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Le projet naturaliste en pratique

Une porte s'ouvrit. Sur le seuil, au milieu d'une lueur blanche, [Laurent] vit Thérèse en camisole, en...

Sommaire

Thérèse Raquin : extraits et questionsL'amante incandescente - Extrait de Thérèse RaquinL'amante incandescente - QuestionsThérèse Raquin, Marcel Carné, 1953 - Affiche
La Bête humaine : extrait et questionLes pulsions de Jacques Lantier - Extrait de la Bête humaineLes pulsions de Jacques Lantier - QuestionLa Vie Populaire publie La Bête humaine - Affiche
Gervaise : extraits et questionGervaise dans "le milieu peuple" - Trois extraits sur L'AssommoirGervaise dans "le milieu peuple" - Question

Thérèse Raquin : extraits et questions

L'amante incandescente - Extrait de Thérèse Raquin

Une porte s'ouvrit. Sur le seuil, au milieu d'une lueur blanche, [Laurent] vit Thérèse en camisole, en jupon, toute éclatante, les cheveux fortement noués derrière la tête. Elle ferma la porte, elle se pendit à son cou. Il s'échappait d'elle une odeur tiède, une odeur de linge blanc et de chair fraîchement lavée. 
Laurent, étonné, trouva sa maîtresse belle. Il n'avait jamais vu cette femme. Thérèse, souple et forte, le serrait, renversant la tête en arrière, et, sur son visage, couraient des lumières ardentes, des sourires passionnés. Cette face d'amante s'était comme transfigurée, elle avait un air fou et caressant; les lèvres humides, les yeux luisants, elle rayonnait. La jeune femme, tordue et ondoyante, était belle d'une beauté étrange, toute d'emportement. On eût dit que sa figure venait de s'éclairer en dedans, que des flammes s'échappaient de sa chair. Et, autour d'elle, son sang qui brûlait, ses nerfs qui se tendaient, jetaient ainsi des effluves chauds, un air pénétrant et âcre.
Au premier baiser, elle se révéla courtisane. Son corps inassouvi se jeta éperdument dans la volupté. Elle s'éveillait comme d'un songe, elle naissait à la passion. Elle passait des bras débiles de Camille dans les bras vigoureux de Laurent, et cette approche d'un homme puissant lui donnait une brusque secousse qui la tirait du sommeil de la chair. Tous ses instincts de femme nerveuse éclatèrent avec une violence inouïe ; le sang de sa mère, ce sang africain qui brûlait ses veines, se mit à couler, à battre furieusement dans son corps maigre, presque vierge encore. Elle s'étalait, elle s'offrait avec une impudeur souveraine. Et, de la tête aux pieds, de longs frissons l'agitaient. 

L'amante incandescente - Questions

1. Situez ce passage dans l'œuvre. 
2. Montrez que ce texte peut illustrer cet extrait de la préface deThérèse Raquin: "DansThérèse Raquin,j'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier. J'ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair."
3. Relisez l'ensemble du chapitre VII afin de trouver d'autres éléments qui permettent d'illustrer l'importance de l'instinct, du physiologique (le corps) dans le roman naturaliste, comme l'écrit Zola : "Si vous retranchez le corps, si vous ne tenez pas compte de la physiologie, vous n'êtes plus même dans la vérité, car sans descendre dans les problèmes philosophiques, il est certain que tous les organes ont un écho profond dans le cerveau et que leur jeu plus ou moins bien réglé, régularise ou détraque la pensée." Émile Zola, Les Romanciers naturalistes

Thérèse Raquin, Marcel Carné, 1953 - Affiche


La Bête humaine : extrait et question

Les pulsions de Jacques Lantier - Extrait de la Bête humaine

Jacques Lantier, fils de Gervaise, est mécanicien à la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest. Jacques éprouve depuis longtemps le désir de tuer. Avant cet extrait, il vient de ressentir l'irrésistible envie de tuer une jeune fille. Il s'interroge alors sur l'origine de sa pulsion meurtrière. 
Pourtant, il s'efforçait de se calmer, il aurait voulu comprendre. Qu'avait-il donc de différent, lorsqu'il se comparait aux autres ? Là-bas, à Plassans dans sa jeunesse, souvent déjà, il s'était questionné. Sa mère, Gervaise , il est vrai, l'avait eu très jeune, à quinze ans et demi ; mais il n'arrivait que le second, elle entrait à peine dans sa quatorzième année, lorsqu'elle était accouchée du premier, Claude, ni Etienne, né plus tard, ne semblait souffrir d'une mère si enfant et d'un père gamin comme elle, ce beau Lantier, dont le mauvais coeur devait coûter à Gervaise tant de larmes. Peut-être aussi ses frères avaient-ils chacun son mal, qu'ils n'avouaient pas, l'aîné surtout qui se dévorait à vouloir être peintre, si rageusement, qu'on le disait à moitié fou de son génie. La famille n'était guère d'aplomb, beaucoup avaient une fêlure. Lui, à certaines heures, la sentait bien, cette fêlure héréditaire ; non pas qu'il fût d'une santé mauvaise, car l'appréhension et la honte de ces crises l'avaient seules maigri autrefois; mais c'étaient, dans son être, de subites pertes d'équilibre, comme des cassures, des trous par lesquels son moi lui échappait, au milieu d'une sorte de grande fumée qui déformait tout. Il ne s'appartenait plus, il obéissait à ses muscles, la bête enragée. Pourtant, il ne buvait pas, il se refusait même un petit verre d'eau-de-vie, ayant remarqué que la moindre goutte d'alcool le rendait fou. Et il en venait à penser qu'il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d'ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois.  (La Bête humainechapitre II, 1890)

