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Culture du débat et éthique de la discussion : une société civile organisée

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » L'article 1er de la Constitution...

Sommaire

De quoi est-il question ?Vérifier ses connaissances
Définitions« Discuter », c'est quoi ?Une société civile organisée
Démarches et situationsLes partis politiquesLiens utilesLes partis politiques dans la Constitution de 1958Les partis : espaces démocratiques ou oligarchiques ?Liens utilesComment aborder la question écologique ?Liens utilesAu fondement du débat
À l'épreuve du réelPeut-on encore débattre ? - PodcastPeut-on encore débattre ? - Questions
En débatL'éthique de la discussionL'exigence du pluralismeUn devoir de voter  ?Pour ou contre la peine de mort : une question d'opinion ?

De quoi est-il question ?

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » L'article 1er de la Constitution de 1958 ne décrit pas simplement une propriété de la République française, il énonce les principes de son organisation politique et la pose solennellement commedémocratique. Littéralement – et ce point est développé dans la suite du texte institutionnel –, cela signifie que le pouvoir incombe au peuple lui-même. Naturellement, le peuple tout entier ne peut pas gouverner le peuple tout entier, et ce sont donc ses représentants qui gouvernent ; mais cela signifie aussi que ces derniers, idéalement, incarnent ses idéaux et ses aspirations, qui sont multiples et complexes.
C'est pourquoi la République organise le débat ou, mieux, est organisée de manière à faire « vivre » la parole des citoyens français. La présidence de la République et, par conséquent, le gouvernement incarnent certainement la volonté populaire, puisqu'ils sont issus, directement ou indirectement, du suffrage universel. Mais c'est concrètement sur les bancs de l'Assemblée nationale et du Sénat, où sont représentées des sensibilités politiques très diverses, c'est par la garantie du pluralisme des partis, c'est par la garantie de la liberté de la presse, par la garantie d'une école libre et gratuite pour tous qu'une organisation démocratique de la République est réalisée, son destin se forgeant, non dans les administrations, mais dans les idées qui s'échangent, qui se contredisent, qui se heurtent parfois avec une certaine violence sur laplace publique et qui font au bout du compte les consensus ou les accords politiques qui permettent d'aller de l'avant.
L’essentiel est là : la démocratie, c'est la conjonction du pluriel et du public. Reste à comprendre comment cette conjonction est institutionnellement et juridiquement construite.

Vérifier ses connaissances

Répondez aux questions suivantes pour vérifier vos connaissances acquises au collège.
  • Quels sont la place et le rôle de l'opinion publique dans la vie démocratique ?
  • Le « règne de l'opinion » vous paraît-il être une force ou une faiblesse du régime démocratique ?
  • Comment comprenez-vous l'expression « esprit critique » ?

Définitions

« Discuter », c'est quoi ?

Dans l'essai « De l'expérience » (chapitre 13 du livre III desEssais), Montaigne (1533-1592) écrit : « La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l'écoute. » Manière de dire que toute signification n'est pas unilatérale et que prendre la parole, qui est un acte, implique une relation à autrui qui peut être plus ou moins complexe.
Or, nous avons pour ainsi dire mille mots pour désigner ce phénomène : outre « parler », nous disons « échanger », « discuter », « communiquer », « bavarder », « disserter », « discourir », « causer », « raconter », « s'entretenir », « parlementer », « conférer », « dialoguer », « converser », « bafouiller », « radoter », « s'exprimer », « jargonner », « haranguer », « intervenir » ou « jacter » – pour n'en rester qu'à quelques mots courants !
Cette diversité nous rend oublieux de l'essentiel, qui consiste dans un partage aux multiples facettes : en parlant, nous partageons des mots, des représentations, des idées, des imaginations, des convictions, des craintes, etc. Seulement celui qui donne ne comprend que ce qu'il comprend de ce qu'il donne, tandis que celui qui reçoit, de son côté, ne comprend à son tour que ce qu'il comprend de ce qu'il reçoit. Et rien ne prouve que ce qui est donné est reçu comme il est donné, ni par conséquent que ce qui est reçu est représenté de la même façon que ce qui est donné !
Autrement dit, toute discussion est par nature et essentiellement ambiguïté, potentiellement mésentente, incompréhension, malentendu – conflit. Régler la discussion et l’ordonner constituent les deux piliers essentiels de toute prise de parole. Et donc, en même temps que de toute prise de parole, de toute intercompréhension et, dès lors qu'il est question de s'entendre pour vivre ensemble, de toute socialité et même de toute politique. La discussion est le ferment de la discorde en même temps que le ciment de la société.

