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Défense et sécurité nationale

L'Europe que nous connaissons aujourd'hui couvre un territoire dont les différents pays et les différentes...

Sommaire

De quoi est-il question ?Vérifier ses connaissances
DéfinitionsLes politiques de défense : qu'est-ce que c'est ?Liens utilesLa dissuasion nucléaire françaiseLiens utilesGuerres dans le cyberespaceLiens utilesLa « guerre hors limite » : une méthode nouvelle
Démarches et situationsFormation professionnelle et défense nationaleLa guerre : une expérience alternative de la vérité ?Des guerres justes… ?
À l'épreuve du réelIngérences étrangères, des élus pris pour cibles - VidéoIngérences étrangères, des élus pris pour cibles - Questions
En débatSi tu veux la paix, prépare la guerre ?La guerre au cœur de l'art politique

De quoi est-il question ?

L'Europe que nous connaissons aujourd'hui couvre un territoire dont les différents pays et les différentes nations se sont, pendant des siècles, fait la guerre : guerre de Cent Ans au XIVe siècle, guerre de Trente Ans au XVIIe siècle, guerres napoléoniennes au début du XIXe siècle, guerre entre la France et l'Allemagne en 1870, guerres mondiales dans la première moitié du XXe siècle. L'Europe est encore faite de pays distincts, elle n'est pas un État fédéral comme peuvent l'être les États-Unis d'Amérique ; chaque pays est souverain et gère de façon autonome sa défense, quand bien même les relations entre « défenses nationales » sont désormais très riches et témoignent d'une certaine coopération, à défaut de traduire une réelle unité.
Cela signifie que les questions de défense sont des questions de souveraineté nationale et qu'elles sont également au cœur des politiques publiques de la France. Avec la construction européenne, d'une part, le développement des réseaux informatiques, d'autre part, les défis que doivent relever les nations, et donc la France, sont cruciaux et engagent conjointement l'avenir de chacune et l'avenir de toutes.

Vérifier ses connaissances

Répondez aux questions suivantes pour vérifier vos connaissances acquises au collège.
  • Dans le contexte de la souveraineté nationale et de la défense, que signifie la notion de « sûreté » ?
  • La question de la sûreté est-elle seulement une question d'ordre militaire ?
  • Quelles sont les missions des forces armées que vous connaissez ?
  • La sécurité intérieure et la sécurité extérieure sont-elles déconnectées l'une de l'autre ? Pourquoi ?

Définitions

Les politiques de défense : qu'est-ce que c'est ?

En France, les politiques de défense nationale reposent sur deux piliers principaux : la protection de l'intégrité des territoires métropolitains et ultramarins et, dans l'assurance d'une permanence des institutions de la République, l'indépendance des conditions de cette protection, c'est-à-dire une autonomie décisionnelle et opérationnelle de la puissance militaire de la nation. UnLivre blancest ainsi publié périodiquement rassemblant les grands principes réactualisés de la défense nationale, qui sont ensuite déclinés en lois de programmation militaire ayant vocation à réguler l'organisation et le financement de cette défense.
Dans la Préface auLivre blancde2008,Défense et sécurité nationale, le président de la République alors en exercice, Nicolas Sarkozy, écrivait que la France était engagée dans une « stratégie de sécurité nationale qui associe, sans les confondre, la politique de défense, la politique de sécurité intérieure, la politique étrangère et la politique économique ». On y ajoute une orientation qui accompagne toutes les autres et qui concerne le « cyberespace », c'est-à-dire des modes de prévoyance et d'action mobilisant, non plus seulement les armes traditionnelles, mais aussi les systèmes informatiques, leurs spécialistes et les réseaux de communication. On parle de « guerre hybride » pour désigner l'étroite interconnexion de l'action militaire classique et des engagements nécessaires dans les espaces numériques.
Pour aller plus loin
  • Livre blancde 2008 :https://www.vie-publique.fr/rapport/29834-defense-et-securite-nationale-le-livre-blanc
  • Livre blancde 2013 :https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/134000257.pdf

