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Les droits environnementaux

Longtemps, on a parlé denature ; depuis quelques décennies, on parle d'environnement. Il s'agit bien...

Sommaire

De quoi est-il question ?Vérifier ses connaissances
DéfinitionsNature et environnement : une distinction crucialeL'environnement : les données du problèmeLa Charte de l'environnementLiens utilesL'idée de démocratie environnementale
Démarches et situationsAvons-nous le droit d'aller librement dans la forêt : à pied, à cheval ou en vélo ?Environnementalisme et groupes d'influenceDes devoirs envers les animaux ou un droit des animaux ?L'âme de Mickey ou le statut juridique des animaux
À l'épreuve du réelLe droit de l’environnement a-t-il tous les droits ? - PodcastLe droit de l’environnement a-t-il tous les droits ? - Questions
En débatLe Parlement de LoireLiens utilesTravailleurs de la nature et défenseurs de l'environnement

De quoi est-il question ?

Longtemps, on a parlé denature ; depuis quelques décennies, on parle d'environnement. Il s'agit bien de deux « touts » paraissant désigner une seule et même réalité, mais ils trahissent des perspectives bien distinctes dont la pensée contemporaine et l'action politique se sont emparées.
Par le passé, la nature était pensée « sous couvert de » ou « en opposition à ». Ainsi, c'était Dieu et la nature dans le premier cas, ou plus rarement une nature sans Dieu, parfois une nature parfaitement assimilée à Lui. Dans le second cas, la nature et la culture se faisaient face, ou la nature en opposition à l'esprit, voire dont l'esprit avait à se libérer – comme quand on dit, dans certaines morales persistantes, qu'il faut s'affranchir de ses pulsions ou de son corps.
Tout au contraire, on ne pense l'environnement que « avec » : avec la vie, à laquelle il est nécessaire, avec l'humanité, que sa destruction affecte profondément et durablement, avec les équilibres naturels du monde végétal et du monde animal.
La question environnementale n'est donc pas une question parmi d'autres : c'est une question cruciale et particulièrement exigeante en matière de citoyenneté et de pratiques politiques, économiques, sociales et culturelles. Elle excède l'ère de la nature et l'embarque dans une valse périlleuse où l'humanité s'enivre de son industrie, des nouvelles technologies et des intérêts économiques qui les accompagnent.

Vérifier ses connaissances

Répondez aux questions suivantes pour vérifier vos connaissances acquises au collège.
  • De quelles diverses natures les ressources naturelles sont-elles ?
  • Comment définissez-vous la « biodiversité » ?
  • Identifiez trois objectifs de développement durable.
  • Le développement durable est-il une question de physicien, de naturaliste ou de biologiste, ou une question de politique et de choix économiques et sociaux ?

Définitions

Nature et environnement : une distinction cruciale

Comment comprendre le terme « environnement » ? Que signifie le fait de parler, non plus denature, mais bien d'environnement ?
La nature est géométrisable et mathématisable, comme espace mesurable, appropriable et exploitable, par la culture – le tracé d'un champ –, par le travail – l'exploitation d'une forêt –, par les sciences dites « de la nature » – par exemple, la physique ou la chimie. On est même allé jusqu'à justifier la violence coloniale par le fait que les autochtones ne s'étaient pas appropriés les terres qu'ils habitaient, ne les avaient pas encloses, ne les cultivaient pas, du moins pas systématiquement.
Mais l'environnement est unmilieu et il est pour ainsi dire « vivant » ; c'est pourquoi on parle de « milieu naturel ». 
Quel est le sens de ces termes ? Il faut, pour les comprendre, se remémorer que les sciences du vivant ont pris leur source, non seulement dans une critique de la nature sans vie et conçue comme un espace mesurable, mais aussi dans une remise en question de ce qui définit le vivant, auquel on a autrefois associé une âme – le philosophe grec Aristote (384-322 av. J.-C.), par exemple, pour qui le végétal et l'animal, comme les êtres humains, ont une âme, quoique d'une puissance moindre que celle de ces derniers.
Or, aujourd'hui, nous définissons le vivant non par l'âme, mais par leséchanges : ce qui est vivant échange avec son milieu : respirer, c'est prendre de l'oxygène et rejeter du gaz carbonique ; s'alimenter, c'est ingérer des corps étrangers et produire, après digestion, des excrétions ; et se reproduire nécessite, souvent, d'avoir une relation sexuelle. Parmi les vivants, cependant,  certains ne se reproduisent pas de manière sexuée, comme la célèbre forêt Pando de l'Utah, aux États-Unis d'Amérique, dont les arbres forment, non pas une collection d'individus, mais un seul et même organisme qui se reproduit par clonage.
En somme, la conception contemporaine de la nature commeenvironnementrepose sur l'exigence de prendre à la fois théoriquement et pratiquement en charge l'idée que le monde n'est pas fait de d'êtresjuxtaposésles uns aux autres, mais bien d'êtres en relationles unsavecles autres.