Une société civile organisée

Sur son site, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) définit une société civile organisée comme « des femmes et des hommes de terrain qui travaillent dans des entreprises, des syndicats, des organisations patronales, des associations ou des ONG : en bref, ce sont des personnes qui connaissent les réalités de notre quotidien ».
Au-delà de la formulation d'une nécessaire proximité de certains acteurs publics ou privés aux nécessités « du terrain », une telle définition ne laisse pas, en toute rigueur, d'interroger. Que serait en effet une société civile non organisée ou désorganisée ? Et travailler dans des structures par nature sociales, cela fait-il une sociétécivileorganisée ?
Toute société, il faut insister, n'est pas une sociétécivile : les entreprises commerciales ou industrielles sont des sociétés, comme les regroupements criminels, les mafias qui ont leurs codes ou les « bandes de voleurs », pour reprendre une locution du juriste allemand Hans Kelsen (1881-1973). En les évoquant, celui-ci entendait distinguer l'actionsous la contrainte(de voleur à voleur, par exemple) de l'action commedevoir-être,c'est-à-dire déterminée par unenormequi énonce ce qui doit avoir lieu (une loi, par exemple). Or, une société civile est fondée sur des normes, non sur des injonctions arbitraires, évidemment, mais pas plus sur des règles de plus ou moins vaste extension qui ont une fonction de régulation ou d'efficacité, comme dans des entreprises.
Il faut donc postuler que toute société civile est bien une société organisée, et elle l'est sur un autre mode que d'autres formes d'organisation sociale. Pourquoi, dès lors, par pléonasme ou redondance, insister sur le fait de son organisation et prétendre définir quelque chose de singulier par l'expression « société civile organisée » ?
La raison en est que « organisation » renvoie implicitement à autre chose qu'à un simple agencement de pièces et de fonctions, et précisément en l'occurrence, à la proximité entretenue sur la plan normatif avec « les territoires » : s'organiser,ici,c'est mailler le territoire économique, social, culturel, et aider aux politiques publiques. Autrement dit, on évoque une « société civile organisée » pour souligner le fait qu'une société civile se donne les moyens organisationnels concrets de connaître et de prendre pleinement en charge la façon dont des populations naturellement très variées, sur les territoires, vivent et interagissent entre elles et avec les structures les administrant et les institutions qui les concernent. C'est donc une société enserrée et vivifiée par une matrice résolument participative – et donc, idéalement, démocratique.