Liens utiles

https://www.vie-publique.fr/rapport/29834-defense-et-securite-nationale-le-livre-blanc

https://www.vie-publique.fr/rapport/29834-defense-et-securite-nationale-le-livre-blanc

https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/134000257.pdf

https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/134000257.pdf

La dissuasion nucléaire française

L'émergence des théories de la « dissuasion nucléaire » date de la fin des années 1940 et de ce qui s'est appelé la « guerre froide ». Dans leur principe général, elles se résument à l'idée que la menace d'armes de destruction massive rend une entreprise militaire d'envergure plus coûteuse que bénéfique, puisque les moyens de destruction en retour de l'ennemi désigné sont susceptibles de conduire à des dégâts inacceptables.
Disposant de l'arme nucléaire depuis 1960, la France a été en mesure de déployer une dissuasion permanente à partir de 1964. Puissance « moyenne » – au regard de pays-continents comme les États-Unis d'Amérique ou l'ex-Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) –, la France a conçu une stratégie la dissuasion nucléaire dite « du faible au fort », réputée pouvoir infligerd'embléedes dégâts inacceptables à ses ennemis. Elle a cependant une vocation exclusivement défensive, n'ayant d'autre destination que de protéger les intérêts vitaux de la nation.
À la suite du démantèlement du site du plateau d'Albion en 1991, qui hébergeait des missiles à longue portée, la dissuasion nucléaire française comporte aujourd'hui deux composantes : l'une aéroportée – avions porteurs de missiles et logistique (notamment pour leur ravitaillement) – et l'autre océanique – sous-marins nucléaires dotés de missiles nucléaires.
Seul le président de la République est habilité à engager les forces nucléaires françaises.
Pour aller plus loin
https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/297687-les-composantes-de-la-dissuasion-nucleaire-francaise

Liens utiles

https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/297687-les-composantes-de-la-dissuasion-nucleaire-francaise

https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/297687-les-composantes-de-la-dissuasion-nucleaire-francaise

Guerres dans le cyberespace

On imagine la guerre comme une condition juridique particulière impliquant deux ou plusieurs adversaires ayant acté et officialisé leur conflit par voie de déclaration. Parmi les moyens mobilisés, on dénombre les armes traditionnelles – armée de terre, marine, forces aériennes, auxquelles peut s'ajouter le renseignement sous toutes ses formes – mais également, désormais, les systèmes d'information et de communication.
Constituant une nouvelle donne, ces derniers ne peuvent pas être isolés et identifiés comme les armes traditionnelles, car ils traversent toutes les strates de la vie civile ordinaire, dont ils constituent une matrice fonctionnelle : dans la vie courante, tout « marche » à l'informatique et à distance. Un outil ordinaire est donc en même temps, potentiellement, une arme à la disposition des armées et des services de sécurité – et de tous leurs adversaires possibles. La nouvelle donne consiste donc, en l’occurrence, en ceci que, dans le cyberespace, il n'est possible de tracer de frontières nettes ni entre l'usage civil et l'usage militaire des outils informatiques, ni entre le temps d'un usage pacifique et celui d'un usage guerrier de ces outils, ni enfin entre des acteurs identifiés comme « amis » et d'autres identifiés comme « ennemis ». D'une certaine façon, l'usage militaire du cyberespace est constant, seuls des niveaux d'intensité étant décelables ; et les parties en présence sont constamment en tension et à la recherche de renseignements ou à l'origine d'initiatives plus ou moins hostiles ou défensives.
Dans le cyberespace, en somme, l'activité militaire se confond au moins partiellement avec une activité civile, qu'elle accompagne nécessairement en se déclinant toujours simultanément en pratiques de défense, de sécurité, de positionnement économique, diplomatique ou politique.
Pour aller plus loin
Elie Tenenbaum, « Le piège de la guerre hybride »,https://www.ifri.org/sites/default/files/migrated_files/documents/atoms/files/fs63tenenbaum_4.pdf

