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L'opinion publique

L'opinion publique constitue le centre de gravité d'un régime démocratique comme celui de la France...

Sommaire

De quoi est-il question ?Vérifier ses connaissances
DéfinitionsL'opinion publique : une définition difficile (1)L'opinion publique : une définition difficile (2)
Démarches et situationsLes sondages : thermomètres ou miroirs déformants ?Liens utilesLe changement climatique, une question d'opinion ?Liens utilesLes réseaux sociaux : une fabrique de l'opinion publique ?Liens utilesVers une opinion publique mondiale ?
Liens utiles
L'opinion publique : une question de valeurs
Liens utiles
Thucydide : les mœurs démocratiques
Opinion publique et ordre public
Liens utiles
À l'épreuve du réelSondages : faut-il changer les règles ? - VidéoSondages : faut-il changer les règles ? - Questions
En débatLa démocratie communicationnelle en questionsL'opinion publique a-t-elle toujours raison ?Le risque du conformisme

De quoi est-il question ?

L'opinion publique constitue le centre de gravité d'un régime démocratique comme celui de la France. Elle est en permanence invoquée, soit comme source d'une décision politique, soit, tout au rebours, comme repoussoir d'actions politiques jugées inappropriées. On fait donc aisément de l'opinion publique unsujet, un personnage-clé de la vie politique française.
Il est pourtant difficile de décrire les contours de ce « personnage », qui est naturellement bigarré, puisque toutes les opinions y sont fondues comme en un creuset. L'opinion publique, c'estun tout, mais l'opinion publique, c'est aussinous tous. De la pluralité à l'unité, le passage n'est pas simple, et il devient donc difficile de comprendre comment cristallise ce que nous pensons, non pas vraiment tous ensemble, mais d'abord chacun en conscience et selon ses moyens, ses aspirations, ses désirs, ses convictions, avant de faire précisément corps.
Le but, ici, est d'essayer de comprendre ce que dénote réellement ce concept difficile d'opinion publique et comment s'y conjuguent l'un de la représentation au multiple de ceux qui y sont représentés.

Vérifier ses connaissances

Répondez aux questions suivantes pour vérifier vos connaissances acquises au collège.
  • L'opinion publique est toujours représentée : quels divers « représentants » identifiez-vous ?
  • De quoi un sondage peut-il être représentatif ?
  • Toutes les opinions peuvent-elles s'exprimer publiquement ?

Définitions

L'opinion publique : une définition difficile (1)

Le terme d'opinion publique est galvaudé. L'idée même qu'il existe une opinion publique n'a pas toujours prévalu, si ce n'est d'abord sous la forme d'un rapport critique : comme toute opinion, elle relèverait plutôt des préjugés que d'une idée claire et déterminée.
Au siècle des Lumières, pourtant, de nombreux philosophes en appellent au « public » et, notamment, à un public qu'il faudrait éclairer, ce qui suppose que l'état de l'opinion semble de prime abord confus et obscur, comme s'il y avait ici un autre préjugé, celui des savants vis-à-vis d'un peuple censé être ignorant. En 1794, dans « Réponse à la question : “Qu'est-ce que les Lumières ?” »,EmmanuelKant(1724-1804) illustre cette préoccupation quant à la construction d'une opinion publique éclairée rompant avec les dogmes trompeurs. Or, pour lui,penser par soi-même, c'est aussi penser en public, c'est-à-dire « faire un usage public de sa raison dans tous les domaines », car cela permet d'atteindre plus sûrement une vérité universelle.
Prenant la mesure de l'enjeu du passage d'opinions disparates à l'établissement de concepts partagés,Friedrich Hegel(1770-1831) estime, dans lesPrincipes de la philosophie du droit, que l'établissement de parlements discutant publiquement permet de produire une opinion publique qui a une « capacité de juger plus rationnellement ». La publicité des débats permet leur partage et une analyse critique, qui de ce fait produit unsens communqui ne se réduit pas à une simple accumulation d'opinions atomistiques, c'est-à-dire individuelles et isolées. Le parlementarisme et l'élection constituent une tentative de production de l'opinion publique qui ne serait plus vraiment une simple opinion.
On voit ici la différence avec l'approche par sondage ​​​​– quelle que soit la méthode impliquée – qui s'appuie d'abord sur l'agrégation des opinions individuelles, c'est-à-dire qui entend fixer une opinion publique à partir d'une approchequantitativedes énoncés – on fixe la signification de ce qui est dit à partir d'un décompte (souvent complexe) d'énoncés.
Pour aller plus loin
Érik Neveu et al.,Qu'est-ce que l'opinion publique?: Dynamiques, matérialités, conflits,Gallimard. « Folio Essais », 2023

