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Chez les fous

Cela dure depuis deux ans. La démente ne devient muette que sous le coup du sommeil, quatre heures sur...

Sommaire

J'étudie l'extrait « La cour des agitées »« La cour des agitées » - Extrait« Les persécutés » - Extrait« La cour des agitées » et « Les persécutés » - Questions« La cour des agitées » et « Les persécutés » - Grammaire
J'étudie l'extrait « On s’est moqué de Pinel »« On s’est moqué de Pinel » - Extrait« On s’est moqué de Pinel » - Questions« On s’est moqué de Pinel » - GrammairePinel faisant tomber les fers des aliénés de Bicêtre en 1792, Charles Louis Müller - Image« Un aliéné prostré », Planche XIII, Ambroise Tardieu, Des Maladies mentales, Esquirol, 1838 - Image
J'étudie l'extrait « Réflexions »« Réflexions » - Extrait« Réflexions » - Étude de texte« Réflexions » - Coup de pouce« Réflexions » - Grammaire

J'étudie l'extrait « La cour des agitées »

« La cour des agitées » - Extrait

Cela dure depuis deux ans. La démente ne devient muette que sous le coup du sommeil, quatre heures sur vingt-quatre au maximum. Dès qu’elle ouvre l’œil :
– D’zim ba da boum…
Sa figure est satisfaite.
Nous regardons ce spectacle en silence, comme on regarderait un désastre, une grande inondation.
– Tiens ! crie une autre qui vient d’accourir, tiens !
Elle se plante devant la Mère supérieure, fait demi-tour et lui montre son derrière.
– La folie est une infortune qui s’ignore, dit la sainte femme en contemplant d’un regard de pardon le scandale qui se prolonge.
À côté des folles, les fous semblent raisonnables. Ces femmes sont infernales. Toutes ont l’air d’obéir à un ressort qu’elles auraient avalé. Elles se plient, se redressent, gambadent. Elles portent leurs bras en ailes de moulin. Il y a beaucoup de cantatrices. Les ballerines ne manquent pas non plus, et les mégères1relient les deux… Par temps d’orage, l’intensité de cette diablerie est décuplée.
– Monsieur !
Une rousse qui a l’air d’avoir des serpents dans les cheveux me saisit par le bras, impérative :
– Monsieur ! J’ai été nommée Mère principale des Filles de la Charité, chanoinesse2de la cathédrale, général en chef du Vatican par Sa Sainteté le Souverain Pontife3. J’arrive à la basilique4. Je m’assois au banc du chapitre5. Le suisse veut me faire sortir. Je résiste. Un chanoine vient à mon aide ; je dis : « Je suis chanoinesse ! » Alors on m’enferme ici ! Quand va-t-on me rendre mes droits ? Qui êtes-vous ? Abbé, évêque ou sacristain6? À moins que vous ne soyez que son chien, Azor ! C’est vous, Azor ?
– Assez ! dit la Sœur surveillante.
– Respect à moi ! Fille de rien ! Respect à mes galons donnés par Benoît XV !
– Assez ! Assez !…
La sœur de garde a la figure angélique. Une malade la désigne du doigt et crie : « Enfin ! Enfin ! »
– Ah ! fait la Sœur. Vous allez pouvoir m’humilier à votre aise, voici ma Mère supérieure, M. le docteur et un autre monsieur… Humiliez-moi…
La « malade » est une furie. Elle danse autour de la Sœur.
– Trois hommes ! Il lui en faut trois par jour. Elle les fait venir par le toit, et là-bas, dans ce coin, elle les dévore. Moi, je n’en ai pas un, même pas celui que m’a donné la loi. Trois chaque jour !
– Et les nuits ? fait la Sœur.
– … Et quatre chaque nuit, voilà son compte. Humiliez-vous… Humiliez-vous…
– Maintenant que vous m’avez humiliée, soyez plus calme.
La furie décampe en se troussant.
Il y a la camisole7. Il y a aussi la ceinture. Fixée à la taille, la ceinture a deux anneaux qui maintiennent les poignets.
On met la ceinture aux déchireuses, aux vindicatives8. On compte bien dix ceintures dans cette cour. L’une de ces agitées marche sans arrêt.
– Asseyez-vous, madame Raymond.
– Je ne veux pas m’asseoir à côté de ces dames. Elles ne sont pas malades. Pourquoi les garde-t-on ici ? Elles vont me donner la bonne santé… Arrière !… Arrière !…
Une autre frappe la terre de son talon et s’écrie à chacun de ses coups :
– Tu m’entends, Lafont9! Tu m’entends, Poizat10!
Lafont et Poizat sont ses ennemis. Elle les écrase sous sa botte.
Toute blanche de cheveux, échevelée, voici une autre vision qui s’avance sur les genoux. Les bras au ciel, les yeux noyés, cette vieille femme à jolie tête pousse des cris qui terrifient. Elle nous atteint, elle me prend le poignet. C’est un étau qui me serre… Puis elle retombe la face contre le sol et pleure comme sur une tombe toute fraîche. À dix pas, une Margoton11chante à tue-tête et tourne, derviche emballé12!
1.Mégère : femme méchante et emportée.2.Chanoinesse : titre porté par les religieuses de certaines communautés comme celle des Filles de la Charité.3.Souverain Pontife : le pape.4.Basilique : église chrétienne. 5.Banc du chapitre : banc d'une église.6.Sacristain : celui qui a la charge de l’entretien d’une église, notamment de la sacristie, et qui aide à la préparation matérielle des cérémonies.7.Camisole : long vêtement de toile forte, garni de liens, à manches fermées, employé pour immobiliser les malades mentaux.8.Aux déchireuses, aux vindicatives : personnes qui détruisent de manière compulsive des tissus ou du papier ; personnes qui sont portées à se venger.9.Gabriel-Grégoire Lafont-Gouzi : médecin, auteur de De l'état des hommes considéré sous le rapport médical (1777-1850).10.Albert Poizat : auteur de roman et de pièces de théâtre, critique littéraire (1863-1936).11.Margoton : femme de mœurs légères.12.Derviche emballé : personne au comportement exalté, prenant des allures de prophète.

