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Analyses de textes

Ce poème est mentionné par Thierry Laget dans la revue de presse qu'il consacre à l'histoire de l'attribution...

Sommaire

André Chevalier : articles et questionsAndré Chevalier, Les Potins de Paris, 1919 - PoèmeAndré Chevalier, Les Potins de Paris - Questions
Léon Daudet et Victor Snell : articles et questionsLéon Daudet, « Un nouveau et puissant romancier », 1919 - ArticleVictor Snell, « Place aux Vieux ! », 1919 - ArticleArticles de Léon Daudet et de Victor Snell - Questions

André Chevalier : articles et questions

André Chevalier, Les Potins de Paris, 1919 - Poème

Ce poème est mentionné par Thierry Laget dans la revue de presse qu'il consacre à l'histoire de l'attribution du prix Goncourt 1922.
Écrit par André Chevalier, ce texte a été publié dans une revue satirique qui a paru de 1919 à 1939. Le terme « potin » est synonyme de « commérage », « ragot ».
Prix courant
Cinq mille francs ! Les prix sont ceux d'avant la guerre.
Cinq mille francs ! Sans doute est-ce un chiffre coté ;
Néanmoins, quelques-uns trouvent que ce n'est guère
Et regrettent que, seuls, ces prix n'aient pas monté.
Cinq mille francs ! Partout éclatent les révoltes
Et s'élèvent les cris de l'indignation
Parce que Monsieur Proust a fait cette récolte.
On a même parlé de... Proustitution.
Pourtant il est logique et sain et méritoire
Qu'on ait récompensé cet écrivain chenu1
Puisque ce prix est fait pour de vrais inconnus ;
Jamais auteur ne mérita mieux la victoire.
D'ailleurs les jugements de cette Haute Cour
Ont-ils jamais grandi notre littérature
Plutôt que de pourrir en cette sépulture
N'est-il pas plus décent d'en sortir... hors Goncourt2?
Et Roland Dorgelès doit être peu chagrin
Que ces Goncourtisans et leurs Goncourtisanes
N'aient pas, après dîner, en lampant leur tisane,
Arrêté sur son nom leurs suffrages... restreints.
Puisque cela permit à quatorze amoureuses3
Brûlant pour ses vertus d'un feu... substantiel
D'entrebailler pour lui la porte de leur ciel,
En lui rendant la Vie Heureuse.
ANDRÉ CHEVALIER.
Les Potins de Paris, 18 décembre 1919.
1.Chenu : qui a les cheveux blanchissants ; qui est marqué par l'âge, vieux. 
2.Cette strophe s'interroge sur le fait de savoir si les jugements du prix Goncourt ont donné une vision élogieuse des œuvres élues. 
3.Quatorze amoureuses : désignent les membres du prix Vie heureuse – futur prix Femina – et qui ont attribué leur prix à Roland Dorgelès.

André Chevalier, Les Potins de Paris - Questions

Après la lecture du poème « Prix courant » d'André Chevalier, extrait desPotins de Paris, répondez aux questions suivantes :
  • quelle est la forme littéraire choisie par l'auteur ?
  • est-il favorable ou défavorable à l'attribution du prix à Marcel Proust ?
  • quelles attaques formule-t-il ?
  • quels jeux de mots avez-vous repérés ?

