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Chez les fous

Lisez les cinq extraits sur la folie en littérature, puis répondez aux questions suivantes : 

Sommaire

La folie en littératureLa folie en littérature - QuestionsHonoré de Balzac, La Recherche de l’absolu, 1834 - ExtraitGuy de Maupassant, « Le Horla », 1886 - ExtraitJean-Paul Sartre, « La Chambre », Le Mur, 1939 - ExtraitEmmanuel Carrère, L’Adversaire, 2000 - ExtraitVictoria Mas, Le Bal des folles, 2019 - Passage
La folie en imageLa folie en image - QuestionsLa folie en image - Coup de pouceBande-annonce du Bal des folles, Mélanie Laurent, 2021 - VidéoFolie douce, folie dure, court-métrage de Marine Laclotte, 2022 - Vidéo
Bande-annonce du film État limite, Nicolas Peduzzi, 2023 - Vidéo
La folie aujourd'huiLa folie aujourd'hui, Albert Londres au XXIe siècle - ActivitéLe journalisme d'infiltrationInfiltré en hôpital psychiatrique, 20 minutes - VidéoÀ en devenir fou : Un journaliste infiltré dans un hôpital psychiatrique, France Inter - Podcast

La folie en littérature

La folie en littérature - Questions

Lisez les cinq extraits sur la folie en littérature, puis répondez aux questions suivantes : 
1. Quels sont les signes de folie dans chacun de ces extraits ? Appuyez-vous sur des éléments précis des textes pour répondre. 
2. Quelles images de la folie ces différents textes nous donnent-ils à voir ? 
3. En vous appuyant sur la lecture de ces extraits et d'autres œuvres ou extraits que vous auriez pu lire sur le même sujet, vous répondrez à la question suivante : la littérature est-elle capable, selon vous, de rendre compte de l'expérience de la folie ?

Honoré de Balzac, La Recherche de l’absolu, 1834 - Extrait

Balthazar Claës, un notable de province, a ruiné sa famille par ses recherches scientifiques. Sa recherche de l’unité de la matière, l’absolu, a tourné à l’obsession et à la monomanie, le faisant sombrer dans la folie.
Quoiqu'une pensée forte animât ce grand visage dont les traits ne se voyaient plus sous les rides, la fixité du regard, un air désespéré, une constante inquiétude y gravaient les diagnostics de la démence, ou plutôt de toutes les démences ensemble. Tantôt il y apparaissait un espoir qui donnait à Balthazar l'expression du monomane ; tantôt l'impatience de ne pas deviner un secret qui se présentait à lui comme un feu follet y mettait les symptômes de la fureur ; puis tout à coup un rire éclatant trahissait la folie, enfin la plupart du temps l'abattement le plus complet résumait toutes les nuances de sa passion par la froide mélancolie de l’idiot. Quelque fugaces et imperceptibles que fussent ces expressions pour des étrangers, elles étaient malheureusement trop sensibles pour ceux qui connaissaient un Claës sublime de bonté, grand par le cœur, beau de visage et duquel il n'existait que de rares vestiges. Vieilli, lassé comme son maître par de constants travaux, Lemulquinier n'avait pas eu à subir comme lui les fatigues de la pensée ; aussi sa physionomie offrait-elle un singulier mélange d'inquiétude et d'admiration pour son maître, auquel il était facile de se méprendre : quoiqu'il écoutât sa moindre parole avec respect, qu'il suivit ses moindres mouvements avec une sorte de tendresse, il avait soin du savant comme une mère a soin d'un enfant ; souvent il pouvait avoir l'air de le protéger, parce qu'il le protégeait véritablement dans les vulgaires nécessités de la vie auxquelles Balthazar ne pensait jamais. Ces deux vieillards enveloppés par une idée, confiants dans la réalité de leur espoir, agités par le même souffle, l'un représentant l'enveloppe et l'autre l'âme de leur existence commune, formaient un spectacle à la fois horrible et attendrissant.
Honoré de Balzac,La Recherche de l’absolu, 1834.

