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Étudier des thèmes de l'œuvre

Repérage des lieux de l'intrigue

Sommaire

Voyage en OrientGlossaire : les lieux du conte de Voltaire - Aide
Figures féminines
BestiaireArticle « Bêtes » du Dictionnaire philosophique, Voltaire, 1764Discours de la méthode, Ve partie, Descartes, 1637 - ExtraitHistoire comique des états et empires de la Lune, Cyrano de Bergerac, 1657 - Extraits

Voyage en Orient

Repérage des lieux de l'intrigue
Relevez toutes les indications qui permettent de situer l'intrigue dans un cadre oriental :
  • Relevez tous les indices de lieux et résumez ce qu'il s'y passe.
  • Que représente le pays des Gangarides aux yeux du conteur ?
  • Essayez de reconnaître les États cités, et de comprendre quelles critiques Voltaire émet à leur sujet.
Ce travail peut être réalisé par groupes, en découpant le conte en plusieurs parties : 
  • Groupe 1 : des chapitres I à IV,
  • Groupe 2 : chapitres IV à VII,
  • Groupe 3 : chapitres VIII à XI.
Chaque groupe présentera son travail à l'oral en suivant l'ordre des chapitres.
Caractéristiques du conte oriental
En vous référant aux travaux présentés en groupes sur les quatre premiers chapitres de La Princesse de Babylone, ainsi qu'à ce que vous avez appris sur le conte oriental au début de la séquence, identifiez les caractéristiques du conte oriental.

Glossaire : les lieux du conte de Voltaire - Aide

Derrière le territoire antique arpenté par Amazan et Formosante se dissimule en réalité une Europe contemporaine de l'auteur, qu'il s'agisse de lieux, de personnes ou d'événements précis. Voici quelques clés qui vous aideront à mieux comprendre la topographie du conte.
À la ville et à l’univers : traduction de l'expression latine urbi et orbi utilisée par le pape lors de la bénédiction de Rome à Pâques et à Noël. 
Albion: l'Angleterre, qui demeure pour Voltaire un modèle indépassable, tant économiquement que scientifiquement et socialement. 
Ausoniens: Italiens. 
Bataves/Batavie : les Hollandais et la Hollande, nation réputée depuis toujours pour son goût du commerce et sa liberté de pensée, notamment dans le domaine éditorial. 
Bétis/Bétiques:renvoie à l'Espagne andalouse et à ses habitants. 
Capitale nouvelle des Gaules: périphrase désignant Lutèce, donc Paris (l'étymologie fantasque référant au culte d'Isis : « Par Isis »).
Cimmériens : il s'agit des habitants de la Russie, « l'impératrice » désignant Catherine II de Russie, une des figures majeures du despotisme éclairé du XVIIIesiècle. 
Folies d'Espagne: danse apparue au XVesiècle et dont l'air a été repris par de nombreux compositeurs. 
Gaule: la France, dont les habitants sont « les enfants » de l'Europe. 
Gédoin: l'abbé Gédoin (1677-1744) est un ecclésiastique, un écrivain et un traducteur qui aurait pris pour maîtresse Ninon de Lenclos alors que cette dernière se trouvait dans un âge avancé. 
Germanie: désigne ce qui correspond plus ou moins à l'Allemagne actuelle ; « les vastes cachots » renvoient aux couvents qui n'existent plus dans l'Allemagne protestante. 
Horreurs qui avaient, deux siècles auparavant, désolé leur patrie : réfère aux guerres de religions entre protestants et catholiques au XVIesiècle. 
Sarmates:les Polonais, la Pologne étant effectivement considérée à l'époque comme une terre d'anarchie en raison de conflits permanents parmi sa noblesse. 
Scandinavie:Ce sont plusieurs pays du Nord de l'Europe qui sont évoqués par le narrateur ; le pays désigné par « ici », où subsiste « la royauté et la liberté », est la Suède de Gustave III, despote éclairé ; le pays désigné par « là » renvoie au Danemark de Christian VII, monarque absolu qui s'employa pourtant à émanciper beaucoup de ses sujets. 
Scythie:si le nom désigne au départ les territoires occupés par les Scythes durant l'Antiquité, il renvoie ici aux territoires habités par les populations mongoles à l'époque de Voltaire. 
Ville aux sept montagnes: Rome ; la cité antique était en effet entourée de sept collines.  
Ville qui ne ressemblait à rien de tout ce qu'il avait vu jusqu'alors : Venise et ses canaux ; le double visage de ses habitants évoqués dans la suite immédiate du texte renvoyant aux masques du carnaval. 
Wittenagemoth:conseil des sages qui assistait les rois saxons avant la conquête normande.