Les pulsions de Jacques Lantier - Question

Quelle est, d'après Jacques Lantier, la cause possible de ses pulsions meurtrières ?

La Vie Populaire publie La Bête humaine - Affiche


Gervaise : extraits et question

Gervaise dans "le milieu peuple" - Trois extraits sur L'Assommoir

Au début du roman, Gervaise est abandonnée par Lantier : elle se retrouve alors seule à Paris, avec ses deux enfants. Travailleuse, elle parvient à racheter une blanchisserie et devenir ainsi "patronne". Mais son mari Coupeau, victime d'un accident, sombre dans l'alcoolisme et précipite Gervaise dans la misère. 
  • Extrait du feuillet 122 sur Gervaise (note préparatoire de Zola àL'Assommoir,expositionBNF)  : 
Son idéal, ne pas être battue et manger. Une nature moyenne, qui pourrait faire une excellente femme, selon le milieu. L’étude du milieu sur une femme ni bonne ni mauvaise, qui a déjà eu de tristes exemples sous les yeux, mais prête par sa nature à réagir et à travailler ; un peu la bête qui songe à la niche et à la pâtée. Des faiblesses naturelles. Un être lancé au hasard et qui tombera pile ou face.
  • Extrait 1 deL'Assommoir
Dans l’air chaud, une puanteur fade montait de tout ce linge sale remué.
"Oh ! là là, ça gazouille ! dit Clémence, en se bouchant le nez.
– Pardi ! si c'était propre, on ne nous le donnerait pas, expliqua tranquillement Gervaise. Ça sent son fruit, quoi !... Nous disions quatorze chemises de femme. N'est-ce pas, madame Bijard ? quinze, seize, dix-sept..."
Elle continua à compter tout haut. Elle n'avait aucun dégoût, habituée à l'ordure ; elle enfonçait ses bras nus et roses au milieu des chemises jaunes de crasse, des torchons raidis par la graisse des eaux de vaisselle, des chaussettes mangées et pourries de sueur.
Pourtant, dans l'odeur forte qui battait son visage penché au-dessus des tas, une nonchalance la prenait. Elle s'était assise au bord d'un tabouret, se courbant en deux, allongeant les mains à droite, à gauche, avec des gestes ralentis, comme si elle se grisait de cette puanteur humaine, vaguement souriante, les yeux noyés. Et il semblait que ses premières paresses vinssent de là, de l'asphyxie des vieux linges empoisonnant l'air autour d'elle.
  • Extrait 2 deL'Assommoir 
Oui, Coupeau et Lantier l'usaient, c'était le mot ; ils la brûlaient par les deux bouts, comme on dit de la chandelle. Bien sûr, le zingueur manquait d'instruction ; mais le chapelier en avait trop, ou du moins il avait une instruction comme les gens pas propres ont une chemise blanche avec de la crasse par-dessous. Une nuit, elle rêva qu'elle était au bord d'un puits ; Coupeau la poussait d'un coup de poing, tandis que Lantier lui chatouillait les reins pour la faire sauter plus vite. Eh bien, ça ressemblait à sa vie. Ah ! elle était à bonne école, ça n'avait rien d'étonnant, si elle s'avachissait. Les gens du quartier ne se montraient guère justes, quand ils lui reprochaient les vilaines façons qu'elle prenait, car son malheur ne venait pas d'elle. Parfois, lorsqu'elle réfléchissait, un frisson lui courait sur la peau. Puis, elle pensait que les choses auraient pu tourner plus mal encore. Il valait mieux avoir deux hommes, par exemple, que de perdre les deux bras. Et elle trouvait sa position naturelle, une position comme il y en a tant ; elle tâchait de s'arranger là-dedans un petit bonheur.

Gervaise dans "le milieu peuple" - Question

Gervaise est-elle présentée comme responsable de ce qui lui arrive ? Justifiez précisément votre réponse en vous appuyant sur les trois extraits.