L'opinion publique : une définition difficile (2)

Le terme d'opinion publique est galvaudé. L'idée même qu'il existe une opinion publique n'a pas toujours prévalu, si ce n'est d'abord sous la forme d'un rapport critique : comme toute opinion, elle relèverait plutôt des préjugés que d'une idée claire et déterminée.
C’est une difficulté que contournent les techniques modernes et contemporaines de fixation et d’étude de l’opinion publique, qui privilégient une extraction pour ainsi dire mathématique de ses contenus de sens. Ce qui importe ici, en effet, c’est le nombre d’adhésions à une certaine idée, le plus souvent générale et catégorielle : être de droite ou de gauche, être favorable ou défavorable à telle ou telle politique, à telle ou telle disposition, etc. Affaire de goût et de sentiments, qui n'exige pas même qu'on soit précis et rigoureux dans ce qu'on pense ou qu'on dit penser.
Le détail des choses est donc moins important que leur catégorisation et les calculs ou les anticipations qu’elle permet. Ainsi, on dresse deséchantillons représentatifsà partir de données géographiques, démographiques ou économiques ; à l'aide de techniques statistiques – notamment l'analyse de variance, qui permet de discriminer entre des groupes et de faire émerger leurs caractéristiques les plus significatives –, on extrapole les réponses obtenues après les avoir rendues relativement superposables grâce à des procédures de questionnement elles-mêmes balisées, afin d'obtenir quelque chose qui s'apparente à une opinion publique – sur tel ou tel sujet, comme s'il s'agissait de produits de consommation.
On voit ici la différence avec l'approche herméneutiqueadoptée en philosophie, qui s'appuie d'abord sur la détermination de la valeur cognitive de l’opinion dans son expression publique. Où il est plutôt question d'une approchequalitativedes énoncés – on cherche à comprendre la façon dont cristallisent les idéaux et les conceptions (souvent complexes) circulant dans l’espace public.
Pour aller plus loin
Érik Neveu et al.,Qu'est-ce que l'opinion publique?: Dynamiques, matérialités, conflits,Gallimard. « Folio Essais », 2023

Démarches et situations

Les sondages : thermomètres ou miroirs déformants ?