« Les persécutés » - Extrait

Ce qu’il y ade poignant, c’est le fou persécuté.
Sa folie ne lui laisse pas de répit. Elle le tenaille, le poursuit, le torture. La nuit on le guette, on l’espionne, on l’insulte. « On » ou « ils » sont ses ennemis ! Ils sont dans le plafond, dans le mur, dans le plancher.
– Dans le réduit à charbon vous le voyez tout noir, qui m’envoie des ondes ?
On ne cesse de s’occuper de lui, on le frappe, on le pince, on le martyrise par l’électricité, le fer, le feu, la nappe d’eau, les gaz.
Il se bouche les yeux, les oreilles, le nez ; en vain ! Il voit toujours ses persécuteurs. Il entend qu’on le menace, il sent une odeur de roussi.
Il vit dans les transes, il dort dans le cauchemar.
– Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Arrière ! Les voilà ! Les voilà !
Au début, il n’accuse personne nominalement. Puis le fantôme prend une forme. C’est un individu qui lui est inconnu, ou c’est une secte, une société secrète, une association, un consortium1 ; ce sont les jésuites2, les francs-maçons3, l’Armée du Salut4, une compagnie d’assurances. Ce sont les physiciens. C’est Edison5, c’est Marconi6, c’est Branly7.
Jadis, c’était le diable. Le diable est détrôné. Il n’opère que pour les paysans arriérés. Les inventions modernes l’ont rejeté dans son enfer, le persécuteur d’aujourd’hui est le cinématographe, le phonographe, le sans-fil, l’avion, la radiographie, le haut-parleur8.
– L’avion passait au-dessus de ma fenêtre (c’est une jeune femme qui m’explique son affaire) et il me disait : « Viens sur le balcon, je vais t’emporter par les cheveux. » Je fermais ma fenêtre, je mettais les volets, il revenait toujours. « Tes cheveux sont-ils solides, disait-il, prépare-les bien. » Je me suis fait couper les cheveux. J’ai pensé qu’il ne reviendrait plus. Il revint. C’était entre midi et une heure. Alors, héroïquement, j’ai rasé ma tête. Il est revenu quand même. Écoutez-le, il rôde… rrron… rrron-rrron, il sera là, dans une heure. Pourquoi permet-on ces violences dans le ciel ? Il n’y a plus de police possible. Les assassins marchent maintenant sur la tête de la gendarmerie. C’est la fin des honnêtes personnes bien tranquilles sur leur balcon…
Elle pose ses deux mains sur son crâne rasé, disant :
– Écoutez, il vient !
Le remords les travaille. Ils s’accusent de crimes. Ce sont eux qui sont cause des catastrophes.
Un homme se frappait la poitrine à grands coups de poing. Il ne se ménageait pas. Son thorax rendait un son cave9.
– C’est moi ! C’est moi ! C’est moi ! répétait-il.
C’est lui qui était responsable de l’évacuation de la Ruhr10!
Leur douleur ne se traduit pas toujours par une excitation, leur folie est circulaire, c’est alors la période de dépression. À ces moments, leur souffrance est muette. Ils en sont comme inondés. Accablés sur un banc, les yeux exténués et perdus dans le lointain, leur faute les ronge.
1.Consortium : communauté, société.2.Jésuites : communauté religieuse.3.Francs-maçons : société mondiale dont les membres, ou frères, prêtent serment et en connaissent seuls les secrets.4.Armée du Salut : mouvement international fondé par un pasteur de l'église anglicane au XIXe siècle dans le but d'aider les pauvres.5.Thomas Edison : inventeur, scientifique et industriel américain (1847-1931).6.Gugielmo Marconi : physicien, inventeur et homme d'affaires italien (1874-1937).7.Édouard Branly : physicien et médecin français (1844-1940).8.Le cinématographe, le phonographe, le sans-fil, l’avion, la radiographie, le haut-parleur : inventions du milieu et de la fin du XIXe siècle.9.Cave : creux, autrement dit, bas et profond. 10.Ruhr : région de l'ouest de l'Allemagne occupée, après la Première Guerre mondiale, dans le but de préserver la sécurité de l'Europe occidentale, puis progressivement évacuée.