Guy de Maupassant, « Le Horla », 1886 - Extrait

Maupassant écrit cette nouvelle fantastique au moment où il commence à souffrir de paranoïa et de troubles de l'identité à cause de la syphilis. Le narrateur de cette nouvelle, persuadé d’être possédé par un être invisible, raconte, ici, dans son journal, sa stratégie pour le piéger.
Donc je faisais semblant d'écrire, pour le tromper, car il m'épiait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu’il lisait par-dessus mon épaule, qu'il était là, frôlant mon oreille.
Je me dressai, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?... on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace ! Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière ! Mon image n'était pas dedans... et j'étais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affolés ; et je n'osais plus avancer, je n'osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu'il était là, mais qu’il m'échapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet.
Comme j'eus peur ! Puis voilà que tout à coup je commençai à m'apercevoir dans une brume, au fond du miroir, dans une brume comme à travers une nappe d'eau ; et il me semblait que cette eau glissait de gauche à droite, lentement, rendant plus précise mon image, de seconde en seconde. C'était comme la fin d'une éclipse. Ce qui me cachait ne paraissait point posséder de contours nettement arrêtés, mais une sorte de transparence opaque, s'éclaircissant peu à peu.
Je pus enfin me distinguer complètement, ainsi que je le fais chaque jour en me regardant.
Je l'avais vu ! L'épouvante m'en est restée, qui me fait encore frissonner.
Guy de Maupassant, « Le Horla », 1886.

Jean-Paul Sartre, « La Chambre », Le Mur, 1939 - Extrait

Eve est mariée à Pierre qui a des hallucinations : il voit des statues flotter dans les airs. Le père d’Ève, un bourgeois parisien, aimerait convaincre sa fille d’enfermer Pierre dans un asile, mais elle ne s’y résigne pas. Elle préfère essayer d'accompagner Pierre dans sa folie.
Il se tut, et Eve sut que les statues venaient d’entrer dans la chambre. Il se tenait tout raide, pâle et méprisant. Eve se raidit aussi et tous deux attendirent en silence. Quelqu’un marchait dans le corridor : c’était Marie, la femme de ménage, elle venait sans doute d’arriver. Elle pensa : « Il faudra que je lui donne de l’argent pour le gaz. » Et puis les statues se mirent à voler ; elles passaient entre Eve et Pierre.
Pierre fit « Han » et se blottit dans le fauteuil en ramenant ses jambes sous lui. Il détournait la tête ; de temps à autre, il ricanait mais des gouttes de sueur perlaient à son front. Eve ne put supporter la vue de cette joue pâle, de cette bouche qu’une moue tremblante déformait : elle ferma les yeux. Des fils dorés se mirent à danser sur le fond rouge de ses paupières ; elle se sentait vieille et pesante. Pas très loin d’elle, Pierre soufflait bruyamment. « Elles volent, elles bourdonnent ; elles se penchent sur lui… » Elle sentit un chatouillement léger, une gêne à l’épaule et au flanc droit. Instinctivement, son corps s’inclina vers la gauche comme pour éviter un contact désagréable, comme pour laisser passer un objet lourd et maladroit. Soudain, le plancher craqua, et elle eut une envie folle d’ouvrir les yeux, de regarder sur sa droite en balayant l’air de la main.
Elle n’en fit rien ; elle garda les yeux clos et une joie âcre la fit frissonner : « Moi aussij’ai peur », pensa-t-elle. Toute sa vie s’était réfugiée dans son côté droit. Elle se pencha vers Pierre, sans ouvrir les yeux. Il lui suffirait d’un tout petit effort et, pour la première fois, elle entrerait dans ce monde tragique.
Jean-Paul Sartre, « La Chambre »,Le Mur, © Éditions Gallimard, 1939.