Régulièrement des sondages paraissent qui prétendent établir les préférences des Français en ce qui concerne leurs opinions politiques, leurs perceptions des questions de société, leurs habitudes de mode, de sexualité, leurs goûts alimentaires, leurs sportives ou sportifs favoris, etc.
Un sondage est censé reprendre une méthode d'analyse utilisée en sociologie. La pratique du sondage s'inspire de la tradition des sciences sociales, qui cherchent à objectiver le social par des méthodes quantitatives, à « considérer les faits sociaux comme des choses », comme y invitaitÉmile Durkheim(1858-1917), l'un des fondateurs de la sociologie. Toutefois, alors que celle-ci vise une compréhension approfondie des phénomènes sociaux par des enquêtes de terrain rigoureuses et critiques de leur méthodologie, les sondages d’opinion tendent à simplifier et à quantifier des opinions individuelles, souvent en dehors de leur contexte social et historique.
Le sociologuePierre Bourdieu(1930-20202) a formulé une critique majeure des sondages d’opinion, notamment dans son article « L’opinion publique n’existe pas ». Selon lui, les sondages reposent sur trois postulats contestables : tout le monde aurait une opinion sur tous les sujets ; toutes les opinions se vaudraient ; il serait possible d’additionner ces opinions pour obtenir une « opinion moyenne ». Dans le droit fil de cette analyse,Patrick Champagne(1945-2023) relève l'artefact d'opinion produit par les sondages qui ne mesurent pas une opinion spontanée mais la produisent, en posant des questions qui ne correspondent pas nécessairement aux préoccupations réelles des individus. À cela s'ajoutent des biais tant dans la production des sondages que dans leur interprétation. Les questions posées, la formulation et le contexte du sondage influencent fortement les réponses, fabriquant ainsi une opinion qui n’existait pas auparavant. Les résultats sont souvent utilisés pour légitimer des décisions politiques ou médiatiques, en prétendant refléter une « volonté générale » qui n’existe pas en tant que telle.
Questions
Comme délégué de classe, vous souhaitez sonder vos camarades pour exprimer leur préférence concernant la date de rendu d'un devoir. Décrivez les biais de formulation dans chacune des questions ci-dessous, puis proposez une formulation qui éviterait tout biais.
  • « Préférez-vous rendre le devoir avant les vacances, pour être tranquille et profiter pleinement de votre temps libre ? »
  • « Voulez-vous vraiment devoir travailler pendant vos vacances en reportant le devoir après celles-ci ? »
  • « La majorité des élèves préfèrent rendre le devoir avant les vacances. Êtes-vous d’accord ? »
  • « Quand souhaitez-vous rendre le devoir après les vacances ? »
  • « Préférez-vous rendre le devoir avant les vacances, ce qui vous permettra de vous libérer l’esprit, ou après les vacances, ce qui pourrait vous donner plus de temps pour le préparer, mais risque de vous stresser à la rentrée ? »
Pour aller plus loin
  • Pierre Bourdieu, « L'opinion publique n'existe pas », conférence de 1972 reprise dansLesTemps modernesen 1973, texte disponible sur le site de l'académie d'Orléans-Tours à l'adresse :https://pedagogie.ac-orleans-tours.fr/documents/pdf/l_opinion_publique_n_existe_pas_-_bourdieu.pdf
  • Patrick Chamagne,Faire l'opinion, éd. de Minuit, 1990

Liens utiles

https://pedagogie.ac-orleans-tours.fr/documents/pdf/l_opinion_publique_n_existe_pas_-_bourdieu.pdf

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Le changement climatique, une question d'opinion ?

Le filmDon't look up-Déni cosmique(2021) montre combien la voix des scientifiques peut être inaudible face à l'opinion publique et aux enjeux politiques et économiques immédiats réfugiés dans le déni des mauvaises nouvelles, même étayées par des recherches. La question du changement climatique s'est peu à peu installée dans le paysage, portée tant par des organisations non gouvernementales écologistes que par le monde académique (les scientifiques).
Le Groupe interétatique d'experts sur le climat (Giec) a été créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade. Symétriquement, le terme « climato-sceptique » désigne ceux qui nient la réalité du changement climatique ou de son origine humaine.
À quelle source se fier ?
La compréhension d'enjeux scientifiques complexes – chaque rapport du Giec comprend des milliers de pages d'analyses, graphiques et tableaux – se heurte à l'action des lobbies défendant les intérêts des industries pétrolières. Ainsi, dès 1988, l'American Petroleum Institute – organisation ​​​​​​​entrepreneurialereprésentative des intérêts économiques américains du pétrole – met en place une stratégie de contrefeux qui consiste à nier la fiabilité des études, à proposer des analyses dites « alternatives », souvent fondées sur des approximations qui rejoignent des idées reçues. Prenant le relais, des publications virales sur les réseaux sociaux mettent régulièrement en cause la thèse du changement climatique d'origine humaine pour décrédibiliser la parole scientifique.
Questions
Lisez cet article de 2023 sur AFP Factuel : « Attention à ces publications minimisant à tort l'impact du CO2sur la planète » (https://factuel.afp.com/doc.afp.com.33DW3HT), puis répondez aux questions suivantes.
  • Quelles affirmations tendent à nier l'impact du CO2sur le climat ?
  • Quels faits scientifiques répondent à cette approche ?
  • Sur quels ressorts jouent les tenants du déni concernant le CO2 ?
  • Comment rendriez-vous accessibles les arguments scientifiques ?