« La cour des agitées » et « Les persécutés » - Questions

Lisez les extraits « La cour des agitées » et « Les persécutés ». Mettez-vous en groupe et répondez aux questions suivantes pour chacun des textes.
1. Quel sujet précis Albert Londres choisit-il d’aborder dans ces textes ? Justifiez votre réponse avec précision. 
2. Comment Albert Londres rend-il compte de la folie dans ces deux textes ? Autrement dit, quels procédés d'écriture emploie-t-il pour montrer la folie ? Appuyez-vous sur des exemples précis de procédés d'écriture dont vous commenterez l'emploi (temps des verbes, types de phrase, figures de style).
3. Quels effets Albert Londres cherche-t-il à créer lors de la lecture de son texte ? 
4. Ces textes sont écrits par un journaliste qui mène une enquête. Pourtant, à quel genre semblent-ils appartenir ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur vos réponses précédentes. 
5. En vous appuyant sur ce que vous venez d'étudier, faites une étude comparative synthétique qui révèlera particulièrement les points communs de ces deux textes. Cette étude mettra ainsi en valeur les procédés d'écriture qui font la force d'un style visant à frapper l'esprit du lecteur. La carte mentale semble la forme la plus adéquate pour ce travail. 
Variante possible: la classe est divisée en deux groupes et chaque groupe s'occupe de l'étude d'un texte avant une mise en commun qui permettra aux élèves d'élaborer ensemble l'étude comparative. 

« La cour des agitées » et « Les persécutés » - Grammaire

Lisez cet extrait : « L’avion passait au-dessus de ma fenêtre (c’est une jeune femme qui m’explique son affaire) et il me disait : “Viens sur le balcon, je vais t’emporter par les cheveux.” Je fermais ma fenêtre, je mettais les volets, il revenait toujours. »
1. Réécrivez ce passage en conjuguant les verbes du récit au passé simple. Attention, la transformation au passé simple ne convient pas à tous les verbes de cet extrait ! 
2. Quels verbes ne peuvent pas être conjugués au passé simple ? Pour quelles raisons différentes ? 
3. Quelle est la valeur de l'imparfait dans l'extrait ? 

J'étudie l'extrait « On s’est moqué de Pinel »