Liens utiles

https://www.ifri.org/sites/default/files/migrated_files/documents/atoms/files/fs63tenenbaum_4.pdf

https://www.ifri.org/sites/default/files/migrated_files/documents/atoms/files/fs63tenenbaum_4.pdf

La « guerre hors limite » : une méthode nouvelle

Paru en 1997,La Guerre hors limitesest le titre d'un ouvrage de deux militaires chinois, Qiao Liang et Wang Xiangsui. Son approche révolutionne la conception traditionnelle de la guerre, qui ne se limite plus à l’affrontement militaire sur un champ de bataille, mais qui englobe tous les moyens – économiques, technologiques, informationnels, culturels ou psychologiques – destinés à contraindre l’adversaire.
Le champ de bataille s’étend ainsi à toute la société, chaque domaine pouvant devenir une arme : krach boursier, cyberattaque, rumeur, manipulation médiatique, etc. Exploitant les vulnérabilités systémiques et l’opinion publique, cette nouvelle forme de guerre vise moins la destruction massive que la désorganisation de l'adversaire et la subversion de ses structures institutionnelles, économiques et sociales. Les auteurs insistent donc sur la combinaison d’actions latérales et d'actions frontales, et sur la maîtrise de nouveaux espaces (cyber, opinion, économie). 
Désormais, la sécurité nationale ne dépend donc plus seulement des forces armées, mais aussi de la capacité à agir et à se défendre dans tous les domaines de la société. Cette approche caractérise de plus en plus de conflits, dont le dessein semble moins de détruire ou d'anéantir l'adversaire que de l'obliger à se plier aux intentions de son ennemi.
Il n'en reste pas moins que les modes traditionnels du conflit armé perdurent.

Démarches et situations

Formation professionnelle et défense nationale

Les problématiques de défense nationale sont naturellement intégrées à certaines formations supérieures liées aux métiers de la défense et de la sécurité : armée, gendarmerie, police, renseignement. Elles dispensent des connaissances théoriques et pratiques approfondies sur les enjeux géopolitiques, les opérations militaires, le droit international humanitaire, etc.
Mais ces problématiques sont également abordées hors du monde spécialisé de la défense et de la sécurité, notamment au sein de l'éducation nationale, dans le cadre de l'éducation à la défense et à la sécurité nationale (EDSN). Présente dans les établissements scolaires, celle-ci vise à sensibiliser les élèves aux enjeux de ces problématiques et elle exerce une influence indirecte sur la formation professionnelle en contribuant à une meilleure compréhension des questions géopolitiques et sécuritaires chez les futurs professionnels.
Par ailleurs, des programmes de formation continue, parfois en partenariat avec le ministère des Armées, proposent des formations spécifiques aux civils souhaitant s'orienter vers des métiers liés à la défense ou à la sécurité. Certaines formations professionnelles, même en dehors des filières directement liées à la défense, intègrent des modules ou des éléments de sensibilisation aux enjeux de défense et de sécurité : ateliers, conférences, études de cas abordant des questions comme la cybersécurité, la gestion de crise ou la protection des infrastructures critiques.
Questions
  • On observe une grande variété dans les modes d'intégration aux formations professionnelles des problématiques de défense et de sécurité : à votre avis, quelles précautions une telle variété implique-t-elle de prendre ?
  • Selon vous, comment de telles problématiques peuvent-elles intéresser des métiers dits « intellectuels » (la recherche scientifique, par exemple) ?
  • Selon vous, comment de telles problématiques peuvent-elles intéresser des métiers dits « d'encadrement » ?
  • Selon vous, comment de telles problématiques peuvent-elles intéresser des métiers dits « de production » (la chaudronnerie, par exemple, ou la construction automobile) ?