Liens utiles

https://factuel.afp.com/doc.afp.com.33DW3HT

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Les réseaux sociaux : une fabrique de l'opinion publique ?

Sur les réseaux, la masse considérable d'expressions de toutes natures – politiques, sociales, culturelles, etc. – rend difficile, voire caduque, l'idée d'identifieruneopinion publique en rassemblant dans un périmètre suffisamment étroit la diversité des discours qui y circulent. Il existe bien des techniques permettant de repérer des centres gravitationnels : exploration profonde des ressources du web, indexation robotisée, échantillonnages automatiques, analyse des signaux forts ou faibles constitués par tels et tels contenus – l'industrialisation de ces techniques est largement avancée, mais qu'il en ressorte quelque chose comme une « opinion publique des réseaux » est loin de constituer une évidence convaincante.
Car, sur les réseaux, le diffus est le plus souvent la loi, et non le fixe, ni l'identifiable. En revanche, les effets en retour de la circulation irréfrénable des discours sont certains, les réseaux constituant bien une ressource pour l'opinion publique, pour sa formation protéiforme et pour ses manifestations politiques les plus concrètes. Ainsi, on n'imagine plus de campagne électorale sans une présence massive des candidats sur les réseaux ; on sait, depuis la campagne pour la première élection du président américain Barack Obama en 2006-2008, que la victoire électorale du candidat a été largement due à une utilisation savamment orchestrée des réseaux sociaux et d'Internet. On dira donc qu'avec cette élection comme avec d'autres, l'opinion publique majoritaire se sera exprimée ; mais elle n'aura pas tenu aux seuls canaux qui la représentaient traditionnellement, elle se sera formée, déformée, reformée au gré de l'investissement des réseaux par les stratèges du candidat. Aura-t-elle donc étéfabriquéepar les réseaux ?
Questions
  • Il se dit que, depuis une dizaine d'années, des moyens d'action sur les réseaux sont disponibles pour infléchir le déroulement d'élections : qu'en pensez-vous ? Complotisme ou réalité ?
  • Traditionnellement, une opinion publique est identifiée sur un plannational ; avec les réseaux, pensez-vous qu'il puisse exister quelque chose comme une opinion publiqueinternationale ?
  • Si les réseaux contribuent à la fabrique de l'opinion publique et si donc les techniques informatiques sous-jacentes jouent en cela un rôle crucial, pensez-vous que cela biaise l'expression d'une volonté populaire majoritaire ? Pourquoi ?
Pour aller plus loin
Francis Balle, « Barack Obama doit-il son élection à Internet ? », in La Revue européenne des médias et du numérique, hiver 2008-2009

Liens utiles

https://la-rem.eu/2008/12/barack-obama-doit-il-son-election-a-internet/

https://la-rem.eu/2008/12/barack-obama-doit-il-son-election-a-internet/

Vers une opinion publique mondiale ?

Si, paradoxalement, les échanges en ligne se font généralement dans des « bulles » rassemblant des conceptions proches et assez peu différenciées, Internet constitue bien un espace d'échanges qui connaît techniquement peu les frontières – sinon celles posées par certains États ou leurs administrations – et nos communications traversent potentiellement tous les continents.
Idéalement, on devrait pouvoir postuler qu'il existe quelque chose de protéiforme, sans doute, mais qui incarne une sorte d'opinion publique mondiale, puisqu'il existe bien une clameur publique mondiale et des canaux pour la configurer. Publiant sur les réseaux, nous nous adressons potentiellement à tous les internautes possibles, et certains, certes rares, en touchent effectivement des dizaines ou des centaines de milliers, voire de millions.
Source : https://fr.statista.com/statistiques/625019/instagram-comptes-plus-suivis-nombre-followers/
Questions
  • Sur le graphique ci-dessus, identifiez les comptes les plus populaires ; que remarquez-vous ?
  • Une opinion publique peut-elle concerner n'importe quel sujet ou ne concerne-t-elle que des sujets politiques ?
  • Des objets d'intérêt non politiques peuvent-il conduire à fixer des sujets proprement politiques ?
  • Les idées politiques partagées sous la forme d'une « opinion publique » sont-elles nécessairement des idées politiques locales (régionales ou nationales) ?

