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Contraction et développement de textes narratifs

1.L’article de Vanity Fair et le podcast évoquent le même événement. Le traitement du fait brut est assez...

Sommaire

CorpusFait divers : Dadbot - Vidéo (en anglais)Fait divers : un suicide - ArticleFait divers : un suicide - PodcastFait divers 3 - Activités
QuestionsRéduire au maximum une informationDévelopper une brève - Activité
ProlongementsÉcrire une nouvelle en trois lignes - ActivitéL'art de l'anecdote et Félix Fénéon

Corpus

Fait divers : Dadbot - Vidéo (en anglais)

Fait divers : un suicide - Article

Fait divers : un suicide - Podcast

Fait divers 3 - Activités

1.L’article de Vanity Fair et le podcast évoquent le même événement. Le traitement du fait brut est assez différent. Quel support préférez-vous et pourquoi ?
2. Vous écrirez une très brève nouvelle qui aura pour titre Le Second Mort de l'IA.

Questions

Réduire au maximum une information

En 2100, vous ne vous sentez pas libre dans votre enquête. Vous vous doutez que vos communications sont épiées, sans savoir par qui… Les terroristes humains du GAR ? Les robots sécessionnistes de l'ONU ? Quoi de plus facile que d’écouter une conversation téléphonique ou de lire un mail ? Dans le doute, vous devez faire preuve d’ingéniosité et recourir aux vieilles méthodes. Pas celles de nos ancêtres des années 2020. Vous remonterez plus loin encore, lorsque des gens ordinaires, résistants de circonstance, tentaient de faire passer des documents dans des poignées de leur vélo, à la barbe des Allemands. C'était dans les années 1940.
Vous devez transmettre à vos commanditaires modérés (sur papier pour échapper à l’œil de l’IA qui voit tout, comme l’œil de Sauron duSeigneur des anneaux) ces articles qui évoquent des anecdotes liées à l’IA. Pour faire passer ces articles en contrebande sans vous faire prendre, vous avez choisi la forme ultra-condensée de la nouvelle en trois lignes, sur le modèle des faits divers que le critique d'art Félix Fénéon racontait au début du XXesiècle dans un quotidien. Ainsi, vous pourrez plus facilement dissimuler votre message tout en gardant la force de ces anecdotes qui peuvent interroger sur l'IA. Vous ne pensiez pas vous retrouver à utiliser des techniques d’espionnage !
Après avoir lu ces articles et avoir éventuellement procédé à une première contraction, vous les transformerez en un fait divers de trois lignes, concis et lapidaire. Les titres ont été retirés à dessein.

Développer une brève - Activité

C’est étrange, mais cette nouvelle a simplement fait à l’époque (2016) l’objet d’une manchette (titre en gros caractères) sans être développée davantage. Elle a été prise comme une plaisanterie, comme une nouvelle un peu embarrassante.
En 2100, Il est difficile de trouver davantage d’informations. Vous y voyez un moment captivant qui nécessite davantage d’explications pour transmettre un rapport à vos supérieurs après enquête.
À l’inverse du travail sur les faits divers, vous déplierez et développerez cette fois-ci cette brève en un article de douze ou quinze lignes. Il n'est pas indispensable de respecter l’exactitude des faits. Vous pouvez inventer les circonstances, les conséquences, les êtres en présence et leurs réactions. Votre travail se présentera donc sous la forme d'un article de journal.