« On s’est moqué de Pinel » - Extrait

L’agité peut être calmé ou réduit.
On ne lui demande pas ce qu’il préfère. Si l’on n’a pas le temps de le calmer, on le réduit. Quand on le juge assez réduit, parfois on le calme. On l’écume1comme le pot-au-feu.
Il est des cas, côté des hommes, où la réduction s’opère à la semelle de brodequins2. Ce traitement n’est pas ordonné par les médecins. Il a lieu surtout la nuit.
L’agité crie, se démène, il ennuie le surveillant. L’homme a déjà la camisole, on lui donne quelques bons coups avec le passe-partout3, histoire de l’avertir. Le manche à balai sert aussi. Mais la méthode préférée est le brodequin. Monté sur le lit, le surveillant frappe dans les côtes. Le lendemain, le patient en porte lesmeurtrissures. Ces agités donnent contre tous les murs ?
C’est la méthode clandestine.
Officiellement, elle n’existe pas.
Les médecins réduisent par la camisole, le ficelage sur le lit, le cabanon et le drap mouillé.
Le drap mouillé est une conquête de la psychiatrie. La méthode nous vient de l’Égyptedes Pharaons. Seulement, pour l’employer, les Égyptiens attendaient que les clients fussent morts. Et ils coupaient le drap en petits morceaux appelés bandelettes. Nous, nous employons le drap dans toute sa largeur, en serrant bien, à chaque tour, à l’aide du genou… Il arrive ainsi que l’on atteint le résultat : le malade ne crie plus ; il expire.
Les docteurs calment par la balnéothérapie4.
La douche n’est plus à la mode.
Sur les vingt mille insensés que j’ai eu l’honneur de fréquenter, cent à peine ont évoqué la séance du jet d’eau. C’était dans des départements où la lumière scientifique n’avait point encore pénétré !
Aujourd’hui, c’est le bain.
Dans les maisons pour riches, les bains sont de dix-huit, vingt-quatre, trente-six heures ; encore ne sommes-nous pas en avance : en Allemagne, c’est deux jours, trois jours.
Pour ménager les côtes de la personne que l’on veut ainsi laver, on suspend un hamac dans la baignoire. L’eau et deux gardes se renouvellent par des systèmes pleins de perfection.
Cette hydrothérapie5est plus modérée dans les asiles.
Un pauvre ne doit pas se laver aussi longtemps qu’un riche, ce serait indécent ; aussi, dans ce cas, les bains ne durent-ils que de quatre à huit heures, et il n’y en a pas pour tout le monde.
Un jour, mes pas innocents me conduisirent dans une salle. Je vis des têtes qui semblaient être des choux-fleurs dans un jardin potager. Cette vision anéantit sur-le-champ toutes mes capacités, sauf une : celle de compter. Je comptai : une, deux, quatre, six… quatorze têtes. M. Deibler6n’avait pourtant point pris son café au lait dans cette ville, ce matin ! D’abord, ces têtes n’étaient pas coupées, elles grimaçaient et leurs bouches criaient. Curieux tableaux à l’ombre des grands murs départementaux ! Je me campai. Étayé de ma canne, j’ouvris résolument les yeux. Pas d’erreur ! C’étaient des têtes. Des têtes qui sortaient d’une cangue7. À Changhaï8, si vous êtes bien avec le chef de police de la concession française, vous pouvez avoir la primeur d’une de ces représentations. Pourquoi aller si loin ? Ce n’était point du même ordre, cependant. C’est d’une baignoire qu’émergeaient ces têtes, non d’une cangue. Étonnantes baignoires ! Elles étaient entièrement recouvertes d’une planche de bois qui, par bonheur, portait une échancrure juste au moment où elle atteignait le cou.
Bien trouvé ! Les baigneurs ne s’évaderont pas de la baignoire.
Des têtes étaient calmes ; mais celle-ci nous injuriait. Et cette autre, d’un geste du menton, réclamait qu’on lui grattât le nez.
Un trou pour la tête c’est bien ! Un autre pour les mains, s’il vous plaît, au moins pour une seule !
La baignoire coûte cher, le personnel est rare, alors apparaissent instruments de contrainte, cellules et cabanons.
Ficelez sur un lit un agité et regardez sa figure : il enrage, il injurie. Les infirmiers y gagnent en tranquillité, le malade en exaspération. Si les asiles sont pour la paix des gardiens et non pour le traitement des fous, tirons le chapeau, le but est atteint.
Pinel9, voilà cent ans, enleva les fers aux aliénés. Cela fait un beau tableau à la faculté de médecine de Paris. Eh bien ! on s’est moqué de Pinel.
Camisoles, bracelets, liens, bretelles remplacent les fers.
Voyez cette jeune femme camisolée et liée sur son matelas depuis cinq jours. Camisole et liens ne l’ont pas calmée. Elle grince des dents, mais c’est moins de folie que de rage. On comprend qu’elle dévorerait joyeusement ses bourreaux10. Ses bourreaux, eux, pendant ce temps, jouent aux cartes. Alors, et le bain, cette dernière conquête du progrès, qu’attend-on ? Que l’infirmière ait le temps et qu’une baignoire soit libre !
1.Écumer : débarrasser de l’écume, c'est-à-dire la mousse blanchâtre qui monte à la surface d’un liquide échauffé ou en fermentation.2.Brodequin : chaussure montant jusqu’à mi-jambe qui se laçait sur le dessus du pied.3.Passe-partout : clef qui permet d’ouvrir des serrures différentes dans un même établissement.4.Balnéothérapie : traitement médical par le bain.5.Hydrothérapie : traitement de certaines affections par l’emploi de l’eau.6.M. Deibler : bourreau français, troisième de la profession à exercer la fonction d'exécuteur en chef en France (1823-1904). Il décapitait les condamnés à mort.7.Cangue : carcan, utilisé en Asie et surtout en Chine, qui consistait en deux pièces de bois très pesantes, emprisonnant le cou et les poignets du condamné.8.Changhaï : variante orthographique de Shanghaï, aujourd'hui désuète.9.Philippe Pinel : médecin et aliéniste renommé (1745-1826). Il refuse que les fous soient attachés par des chaînes. Il pose un regard nouveau sur la folie en affirmant qu'elle peut être comprise et soignée. C'est un précurseur de la psychatrie moderne.10.Bourreau : exécuteur des peines corporelles prononcées par les cours de justice, et, spécialement, de la peine de mort. 