Liens utiles

https://fr.statista.com/statistiques/625019/instagram-comptes-plus-suivis-nombre-followers

https://fr.statista.com/statistiques/625019/instagram-comptes-plus-suivis-nombre-followers

L'opinion publique : une question de valeurs

L'opinion publique a-t-elle une voix, comme le prétend la formule :vox populi vox dei(« la voix du peuple est celle de dieu ») ?
À cette question, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) répond d'une façon nuancée, s'inscrivant dans ce qu'on pourrait appeler la tradition française (avec Montesquieu [1689-1755] ou Alexis de Tocqueville [1805-1859]), qui établit que l'opinion n'est ni affect, ni passion, ni raison, mais qu'elle renvoie au tissu social dans sa réalité incontournable : les mœurs. Ce qui signifie que la politique n'est pas pure construction de l’État, qu'il existe une politique des passions sociales et que l'opinion publique est une réalité sociale.
L'opinion publique, certes, n'est pas la « volonté générale » – locution technique désignant, chez Rousseau, la volonté du peuple qui statue collectivement pour, à l'issue de délibérations,déclarerla loi. La « volonté générale », en ce sens, est une voix unique qui se fait entendre à l'issue d'un processus rationnel et cognitif et la loi est idéalement un acte de souveraineté.
L'opinion, qui n'est certes pas la loi, ni ne saurait en tenir lieu ou la faire, est cependant, selon Rousseau, une « espèce de loi », car elle détermine des valeurs qui ne sont pas strictement morales, mais qui ont trait aux mœurs – uneespècede morale, non pas individuelle mais sociale.
Dans la République romaine antique, un tribunal des censeurs, magistrature qui veillait à l'opinion, avait pour tâche de déclarer dans un jugement ce qu'étaient les valeurs de la communauté. Cette déclaration n'était pas un acte de souveraineté. À quoi servait-elle ? À veiller à ce que les lois, bien qu'elles n'eussent pas à codifier les mœurs, leur fussent conformes ou, comme l'a dit Montesquieu, ne fussent pas dépourvues d'esprit.Dans cette optique, l'opinion publique porte les citoyens à aimer et à respecter les lois, ainsi qu'à désirer leur obéir.
On aperçoit ainsi que la différence entre populisme et démocratie vient de ce que le populisme croit qu'on peut produire les mœurs, comme aussi les supprimer, parce qu'il nie l'irréductible réalité socialede toute communauté politique. Autrefois, le tribunal des censeurs protégeait la République romaine contre le danger d'oublier l'importance vitale du social dans le politique. Promouvoir l'amitié, faire aimer la paix, la liberté, l'égalité : telles sont les marques opérationnelles concrètes du respect de l'opinion publique dans un régime politique authentiquement libre.
Questions
  • Qu'appelleriez-vous, en politique, des « bonnes mœurs » ? Se réduisent-elles à ce qu'on appelle la « morale » ?
  • Comment, selon vous, s'exprime l'opinion qui, sans se réduire à des affects, des émotions ou des passions sociales, se traduit dans les mœurs ?
  • L'esprit de camaraderie – que promeut l'école de la République – vous semble-t-il présenter une dimension authentiquement politique ?
Pour approfondir
  • Jean-Jacques Rousseau,Du contrat social, livre IV, chap. 7, 1762
  • Bruno Bernardi,La Volonté générale entre raison publique et opinion publique,conférence prononcée en 2010et disponible sur YouTube ou sur le site de l'académie de Grenoble :https://philosophie-pedagogie.web.ac-grenoble.fr/article/la-volonte-generale-entre-raison-publique-et-opinion-publique-par-bruno-bernardi