Figures féminines

1. Dressez la liste de toutes les figures féminines apparaissant au fil de l'histoire. Dans un tableau, relevez, pour chacune d'entre elles, des indices permettant d'en dresser le portrait physique et moral.
2. Quelles sont les violences qui sont infligées aux figures féminines dans ce conte ? Relevez-les.

Bestiaire

1. Les animaux dont il est question au fil du récit de Voltaire appartiennent-ils à l'univers du conte traditionnel ? 
2. Quel animal prend la parole dans le conte de Voltaire ? Pourquoi parle-t-il ?
3. Pour aller plus loin, vous pouvez lire les trois extraits : 
  • Article « Bêtes » du Dictionnaire philosophique, Voltaire, 1764
  • Discours de la méthode, Ve partie, Descartes, 1637 - Extrait
  • Histoire comique des états et empires de la Lune, Cyrano de Bergerac, 1657 - Extraits
Comment les animaux sont-ils présentés ? Comparez avecLa Princesse Babylonede Voltaire.

Article « Bêtes » du Dictionnaire philosophique, Voltaire, 1764

Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment1, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc. ! Quoi ! cet oiseau qui fait son nid en demi-cercle quand il l’attache à un mur, qui le bâtit en quart de cercle quand il est dans un angle, et en cercle sur un arbre ; cet oiseau fait tout de la même façon ? Ce chien de chasse que tu as discipliné pendant trois mois n’en sait-il pas plus au bout de ce temps qu’il n’en savait avant les leçons ? Le serin2à qui tu apprends un air le répète-t-il dans l’instant ? n’emploies-tu pas un temps considérable à l’enseigner ? n’as-tu pas vu qu’il se méprend et qu’il se corrige ? Est-ce parce que je te parle que tu juges que j’ai du sentiment, de la mémoire, des idées ? Eh bien ! je ne te parle pas ; tu me vois entrer chez moi l’air affligé, chercher un papier avec inquiétude, ouvrir le bureau où je me souviens de l’avoir enfermé, le trouver, le lire avec joie. Tu juges que j’ai éprouvé le sentiment de l’affliction et celui du plaisir, que j’ai de la mémoire et de la connaissance. Porte donc le même jugement sur ce chien qui a perdu son maître, qui l’a cherché dans tous les chemins avec des cris douloureux, qui entre dans la maison, agité, inquiet, qui descend, qui monte, qui va de chambre en chambre, qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu’il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses. Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte si prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques3. Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal, afin qu’il ne sente pas ? a-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature. […]. 
1.Sentiment : ici, sensation.2.Serin : oiseau.3.Veine mésaraïque : veine qui recueille le sang du gros intestin.

Discours de la méthode, Ve partie, Descartes, 1637 - Extrait

[...] ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu'aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes. Et je m'étais ici particulièrement arrêté à faire voir que, s'il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieurs d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux ; au lieu que, s'il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne seraient point pour cela des vrais hommes. Dont le premier est que jamais elles ne pourraient user de paroles ni d'autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. Car on peut bien concevoir qu'une machine soit tellement faite qu'elle en profère quelques-unes à propos des actions corporelles qui causeront quelques changements en ses organes, comme si on la touche en quelque endroit, qu'elle demande ce qu'on veut lui dire; si en un autre, qu'elle crie qu'on lui fait mal, et choses semblables ; mais non pas qu'elle les arrange diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence, ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire. Et le second est que, bien qu'elles fissent plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu'aucun de nous, elles manqueraient infailliblement en quelques autres, par lesquelles on découvrirait qu'ellesn'agiraient pas par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes. Car, au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière ; d'où vient qu'il est moralement impossible qu'il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie de même façon que notre raison nous fait agir. Or, par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c'est une chose bien remarquable, qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter même les insensés, qu'ils ne soient capables d'arranger ensemble diverses paroles, et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu'au contraire il n'y a point d'autre animal tant parfait et tant heureusement né qu'il puisse être, qui fasse le semblable. Ce qui n'arrive pas de ce qu'ils ont faute d'organes, car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous, c'est-à-dire, en témoignant qu'ils pensent ce qu'ils disent ; au lieu que les hommes qui, étant nés sourds et muets, sont privés des organes qui servent aux autres pour parler, autant ou plus que les bêtes, ont coutume d'inventer d'eux-mêmes quelques signes, par lesquels ils se font entendre à ceux qui, étant ordinairement avec eux, ont loisir d'apprendre leur langue. Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout. (...) Et on ne doit pas confondre les paroles avec les mouvements naturels, qui témoignent des passions, et peuvent être imités par des machines aussi bien que par les animaux; ni penser, comme quelques anciens, que les bêtes parlent, bien que nous n'entendions pas leur langage; car s'il était vrai, puisqu'elles ont plusieurs organes qui se rapportent aux nôtres, elles pourraient aussi bien se faire entendre à nous qu'à leurs semblables.

