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Des journalistes romanciers

Jack London est un écrivain et aventurier américain ayant voyagé partout autour du globe et collaboré...

Sommaire

CorpusCroc-Blanc, Jack London, 1906, traduit de l'américain par Louis Postif et Paul Gruyer - ExtraitPour qui sonne le glas, Ernest Hemingway, 1940, traduit de l'américain par Denise V. Ayme - ExtraitL'Armée des ombres, Joseph Kessel, 1943 - ExtraitBande-annonce de « L'armée des ombres », Jean Pierre Melville, 1969 - VidéoBande-annonce de « Le territoire des loups », Joe Carnahan, 2012 - Vidéo
QuestionsDes journalistes romanciers - Questions

Corpus

Croc-Blanc, Jack London, 1906, traduit de l'américain par Louis Postif et Paul Gruyer - Extrait

Jack London est un écrivain et aventurier américain ayant voyagé partout autour du globe et collaboré avec divers journaux pour lesquels il réalisa des reportages au long cours, qu'il s'agisse de raconter la vie des marginaux londoniens ou de couvrir la guerre de Corée en 1904. Le fameux roman animalierCroc-Blanca été inspiré à Jack London par son expérience de vie dans le Grand Nord canadien à l'époque de la ruée vers l'or. Dans l'extrait qui suit, deux hommes, Bill et Henry, chargés de transporter en traîneau un cercueil vers une ville isolée, sont suivis depuis plusieurs jours par une meute de loups qui tuent et dévorent peu à peu leurs chiens de traîneau. Bill, afin de protéger ce qui reste de leur attelage, décide de contre-attaquer. 
– Je ne puis, dit-il, supporter ce qui se passe. Ils ne doivent plus avoir, si je puis l’empêcher, aucun de nos chiens.
Le fusil au poing, il s’enfonça dans les taillis qui bordaient le sentier.
– Attention, Bill ! lui jeta Henry, une dernière fois. Soyez prudent !
Henry, assis sur le traîneau, vit disparaître son compagnon. N’a-qu’une-Oreille1avait quitté la piste et tentait de rejoindre le traîneau en décrivant un grand cercle. Henry l’apercevait par instants, détalant à travers des sapins clairsemés et s’efforçant de gagner les loups en vitesse, tandis que Bill allait essayer, sans nul doute, d’enrayer la poursuite. Mais la partie était perdue d’avance. D’autant que de nouveaux loups, sortant de partout, se joignaient à la chasse.
Tout à coup, Henry entendit un coup de fusil, puis deux autres succéder rapidement au premier, et il connut que la provision de cartouches de Bill était finie. Il y eut un grand bruit, des grondements et des cris. Henry reconnut la voix du chien, qui gémissait et hurlait. Un cri de loup lui annonça qu’un des animaux avait été atteint. Et ce fut tout. Gémissements et grognements moururent et le silence retomba sur le paysage solitaire.
Henry demeura longtemps assis sur le traîneau. Il n’avait pas besoin d’aller voir ce qui était advenu. Cela il le savait comme s’il en eût été spectateur. Il se dressa pourtant, à un moment, avec un tressaillement, et, dans une hâte fébrile, chercha la hache qui était parmi les bagages. Puis il se rassit et songea longuement, en société des deux chiens qui lui restaient et qui demeuraient à ses pieds, couchés et tremblants.
Il se leva, à la fin, en proie à une immense faiblesse, comme si toute force de résistance s’était anéantie en lui, et se mit en devoir d’atteler les chiens au traîneau. Lui-même passa sur son épaule un harnais d’homme et tira, de concert avec les deux bêtes. L’étape fut courte. Dès que le jour commença à baisser, Henry se hâta d’organiser le campement. Il donna aux chiens leur nourriture, fit cuire et mangea son dîner, et dressa son lit près du feu.
Mais il n’avait pas encore fermé les yeux qu’il vit les loups arriver et, cette fois, s’avancer tellement près qu’il n’y avait pas à songer même à dormir. Ils étaient là, autour de lui, si peu loin qu’il pouvait les regarder, comme en plein jour, couchés ou assis autour du foyer, rampant sur leurs ventres, et tantôt avançant, tantôt reculant. Certains d’entre eux dormaient, couchés en rond dans la neige, comme des chiens. Il ne cessa pas, un seul instant, d’aviver la flamme, car il savait qu’elle était le seul obstacle entre sa chair et leurs crocs. Les deux chiens se pressaient contre lui, implorant sa protection. De temps à autre, le cercle des loups s’agitait, ceux qui étaient couchés se relevaient, et tous hurlaient en chœur. Puis ils se recouchaient ou s’asseyaient, le cercle se reformant plus près.
À force, cependant, d’avancer d’un pouce, puis d’un pouce, un instant arriva où les loups le touchaient presque. Alors il prit desbrandons2 enflamméset commença à les jeter dans le tas de ses ennemis. Ceux-ci bondissaient en arrière, d’un saut hâtif, accompagné de cris de colère et de grognements peureux, quand une branche, bien lancée, atteignait l’un d’eux.
Le matin trouva l’homme hagard et brisé, les yeux dilatés par le manque de sommeil. Il cuisina et absorba son déjeuner. Puis quand la lumière eut dispersé la troupe des loups, il s’occupa de mettre à exécution un projet qu’il avait médité durant de longues heures de la nuit. Ayant abattu, à coups de hache, de jeunes sapins, il en fit, en les liant en croix, les traverses d’un échafaudage assez élevé, dont quatre autres grands sapins, restés debout, formèrent les montants. Se servant ensuite des courroies du traîneau comme de cordes, et les chiens tirant avec lui, il hissa au sommet de l’échafaudage le cercueil qu’il avait convoyé.
– Ils ont eu Bill, dit-il, en s’adressant au corps du mort, quand celui-ci fut installé dans sa sépulture aérienne, et ils m’auront peut-être. Mais, vous, jeune homme, ils ne vous auront pas.
Jack London,Croc-Blanc, 1906, traduit de l'américain par Louis Postif et Paul Gruyer.
1.N'a-qu'une-oreille : nom d'un des chiens de l'attelage de Bill et Henry.2.Brandon : torche grossière.