L'environnement : les données du problème

« Environnement » se distinguant sémantiquement de « nature », le syntagme « droits environnementaux » pose un problème : avons-nous, en tant qu'êtres humains, desdevoirsenvers les seuls autres vivants, ou est-ce l'environnement dans son ensemble, dans satotalité, qui a desdroits ? Et comment concevoir que l'environnement puisse avoir des droits et les faire valoir, quand une forêt, un fleuve ou des animaux ne sont évidemment pas des êtres parlants ?
Pour penser des droits de l'environnement, on peut commencer par s'inspirer de la sagesse de ces peuples qu'on dit « premiers », pour lesquels les êtres naturels sentent, parlent, agissent. Ainsi le fleuve Whanganui, en Nouvelle-Zélande, est l'un des premiers êtres naturels à avoir été dotés d'une personnalité juridique, du fait que les Maoris s'étaient vu confisquer une partie de l'accès au fleuve et s'étaient vus privés de certains de leurs usages et coutumes. On parle parfois, à cet égard, d'« animisme juridique » (comme Marie-Angèle Hermitte, par exemple, dansL'Emprise des droits intellectuels sur le monde vivant, 2016) ; mais il est aussi possible d'aborder la question autrement, en se demandant comment lemilieuminéral, végétal ou animal peut être représenté et, en conséquence,considéré, ce qui est une manière d'élever l'environnement, donc la nature elle-même, au rang de sujet de droit – les deux approches étant complémentaires et non alternatives.

La Charte de l'environnement

En France, il existe ce qu'on appelle des « lois constitutionnelles », dont la fonction est de réviser la Constitution, c'est-à-dire d'abroger ou de compléter certaines de ses dispositions. La loi n° 2005-205 du 1er mars 2005, connue sous la dénomination « Charte de l'environnement », en est une. 
Elle dispose :
« Le peuple français,
Considérant :
Que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l'émergence de l'humanité ;
Que l'avenir et l'existence même de l'humanité sont indissociables de son milieu naturel ;
Que l'environnement est le patrimoine commun des êtres humains ;
Que l'homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ;
Que la diversité biologique, l'épanouissement de la personne et le progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l'exploitation excessive des ressources naturelles ;
Que la préservation de l'environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ;
Qu'afin d'assurer un développement durable, les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins,
  • Article 1er- Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.
  • Article 2 - Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement.
  • Article 3 - Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu'elle est susceptible de porter à l'environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.
  • Article 4 - Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu'elle cause à l'environnement, dans les conditions définies par la loi.
  • Article 5 - Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en oeuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.
  • Article 6 - Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. À cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l'environnement, le développement économique et le progrès social.
  • Article 7 - Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement.
  • Article 8 - L'éducation et la formation à l'environnement doivent contribuer à l'exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte.
  • Article 9 - La recherche et l'innovation doivent apporter leur concours à la préservation et à la mise en valeur de l'environnement.
  • Article 10 - La présente Charte inspire l'action européenne et internationale de la France. »
Source :https://www.legifrance.gouv.fr/contenu/menu/droit-national-en-vigueur/constitution/charte-de-l-environnement

Liens utiles

https://www.legifrance.gouv.fr/contenu/menu/droit-national-en-vigueur/constitution/charte-de-l-environnement

https://www.legifrance.gouv.fr/contenu/menu/droit-national-en-vigueur/constitution/charte-de-l-environnement

L'idée de démocratie environnementale

On désigne par « démocratie environnementale » l'ensemble des processus auxquels sont intégrés les citoyennes et les citoyens dans les prises de décision en matière d'environnement. Elle consiste à les informer des questions et problèmes liés à l'environnement ; à les impliquer dans la gestion des ressources naturelles et dans la protection de l'environnement ; à leur donner un rôle actif dans la mise en œuvre des politiques environnementales. Transparence, responsabilité, participation sont ainsi les vecteurs-clés de la démocratie environnementale.
Les formes en sont par conséquent diverses : participation citoyenne dans les processus de planification et de décision, création de comités consultatifs et de groupes de travail, mise en place de politiques publiques équitables et durables, la promotion de la sensibilisation et de l'éducation environnementale, etc. On estime qu'adossée à une législation robuste – comme la Charte de l'environnement en France – la démocratie environnementale permet de promouvoir des politiques environnementales plus efficaces et plus équitables, et de renforcer la participation citoyenne et la responsabilité collective envers l'environnement. En ce sens, il s'agit d'un processus en constante évolution, les défis environnementaux auxquels sont confrontés les populations et les États étant eux-mêmes en constante mutation.