Démarches et situations

Les partis politiques

À l'exception peut-être des factions opposant dans la Rome antique lesOptimates(l'aristocratie) auxPopulares(les partisans du peuple), les partis sont apparus dans leur configuration moderne relativement récemment dans la vie politique, en même temps que la démocratisation progressive des institutions et l'appel à une organisation des idéologies en corps constitués. Les partis cristallisent les idées politiques, morales et culturelles de leurs membres et de leurs électeurs et permettent aux citoyens de se mobiliser et de s'organiser pour défendre leurs intérêts et leurs valeurs.
Le phénomène des partis politiques apparaît au Royaume-Uni avec l'alternance des représentants des mouvances Whig et Tory au gouvernement. Les Whigs ont participé à la révolution de 1688, mais n'ont réellement accédé au pouvoir qu'en 1714. Au même moment, la mouvance Tory s'opposait aux Whigs pour se transformer en 1834 en Parti conservateur, que l'on continue d'appeler Tory.
Selon les constitutions et les cultures politiques, on peut relever plusieurs modes d'organisation des partis au sein de la communauté civile et politique : monopartisme, bipartisme (institutionnalisé ou de fait) et multipartisme. Certaines règles électorales favorisent les alliances entre partis quand d'autres poussent au bipartisme. Les partis politiques peuvent être classés en plusieurs catégories selon leur idéologie dominante, variable selon les pays : de droite, de gauche, centristes ou nationalistes.
En France, le multipartisme a le plus souvent constitué la règle, et l'existence de certains partis remonte au début du XXe siècle. LeParti radical, par exemple, a été créé en France en 1901. Il a été fondé par des républicains radicaux qui voulaient promouvoir la laïcité, la séparation des Églises et de l'État, ainsi que la réforme de l'État et de la société. Le parti a connu une période de prospérité dans les années 1920 et 1930, avec des leaders comme Édouard Herriot (1872-1957), mais il a lentement décliné après la Seconde Guerre mondiale, période où s'est instituée une partition droite-gauche, avec le Parti communiste français (PCF) et le Parti socialiste (PS), à gauche, et des partis de droite dominant leur camp, apparentés au gaullisme : Rassemblement du peuple français (1947-1955) fondé et présidé par le général Charles De Gaulle lui-même, Union des démocrates pour la République (UDR, 1968-1976), Rassemblement pour la République (RPR, 1976-2002) ou encore Les Républicains (depuis 2015).
À partir des années 1990, un parti d'extrême droite a peu à peu gagné en crédit électoral, le Front national (FN),désormais appelé Rassemblement national (RN), né de la fusion de groupuscules d'extrême droite issus pour partie de la collaboration ou du refus de la décolonisation. Dès les années 1970, des partis défendant la cause écologiste sont apparus, comme Les Verts (1984-2010), aujourd'hui Les Écologistes, même si cette dimension peut parfois se retrouver dans les autres partis.
Depuis 2017, une nouvelle séquence s'est ouverte, avec la perte d'influence des partis historiques (Les Républicains, le Parti socialiste, le Parti communiste) et la montée de nouveaux mouvements : La France insoumise (LFI), Renaissance (ex-En Marche !, parti fondé par Emmanuel Macron) ou le Rassemblement national.
Questions
  • Connaissez-vous l'étiquette politique de votre maire ? celle de votre député ?
  • Identifiez des pays où prévaut le monopartisme ; le bipartisme ; le multipartisme.
  • Selon vous, quelles sont les règles électorales favorisant le bipartisme ? le multipartisme ?
  • Quels ont été les rapports de force électoraux aux dernières élections ?
Pour aller plus loin
  • Michel Offerlé,Les Partis politiques, PUF, 2022
  • Une série de podcasts France Culture :Histoire des partis politiqueshttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-histoire-des-partis-politiques

Liens utiles

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-histoire-des-partis-politiques

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-histoire-des-partis-politiques

Les partis politiques dans la Constitution de 1958

L'article4 de la Constitutionde 1958 précise le rôle des partis politiques dans la vie politique :
« Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.
Ils contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l'article 1er dans les conditions déterminées par la loi.
La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation. »
Rappel de l'article 1erde la Constitution
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales. »
Expliquer :
  • « …concourent à l'expression du suffrage »
  • « …respecter les principes de la souveraineté nationale… »
  • « …la participation équitable des partis et des groupements politiques… »

Les partis : espaces démocratiques ou oligarchiques ?