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https://philosophie-pedagogie.web.ac-grenoble.fr/article/la-volonte-generale-entre-raison-publique-et-opinion-publique-par-bruno-bernardi

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Thucydide : les mœurs démocratiques

Dans son oraison funèbre en l'honneur des soldats morts durant la guerre du Péloponnèse, le stratège et homme politique Périclès (vers 495 av. J.-C.-429 av. J.-C.) rend hommage au mode de vie démocratique des Athéniens, et il décrit l'excellence de leurs mœurs.
« Nous apprécions la beauté, sans pour cela aimer le faste et nous avons le goût des choses de l'esprit, sans tomber dans la mollesse. Nous usons de nos richesses en hommes d'action, comme de moyens et non en hâbleurs, pour en faire parade. Il n'y a point de honte chez nous à avouer qu'on est pauvre, mais il y en a à ne rien faire pour sortir de cet état. Ceux qui participent au gouvernement de la cité peuvent s'occuper aussi de leurs affaires privées et ceux que leurs occupations professionnelles absorbent, peuvent se tenir fort bien au courant des affaires publiques. Nous sommes en effet les seuls à penser qu'un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile. Nous intervenons tous personnellement dans le gouvernement de la cité au moins par notre vote ou même en présentant à propos nos suggestions. Car nous ne sommes pas de ceux qui pensent que les paroles nuisent à l'action. Nous estimons plutôt qu'il est dangereux de passer aux actes, avant que la discussion nous ait éclairé sur ce qu'il y a à faire. »
Thucydide,La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, Gallimard, Folio classique, p. 155 (2000)
Questions
  • Vous semble-t-il surprenant que les mœurs démocratiques incluent l'amour des belles choses ?
  • User de sa richesse en homme d'action et non pour en faire parade : comment concevez-vous cela ?
  • Pourquoi importe-t-il en démocratie que chacun sache réfléchir et bien parler ?

Opinion publique et ordre public

Emmanuel Kant (1724-1804), dans un opuscule intituléQu'est ce que les lumières?, théorise une conception moderne de l'opinion publique, qui devient l'opinion d'un public faisant usage de sa raison dans l'espace public,par exemple en publiant des livres ou des articles. Ainsi, le capitaine, le prêcheur, le fonctionnaire, doivent-ils, dans le cadre de leurs fonctions, obéir à leur hiérarchie tout en étant libres de critiquer les ordres, les interprétations, les règlements, dans des expressions publiques raisonnées de leur opinion.
Questions
De multiples éditions de poche de ce court texte de Kant sont disponibles ; parmi les éditions électroniques également disponibles, on consultera :
  • https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Quest-ce-que-les-Lumi%C3%A8res%EF%80%A5-1784.pdf
  • https://webusers.imj-prg.fr/~david.aubin/cours/Textes/Kant-lumieres.pdf.
Une lecture attentive et complète de ce texte permettra de répondre aux questions suivantes :
  • Qui est l'interlocuteur d'Emmanuel Kant et destinataire de ce texte ?
  • Pour quelle(s) raison(s), selon Kant, une expression libre et publique de l'opinion ne saurait nuire à l'ordre public ?
  • Comment ce texte sur l'opinion publique recoupe-t-il la thématique de la liberté de penser ?
  • Existe-t-il des opinions qu'on ne saurait exprimer dans l'espace public ?

Liens utiles

https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Quest-ce-que-les-Lumi%C3%A8res%EF%80%A5-1784.pdf

https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Quest-ce-que-les-Lumi%C3%A8res%EF%80%A5-1784.pdf

https://webusers.imj-prg.fr/~david.aubin/cours/Textes/Kant-lumieres.pdf

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À l'épreuve du réel

Sondages : faut-il changer les règles ? - Vidéo

Sondages : faut-il changer les règles ? - Questions

Les sondages et les enquêtes d’opinion sont régulièrement dénoncés car ils porteraient atteinte à la bonne tenue et à la sincérité du débat politique, particulièrement lors des campagnes électorales. L’émission Sens Public diffusée sur Public Sénat reçoit en plateau trois invités pour débattre des enjeux des sondages en démocratie. Prenez connaissance du podcast de l’émission : « Sondages : faut-il changer les règles ? » (17 octobre 2022).
Question
Prenez en notes tout élément utile portant sur l’usage, la fiabilité, l’importance, les effets, la réglementation et l’instrumentalisation des sondages pour proposer une réponse argumentée à la question suivante : les sondages nuisent-ils à notre démocratie ?