Emmanuel Carrère, L’Adversaire, 2000 - Extrait

« Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L'enquête a révélé qu’il n'était pas médecin comme il le prétendait […] qu’il mentait depuis dix-huit ans […]. Il a été condamné à la réclusion criminelle perpétuité. », écrit E. Carrère pour présenter son ouvrage.
Des psychiatres ont été chargés de l'examiner. Ils ont été frappés par la précision de ses propos et son souci constant de donner de lui-même une opinion favorable. Sans doute minimisait-il la difficulté de donner de soi une opinion favorable quand on vient de massacrer sa famille après avoir dix-huit ans durant trompé et escroqué son entourage. Sans doute aussi avait-il du mal à se détacher du personnage qu'il avait joué pendant toutes ces années, car il employait encore pour se concilier la sympathie les techniques qui avaient fait le succès du docteur Romand : calme, pondération, attention presque obséquieuse aux attentes de l'interlocuteur. Tant de contrôle témoignait d'une grave confusion car le docteur Romand, dans son état normal, était assez intelligent pour comprendre que la prostration, l'incohérence ou des hurlements de bête blessée à mort auraient davantage plaidé en sa faveur, vu les circonstances, que cette attitude mondaine. Croyant bien faire, il ne se rendait pas compte qu'il sidérait les psychiatres en leur fournissant de son imposture un récit parfaitement articulé, en évoquant sa femme et ses enfants sans émotion particulière, comme un veuf bien élevé met un point d'honneur à ne pas laisser son deuil assombrir ses commensaux, en ne manifestant un peu de trouble, pour finir, qu'à propos des somnifères qu'on lui donnait et dont il s'inquiétait de savoir s'ils ne risquaient pas de créer chez lui une accoutumance – souci que les psychiatres ont jugé « déplacé ». Au cours des entretiens suivants, ils l'ont vu sangloter et produire des signes emphatiques de souffrance sans pouvoir dire s'il l'éprouvait vraiment ou non. Ils avaient l’impression troublante de se trouver devant un robot privé de toute capacité de ressentir, mais programmé pour analyser des stimuli extérieurs et y ajuster ses réactions. Habitué à fonctionner selon le programme « docteur Romand », il lui avait fallu un temps d'adaptation pour établir un nouveau programme, « Romand l'assassin », et apprendre à le faire tourner.
Emmanuel Carrère,L’Adversaire, © P.O.L Éditeur, 2000.

Victoria Mas, Le Bal des folles, 2019 - Passage

Dans cet extrait du romanLe Bal des folles, Victoria Mas nous plonge dans l'époque des démonstrations publiques du docteur Charcot à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris, au XIXe siècle, qui se sert de l'hypnose pour mieux comprendre l'hystérie1. Ce dernier présente ici le cas de Louise, une adolescente qui en souffre. La scène est vue au travers des yeux de Geneviève, une des collaboratrices du médecin, et illustre comment ces démonstrations spectaculaires soulèvent des questions sur la frontière entre guérison et exploitation.
Lisez l'extrait du roman, publié chez Albin Michel en 2019 puis au Livre de Poche en 2021.
Début du passage :« Geneviève observe le public. Certaines têtes sont familières, elle reconnaît là médecins, écrivains, journalistes, internes, personnalités politiques, artistes, chacun à la fois curieux, déjà converti ou sceptique. Elle se sent fière. »
Fin du passage :« Finalement, au terme d’une crise qu’on lui a imposée, elle s’effondre dans un bruit sourd sous les regards abasourdis. C’est avec des patientes comme Louise que la médecine et la science peuvent avancer. »
1.Hystérie : maladie psychique caractérisée en particulier par des manifestations émotives théâtrales. Longtemps perçue comme une pathologie féminine liée à des troubles de l'utérus, elle a été redéfinie comme trouble neurologique, notamment grâce aux travaux de Charcot. Aujourd'hui le terme « hystérie » a disparu au profit de diagnostics plus spécifiques.

La folie en image

La folie en image - Questions

Regardez les trois bandes-annonces. 
1. Ces trois films appartiennent à des genres cinématographiques distincts. Pourriez-vous nommer ces trois genres ?  
2. D'après vous, quels sont les points forts de chacun de ces genres pour aborder la question de la folie ?