La Constitution de la Ve République reconnaît le rôle central des partis politiques dans la vie démocratique. Ceux-ci nourrissent une opinion publique pluraliste et peuvent être force de proposition et de formation d'un personnel politique (élus, collaborateurs) qui contribue aux instances délibératives et exécutives des institutions. Comme le remarquait déjà Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dansDu Contrat social, les citoyens ne peuvent pas consacrer tout leur temps à la politique : « on ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques » (Livre 3, chap. 4). Dès lors, les États modernes ont mis en place des instruments de représentation et, lors de la Révolution française, le rôle représentatif de l'Assemblée s'y est précisé, même si, par peur des factions, le regroupement en partis a été empêché – au même titre du reste qu'en syndicats. Les partis politiques apparaissent en France au début du XXe siècle : le Parti radical et radical-socialiste est fondé avant l'adoption des lois de juillet 1901 sur la liberté d'association.
Pourtant, au moment même où ils apparaissent, les partis font l'objet de critiques, certains les accusant de confisquer une part de souveraineté, ou encore de favoriser les intérêts de leurs membres par leur bureaucratisation.
Le sociologue Robert Michels, dansLes Partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties(1911), décrit la tendance des partis politiques à se transformer en organisations où un petit groupe de personnes détient le pouvoir et où les décisions sont prises en dehors de la base du parti : la « loi d'airain de l'oligarchie ».
Les partis sont des organisations complexes qui nécessitent une structure hiérarchique et une direction pour fonctionner efficacement. Cependant, cette concentration du pouvoir peut conduire à une perte de démocratie au sein du parti et à une domination d'un petit groupe de personnes sur les autres membres. Robert Michels considère que cette loi d'airain de l'oligarchie est un phénomène universel qui concerne tous les partis politiques, qu'ils soient de gauche ou de droite, et qu'elle est liée à la nature même de la démocratie représentative.
Questions
  • Quels instruments légaux permettent d'assurer la subvention des partis et leur contrôle ? Pour vous aider :https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/synthese/deputes-groupes-parlementaires/le-financement-de-la-vie-politique-partis-et-campagnes-electorales.
  • Lutter contre la tendance oligarchique des partis peut-il passer par une démocratie participative et une plus grande transparence au sein des partis politiques ?
  • Sous quelle forme une démocratie participative permettrait-elle de lutter contre la tendance oligarchique des partis politiques ?
Pour aller plus loin
  • Jean-Jacques Rousseau,Du contrat social, 1762, Livre II, chap. 1 et 2, Livre III, chap. 1, 4 et 10
  • Emmanuel-Joseph Sieyès,Qu'est-ce que le Tiers État?, 1789
  • Robert Michels, ​​​​​​​Les Partis politiques.Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, 1911

Liens utiles

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/synthese/deputes-groupes-parlementaires/le-financement-de-la-vie-politique-partis-et-campagnes-electorales

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/synthese/deputes-groupes-parlementaires/le-financement-de-la-vie-politique-partis-et-campagnes-electorales

Comment aborder la question écologique ?

