans la classe ;
  • fugue.
Dans ce cas, l’enseignant doit :
  • évaluer s’il est en mesure d’intervenir ;
  • demander du renfort si nécessaire (protocole de gestion de crise défini en conseil des maîtres) ;
  • ne pas tourner le dos à l’élève ;
  • conserver une certaine distance physique (se placer à angle et à une longueur de pas) ;
  • ne pas toucher l’élève ;
  • ne pas croiser les bras en reculant ou ne pas mettre ses mains sur les hanches ;
  • ne pas rester debout si l’élève est assis ;
  • ne pas s’approcher de lui lorsqu’il recule ;
  • ne pas insister pour qu’il le regarde dans les yeux ;
  • tenter de contenir l’élève par la voix en utilisant un ton calme et répétitif (« ça va aller, calme-toi, je reste avec toi »).
Si cela s’avère nécessaire, l’enseignant doit assurer la sécurité de l’élève et des autres élèves :
  • le maintenir en se plaçant derrière lui et en lui croisant les bras ;
  • faire évacuer les autres élèves (protocole de gestion de crise défini en conseil des maîtres) ;
  • éloigner tout matériel dangereux de l’élève ;
  • essayer de rester calme, de ne pas montrer de signes d’inquiétude ou d’angoisse ;
  • assurer sa propre sécurité ;
  • appeler les services de secours en cas de danger extrême ou de personne blessée (protocole de crise).

La décélération

La phase de décélération est la cinquième phase d’un comportement impulsif.
L’élève manifeste :
  • l’agitation physique diminue ;
  • l’agressivité est moindre ;
  • l’élève semble reprendre un peu le contrôle de lui-même.
Il n’est pas encore en mesure de coopérer avec l’enseignant.
Dans ce cas, l’enseignant doit, selon le cas de figure :
  • lâcher l’élève ;
  • permettre à la personne venue en renfort de rejoindre sa classe ;
  • restaurer l’environnement ;
  • s’éloigner un peu de l’élève ;
  • reprendre la classe en main (dire ce qui s’est passé, normaliser, organiser la reprise des activités) ;
  • permettre à l’élève de sauver la face, lui permettre éventuellement de se retirer un court moment (aller se rafraîchir aux toilettes) ;
  • décompresser (en lien avec le protocole de gestion de crise), rédiger un rapport des faits.

La récupération

La phase de récupération est la sixième phase d’un comportement impulsif.
L’élève manifeste différents sentiments :
  • honte ;
  • culpabilité ;
  • gêne ;
  • remords ;
  • fatigue.
Dans ce cas, l’enseignant doit :
  • accompagner son retour au sein du groupe (« voilà, Tom est de nouveau en mesure de travailler, nous reprenons tous là où nous en étions ») ;
  • garder le lien avec l’élève (par le regard, la voix) renforcer les moments positifs ;
  • se ménager un moment seul avec lui pour faire un retour sur l’événement (on ne le culpabilise pas, on ne lui demande pas de présenter des excuses, on décrit simplement de façon simple et brève ce qui s’est passé) ;
  • fixer un moment pour en reparler plus longuement (« toi et moi, nous prendrons deux minutes durant la récréation pour parler de ce qui vient de se passer »).

Ressources complémentaires

Gérer efficacement les comportements des élèves - Vidéo

Agir face aux comportements opposants d’élèves - Vidéo

La violence chez l’enfant et la place de l’éducation - Vidéo

Accompagner et gérer les enfants à l’origine de situations perturbantes - Vidéo