« On s’est moqué de Pinel » - Questions

Lisez l'extrait « On s’est moqué de Pinel » et répondez aux questions suivantes : 
1. Quels sont les différents mouvements du texte ? Intéressez-vous particulièrement au temps des verbes, aux pronoms personnels et aux articles pour délimiter les différentes parties du texte. Donnez un titre sous la forme d'une phrase à chacun de ces mouvements. Comment l'extrait est-il donc construit ? 
2. Quel sujet Albert Londres aborde-t-il dans cet extrait ? Qu'a-t-il constaté lors de son enquête ? Justifiez votre réponse avec précision. 
3. Quel sentiment Albert Londres semble-t-il éprouver face à ce qu'il explique ? Quels procédés d'écriture révèlent ce sentiment ? 
4. Quelle est la tonalité dominante de ce texte ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des éléments précis que vous commenterez.
5. Quelle est la visée de ce texte ? Quels effets Albert Londres cherche-t-il à produire chez son lecteur ?

« On s’est moqué de Pinel » - Grammaire

« Sur les vingt mille insensés que j’ai eu l’honneur de fréquenter, cent à peine ont évoqué la séance du jet d’eau. C’était dans des départements où la lumière scientifique n’avait point encore pénétré ! »
Repérez les verbes conjugués, précisez leur temps et leur valeur.

Pinel faisant tomber les fers des aliénés de Bicêtre en 1792, Charles Louis Müller - Image

Charles Louis Müller peint le moment où Philippe Pinel, en pleine Révolution, libère les fous de leurs chaînes... Ce moment n'a pas eu lieu. Mais l'histoire retiendra le nom de Pinel pour ce geste symbolique car cet aliéniste, médecin-chef de la Salpêtrière, auréolé de sonTraité, change le regard que l'on porte sur le fou : c'est désormais un malade qu'il faut soigner. Une psychiatre française, Gladys Swain, parle à ce sujet d'une « scène originaire de délivrance où est censé s’exhiber en quelque manière le secret de l’entrée de la folie en médecine » (Le Sujet de la folie : naissance de la psychiatrie, 1977). C'est le début de la psychiatrie. Pinel pense autrement le fou selon Gladys Swain, non pas comme coupé des autres ou enfermé en lui-même, mais comme une personne douloureusement consciente de son trouble, continuellement tournée vers autrui. Cette vision permet d’imaginer un dialogue thérapeutique dans lequel la parole joue un rôle essentiel.

« Un aliéné prostré », Planche XIII, Ambroise Tardieu, Des Maladies mentales, Esquirol, 1838 - Image


J'étudie l'extrait « Réflexions »

