Revenir
Revenir

Étudier des passages précis

Ciel ! que lui vais-je dire ? et par où commencer ?

Sommaire

L'aveu à Œnone : quelle part de violence dans l'accouchement d'une parole ?Phèdre, Jean Racine, 1677, acte I, scène 3 - L'aveu à ŒnonePhèdre, Euripide (Hippolyte porte-couronne), Ve siècle avant J.-C. - L'aveu à ŒnoneUne chienne, Wajdi Mouawad, scène 2, 2016 - L'aveu à ŒnoneL'aveu à Œnone - QuestionsL'aveu à Œnone - Dialogue théâtral
L'aveu à Hippolyte : la violence d'une parole indiciblePhèdre, Jean Racine, 1677, acte II, scène 5 - L'aveu à HippolytePhèdre et Hippolyte, Nicolas Pradon, 1677, acte III, scène 4 - L'aveu à HippolyteL'Amour de Phèdre, Sarah Kane, 1996, scène 4 - L'aveu à Hippolyte
L'aveu à Hippolyte - Questions
L'aveu à Hippolyte - Note d'intention
Mort(s) d'Hippolyte : comment représenter la violence du trépas ?Phèdre, Jean Racine, acte V, scène 6 - La mort d'HippolyteL'Amour de Phèdre, Sarah Kane, scène 8, 1996 - La mort d'HippolyteUne chienne, Wajdi Mouawad, scène 3, 2016 - La mort d'HippolyteMort(s) d'Hippolyte - QuestionsMort(s) d'Hippolyte - Note d'intentionMort(s) d'Hippolyte - Analyse de choix de mise en scène
Aides pour rédiger une note d'intentionComment écrire la note d'intention d'un spectacle ? - Site

L'aveu à Œnone : quelle part de violence dans l'accouchement d'une parole ?

Phèdre, Jean Racine, 1677, acte I, scène 3 - L'aveu à Œnone

ŒNONE.
Parlez : je vous écoute.
PHÈDRE.
Ciel ! que lui vais-je dire ? et par où commencer ?
ŒNONE.
Par de vaines frayeurs cessez de m’offenser.
PHÈDRE.
Ô haine de Vénus ! ô fatale colère !
Dans quels égarements l’amour jeta ma mère !
ŒNONE.
Oublions-les, madame ; et qu’à tout l’avenir
Un silence éternel cache ce souvenir.
PHÈDRE.
Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !
ŒNONE.
Que faites-vous, madame ? et quel mortel ennui
Contre tout votre sang vous anime aujourd’hui ?
PHÈDRE.
Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable
Je péris la dernière et la plus misérable.
ŒNONE.
Aimez-vous ?
PHÈDRE.
De l’amour j’ai toutes les fureurs.
ŒNONE.
Pour qui ?
PHÈDRE.
Tu vas ouïr le comble des horreurs…
J’aime… À ce nom fatal, je tremble, je frissonne.
J’aime…
ŒNONE.
Qui ?
PHÈDRE.
Tu connais ce fils de l’Amazone,
Ce prince si longtemps par moi-même opprimé…
ŒNONE.
Hippolyte ? Grands dieux !
PHÈDRE.
C’est toi qui l’as nommé !
ŒNONE.
Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace !
Ô désespoir ! ô crime ! ô déplorable race !
Voyage infortuné ! Rivage malheureux,
Fallait-il approcher de tes bords dangereux !
PHÈDRE.
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;
Athènes me montra mon superbe ennemi :
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler :
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens !
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer.
Phèdre, Racine, 1677, acte I, scène 3

Phèdre, Euripide (Hippolyte porte-couronne), Ve siècle avant J.-C. - L'aveu à Œnone