La folie en image - Coup de pouce

Que permet le recours au récit fictionnel (Le Bal des folles) ou, à l'inverse, que permet le fait de filmer le réel (État limite) dans la perception de la folie ? Quels effets chacun crée-t-il chez le spectateur ? 
Intéressez-vous à la visée des choix cinématographiques et narratifs de Marine Laclotte dans son court-métrage,Folie douce folie dure. C'est le choix d'un genre cinématographique très particulier qui permet notamment de rendre « visible » quelque chose qui ne l'est habituellement pas... 

Bande-annonce du Bal des folles, Mélanie Laurent, 2021 - Vidéo

Folie douce, folie dure, court-métrage de Marine Laclotte, 2022 - Vidéo

César du meilleur court métrage d'animation, 2022
Balade dans le quotidien de plusieurs institutions psychiatriques, à la rencontre de personnes hors normes qui nous laissent entrer dans leur intimité. 

Bande-annonce du film État limite, Nicolas Peduzzi, 2023 - Vidéo


La folie aujourd'hui

La folie aujourd'hui, Albert Londres au XXIe siècle - Activité

Voici trois activités au choix : 
1. Rédigez les notes que pourrait écrire Albert Londres s'il « revenait » et menait de nouveau une enquête sur les hôpitaux psychiatriques en France en 2024. Son carnet de notes, papier ou numérique (en créant une collection Pearltrees), comprendra tout ce qu'il a pu voir, entendre et comprendre lors de ses visites ; ces notes pourront être elles-mêmes annotées par le journaliste qui ajoutera ses remarques, ses questionnements, ses recherches sur tel ou tel sujet. Ces notes pourront être également accompagnées de croquis, de dessins qui rendront compte d'une réalité observée.
2. Rédigez l'article que pourrait écrire Albert Londres après avoir, de nouveau, mené une enquête sur les hôpitaux psychiatriques en France en 2024. Vous veillerez à respecter le style de l'auteur que vous connaissez.
3. Rédigez une lettre ouverte au président de la République pour l’interpeller sur la situation des hôpitaux psychiatriques en France. Votre ton sera celui de l’indignation. Vous lui demandez d’agir !
Coup de pouce : Votre lettre ouverte respectera les codes de la lettre. Ce sera un texte engagé qui, bien qu'adressé au président de la République, sera destiné à être publié afin d'être lu par un plus large groupe (publication sur le site du lycée, sur son compte Instagram). 

Le journalisme d'infiltration

En 1887, Nellie Bly, journaliste duNew York World, se fait hospitaliser dix jours à l'asile de Blackwell's Island et met en lumière l'horrible quotidien des patientes, parfois internées sans raison. Son travail d'investigation déclenchera une enquête du grand jury de New York. Près d'une quarantaine d'années plus tard, Albert Londres veut, à son tour, mener une enquête dans les asiles, mais, contrairement à Nellie Bly, il ne réussit pas à se faire passer pour un aliéné. Il parvient quand même à s'introduire dans les asiles français comme parent d'un fou, dentiste ou journaliste. Il publie, vous le savez,Chez les fousen 1925. En 1973, le psychologue David Rosenham mène une expérience avec onze complices afin de remettre en question la validité du diagnostic psychiatrique : ils se font interner en hôpital psychiatrique. Après une seule consultation médicale où ils disent entendre des voix, la majorité d'entre eux sont diagnostiqués schizophrènes (la schizophrénie se traduit par une perception perturbée de la réalité, notamment la manifestation d'hallucinations). En 2023, Alexandre Macé-Dubois, jeune journaliste français de trente ans, suit leurs traces et se fait passer pour schizophrène : il sera interné une semaine dans un hôpital psychiatrique pour témoigner à son tour du quotidien des hospitalisés, de plus en plus nombreux : en France, une personne sur cinq est touchée chaque année par un trouble psychique.

Infiltré en hôpital psychiatrique, 20 minutes - Vidéo

À en devenir fou : Un journaliste infiltré dans un hôpital psychiatrique, France Inter - Podcast