La guerre : une expérience alternative de la vérité ?

Faire l'histoire de la guerre, est-ce nécessairement lui donner une raison (rationalité) qu'elle n'a pas ? Et ne parvient-on à en faire quelque chose de délimité, de politique, de rationnel, qu'en se focalisant sur le commandement militaire, la stratégie, les grands chefs et ce qu’il est convenu d’appeler « le génie militaire » ?Thucydide(vers 460-vers 395 av. J.-C.), le premier, fait de la guerre l'objet rationnel d'une histoire entrée dans la voie rigoureuse de la science. Et dans ce contexte, dans l'épisode du sinistre conflit opposant les Athéniens aux Méliens (habitants de l'île de Milos), il s’interroge avec une inquiétude qui fait vaciller son projet : est-ce que la guerre n'est pas toujours une même horrible répétition d'effroyables massacres ?
Dès lors, au lieu de donner une raison – et donc raison – à la guerre, ne conviendrait-il pas de développer des travaux qui, s'appuyant sur l'importance des témoignages d'êtres humains, y compris de simples soldats, parleraient enfin de l'expérience de la guerre ?
L’historienMarc Bloch(1886-1944), en évoquant l'importance de tels témoignages et témoignant lui-même de son expérience de soldat mobilisé, affirme dans un court texte,Les Fausses nouvelles de la guerre, qu'on a le droit de considérer la guerre européenne de 1914-1918 comme une « riche expérience de psychologie sociale ». Les conditions d'existence au front, les sentiments des soldats en campagne ouvrent effectivement à une étude de leurs variations et de leurs rapports.
Marc Bloch fournit un exemple : en septembre 1917, sur le plateau du Chemin des dames, des soldats, ignorant où était l'ennemi et ce qu'il projetait, prirent l'initiative d'un « coup de main luxueux » : ils attaquèrent un poste allemand et revinrent avec un prisonnier originaire de la ville hanséatique de Brême. Bloch fut chargé de l'interroger, après quoi on le relâcha. Peu de temps après, une rumeur fausse circulait : cet homme aurait été un de ces hommes infiltrés avant la guerre par des Allemands fourbes et rusés pour préparer par le renseignement une victoire facile et rapide.
Comme on le comprend, cette rumeur était une « fausse nouvelle ». Comment les conditions de vie en temps de guerre détruisent-elles à ce point l'esprit critique, demande l'historien ? Ou les liens sociaux, le bon sens et la liberté d'expression qui permettent de recouper les informations ?
Une enquête sérieuse sur les « fausses nouvelles de la guerre » permettrait de comprendre ce qu'elle est vraiment. L'histoire a intérêt à dialoguer avec les autres sciences humaines, la psychologie ou la sociologie notamment, pour ne pas retomber dans la mythologie.Hérodote(vers 484-vers 425 av. J.-C.), auquel s'opposa Thucydide, ne l'avait-il pas affirmé le premier dans sesEnquêtes(historia,en grec), il y a fort longtemps ?
Questions
  • Pensez-vous qu'on puisse dire la vérité en temps de guerre ? Pourquoi ?
  • Pourriez-vous identifier des légendes ou des textes dont les héros sont de grands guerriers ?
Pour aller plus loin
  • Marc Bloch,Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, éd. Allia, 1999
  • Alexis Philonenko,Essai sur la philosophie de la guerre, Vrin, 2003 (en particulier chap. 8, 9 et 10sur Léon Tolstoï, auteur deGuerre et Paix)
  • Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature 2015),La Guerre n'a pas un visage de femme, éd. Poche, 1983
  • David El Kenz,Le Massacre, objet d'histoire,Gallimard, 2005

Des guerres justes… ?