Léon Daudet et Victor Snell : articles et questions

Léon Daudet, « Un nouveau et puissant romancier », 1919 - Article

Cet article de Léon Daudet est extrait du journal nationaliste d'extrême droiteL'Action françaisedu 12 décembre 1919, après l'attribut du prix Goncourt à Marcel Proust pour son livre :À l'ombre des jeunes filles en fleurs.
Un nouveau et puissant romancier
Marcel Proust
Par l'attribution du prix Goncourt, le grand public va connaître le nom de Marcel Proust, auteur de plusieurs livres, intéressants ou remarquables, qui n'avaient eu pour eux jusqu'ici, qu'une élite de lecteurs attentifs. Certes, un peuple vit de bonne soupe ; mais il vit aussi de beau langage, et l'apparition d'un romancier étincelant au firmament littéraire intéresse la prospérité nationale. C'est à ce titre que je considère le vote de mes collègues et amis comme très important.
 Depuis la fondation de l'Académie, en 1908, nous n'avons pas, à mon avis, couronné un ouvrage aussi vigoureux, aussi neuf, aussi plein de richesses — dont quelques-unes entièrement originales — que cet À l'ombre des jeunes filles en fleurs.
Ce volume, je vous en préviens, est d'aspect assez rébarbatif : 440 pages, imprimées dru. Les alinéas y sont rares. L'auteur n'est ni pressé, ni cursif. À mesure qu'il raconte les autres, en ayant l'air de se raconter — par un subterfuge psychologique très ingénieux — il examine et retourne les problèmes les plus délicats de la vie intérieure, les défauts, les travers, les vices, les affectations, les mensonges, les masques et les grimaces. Il feuillette son prochain, comme l'érudit feuillette un livre, en tombant juste aux bons endroits. C'est un jeu de flânerie et de sagacité, où s'ouvrent tout à coup, sur vous, sur nous, sur eux, des perspectives étonnantes, et telles qu'on en découvre dans nos meilleurs moralistes et annalistes1du cœur humain : un Saint-Évremond, un La Bruyère, un La Rochefoucauld. Je ne ferai aucune citation ; il faudrait tout citer, et je veux vous laisser le plaisir savoureux de la découverte. Qu'il me suffise de vous dire qu'au milieu d'occupations plutôt variées, j'ai déjà trouvé le moyen de lire deux fois ces 440 pages. On regrette, en fermant le livre, qu'il n'y en ait pas 880. C'est un jaillissement perpétuel de trouvailles, sous la grande et salubre maîtrise du bon sens.
« À la recherche du temps perdu »... dit Marcel Proust. Ce n'est qu'une figure spirituelle. « À la recherche de l’équilibre » serait plus exact, de cet équilibre entre le rire et les larmes, l'ironie et l'enthousiasme, la sensibilité et l'indifférence heureuse, le rêve et l'action, vers lequel tendent tous les bipèdes doués de raison. Un de nos collaborateurs prononçait hier, à propos de Marcel
Proust, le nom de Meredith. C'est fort exact. On pourrait prononcer aussi celui de Sterne dans Tristram Shandy et de Jean-Paul Richter dans Titan. Car, l'esprit littéraire le plus spontané — et celui-ci l'est extrêmement — n'apparaît point ici-bas comme un bolide. Il est le résultat d'une lente germination à travers les formes mentales, les œuvres du passé, et ces lectures, qui suscitent en nous des personnages imprévus.
Marcel Proust — cela se sent même si on ne le connaît pas — est un homme des plus et des mieux cultivés. Mais il y a en lui un don naturel, qui rapporte à la vie toutes ses connaissances, qui les réanime, les réincarne.
Chose rare depuis de longues années, et bien avant la tragédie sanglante, il possède la faculté comique. Il dépasse le point d'observation aigre et douloureuse, où cette faculté tourne à l'amertume, comme chez Vallès et ses successeurs. Cela tient à son manque total de vanité, et même de personnalisme. L'outrecuidance, l'indifférence, la sauvagerie, la sottise d'autrui ne le blessent pas, ne le rencontrent même pas sur leurs raids. Elles l'amusent, et il les décrit à la façon du bon botaniste qui tombe sur des graines rares, et les met dans la terre et l'eau, pour voir comment elles germeront.
Il raconte en vingt pages la conversation d'un vieux, solennel et prétentieux diplomate, qui est venu dîner chez ses parents, avec une verve étourdissante et dont on demeure ébloui. Imaginez une fresque qui serait composée de miniatures, de sorte que de loin vous admirez l'ensemble et que, de près, vous vous enchantez du détail. Les minutieuses descriptions que fait Proust d'un intérieur, d'un ajustement ou d'un visage, correspondent, par la suite, à des traits moraux et à des caractéristiques intellectuelles d'une logique surprenante. Sa tapisserie a d'abord l'air vue à l'envers, avec ses fils qui pendent et sa grisaille. II la retourne brusquement, et l'on voit alors toutes ses lignes, ses perspectives, son rouge ardent, son jaune cru, son violet profond. Cela est d'un maître.
Aussi, ce serait une erreur de croire que le romancier des Jeunes Filles en fleurs est simplement un promeneur des méandres de la pensée, de la sensualité et du sentiment. C'est encore, c'est surtout un visionnaire de l'au-delà de ces méandres, de la source mystérieuse et haute d'où découlent ces couleurs, ces sons, ces atmosphères si délicatement rendus, ces mois si justes et si pénétrants. Derrière toute l'activité laborieuse d'un bel écrivain, tel que celui-ci, il y a un génie, un « daimôn », qui veille et qui rêve, qui s'est construit un monde à sa guise et qui cherche à relier ce monde au monde extérieur, cette conjecture à ses propres images, à s'incorporer ces lointains prestiges et ces pressentiments. Ce daimôn enrichit la vie de l'écrivain et, la vie de ceux qui le lisent. Il rattache la littérature et la poésie à l'hallucination et à la science. Il ouvre le champ à toutes les découvertes, dans tous les domaines.
Il est le magicien et le transformateur des ressources infinies qui sont en nous, que nous ne discernerions pas sans lui. Souvent il passe inconnu de la génération qui aurait bénéficié de ses richesses : et alors c'est pour plus tard, pour cinquante ou cent ans plus tard ! Parfois, il est révélé, et commence aussitôt d'agir sur les contemporains.
Je crois bien que c'est le cas pour l'esprit impalpable, mais défini et puissant, qui anime l'œuvre en fusion de
Marcel Proust. Laissez faire cette coulée d’or bruni et de flammes courtes, et vous verrez les palais qu’elle édifiera.
Léon Daudet
1.Annaliste : personne qui écrit des annales, c'est-à-dire des récits d'événements dans l'ordre chronologique. Ce mot est synonyme de « chroniqueur » ou « mémorialiste » et ne doit pas être confondu avec son homonyme, plus fréquent, « analyste » (qui réalise des analyses).