Démarches et situations

Avons-nous le droit d'aller librement dans la forêt : à pied, à cheval ou en vélo ?

Il existe dans plusieurs pays d'Europe, comme la Suède, l’Écosse, l'Islande, l'Autriche, l'Estonie, la Biélorussie, un droit coutumier de tous à profiter de la nature. Ce droit de jouir d'un environnement naturel propice au vivant est un aspect de nos droits environnementaux. Il s'exerce par définition dans des limites de respect du milieu vivant et des autres. En vertu de ce droit, dans les pays cités, on peut « déambuler » librement dans la nature sauvage et commune, notamment dans la forêt  – pour reprendre l'expression de la juriste Sarah Vanuxem (née en 1978) dans son livreDu droit de déambuler(2025).
Or, en France, 75 % des forêts appartiennent à des propriétaires privés enclins à clôturer leurs terres au mépris d'une ancienne coutume qui reconnaissait un droit de chacun à aller en forêt. Situation singulière et paradoxale, puisque deux séries de normes « protègent » notre liberté de déambuler :
  • d'une part, leCode civil, qui institue que toute propriété est relative et que le droit de propriété peut-être restreint s'il entraîne un préjudice. Le Code civil dispose, dans l'article 544, qu'on ne peut pas faire n'importe quel usage de son bien : le ravager, ou en user pour troubler le voisinage. La jurisprudence établit par ailleurs des servitudes légales, notamment de passage : si la clôture d'un terrain constitue un préjudice pour les voisins, par exemple en les forçant à faire un long détour, le propriétaire est tenu de leur accorder un droit de passage ;
  • d'autre part, leCode de l'environnement, qui énonce que les espaces naturels, les paysages, l'air, l'eau font partie du patrimoine commun de la nation (L.1110-1). La Charte de l'environnement, qui a valeur constitutionnelle depuis 2005, énonce que chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. Dès lors, la liberté d'entreprendre et le droit de propriété s'exercent dans les limites de la protection de l'environnement et la de la santé.
Questions
  • Peut-on étendre aux promeneurs les servitudes reconnues par le droit et par la jurisprudence ?
  • Ne pourrait-on faire valoir que la liberté d'aller et venir est un principe constitutionnel qui ne saurait concerner... seulement les animaux ? À cet égard, Sarah Vanuxem observe avec humour que, depuis la loi n° 2023-54 du 2 février 2023, il est devenu obligatoire que les barrières qui ferment aux êtres humains l'accès aux forêts privées soient construites de telle sorte qu'elles n'arrêtent pas les animaux sauvages !
  • Le droit maritime affirme que la mer est un bien commun, un lieu commun : pourrait-on étendre à la terre et aux forêts un tel principe ? Pourquoi le droit de déambuler serait-il analogue ou, au contraire, tout à fait contraire au droit de naviguer librement sur les mers ?
  • Quel est le rapport entre les droits environnementaux et le « droit de déambuler », et comment ce dernier nous permet-il de mieux les comprendre ?

Environnementalisme et groupes d'influence

Au niveau national comme au niveau international, les politiques publiques sont souvent exposées à l'action de groupes d'influence chargés de défendre des intérêts économiques, politiques ou sociaux variés. Les professionnels de la politique doivent par conséquent assumer la possibilité de biais dans les décisions arrêtées par les instances qu'ils dirigent et penser leur propre action comme explicitement ou implicitement multipartenariale.
Dans un article intitulé « Les lobbies environnementaux : intérêt d’une approche pluraliste » (inL'Enjeu mondial, Presses de Sciences-Po, 2015), Amandine Orsini (née en 1981) écrit : « La contribution des lobbies, qu’ils soient scientifiques, économiques, environnementaux ou autochtones, à la politique internationale de l’environnement est une épée à double tranchant, avec, d’un côté, une participation perçue comme une solution potentielle pour répondre aux déficits des initiatives gouvernementales et, de l’autre, une responsabilité et une légitimité souvent contestées. »
Questions
  • « Épée à double tranchant » : quels sont les deux « tranchants » en question ?
  • Pourquoi le lobbying peut-il paraître, à certains égards, comme une solution aux problèmes d'environnement ?
  • Qu'est-ce qui est contesté dans l'exercice par les lobbies, de leur « responsabilité » et de leur « légitimité » ?