En débat

La démocratie communicationnelle en questions

« L’opinion publique occupe une place centrale dans une société de communication. »
À débattre
  • Une société de communication est-elle nécessairement une société démocratique ?
  • Quels peuvent en être les biais ?
  • Qu'est-ce qui ou qui représente l'opinion publique ?
  • Quels sont les mécanismes, les techniques mis en œuvre dans une « société de communication » ? Sont-ils neutres, c'est-à-dire sans effets sur ce qu'on identifie comme « opinion publique » ?

L'opinion publique a-t-elle toujours raison ?

Les démocraties contemporaines sont des régimes d'opinion, dont les gouvernements ou parlements tiennent leur légitimité et leur légalité des suffrages populaires. Faut-il par conséquent toujours accorder la primauté à l'opinion publique ?
La difficulté tient à sa détermination et à son interprétation. Un scrutin ou des sondages –nonobstantle caractère contestable de ces derniers par ailleurs – engagent toujours une « photographie » d'un état de l'opinion susceptible d'interprétations. Comme simple état temporaire, cet état est susceptible de changements, de fausses routes. En même temps, la question se pose de savoir qui peut, et au nom de quels critères, s'instituer comme censeur de l'opinion publique sans relation avec la souveraineté démocratique définie en ces termes par la Constitution de 1958 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. » (art. 3)
À débattre
  • Faut-il remplacer la prise de décision dans le cadre de processus électoraux normés par des sondages ou des consultations directes ? Quels en seraient les avantages et les risques ?
  • Faut-il restreindre les sujets soumis à l'opinion publique, par exemple dans le cadre du respect de la Constitution, d'un contrôle de légalité par une haute juridiction comme la Cour suprême aux États-Unis, ou les Conseils constitutionnel et d'État en France ?
  • Au nom de quelle conception de la raison pourrait-on opposer une raison à l'opinion publique ?

Le risque du conformisme

D'avril 1831 à février 1832, Alexis de Tocqueville (1805-1859) voyage à travers l'Amérique. De retour en France, il médite sur son expérience et consigne ses réflexions dansDe la démocratie en Amérique. Il s'inscrit à cet égard dans une tradition ancienne de philosophes ayant critiqué la démocratie au motif qu'elle serait hantée par la monstruosité effrayante de la tyrannie. Ayant finement observé la société américaine durant son voyage, Tocqueville déplore l'individualisme galopant, l'obsession du bien-être matériel, l'indifférence à la chose publique, le conformisme et le règne de l'opinion.
Une démocratie ne serait saine que si chacun, isolément, après réflexion et délibération, dans son irréductible singularité et sans se laisser influencer, exprimait son avis concernant la conduite des affaires communes. Il ne s'agirait pas d'être « original » ou « extravagant », plutôt personnel et réfléchi, et de penser en première personne au lieu de se laisser noyer dans la masse de l'opinion. Ce serait donc savoir s'isoler, se couper de toute influence des sources d'information afin de penser par soi-même et de faire le point en son âme et conscience sur ce qui semble juste ou vrai.
Or, la vie démocratique consiste-t-elle dans cette manière de recueillement de tous et de chacun ? Et si ce n'est pas la cas, ce qui est la condition de la vie politique en démocratie ne risquerait-il donc pas d'être la cause première de sa perte ?
À débattre
  • La liberté d'expression exige-t-elle une critique de l'opinion ?
  • Le conformisme est-il inévitablement lié aux processus de formation de l'opinion ?