DansDe la guerre, publiépost-mortemen 1837, le général prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) écrivait que « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ». Manière de dire qu'il n'y a pas de rupture profonde entre les deux conditions et que si la politique est une pratique « civilisée », alors la guerre, qui la continue, l'est tout autant. En forçant donc le trait, on affirmera que peu importent les figures et les finalités spécifiques de chaque guerre – leur violence, leur cruauté ou leurs mobiles – l'essentiel gît dans le fait que la politique – une pratique de temps de paix – se poursuit et qu'elle est nécessairement appelée à évoluer et à prendre encore de nouvelles formes.
La guerre serait donc éthiquement neutre et son horreur n'en serait que la regrettable surface. Un tel postulat est-il acceptable ou faut-il reprendre à nouveaux frais l'approche axiologique de la guerre ?
Avec la guerre, il y a toujours potentiellement un passage à la limite – Thucydide (vers 460-vers 395 av. J.-C.) nous l'enseigne déjà quand, dans laGuerre du Péloponnèse, il évoque le massacre parfaitement gratuit des Méliens par les Athéniens. Manière de dire que la guerre n'est pas seulement tactique ou stratégie, elle est fondamentalement une ​​​​​​​affaire morale. Mais en quel sens ? Non au sens où elle serait « juste » : tout belligérant, offensif ou défensif, revendique la justice, l'adversaire étant toujours l'incarnation d'un mal ou d'une menace qu'il faut éliminer. « Affaire morale », cela signifie plutôt que le phénomène global de la guerre, des combats et de leurs finalités multiples, engagent des prises de décision, des positionnements ​​​​​​​éthiques, et non simplement des calculs militaires. La position théorique correspondant à ce postulat de la perméabilité axiologique de la guerre est celle du réalisme moral soutenu, notamment, par le philosophe américain Michael Walzer (né en 1935). Cet horizon théorique tient en une proposition simple : la guerre n'est pas un simple phénomène technico-militaire enveloppé de politique, mais elle est un système de choix engageant des intentions, des volontés et par conséquent des libertés.
Questions
  • Les théories de la « guerre juste » sont anciennes et multiples ; cherchez-en les principes généraux et dressez-en un tableau, même succinct.
  • Pensez-vous que les arguments en faveur de la « guerre juste » soient éculés ? Sont-ils susceptibles,aujourd'hui, d'une résonance pratique ?
  • Le monde contemporainesten guerre : à partir de la connaissance que vous avez de tel ou tel conflit contemporain, où qu'il se situe, cherchez à compiler les arguments éthiques pouvant s'y appliquer.
  • Dans les relations internationales, quelle est, en principe, l'alternative à la guerre ?

À l'épreuve du réel

Ingérences étrangères, des élus pris pour cibles - Vidéo

Ingérences étrangères, des élus pris pour cibles - Questions

Prenez connaissance de la vidéo publiée par Public Sénat : « Ingérences étrangères des élus pris pour cibles » (11 février 2025).
Question
Résumez le reportage en montrant comment les ingérences étrangères constituent une menace pour la démocratie et l’État de droit, les formes qu’elles revêtent et les moyens de prévention et de lutte engagés pour protéger l’État et les élus de la République.

En débat

Si tu veux la paix, prépare la guerre ?

