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Scènes de crime dans la littérature

Jacques Lantier vient de planter un couteau dans la gorge de son amante, Séverine (chapitre XI).

Sommaire

CorpusMeurtre de Séverine – La Bête humaine, Émile Zola, 1890Meurtre d'Amédée Fleurissoire - Les Caves du Vatican, André Gide, 1914Meurtre d'un trafiquant d'armes - Extrait de La Condition humaine, André Malraux, 1933Meurtre de « l'Arabe » - Extrait de L'Étranger, Albert Camus, 1942
QuestionsScènes de crime dans la littérature - Questions

Corpus

Meurtre de Séverine – La Bête humaine, Émile Zola, 1890

Jacques Lantier vient de planter un couteau dans la gorge de son amante, Séverine (chapitre XI).
Immobile, Jacques maintenant la regardait, allongée à ses pieds, devant le lit. Le train se perdait au loin, il la regardait dans le lourd silence de la chambre rouge. Au milieu de ces tentures rouges, de ces rideaux rouges, par terre, elle saignait beaucoup, d'un flot rouge qui ruisselait entre les seins, s'épandait sur le ventre, jusqu'à une cuisse, d'où il retombait en grosses gouttes sur le parquet. La chemise, à moitié fendue, en était trempée. Jamais il n'aurait cru qu'elle avait tant de sang. Et ce qui le retenait, hanté, c'était le masque d'abominable terreur que prenait, dans la mort, cette face de femme jolie, douce, si docile. Les cheveux noirs s'étaient dressés, un casque d'horreur, sombre comme la nuit. Les yeux de pervenche, élargis démesurément, questionnaient encore, éperdus, terrifiés du mystère. Pourquoi, pourquoi l'avait-il assassinée ? Et elle venait d'être broyée, emportée dans la fatalité du meurtre, en inconsciente que la vie avait roulée de la boue dans le sang, tendre et innocente quand même, sans qu'elle eût jamais compris.
Mais Jacques s'étonna. Il entendait un reniflement de bête, grognement de sanglier, rugissement de lion ; et il se tranquillisa, c'était lui qui soufflait. Enfin, enfin ! il s'était donc contenté, il avait tué ! Oui, il avait fait ça. Une joie effrénée, une jouissance énorme le soulevait, dans la pleine satisfaction de l'éternel désir. Il en éprouvait une surprise d'orgueil, un grandissement de sa souveraineté de mâle. La femme, il l'avait tuée, il la possédait, comme il désirait depuis si longtemps la posséder, tout entière, jusqu'à l'anéantir. Elle n'était plus, elle ne serait jamais plus à personne. 

Meurtre d'Amédée Fleurissoire - Les Caves du Vatican, André Gide, 1914

Chez Lafcadio naît brusquement l’idée de tuer Amédée Fleurissoire, qui voyage dans le même train que lui, un train dont les portes s'ouvrent directement sur la voie. 
Lafcadio redonna de la lumière. Le train longeait alors un talus, qu’on voyait à travers la vitre, éclairé par cette lumière de chaque compartiment projetée ; cela formait une suite de carrés clairs qui dansaient le long de la voie et se déformaient tour à tour selon chaque accident du terrain. On apercevait, au milieu de l’un d’eux, danser l’ombre falote de Fleurissoire ; les autres carrés étaient vides.
« Qui le verrait ? pensait Lafcadio. Là, tout près de ma main, sous ma main, cette double fermeture, que je peux faire jouer aisément ; cette porte qui, cédant tout à coup, le laisserait crouler en avant ; une petite poussée suffirait ; il tomberait dans la nuit comme une masse ; même on n’entendait pas un cri… Et demain, en route pour les îles !… Qui le saurait ? »
La cravate était mise, un petit nœud marin tout fait ; à présent Fleurissoire avait repris une manchette et l’assujettissait au poignet droit ; et, ce faisant, il examinait, au-dessus de la place qu’il occupait tout à l’heure, la photographie (une des quatre qui décorait le compartiment) de quelque palais près de la mer.
« Un crime immotivé, continuait Lafcadio : quel embarras pour la police ! Au demeurant, sur ce sacré talus, n’importe qui peut, d’un compartiment voisin, remarquer qu’une portière s’ouvre, et voir l’ombre du Chinois cabrioler. Du moins les rideaux du couloir sont tirés… Ce n’est pas tant des événements que j’ai curiosité, que de moi-même. Tel se croit capable de tout, qui, devant que d’agir, recule… Qu’il y a loin, entre l’imagination et le fait !… Et pas plus le droit de reprendre son coup qu’aux échecs. Bah ! qui prévoirait tous les risques, le jeu perdrait tout intérêt !… Entre l’imagination d’un fait et… Tiens ! le talus cesse. Nous sommes sur un pont, je crois ; une rivière… »
Sur le fond de la vitre, à présent noire, les reflets apparaissaient plus clairement. Fleurissoire se pencha pour rectifier la position de sa cravate.
« Là, sous ma main, cette double fermeture – tandis qu’il est distrait et regarde au loin devant lui – joue, ma foi ! plus aisément qu’on eût cru. Si je puis compter jusqu’à douze, sans me presser, avant de voir dans la campagne quelque feu, le tapir est sauvé. Je commence : Une ; deux ; trois ; quatre ; (lentement ! lentement !) cinq ; six ; sept ; huit ; neuf… Dix, un feu… »
Fleurissoire ne poussa pas un cri.

Meurtre d'un trafiquant d'armes - Extrait de La Condition humaine, André Malraux, 1933

Voici les premières lignes du roman. Tchen est un jeune révolutionnaire communiste.
Lisez l'extrait de l'ouvrage La Condition humaine, André Malraux, 1933, publié chez Gallimard.
Début du passage :« Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? »
Fin du passage :« Tchen frissonna : un insecte courrait sur sa peau. »

Meurtre de « l'Arabe » - Extrait de L'Étranger, Albert Camus, 1942

Dans L'Étranger, Meursault raconte avec indifférence les menus événements de son existence à Alger, jusqu'à cette sortie à la plage où un concours de circonstances va le pousser à commettre un meurtre. 
Lisez l'extrait de l'ouvrage L'Étranger, Albert Camus, 1942, publié chez Gallimard.
Début du passage :« J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. »
Fin du passage :« Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur. »

Questions

Scènes de crime dans la littérature - Questions

1. Quelle est la particularité de chacun de ces meurtres (cadre spatio-temporel, nature du meurtre, meurtrier/victime) ? 
2. Quelle scène a suscité chez vous un vif intérêt ? Pourquoi ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des éléments précis du texte.
3. Extrait deLa Bête humainede Zola.
  • Pourquoi cet extrait peut-il vous faire songer àThérèse Raquin? Justifiez précisément votre réponse.
  • Proposez deux pistes de lecture pour l'étude de ce texte deLa Bête humaine.