LA NOURRICE.
Allons, ma chère enfant, oublions toutes deux notre premier entretien ; reprends ta douceur naturelle, éclaircis ton front soucieux et tes sombres pensées : et moi, si j'ai eu des torts en suivant ton exemple, je les désavoue, et je veux prendre un autre langage pour te plaire. Et si tu es atteinte d'un mal secret, ces femmes m'aideront à soulager ta souffrance : mais si ton mal peut être révélé à des hommes, parle, pour qu'on en instruise les médecins. Bien. Pourquoi ce silence? Il ne faut pas te taire, ma fille, mais me reprendre si je me trompe, ou suivre mes avis s'ils sont bons. Dis un mot, tourne un regard vers moi. Ô que je suis malheureuse ! Femmes, vous le voyez , toutes mes peines sont vaines; je n'ai avancé en rien : tout à l'heure mes paroles n'ont pu la toucher, et maintenant elles ne peuvent la fléchir. Mais sache-le bien, dusses-tu te montrer plus farouche que la mer, si tu meurs, tu trahis tes enfants, ils n'auront point part aux biens de leur père : j'en atteste cette fière Amazone qui a donné un maître à tes fils, un bâtard dont les sentiments sont plus hauts que la naissance. Tu le connais bien, Hippolyte.
PHÈDRE.
Ah dieux !
LA NOURRICE.
Ce reproche te touche ?
PHÈDRE.
Tu me fais mourir, nourrice ; au nom des dieux, à l'avenir garde le silence sur cet homme.
LA NOURRICE.
Vois donc ! ta haine est juste, et cependant tu refuses de sauver tes fils et de prendre soin de tes jours.
PHÈDRE.
Je chéris mes enfants ; mais ce sont d'autres orages qui m'agitent.
LA NOURRICE.
Ma fille, tes mains sont pures de sang.
PHÈDRE.
Mes mains sont pures, mais mon cœur est souillé.
LA NOURRICE.
Est-ce l'effet de quelque maléfice envoyé par un ennemi ?
PHÈDRE.
C'est un ami qui me perd malgré lui et malgré moi.
LA NOURRICE.
Thésée t'a-t-il fait quelque offense ?
PHÈDRE.
Puissé-je ne l'avoir point offensé moi-même !
LA NOURRICE.
Quelle est donc cette chose terrible qui te pousse à mourir ?
PHÈDRE.
Laisse là mes fautes : ce n'est pas envers toi que je suis coupable.
LA NOURRICE.
Non, je ne te laisserai pas ; je ne céderai qu'à ton obstination.
PHÈDRE.
Que fais-tu? Tu me fais violence en t'attachant à mes pas.
LA NOURRICE.
Je ne lâcherai point tes genoux que je tiens embrassés.
PHÈDRE.
Malheur à toi si tu apprends ce malheureux secret !
LA NOURRICE.
Est-il un malheur plus grand pour moi que de te perdre ?
PHÈDRE.
Tu me perds : le silence faisait du moins mon honneur.
LA NOURRICE.
Et cependant tu caches ce qui t'honore, malgré mes supplications.
PHÈDRE.
Pour couvrir ma honte, j'ai recours à la vertu.
LA NOURRICE.
Si tu parles, tu en seras donc plus honorée.
PHÈDRE.
Va-t'en, au nom des dieux! et laisse mes mains.
LA NOURRICE.
Non, certes, puisque tu me refuses le prix de ma fidélité.
PHÈDRE.
Eh bien ! tu seras satisfaite : je respecte ton caractère de suppliante.
LA NOURRICE.
Je me tais, car c'est à toi de parler.
PHÈDRE.
Ô ma mère infortunée, quel funeste amour égara ton coeur!
LA NOURRICE.
Celui dont elle fut éprise pour un taureau? Pourquoi rappeler ce souvenir ?
PHÈDRE.
Et toi, sœur malheureuse, épouse de Bacchus1!
LA NOURRICE.
Qu'as-tu donc, ma fille? Tu insultes tes proches.
PHÈDRE.
Et moi, je meurs la dernière et la plus misérable !
LA NOURRICE.
Je suis saisie de stupeur. Où tend ce discours ?
PHÈDRE.
De là vient mon malheur ; il n'est pas récent.
LA NOURRICE.
Je n'en sais pas plus ce que je veux apprendre.
PHÈDRE.
Hélas ! que ne peux-tu dire toi-même ce qu'il faut que je dise !
LA NOURRICE.
Je n'ai pas l'art des devins, pour pénétrer de pareilles obscurités.
PHÈDRE.
Qu'est-ce donc que l'on appelle aimer ?
LA NOURRICE.
C'est à la fois, ma fille, ce qu'il y a de plus doux et de plus cruel.
PHÈDRE.
Je n'en ai éprouvé que les peines.
LA NOURRICE.
Que dis-tu ? Ô mon enfant, aimes-tu quelqu'un ?
PHÈDRE.
Tu connais ce fils de l'Amazone ?
LA NOURRICE.
Hippolyte, dis-tu ?
PHÈDRE.
C'est toi qui l'as nommé.
Euripide,Hippolyte porte-couronne, Vesiècle avant J.-C., traduit du grec par M. Artaud, 1842
1.Bacchus : dieu du vin, de la fête et des excès, équivalent latin de Dionysos.