Le changement climatique devrait entraîner de profondes mutations dans nos modes de vie, supposant des modifications tant de la production, de la distribution, que des formes de consommation. Le philosophe Hans Jonas (1903-1993), penseur du « droit des générations futures », a estimé que seules des politiques publiques pouvaient prendre en compte ces dimensions. Devenu nécessaire, leur questionnement peut prendre plusieurs voies : débat parlementaire,lobbying, conventions citoyennes, actions en justice ou recours européens, désobéissance civile...
Les débats parlementaireset les législations nationales et internationales sont les canaux habituels pour aborder le changement climatique. Les parlements et les gouvernements peuvent adopter des lois et des politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, encourager l'efficacité énergétique ou promouvoir les énergies renouvelables. Les conventions internationales, telles que l'accord de Paris sur le climat, peuvent encourager les pays à prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Les lobbies et les campagnes citoyennessont d'autres moyens d'influencer les décisions politiques et de promouvoir des actions pour lutter contre le changement climatique. Les organisations non gouvernementales (ONG) et les mouvements sociaux peuvent mobiliser les citoyens et les entreprises pour demander des actions plus ambitieuses en vue de lutter contre le changement climatique.
En 2019, le Conseil économique, social et environnemental a, sur demande du Premier ministre, mis en place uneConvention citoyenne pour le climat, constituée de 150 hommes et femmes volontaires, tirés au sort afin de définir une série de mesures « pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à diminuer d'ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de la France d'au moins 40 % par rapport à 1990 ». Elle a abouti à 149 propositions, dont une partie seulement a depuis été reprise par les gouvernements successifs.
Les actions en justice, telles que les poursuites contre les entreprises ou les gouvernements qui ne respectent pas les normes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, peuvent également être un moyen de promouvoir la lutte contre le changement climatique. Par exemple, en 2018, quatre associations (Fondation pour la nature et l'homme, Greenpeace France, Notre affaire à tous et Oxfam France) ont poursuivi en justice l'État français pour inaction en matière de lutte contre le réchauffement climatique. En 2021, le tribunal administratif a reconnu une faute de l'État et a ordonné ensuite au Premier ministre de prendre avant le 31 décembre 2022, « toutes les mesures utiles » pour réparer le préjudice.
Il peut également être envisagé de formuler desrecourseuropéenscontre les États membres de l'Union européenne qui ne respectent pas les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Exprimant le refus de se conformer aux lois et aux politiques qui ne sont pas conformes aux principes de justice et de durabilité, ladésobéissance civilepeut être un moyen radical de promouvoir des changements. Illégale par nature, elle a été théorisée par David Thoreau (1817-1862) dès 1849, et mise en œuvre notamment par Gandhi en Inde pendant la décolonisation. Ce type d'action demeure illégal.
Questions
  • Connaissez-vous des campagnes menées par des organisations non gouvernementales pour faire avancer la cause écologique ? Lesquelles ?
  • L'action en justice menée par « L'affaire du siècle » poursuit l'État français pour inaction. Pourquoi une absence d'action peut-elle faire préjudice ?
  • Cherchez quelle cause a conduit David Thoreau à la désobéissance civile et en quoi elle a consisté. Pourquoi cette action se distingue-t-elle d'un délit ?
Pour aller plus loin
  • David Thoreau,La Désobéissance civile, 1849.
  • Hans Jonas,Une Éthique pour la nature, Arthaud Poche (2017)
  • Le site de la Convention citoyenne pour le climat :https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr

Liens utiles

https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr

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Au fondement du débat

Dans un régime politique pluraliste, la conduite du débat est cruciale, sinon on risque fort que la loi du plus fort ne laisse la place qu'à l'argument le plus fort et non à la justice. Dès la démocratie athénienne,Platon(vers 428-vers 348 av. J.-C.) dénonce un régime dominé par la rhétorique sophistique, où les opinions s'opposent sans souci et recherche de la vérité. Dans leGorgias, il accuse la rhétorique d'être un « simulacre detechnê » (art) réduite à la « flatterie » où les orateurs corrompent le peuple par des discours séducteurs plutôt que par des arguments rationnels.
En plaçant la démocratie dans la perspective de l'analyse des formes de la communication,Jürgen Habermas(né en 1929) répond à la critique platonicienne : la démocratie n'est pas la guerre des opinions, mais suppose un processus délibératif où la légitimité naît de la discussion rationnelle. Cette « éthique de la discussion » propose un cadre normatif pour transformer les conflits d'opinion en dialogues réels, capables d'aboutir à des décisions partagées. Il faut pour cela des conditions qui conduisent à un dialogue réel, dépassionné : acceptation de l'égalité des participants ; volonté de se laisser convaincre par le meilleur argument ; inclusion de toutes les personnes concernées. Dans ce cadre, « seules peuvent prétendre à la validité les normes susceptibles de rencontrer l'adhésion de tous les intéressés en tant que participants d'une discussion pratique ». En effet, l'échange d'arguments, s'il est réellement un échange, ne se cantonne pas à la juxtaposition des avis, il produit des effets pratiques en raison de la nature pragmatique du langage. Il faut donc instituer et préserver un « espace public » où l'opinion se forme par l'échange d'arguments.
Question
DansVivre et philosopher, Marcel Conche (1922-2022) écrit : « Il n'est pas possible de discuter avec qui n'est pas de bonne foi. C'est dire que la discussion suppose, de part et d'autre, une disposition morale à entendre raison, à se rendre aux raisons. Le dialogue, la discussion, le simple entretien ne sont possibles que si règnent la paix, l'amitié. La classe ne doit pas être en état de guerre. »
En vous appuyant sur les approches rappelées ci-dessus, quelles sont, selon vous, les conditions d'un débat serein dans une classe ?