« Si tu veux la paix prépare la guerre » : l'adage semble prudent, mais est-il si sage qu'il y paraît ?
Le philosophe Emmanuel Kant (1724-1804) contre-argumente : la paix n'est ni une vue de l'esprit, ni un vœu pieux ; elle ne nous attend pas dans l'autre monde tandis que la vie réelle, terrestre, serait nécessairement une lutte violente. La paix, écrit-il en 1796, dans leProjet de paix perpétuelle,n'est pas un idéal mais un principe moral d'une exigence absolue. Idée qui prend l'allemand à rebours, d'ailleurs, car « paix » s'y ditfriedet « cimetière »friedhof– d'où cette idée ordinaire dont il faut briser la logique, à savoir que nous n'aurions la paix qu'au cimetière.
De fait, la guerre est-elle une question d'héroïsme et de courage ? Assurément, il faut du courage pour accomplir son devoir patriotique. Cependant, la guerre est bien une affaire politique. Or quelle est la fin de la politique ? La richesse des nations ? La possession d'un sol ou d'une terre par une communauté humaine ? Ou un désir commun de vivre bien, de manière juste, libre et heureuse, qui lie des hommes entre eux et les associe ?
Il faut doncabsolumentfaire la paix, poursuit Kant, et ce n'est pas simplement pour gagner du temps, c'est parce que cela engage l'avenir : c'est une action politique, pas une manœuvre.
Est-ce que la paix n'est pas, par nature, « perpétuelle » ? Kant s'oppose ainsi, au début de son ​​​​​​​Projet de paix perpétuelle, à Machiavel qui, sous couvert de réalisme politique, postule que la politique se réduit à la maîtrise d'un certain nombre de techniques visant à accroître indéfiniment la puissance de l’État. En vérité, un traité de paix est bien plus qu'un contrat – ou undeal–, c'est la déclaration d'un recommencement, d'une naissance ou d'une renaissance : les signataires renoncent à la puissance et à la richesse, ils s'associent pour viser ensemble quelque chose de commun : la liberté ou le bonheur, si l'on veut.
À débattre
  • Le pacifisme vous paraît-il être une « idée de philosophe » ?
  • Pensez-vous qu'il faille, à terme, projeter la disparition des armées permanentes ?

La guerre au cœur de l'art politique

La guerre occupe une place centrale dans la théorie politique classique, révélant la nature du pouvoir et la nécessité de maîtriser l'art de la guerre pour garantir la souveraineté.
Dans la Chine antique,Sun Tzu(vers 544-vers 496 av. J.-C.) affirme, dansL'Art de la guerre : « La guerre est une affaire d'une importance vitale pour l'État », soulignant l'exigence de survie de la cité face à la violence organisée. En Inde, dans l'Arthashastra,Kautilya(vers 375-vers 283 av. J.-C.) a la même analyse : « Le roi doit toujours être prêt à la guerre, car la sécurité du royaume en dépend. » LaRépublique, dePlaton(vers 428-vers 348 av. J.-C.) considère que la guerre est un art auxiliaire de la politique et que « les gardiens [de la cité]  doivent être des guerriers vigilants, prêts à défendre la cité » (Livre III).
À la Renaissance,Machiavel(1469-1527), auteur d'unArt de la guerre, rappelle au chapitre XIV duPrincequ'« un Prince ne doit [...] avoir d’autre objet, d’autre pensée, d’autre art que celui de la Guerre et des préparatifs la concernant. Car c’est le seul art convenant à qui commande ». Ce conseiller de la République de Florence met d'ailleurs en place une milice populaire chargée de défendre l'État, se méfiant des mercenaires et des armées de métier, qui ont plus intérêt à faire la guerre qu'à garantir la paix.
À l'époque moderne,Thomas Hobbes(1588-1679), dans leLéviathan, voit la guerre comme l’état naturel de l’homme sans État et la décrit comme « guerre de chacun contre chacun », justifiant la création d’un pouvoir souverain chargé d'assurer la paix.
Enfin,Carl vonClausewitz(1780-1831) tire les conséquences des conflits armés de masse tels que les guerres européennes en donnent à voir dès le XIXe siècle. Il indique alors que « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens », liant indissolublement conflit armé et logique politique.
Ainsi, de l’Inde ancienne à la modernité européenne, la question de la guerre s’impose dans toute réflexion consacrée à l’État et à sa souveraineté.
À débattre
  • Si la guerre semble bien à l'horizon de la politique, ne risque-t-on pas de l'y réduire et de se trouver incapables de faire la paix ? – Vous pouvez vous appuyer sur les arguments développés par Emmanuel Kant dans sonProjet de paix perpétuelle, présentés dans la perle « Si tu veux la paix, prépare la guerre ? ».