Des devoirs envers les animaux ou un droit des animaux ?

Le syntagmedroit des animauxa un sens équivoque, car on ne sait si le complément du nom (le génitif : des animaux) est sujet ou objet. La situation est la même que quand, par exemple, on parle de la crainte de Dieu : est ce que c'est Dieu qui craint quelque chose (voix active) ou est ce que c'est Dieu qui est craint (voix passive) ?
Dans l'affaire qui nous occupe : est-ce que, relativement à leur droit, les animaux occupent une position passive ou active ? Il s'agit par là de formuler des choix théoriques, mais aussi pratiques : soit de limiter l'emprise humaine sur les animaux, par exemple en devenant végétarien, en militant contre l'abattage industriel, en protestant contre des conditions d'élevage intensif et de maltraitance intolérables ; soit de les reconnaître et de les instituer comme sujets de droit – les deux termes de l'alternative n'étant d'ailleurs pas antithétiques, mais pouvant se compléter.
Dans ces conditions, nous pouvons imaginer un débat qui opposerait deux grands philosophes : un grec, comme Épicure (vers 341-270 av. J.-C.), et un moderne, comme Emmanuel Kant (1724-1804).
Dans la « Doctrine de la vertu » de laMétaphysique des mœurs, Kant exprime son admiration envers son prédécesseur Leibniz (1646-1716), qui affirmait qu'il n'y a pas d'âme sans corps et qui attribuait ainsi une âme aux animaux, à l'infortune desquels il était particulièrement sensible. Il confie avoir souvent, lorsqu'il était enfant, secouru délicatement des mouches prises, comme il arrive, au piège d'un verre d'eau ; les mettant au sec, il s'émerveillait de voir que, petit à petit, tandis qu'on les aurait crues mortes, elles reprenaient vie, puis s'envolaient de nouveau.
Kant, qui connait cette anecdote, la juge tout à fait admirable et loue la très haute valeur morale de son illustre prédécesseur. Il affirme qu'un tel comportement témoigne d'une rarehumanité, Leibniz montrant selon lui s'être cultivé lui-même en s'élevant au plus haut degré de son humanité, sans se préférer à nul vivant, pas même à une insignifiante mouche.
Questions
  • Le souci d'une mouche peut-il manifester l'excellence morale d'un être humain ?
  • Peut-on retourner son argument contre Kant lui-même : si le souci du vivant élève un êtrehumain ; si la maltraitance des animaux dégrade un êtrehumain ; ne peut-on pas dénoncer un argument inacceptablement « anthropocentré » ?
  • En quoi consisterait un respect indéfectible de l'animalité de l'animal ?
Pour aller plus loin
  • Sur la représentation de l'animal : le film Flow, de Gints Zilbalodis, 2024 : une autre représentation de l'animal à comparer avec la représentation anthropocentrée des films de Walt Disney, par exempleLes Aristochats.
  • Sur le perspectivisme et la représentation : le point de vue n'est pas dans l'esprit, il est dans le corps : E. Viveiros de Castro, Le Regard du Jaguar, éd. La Tempête, 2021. 