Une chienne, Wajdi Mouawad, scène 2, 2016 - L'aveu à Œnone

Wajdi Mouawad est un homme de théâtre canadien d'origine libanaise et d'expression francophone. Son théâtre, fortement marqué par la guerre civile l'ayant contraint à quitter le Liban à dix ans, est imprégné de mythes et de violence, à la fois cru et poétique.Une chienneest une commande du metteur en scène Krysztof Warlikowski, qui dans son spectaclePhèdre(s)entreprend de déconstruire et de reconstruire le personnage de Phèdre à partir des textes de Wajdi Mouawad, mais aussi de Racine, de la dramaturge anglaise Sarah Kane et du romancier sud-africain prix Nobel de littérature J. M. Coetzee.
La citation suivante est extraite de la scène d'aveu entre Phèdre et Œnone ; la nourrice tient ici davantage de la confidente, de l'amie et de l'amante ; toutes deux sont les dernières survivantes du peuple de Minos que Thésée, toujours ici le mari de Phèdre, a massacré d'atroce façon…
Lisez l'extrait de l'ouvrage de Wajdi Mouawad,Une chienne, publié chez Actes Sud, 2016
Début du passage :« Il est là, monte vers lui ma jubilation. »
Fin du passage :« Hippolyte… »

L'aveu à Œnone - Questions

1. Au préalable, à l'oral ou en quelques phrases à l'écrit, vous aurez soin de resituer le passage tiré de Phèdrede Racine au sein de la pièce.
Chacune des questions suivantes peut porter sur un seul des extraits présentés, ou plusieurs d'entre eux dans une approche comparatiste.
2. Quelles sont les différentes stratégies employées par Œnone pour faire parler Phèdre ? Quel type d'interrogatrice est-elle ? 
3. Comment Phèdre réagit-elle à cet interrogatoire ? Quels sentiments et émotions exprime-t-elle ? 
4. De quelle manière Phèdre cherche-t-elle à justifier ce qu'elle ressent pour Hippolyte ? En quoi ces justifications nous renseignent-elles sur le genre de la pièce ? 
5. Si vous avez travaillé dans une approche comparée, vous indiquerez dans un bref paragraphe quel est l'extrait que vous avez préféré et pour quelles raisons (deux arguments au moins).
Votre travail contiendra au moins une proposition juxtaposée, une proposition coordonnée et deux propositions subordonnées.
Votre paragraphe sera développé (au-delà de six lignes), structuré (présence de liens logiques additionnant ou mettant en contraste les arguments) et rédigé dans une langue surveillée (lexique précis ; syntaxe des phrases claire et répondant à la consigne ci-dessus ; orthographe et ponctuation vérifiées).
Des relectures entre vous doivent vous permettre de traquer tous ces types de négligences rédactionnelles et vous alerter sur ce qu’il vous faut améliorer. Vous ferez d’ailleurs, à la suite de votre paragraphe, une liste de vos points de vigilance rédactionnels.