Pour qui sonne le glas, Ernest Hemingway, 1940, traduit de l'américain par Denise V. Ayme - Extrait

Le journaliste et écrivain américain Ernest Hemingway, prix Nobel de littérature en 1954, a été durant de nombreuses années correspondant de guerre et a couvert de nombreux conflits. Son romanPour qui sonne le glass'inspire de son expérience de la guerre civile espagnole (1936-1934). Dans l'extrait qui suit, Robert Jordan, un universitaire américain engagé volontaire dans les Brigades Internationales, qui luttent contre les rebelles nationalistes, s'entretient avec Anselmo, un compagnon d'armes. 
Lisez l'extrait de l'ouvrage, publié chez Gallimard en 1940, traduit de l'américain par Denise V. Ayme.
Début du passage :« – Tu as tué, toi ? demanda Robert Jordan dans l'intimité faite de l'ombre et d'une journée passée en commun. – Oui. Plusieurs fois. Mais pas avec plaisir. »
Fin du passage :« – Oui, je plaisantais. Et je tuerai la sentinelle. Oui, sûrement, et avec le cœur pur en pensant à notre tâche. Mais pas avec plaisir. – Nous les laisserons à ceux qui aiment ça, dit Robert Jordan. »

L'Armée des ombres, Joseph Kessel, 1943 - Extrait

Joseph Kessel est un journaliste et grand reporter français qui a notamment travaillé àParis-Soir, l'un des quotidiens les plus lus et réputés de l'entre-deux-guerres.L'Armée des ombresest un roman fondé sur divers témoignages de résistants français durant l'Occupation. Jean-François, le personnage évoqué dans l'extrait, appartient à la Résistance et mène différentes opérations secrètes contre l'armée allemande. 
Lisez l'extrait de l'ouvrage, publié en 1943.
Début du passage :« Cette vie était vraiment faite pour Jean-François.»
Fin du passage :« Il était comblé. »

Bande-annonce de « L'armée des ombres », Jean Pierre Melville, 1969 - Vidéo

Bande-annonce de « Le territoire des loups », Joe Carnahan, 2012 - Vidéo


Questions

Des journalistes romanciers - Questions

1. Lisez l'extrait dePour qui sonne le glaset indiquez, dans un paragraphe d'une dizaine de lignes environ, quel est thème de la discussion entre Jordan et Anselmo et quelle est la position de ce dernier sur ce sujet. Vous justifierez son point de vue en vous appuyant sur au moins trois arguments distincts que vous citerez précisément ou reformulerez. 
2. Quelle image le narrateur donne-t-il de la Résistance et de ses membres dans le texte de Kessel ? Pour quelles raisons selon vous ? Vous développerez votre réponse dans un paragraphe d'une dizaine de lignes environ fondé sur des exemples précis.
3. Quels sentiments l'extrait deCroc-Blancvise-t-il à susciter chez le lecteur ? Quels sont les différents moyens employés par l'auteur pour y parvenir ? Vous en trouverez au moins trois, en vous appuyant sur des passages précis. 
4. En vous appuyant sur au moins deux des trois extraits proposés, vous montrerez à l'aide de trois arguments distincts en quoi ces récits empruntent à l'écriture journalistique.