L'âme de Mickey ou le statut juridique des animaux

Les animaux sont-ils juridiquement responsables de leurs actes ? DansUne Histoire symbolique du Moyen Âge occidental(2004), Michel Pastoureau (né en 1947) consacre un chapitre à cette question. Il explique qu'au Moyen Âge, en France, on jugeait des animaux, qui pouvaient donc être emprisonnés, condamnés à mort, mais aussi bénéficier de l'assistance juridique d'un avocat, pour divers crimes d'agression envers l'homme, de vandalisme, ou même pour avoir regimbé à la tâche (les bœufs, par exemple).
Comment des animaux peuvent-ils être sujets de droit ?
On trouve un élément de réponse à cette question dans la pensée juridique d'Épicure (vers 341-270 av. J.-C.). Ce philosophe de l'Antiquité grecque distinguait les animaux sauvages des animaux domestiques, les premiers seuls étant hors-la-loi. En effet, le droit ne pouvait selon lui relever que d'un engagement réciproque, c'est-à-dire de ce qui fait l'essence du lien social : le langage, mais aussi la réciprocité, que ce soit dans la parole ou dans l'action.
Ainsi Épicure affirmait-il l'existence d'une communication non verbale entre les hommes et les animaux domestiques de la maisonnée : chiens, chevaux, bœufs, ânes ou cochons. Selon lui, une espèce remarquable de contrat (qui n'a rien d'une promesse) obligeait les hommes à partager avec ces animaux leur toit, la nourriture produite ou trouvée, en échange de quoi ils avaient le droit, dans les limites d'une consommation frugale, de manger l'animal, de prélever son lait ou ses œufs, de s'adjoindre ses services pour se véhiculer, de garder ses troupeaux, sa maison, de moudre le grain, de tirer la charrue, etc. Dans ces conditions, le chien qui avait mordu son maître, le cochon qui avait dévoré le nourrisson de la famille, le cheval qui avait jeté son cavalier bas, devaient tous répondre juridiquement de leurs actes.
Un tel accord non verbal, les Grecs le nommaient « symbole ». En brisant en deux un morceau de  poterie et en s'en partageant les morceaux, deux partenaires scellaient un accord. Dès lors que les deux morceaux de la poterie pouvaient être réunis (recollés) le contrat était rempli, l'engagement tenu – c'est la force du symbole qui faisait de l'animal domestique un sujet de droit.
Pourrait-on dès lors, aujourd'hui, revisiter la notion de symbole pour refonder un droit des animaux ?
Recherches
  • Quels peuvent être les arguments en faveur d'un statut juridique des animaux ?
  • Quels peuvent être les arguments déniant tout statut juridique aux animaux ?
  • Selon vous, si les animaux ont ou doivent avoir des droits, c'est au nom de quoi ?

À l'épreuve du réel

Le droit de l’environnement a-t-il tous les droits ? - Podcast

Le droit de l’environnement a-t-il tous les droits ? - Questions

À l’occasion de la censure partielle de la loi Duplomb par le Conseil constitutionnel, l’émission28minutesdiffusée sur Arte reçoit en plateau trois invités autour du droit de la nature. Chacun apporte un éclairage juridique et souligne l’importance aujourd’hui des questions environnementales dans le débat public.
Prenez connaissance du podcast de l’émission : « Duplomb, A 69, Climat : le droit de l’environnement a-t-il tous les droits ? » (11 août 2025).
Questions
Relevez les observations formulées par chacun des invités sur la Charte de l’environnement, la censure du Conseil constitutionnel et les enjeux politiques du droit de l’environnement. Répondez à chaque question pour les trois intervenants (Arnaud Gossement, Gaspard Ganzer et Anna Ceruti).
  • Présentation des invités: quelle est leur qualité ? Leur point de vue sur le sujet ?
  • La Charte de l’environnement : quel est son objet ? Son ambition ?
  • La censure de la loi Duplomb: quel est son motif ? Sa justification en droit ? Les réactions suscitées ?
  • Les enjeux politiques de la question environnementale:quelle est la responsabilité des États ? Quelle est la sensibilité des politiques et des opinions publiques à cette question ? Quels sont les freins et les intérêts divergents ?