L'aveu à Œnone - Dialogue théâtral

À votre tour, rédigez une scène de confession sous la forme d'un dialogue théâtral. Un ou une amie à vous a commis une grosse bêtise mais est réticente à vous l'avouer. Écrivez le dialogue dans lequel vous faites advenir la confession. Vous userez de stratégies variées pour parvenir à vos fins et mettrez en avant le trouble de votre ami ou amie, ainsi que ses tentatives de justification.
Dans un petit texte d’accompagnement, vous direz ce que vous avez cherché à réinvestir de tel ou tel extrait analysé dans votre propre texte de théâtre.

L'aveu à Hippolyte : la violence d'une parole indicible

Phèdre, Jean Racine, 1677, acte II, scène 5 - L'aveu à Hippolyte

PHÈDRE.
Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée.
Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers,
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du Dieu des morts déshonorer la couche ;
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
Tel qu'on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous voi.
Il avait votre port, vos yeux, votre langage,
Cette noble pudeur colorait son visage,
Lorsque de notre Crète il traversa les flots,
Digne sujet des vœux des filles de Minos.
Que faisiez-vous alors ? Pourquoi sans Hippolyte
Des héros de la Grèce assembla-t-il l'élite ?
Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors
Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?
Par vous aurait péri le monstre de la Crète,
Malgré tous les détours de sa vaste retraite.
Pour en développer l'embarras incertain,
Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.
Mais non, dans ce dessein je l'aurais devancée :
L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée.
C'est moi, Prince, c'est moi dont l'utile secours
Vous eût du Labyrinthe enseigné les détours.
Que de soins m'eût coûté cette tête charmante !
Un fil n'eût point assez rassuré votre amante.
Compagne du péril qu'il vous fallait chercher,
Moi-même devant vous j'aurais voulu marcher ;
Et Phèdre, au Labyrinthe, avec vous descendue,
Se serait avec vous retrouvée ou perdue.
HIPPOLYTE.
Dieux ! qu'est-ce que j'entends ? Madame, oubliez-vous
Que Thésée est mon père et qu'il est votre époux ?
PHÈDRE.
Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire,
Prince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?
HIPPOLYTE.
Madame, pardonnez : j’avoue, en rougissant,
Que j’accusais à tort un discours innocent.
Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ;
Et je vais…
PHÈDRE.
Ah, cruel ! tu m’as trop entendue !
Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :
J’aime !
Racine,Phèdre,acte II, scène 5, 1677

Phèdre et Hippolyte, Nicolas Pradon, 1677, acte III, scène 4 - L'aveu à Hippolyte