Prolongements

Écrire une nouvelle en trois lignes - Activité

Pendant quelques mois, en 1905, l’écrivain et critique d’art Félix Fénéon va tenir une rubrique au journalLe Matin. C’est ainsi qu’il laissera une trace dans la littérature.
Ses petits textes étaient au départ des dépêches de dernière minute qui n’avaient pu trouver place dans le journal faute de place et de temps. Il en a fait des œuvres d’art.
Les exemples qui suivent prouvent simplement qu’on peut faire tenir d’aplomb toute une histoire, un fait divers, en trois phrases, voire moins. Même si ces micro-récits, faussement et ironiquement précis, interrogent presque davantage qu’ils n’informent…
Textes de Félix Fénéon
  • « Au bois de Boulogne, le sieur Autissier a été blessé d'un coup de revolver par sa femme, qui a été arrêtée. Autissier est légèrement atteint. Les époux ne s'entendaient plus. »
  • « Devant le 18 de la rue Ampère, le cocher livreur Jean Habon, sexagénaire, a été broyé par son attelage emporté. »
  • « Un garçon de café, nommé Valentin Floch, qui avait dans la poche un revolver chargé, a été trouvé mort, hier soir, dans un café de la rue de la Roquette. »
  • « Madame Fournier, M. Voisin, M. Septeuil se sont pendus : neurasthénie, cancer, chômage. »
  • « Un fakir indien, mort à la rue de Dunkerque, a été incinéré. L'opération a été facile. »
1. Quels sont les points communs entre ces textes ? Choisissez celui que vous préférez. Vous le commenterez pour la classe en justifiant votre choix.
2. Écrit d'invention : choisissez et développez en dix lignes l'une de ces brèves.

L'art de l'anecdote et Félix Fénéon

L'anecdote
L’anecdote, le petit fait, l’historiette, le fait divers, la nouvelle sont des genres cousins, dont la brièveté est la matrice et la raison d’être.
Les riches Romains déjà envoyaient leurs esclaves sur les marchés pour collecter les dernières nouvelles. À la source, le besoin de savoir et de se distraire.
L’anecdote, c’est étymologiquement ce qui n’est pas encore publié. Des paroles qui bruissent, qui interpellent, interloquent, saisissent. Il y a un art de l’anecdote, de la petite forme : efficace, ramassée, affûtée, on la dit en quelques mots. C’est l’art de captiver et de tenir son auditoire ou son lectorat dans le creux de la main.
Il existe une continuité entre l’anecdote et la nouvelle. Racontée dans un cercle amical puis enjolivée, déformée, exagérée, augmentée, l’anecdote vole de bouche en bouche, d'autant plus vite qu’elle est drôle, saisissante, surprenante, inédite. Elle peut facilement devenir rumeur, se répandre et se diffuser, dépasser son cercle initial, jusqu’à devenir nouvelle. À la fois information ignorée jusqu'alors et aussi, souvent, petite histoire, petit conte, la nouvelle a un pied dans la fiction, l’autre dans la réalité. Elle va de fait diverger en deux directions distinctes : la presse, où elle peut prendre la forme du fait divers, et la littérature, où elle devient un genre à part entière.
Félix Fénéon
Qui est Félix Fénéon, l’auteur oublié des nouvelles en trois lignes ?
Un avant-gardiste, un dandy et un écorché vif. C'est à la jointure de la littérature et de la presse que l'on trouve ce personnage haut en couleurs, aussi savoureux qu’un bon second rôle au cinéma.
Cet anarchiste libertaire a d’abord brillé comme champion des rapports administratifs au ministère de la Guerre, puis il a connu des démêlés judiciaires. Accusé d’attentat, sa défense sera : « Je ne lance de bombes, que littéraires… ». Une figure qui n’est pas à un paradoxe près.
Grand critique d’art, directeur de galerie, il écrit brièvement auMatinau début du XXesiècle. Il est aussi prodigue de ses critiques d’art qu’économe de sa prose littéraire. On peut le voir de profil sur un célèbre tableau de Signac.
Il reste dans l’histoire des lettres pour sesNouvelles en trois lignesqui reprennent ses articles duMatin. Fénéon y est limité à 135 signes typographiques. Comme souvent, de la contrainte naissent des chefs-d’œuvre atypiques, comme leur auteur… Pourrait-on parler de pointillisme littéraire au sujet de ce grand défenseur du peintre Georges Seurat ?
Ces petits textes étaient au départ des dépêches de dernière minute qui n’avaient pu trouver place dans le journal faute de place et de temps. Des textes glacés et brûlants, ironiques, pince-sans-rire. En tant que lecteur, on a honte de jubiler de ce style coup de poing, de cette brutalité travaillée et affûtée. On y retrouve une radicalité réjouissante, sur le fond dans le manque d’empathie pour les malheureux du jour, et sur la forme dans la condensation extrême. Ce sont des histoires intensément distillées, mariant de façon inédite fait divers et création littéraire.