À l'épreuve du réel

Peut-on encore débattre ? - Podcast

Peut-on encore débattre ? - Questions

L’injure, l’insulte et la culture du clash marquent fortement le débat public, la vie politique et le paysage médiatique actuel. L’émission leDébat de midisur France Inter reçoit en studio quatre invités pour dresser le constat que l’opinion l’emporte souvent sur l’argumentation.
Prenez connaissance du podcast de l’émission : « Peut-on encore débattre ? » (25 août 2022).
Question
Prenez en notes tout élément utile pour établir un compte rendu critique de l’émission. Il peut s’organiser autour des points suivants :
  • dans un premier temps, présentez l’émission, sa tenue, son objet et les invités ;
  • indiquez les raisons avancées par les invités qui rendent aujourd’hui difficiles le débat démocratique et l’échange d’opinion, puis les pistes de réflexion proposées pour y remédier ;
  • enfin, dégagez l’intérêt et l’apport de l’émission.

En débat

L'éthique de la discussion

Nous convenons volontiers qu'une discussion doit être réglée et policée, que la parole doit s'y distribuer de manière équitable et pacifique et qu'elle vise à atteindre, sinon un parfait accord des interlocuteurs, du moins une manière d'entente sur leurs désaccords. Ce n'est cependant pas ce qu'on entend, après Jürgen Habermas (né en 1929), par « éthique de la discussion ».
Ici, il va de la rationalité et de la finalité de la discussion et non seulement de sa possibilité pratique et de son déroulement civil. S'agissant d'uneéthique, il est d'abord question d'une acceptabilité universelle des principes régissant la discussion, non d'une simple entente temporaire et limitée au groupe actif – des convives, par exemple. Or, ce qui est universellement acceptable, c'est que tous aient la même opportunité, les mêmes chances d’exprimer leur point de vue sans subir aucune forme de contrainte, non pas simplement physique, mais également psychologique ou morale – comme lorsque s'imposent des formes plus ou moins insidieuses de censure sociale. Seule est admissible une contrainte logicoformelle, à savoir qu'un point de vue soit exprimé de façon rationnelle et que cette rationalité soit reconnue comme telle par tous.
À la rhétorique ou à toutes sortes de manipulations – par la gesticulation, l'intimidation, l'image – se substitue une validité formelle communément comprise comme telle, c'est-à-dire dont la rationalité est effectivement partagée, comme lorsqu'on donne son accord à une proposition « en toute connaissance de cause » ou « en toute conscience ». En somme, la rationalité qui prévaut dans l'éthique de la discussion estcommunicationnelle, c'est-à-dire qu'elle se traduit par l'entente effective et réciproque sur ses fondements et sur son évidence.
À débattre
  • Les conditions d'une discussion au sens « éthique » de Jürgen Habermas vous semblent-elles jamais réunies dans les échanges que nous pouvons avoir les uns avec les autres ?
  • Si l'on fait l'hypothèse qu'une ​​​​​​​authentique« éthique de la discussion » est pratiquement impossible, cela invalide-t-il l'idée que nous en avons ?
  • L'idée d'une « éthique de la discussion » peut-elle avoir quelque efficacité sur l'organisation du débat politique (entre partisans ou entre partis) ?