Nicolas Pradon est un tragédien contemporain de Racine, dont les pièces connaîtront un succès relatif et qui toujours restera dans l'ombre de son rival. Racine avait d'ailleurs des mots peu sympathiques à son sujet : « La seule différence entre Pradon et moi est que moi je sais écrire » aurait-il dit à son propos. En 1677, la même année que lePhèdrede Racine, Nicolas Pradon publie sa propre version du mythe…
PHÈDRE.
Seigneur, je prétends, et j'espère
Unir dans peu de jour Aricie à mon frère.
HIPPOLYTE.
Vous, Madame ?
PHÈDRE.
Oui, moi ? Quel intérêt, Seigneur,
Prenez-vous à l'hymen…
HIPPOLYTE.
L'interêt de mon cœur ;
Madame, et vous verrez peut-être votre frère
Me payer de son sang ce dessein téméraire,
Je périrai plutôt avant ce coup fatal…
PHÈDRE.
Que dites-vous ? Ah Dieux !
HIPPOLYTE.
Que je suis son rival,
Que j'en fis un secret, que j'adore Aricie,
Et qu'à me l'arracher il y va de la vie,
Je n'en fais plus mystère, et je saurai si bien…
PHÈDRE.
Je connais ton secret, ingrat, apprends le mien,
Ton heureuse imprudence, et ton ardeur fatale,
M'ont enfin malgré toi découvert ma rivale,
Tremble, je la connais, Phèdre dans son malheur
Lui fera voir dans peu sa rivale en fureur,
Car dans mon désespoir et ma douleur extrême
Je rougirais, ingrat, de dire que je t'aime.
HIPPOLYTE.
Moi, Madame ?
PHÈDRE.
Oui, toi, ç'en est fait pour jamais,
Je t'aimais, il est vrai, barbare, et je te hais…
Je t'aimais cependant, et tu l'as dû connaître,
Mille fois dans mes yeux ma flamme a dû paraître,
Infidèle à Thésée, et toute entière à toi,
Tu lui volais mon cœur, mes serments, et ma foi,
Oui, cruel, et c'est là ce qui me désespère,
Rends-moi mon cœur, ingrat, pour le rendre à ton père
Pour toi seul j'immolai ma gloire et mon repos,
Ton amour me força d'oublier ce héros,
Je sentis que mon âme allait être enchaînée,
Par un fatal penchant je me vis entraînée,
J'en ai gémi longtemps, j'ai longtemps combattu,
Et suis réduite enfin à pleurer ma vertu.
HIPPOLYTE.
Non, ce n'est point à moi que ce discours s'adresse,
Madame, et vous voulez surprendre ma tendresse,
C'est sans doute à Thésée, et ce n'est pas à moi
Que vous avez donné votre cœur, votre foi ;
Songez, songez, Madame, à la grandeur du crime
Qui nous perdrait tous deux…
PHÈDRE.
J'en serais la victime ;
Mais puisque malgré moi tu lui voles son bien,
C'est ton crime, barbare, et ce n'est pas le mien.
Ah ! c'en est fait, cruel, toujours fier et farouche,
Aucun soupir pour moi n'échappe de ta bouche,
Tu vois sans t'émouvoir mes pressantes douleurs,
Avec tranquillité tu jouis de mes pleurs,
Je connais que ton cœur brûle pour Aricie,
Tu la veux épouser, mais tremble pour sa vie,
Je perdrai ton amante, et moi-même en mourant,
Hélas ! j'irai percer son cœur en soupirant,
Et ma rivale heureuse au milieu des alarmes
Voyant couler sur elle et mon sang et mes larmes,
Peut-être en ce moment, malgré tout son effroi,
En mourant de ma main, aura pitié de moi.
Nicolas Pradon,Phèdre et Hippolyte, 1677, acte III, scène 4

L'Amour de Phèdre, Sarah Kane, 1996, scène 4 - L'aveu à Hippolyte

Sarah Kane est une dramaturge britannique née en 1971, auteure d'un théâtre sombre, hermétique et violent qui sera source de nombreux scandales. Elle se suicide à l'âge de 28 ans et devient par la suite l'emblème d'une certaine modernité théâtrale. Dans son Amour de Phèdre, elle imagine une Phèdre moderne, amoureuse d'un Hippolyte médiocre et peu séduisant.Ellele retrouve ici dans sa chambre en désordre en train de se goinfrer devant la télévision.
Lisez l'extrait de l'ouvrage de Sarah Kane,L'Amour de Phèdre,scène 4, traduction de Séverine Magois, publié par L'Arche, 2002
Début du passage :«Pourquoi ne devrais-je pas vous appeler mère, Mère ?  »
Fin du passage :«Au seuil de la jouissance, il laisse échapper un son. »

L'aveu à Hippolyte - Questions

1. Au préalable, à l'oral ou en quelques phrases à l'écrit, vous aurez soin de resituer le passage tiré du Phèdre de Racine au sein de la pièce.
Rappel : chacune des questions suivantes peut porter sur un seul des extraits présentés, ou plusieurs d'entre eux dans une approche comparatiste.
2. Quels sont les différents moyens utilisés par Phèdre pour faire comprendre à Hippolyte ce qu'elle éprouve à son égard ?  
3. Quelle image nous est donnée d'Hippolyte à travers ses différentes paroles et réactions ? 
4. Si vous avez travaillé dans une approche comparée, vous indiquerez dans un bref paragraphe quel est l'extrait que vous avez préféré et pour quelles raisons (deux arguments au moins).
Votre travail contiendra au moins trois propositions relatives introduites par des pronoms relatifs différents. Votre paragraphe sera développé (au-delà de six lignes), structuré (présence de liens logiques additionnant ou mettant en contraste les arguments) et rédigé dans une langue surveillée (lexique précis ; syntaxe des phrases claire et répondant à la consigne ci-dessus ; orthographe et ponctuation vérifiées).
Des relectures entre vous doivent vous permettre de traquer tous ces types de négligences rédactionnelles et vous alerter sur ce qu’il vous faut améliorer. Vous ferez d’ailleurs, à la suite de votre paragraphe, une liste de vos points de vigilance rédactionnels.