« Réflexions » - Extrait

La façondont notre société traite les citoyens dits aliénés date de l’âge des diligences1. Regarder vivre nos fous n’est pas plus ahurissant que ne le serait de nos jours le départ de deux voyageurs, en poste pour Rome.
La loi de 38 n’a pas pour base l’idée de soigner et de guérir des hommes atteints d’une maladie mentale, mais la crainte que ces hommes inspirent à la société.
C’est une loi de débarras.
Ce monsieur est-il encore digne de demeurer parmi les vivants ou doit-il être rejeté chez les morts ?
Dans une portée de petits chats, on choisit le plus joli et on noie les autres…
Les Spartiates2saisissaient les enfants mal faits et les précipitaient du haut d’un rocher.
C’est quelque chose dans ce genre que nous faisons avec nos fous.
Peut-être même est-ce un peu plus raffiné. On leur ôte la vie sans leur donner la mort.
On devrait les aider à sortir de leur malheur, on les punit d’y être tombés.
Cela sans méchanceté, mais par commodité.
Les fous sont livrés à eux-mêmes.
On les garde, on ne les soigne pas.
Quand ils guérissent, c’est que le hasard les a pris en amitié.
La médecine mentale n’a pas de frontière fixe.
On enferme ceux qui gênent leur entourage. Si l’entourage est conciliant, de plus fous demeurent en liberté.
Un médecin n’a qu’une conscience, en revanche on lui donne cinq cents malades.
Les bouviers3mènent bien jusqu’à cent bœufs !
La folie est semblable à ces chapeaux de prestidigitateurs4, qui ont l’air d’être vides et d’où l’artiste extrait sans effort cent mètres de ruban, une valise, un bocal de poissons rouges, deux poules de Houdan5et la tour Eiffel, grandeur naturelle !
À quel moment un aliéné cesse-t-il d’être aliéné ? Là, nous entrons dans un brouillard de poix6. Deux psychiatres se disputant un malade prouveront chacun avec évidence, l’un que le malade est sain, l’autre que le malade est fou. C’est un pic de la science encore mal exploré. Comme le sommet de l’Himalaya7, on sait qu’il existe, personne n’y est encore allé.
Des internements qui, au début, sont légitimes cessent de l’être par suite de l’évolution de la maladie.
Comment savoir qu’un fou n’est plus fou puisqu’on ne le soigne pas ?
Dans un asile, un malchanceux est resté quatorze années en cellule ! Oubli ? Entêtement ? Erreur ? Le docteur qui l’en a fait sortir ne le sait pas. L’homme demande justice. Il est toujours enfermé, mais libre, dans le jardin. Je lui ai expliqué que ce qu’on lui avait fait était légal.
1.Diligences : voitures américaines, tirées par plusieurs chevaux à travers le Far West, entrées dans l'imaginaire populaire.2.Spartiates : habitants de la ville de Sparte, ville du Péloponnèse (Grèce antique), connus pour leur austérité et leurs mœurs rigides.3.Bouviers : personne qui s’occupe des bœufs, qui conduit un attelage de bœufs.4.Prestidigitateur : magicien qui accomplit des tours de passe-passe grâce à l’agilité de ses mains.5.Houdan : commune française située dans les Yvelines.6.Entrer dans un brouillard de poix : ne pas savoir, être dans la confusion.7.Himalaya : chaîne de montagnes en Asie.

« Réflexions » - Étude de texte

Les enjeux de l’œuvre d’Albert Londres et son style n’ontdésormais plus de secrets pour vous !
Lisez l'extrait et proposez une étude de ce texte, soit de façon linéaire, soit en étudiant deux éléments essentiels du texte, révélateurs de son sens et de ses enjeux.

« Réflexions » - Coup de pouce

Voici quelques questions pour guider votre analyse du texte : 
1. Repérez les mouvements du texte. Donnez un titre à chaque mouvement. Comment ce texte est-il construit ? 
2. Quelle est la thèse défendue par Albert Londres dans cet extrait ? Quels sont ses arguments ? 
3. Sur quelle figure de style, employée à plusieurs reprises dans cet extrait, s'appuie l'argumentation d'Albert Londres ? Relevez les différentes occurrences de cette figure de style et commentez-les. 
4. La stratégie argumentative du journaliste est-elle, selon vous, efficace ? Justifiez votre réponse.
Dans l’optique des exercices de l’épreuve anticipée de français en 1re :
  • pour l'étude linéaire, suivez l'ordre du texte : étudiez chaque mouvement afin d'en révéler le sens et le rôle dans l'organisation interne du texte, en vous appuyant sur les procédés d'écriture qui les sous-tendent ;
  • pourtransformer ensuite votre étude linéaire en « commentaire » de texte (comme on le demande au baccalauréat) vouspouvez par exemple vous intéresser, dans un premier temps, à la remise en cause de la modernité des pratiques psychiatriques puis, dans un second temps, à la remise en cause de sa rigueur scientifique. Vous vous appuierez, pour développer votre propos, sur les procédés d'écriture simples et efficaces employés par Albert Londres.

« Réflexions » - Grammaire

« Regarder vivre nos fous n’est pas plus ahurissant que ne leseraitde nos jours le départ de deux voyageurs, en poste, pour Rome. »
« serait » : Quel est le temps de ce verbe ? Justifiez son emploi.