Victor Snell, « Place aux Vieux ! », 1919 - Article

Cet article de Victor Snell est extrait du journal d'extrême gaucheL'Humanité, du 11 décembre 1919. Le journaliste déplore que l'Académie Goncourt ait désigné Marcel Proust, écrivain de « cinquante ans passés », au détriment de Roland Dorgelès, auteur de 33 ans.
Place aux Vieux !
Un livre s’offrait, désigné aux suffrages de l’Académie Goncourt, par son incontestable mérite et par la voix publique : Les Croix de Bois. Au mépris du vœu suprême de Goncourt, que le prix annuel qui porte son nom soit donné « à la jeunesse », c’est à un volume dont l’auteur a cinquante ans passés qu’est allée la préférence de ce tribunal depuis longtemps sans prestige. La violation est cynique, mais ce n’est pas la première.
À quelle cause l’attribuer, si ce n’est à cette tendance obscure qu’on a sentie naître pendant la guerre, et qui a fini par créer une atmosphère suffoquante [sic] : la haine inexprimée et inconsciente, peut-être, des Vieux pour les Jeunes ? Qui de nous, en remontant dans ses souvenirs récents, ne retrouverait dix, vingt exemples, dans lesquels cette sorte de sadisme se décelait de façon évidente ? Qui n’a remarqué, notamment, l’insolence jouisseuse de ceux de la « classe heureuse » (la première hors mobilisation) et le jusqu’auboutisme exaspéré des plus âgés aspirant à une revanche immédiate sur ceux qui, déjà, les dépossédaient ?
Bien sûr que, pris un à un, les membres de la Goncourt repousseraient le reproche. Il n’en est pas moins clair qu’ils ont inconsciemment cédé à cette tendance.
Cinq ans d’un règne sans conteste ont redonné aux Vieux foi en eux-mêmes. Accorder le prix de la Jeunesse à un écrivain de cinquante ans leur paraît un tour délicieux joué à ces petits écervelés auxquels ils doivent, cependant, de pouvoir festoyer chez Drouant.
Mais aussi, ce Dorgelès ! Quelle idée de n’avoir que trente-trois ans,  de s’être engagé volontairement et d’avoir fait campagne pendant cinquante mois ?
Place aux Vieux ! vous dit-on.
Victor Snell
L’Humanité, 11 décembre 1919

Articles de Léon Daudet et de Victor Snell - Questions

Après la lecture du texte de Léon Daudet (« Un nouveau et puissant romancier ») et de celui de Victor Snell (« Place aux Vieux ! »), répondez aux questions suivantes :
  • quand sont parus ces articles ?
  • dans quels journaux ont-ils été publiés ? Que savez-vous de ces deux journaux en termes d'obédience politique (appuyez-vous pour répondre sur les textes introductifs au début de chaque article) ?
  • dans quels contextes historique, culturel et social, le prix Goncourt est-il alors attribué ?
  • ces articles ont-ils le même point de vue sur l'attribution du prix Goncourt ? Justifiez votre réponse en citant les textes.
  • quels sont les arguments qui justifient l'attribution du prix à M. Proust et ceux qui la déplorent ?