L'exigence du pluralisme

La proximité des idées de démocratie et de pluralisme semble devenue « naturelle » et nous n'imaginons pas que, par exemple, une société puisse être dite « démocratique » où il n'existerait qu'unparti, qu'un​​​​​​​organe de presse, qu'uneorganisation syndicale, etc. C'est dans l'échange, dit-on, que se forgent les idées politiques et les idéaux, dans l'expression des opinions et dans leur confrontation. Mais, de laconvictionqui est la nôtre que pluralisme et démocratie sont les deux faces d'une même pièce à la ​​​​​​​démonstrationque c'est bien le cas, il y a un espace d'interprétation qu'il convient d'investir et dont il est indispensable de comprendre les principes directeurs.
À débattre
  • Pourquoi le pluralisme est-il essentiel à une vie démocratique ?
  • Le pluralisme permet-il de comprendre ce qu'est « un peuple » ?
  • Lénine (1870-1924) a dit : « Liberté totale dans la discussion, unité totale dans l'action. » Qu'en pensez-vous ?

Un devoir de voter  ?

En France, le droit de vote est un droit et non une obligation. Devrait-il y avoir undevoirde voter – comme c'est le cas en Belgique, par exemple – ou, au contraire, la reconnaissance de l'abstention ou du vote blanc est-elle essentielle au processus démocratique ?
La hausse du taux d'abstention d'élection en élection s'accompagne le plus souvent d'une déploration morale de la conduite de ceux qui ne votent pas, au vu notamment des enjeux démocratiques. Le vote doit-il se comprendre comme un devoirmoral ? Au rebours de cette approche, le philosophe libertarienJason Brennan(né en 1979) affirme que de nombreux électeurs auraient un devoir de ne pas voter du fait de leur incompétence ou de leur irrationalité. D'autres, dans la tradition anarchiste exprimée parOctave Mirbeau​​​​​​​(1848-1917) dansLaGrève desélecteurs, refusent le vote car ils y voient un jeu des dominants pour obtenir le consentement des opprimés.
La prise en compte de l'abstention peut aussi révéler les failles du système démocratique : plus qu'un désintérêt pour la chose publique – ​​​​​​​res publica​​​​​​​–, elle peut-être le signe d'une défiance pour un personnel politique ou des institutions en décalage trop grand avec les électeurs. Voilà pourquoi revient souvent la demande d'une reconnaissance du vote blanc. Depuis 2014, ceux-ci sont comptabilisés – distingués des « nuls » – sans que cela influe sur le résultat. En Suède, en revanche, lors d'un référendum, le « non » ne l’emporte que s'il obtient la majorité absolue des votes, blancs compris.
À débattre
  • Dans une démocratie, faut-il faire du droit de vote un devoir ?
  • Le droit de ne pas choisir exprime-t-il un choix politique ? idéologique ?

Pour ou contre la peine de mort : une question d'opinion ?

Infliger la peine de mort, c'est prendre la décision de supprimer un être humain. Or, être favorable ou défavorable à une telle décision n'est-ce pas prétendre répondre à une question mal posée dans la mesure où, en toute justice, la radicalité de la peine de mort ne devrait pas relever de la simple expression publique des opinions ?
Déjà, dans l'Antiquité grecque, la tragédie de Sophocle (495-406 av. J.-C.) intituléeAntigoneavertissait qu'il y a dans le désir politique du bien commun et du bon gouvernement, qui sont légitimes, un indéniable risque d'excès conduisant à marcher sur la tête. Dans la tragédie, pour punir une infraction à une loi de succession, certes garante de la paix civile, on laisse se décomposer en plein jour un coupable mort, tandis qu'on enferme dans le même temps vivante au tombeau une jeune femme innocente – son seul crime étant d'avoir voulu donner une sépulture au mort laissé à l'abandon.
La justice n'a rien à voir avec la mort : elle est l'affaire des vivants, non des morts, de sorte qu'on ne saurait sans anéantir la vie politique elle-même, ni condamner à mort, ni condamner les morts – une justice qui ne connaîtrait pas de limite ne serait tout simplement pas une justice.
À débattre
Identifiez d'autres questions qui, pour des raisons métaphysiques, juridiques, morales, scientifiques, ne relèvent pas de l'expression publique des opinions.