En débat

Le Parlement de Loire

L'environnement n'est pas une matière passive et inerte à la disposition d'usagers humains. Nous coexistons, interagissons avec le milieu naturel, nous faisons société avec notre milieu naturel : échanges nombreux et complexes, par exemple d'oxygène contre de l'azote. La Loire, le plus long fleuve de France, est qualifiée de dernier fleuve naturel ou sauvage d'Europe et pose de façon critique la question de son aménagement.
C'est que le fleuve Loire, comme écosystème, paraît avoir des intérêts propres, et l'on dira par métaphore qu'il communique avec nous, qu'il a ses colères, qu'il émet des signaux d'alerte : réactions au bouleversement climatique, baisse des débits naturels, inondations, évaporations accrues, taux excessifs de pesticides, baisse du nombre des poissons. Pourquoi serait-il donc impossible de porter la voix de ce « grand vivant » qu'est le fleuve Loire dans une assemblée qui entendrait prendre des décisions en associant le fleuve (citoyen d'honneur de la ville de Tours depuis 2024) en tant que sujet de droit ? Il s'agirait par là de nous ouvrir à la considération d'une souveraineté partagée avec les êtres naturels, et de comprendre comment la loi peut s'écrire, non pas dans un entre-soi des êtres humains, mais dans l'altérité de la nature et en l'assumant frontalement.
Depuis sa création en 2019, le Parlement de Loire – groupe pluriel et ouvert composé de scientifiques et de chercheurs, ainsi que de professionnels urbanistes, paysagistes, pêcheurs, bateliers, enfin d'artistes, d'élus et de riverains – a entrepris d'explorer ces problèmes d'aménagement du territoire, non plus du point de vue exclusif de l'humain, mais en prenant en compte également l'intérêt de l'écosystème Loire. À terme, il s'agirait d'inventer et d'écrire collectivement une déclaration des droits du fleuve qui aurait valeur juridique.
Mais comment une assemblée pourrait-elle se composer à la fois d'humains et de non-humains (faune, flore, composantes immatérielles et matérielles de ce vaste vivant qu'est l'écosystème Loire) ? Comment un fleuve pourrait-il avoir des intérêts ? Comment pourrait-il avoir le droit de plaider ? Ne sont-ce pas là des fictions absurdes ?
Le problème général que nous rencontrons ici est de savoir si l'on peut élever la nature au rang de sujet de droit, si l'on peut accorder une personnalité juridique à un fleuve, et comment. Car qu'est-ce que la personnalité juridique ? « Personne » vient d'un terme latin, persona, qui signifie « masque », le masque que revêt le comédien sur scène. Le droit reconnaît des personnes morales : entreprises, groupements d'actionnaires, associations, juridiquement responsables, sujets de droits.
À débattre 
  • Si le droit, comme processus de reconnaissance institutionnelle, élabore des fictions juridiques, qu'y aurait-t-il de déraisonnable à faire d'un milieu naturel vivant ou d'un écosystème un sujet de droit ?
  • Qu'est-ce qui nous interdirait de composer les souverainetés nationales avec la souveraineté d'un entrelacement d'êtres de nature et d'êtres de nature-culture (les êtres humains) ?
Sources
  • Christopher Stone,Les Arbres doivent-ils pouvoir plaider?, 1972 - Recension par Barbara de Negroni inCahiers philosophiques, n° 153, 208.
  • Maud Le Floc'h, Camille de Toledo, interviewées par Lisa Pignot, 2 novembre 2022,https://www.observatoire-culture.net
  • Bruno Latour, « Le parlement de Loire : quand le droit institue les colères du monde »
    https://www.youtube.com/watch?v=IvARvQvJGyg

Liens utiles

https://www.observatoire-culture.net

https://www.observatoire-culture.net

https://www.youtube.com/watch?v=ivarvqvjgyg

https://www.youtube.com/watch?v=ivarvqvjgyg

Travailleurs de la nature et défenseurs de l'environnement

Le consensus autour d'une « défense de l'environnement » est assez largement partagé, à condition qu'on s'en tienne à des considérations « raisonnables » et qu'on n'exige pas une transformation « radicale » ou « brutale » du système de gestion des ressources naturelles et de leur exploitation. Caricaturalement, de fait, on ne cesse d'opposer les défenseurs du loup ou des ours aux éleveurs, les environnementalistes aux constructeurs autoroutiers et les « écolos » aux exploitants « inféodés » à la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). Le consensus mou sur la protection de la nature et l'opposition caricaturale de ses défenseurs ou de ses exploitants ne sont que les deux manifestations d'une même confusion dans laquelle s'entremêlent discours théoriques, convictions éthiques, conditions de vie et des circonstances parfois tragiques (phénomènes naturels intempestifs, catastrophes, etc.).
Comment dénouer cet écheveau ? Peut-on d'ailleurs le dénouer ?
Recherches
  • En vous servant de l'Internet, tâchez d'identifier des domaines où s'opposent les acteurs de l'environnement, au point de vue de sa défense ou au point de vue de son exploitation.
  • Les arguments des uns et des autres sont-ils schématiquement homogènes ou se distinguent-il selon les registres (problématique de la pollution, problématique de l'élevage ou de l'agriculture, problématique de la mer, etc.)?
  • Sur quoi se fondent les oppositions signalées : intérêts économiques ? convictions politiques, philosophiques, religieuses ? cynisme ? scepticisme ?
  • Si vous aviez à examinerunesituation particulière (la diminution du nombre des insectes ou des ressources halieutiques, l'incidence des phénomènes météorologiques exceptionnels, l'industrialisation de certains pans de l'agriculture ou de l'élevage, etc.), quelle évaluation en feriez-vous, sur la base de quelles observations, et quel rôle régulateur attribueriez-vous à la puissance publique ? nationale ou internationale ?