Histoire comique des états et empires de la Lune, Cyrano de Bergerac, 1657 - Extraits

Les prêtres, cependant, furent avertis que j’avais osé dire que la Lune était un monde dont je venais, et que leur monde n’était qu'une lune. Ils crurent que cela leur fournirait un prétexte assez juste pour me faire condamner à l’eau (c’était la façon d’exterminer les athées). […]. [L]e grand pontife prit la parole […]. Quand il eut dit, je me levai pour défendre ma cause, mais j’en fus délivré de la peine par une aventure que vous allez entendre.
Comme j’avais déjà la bouche ouverte, un homme, qui avait eu grande difficulté à traverser la foule, vint choir aux pieds du roi, et se traîna longtemps sur le dos. Cette façon de faire ne me surprit pas, car je savais bien dès longtemps que c’était la posture où ils se mettaient quand ils voulaient discourir en public. Je rengainai seulement ma harangue, et voici celle que nous eûmes de lui :
« Justes, écoutez-moi ! vous ne sauriez condamner cet homme, ce singe, ou ce perroquet, pour avoir dit que la Lune était un monde d’où il venait ; car s’il est homme, quand même il ne serait pas venu de la Lune, puisque tout homme est libre, ne lui est-il pas libre de s ‘imaginer ce qu’il voudra ? Quoi ! pouvez-vous le contraindre à n’avoir que vos visions ? Vous le forcerez bien à dire qu’il croit que la Lune n’est pas un monde, mais il ne le croira pas pourtant ; car pour croire quelque chose, il faut qu’il se présente à son imagination certaines possibilités plus grandes au oui qu’au non de cette chose ; ainsi, à moins que vous lui fournissiez ce vraisemblable, ou qu’il vienne de soi-même s’offrir à son esprit, il vous dira bien qu’il croit, mais il ne croira pas pour cela.
« J’ai maintenant à vous prouver qu’il ne doit pas être condamné, si vous le posez dans la catégorie des bêtes.
« Car supposez qu’il soit animal sans raison, quelle raison vous-mêmes avez-vous de l’accuser d’avoir péché contre elle ? Il a dit que la Lune était un monde ; or les brutes n’agissent que par instinct de Nature ; donc c’est la Nature qui le dit, et non pas lui. De croire maintenant que cette savante Nature qui a fait et la Lune et ce monde-ci ne sache elle-même ce que c’est, et que vous autres, qui n’avez de connaissance que ce que vous en tenez d’elle, le sachez plus certainement, cela serait bien ridicule. Mais quand même la passion vous faisant renoncer à vos premiers principes, vous supposeriez que la Nature ne guidât point les bêtes, rougissez à tout le moins des inquiétudes que vous accusent les cabrioles d’une bête. En vérité, messieurs, si vous rencontriez un homme d’âge mur qui veillât à la police d’une fourmilière, pour tantôt donner un soufflet à la fourmi qui aurait fait choir sa compagne, tantôt emprisonner une qui aurait dérobé à sa voisine un grain de blé, tantôt mettre en justice une autre qui aurait abandonné ses œufs, ne l’estimeriez-vous pas insensé de vaquer à des choses trop au-dessous de lui, et de prétendre assujettir à la raison des animaux qui n’en n’ont pas l’usage ? Comment donc, vénérables pontifes, appellerez-vous l’intérêt que vous prenez aux cabrioles de ce petit animal ? Justes, j’ai dit ».
Dès qu’il eut achevé, une forte musique d’applaudissements fit retentir toute la salle […].