L'aveu à Hippolyte - Note d'intention

1. À l'écrit, vous ferez des propositions pour une mise en scène de l'aveu de Phèdre dans l'extrait de Racine.
Votre mise en scène prendra le parti d'accentuer les tensions chez les deux personnages et dans leurs interactions. Vous pourrez évoquer, entre autres :
  • le choix des acteurs ;
  • leurs gestes, intonations et attitudes ;
  • les éléments de décor ;
  • les accessoires ;
  • les costumes ;
  • une éventuelle présence de bande-son ;
  • des éléments d'éclairage, etc.
2. Vous irez voir dans la collection « Je découvre des captations de mises en scène » la mise en scène de Patrice Chéreau correspondant à cet extrait (acte II scène 5, à partir de 4'30'') et comparerez les choix du metteur en scène avec vos propres propositions. 

Mort(s) d'Hippolyte : comment représenter la violence du trépas ?

Phèdre, Jean Racine, acte V, scène 6 - La mort d'Hippolyte

THÉRAMÈNE.
À peine nous sortions des portes de Trézène,
Il était sur son char ; ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés ;
Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes ;
Sa main sur les chevaux laissait flotter les rênes ;
Ses superbes coursiers qu’on voyait autrefois
Pleins d’une ardeur si noble obéir à sa voix,
L’œil morne maintenant, et la tête baissée,
Semblaient se conformer à sa triste pensée.
Un effroyable cri, sorti du fond des flots,
Des airs en ce moment a troublé le repos ;
Et du sein de la terre une voix formidable
Répond en gémissant à ce cri redoutable.
Jusqu’au fond de nos cœurs notre sang s’est glacé ;
Des coursiers attentifs le crin s’est hérissé.
Cependant sur le dos de la plaine liquide,
S’élève à gros bouillons une montagne humide ;
L’onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,
Parmi des flots d’écume, un monstre furieux.
Son front large est armé de cornes menaçantes ;
Tout son corps est couvert d’écailles jaunissantes,
Indomptable taureau, dragon impétueux,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux ;
Ses longs mugissements font trembler le rivage.
Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ;
La terre s’en émeut, l’air en est infecté ;
Le flot qui l’apporta recule épouvanté.
Tout fuit ; et sans s’armer d’un courage inutile,
Dans le temple voisin chacun cherche un asile.
Hippolyte lui seul, digne fils d’un héros,
Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,
Pousse au monstre, et d’un dard lancé d’une main sûre,
Il lui fait dans le flanc une large blessure.
De rage et de douleur le monstre bondissant
Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,
Se roule, et leur présente une gueule enflammée
Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.
La frayeur les emporte ; et, sourds à cette fois,
Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix ;
En efforts impuissants leur maître se consume ;
Ils rougissent le mors d’une sanglante écume.
On dit qu’on a vu même, en ce désordre affreux,
Un dieu qui d’aiguillons pressait leur flanc poudreux.
À travers les rochers la peur les précipite ;
L’essieu crie et se rompt : l’intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé ;
Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur : cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J’ai vu, seigneur, j’ai vu votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris.
Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ;
Ils courent : tout son corps n’est bientôt qu’une plaie.
De nos cris douloureux la plaine retentit.
Leur fougue impétueuse enfin se ralentit :
Ils s’arrêtent non loin de ces tombeaux antiques
Où des rois ses aïeux sont les froides reliques.
J’y cours en soupirant, et sa garde me suit :
De son généreux sang la trace nous conduit ;
Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.
J’arrive, je l’appelle ; et me tendant la main,
Il ouvre un œil mourant qu’il referme soudain :
« Le ciel, dit-il, m’arrache une innocente vie.
« Prends soin après ma mort de la triste Aricie.
« Cher ami, si mon père un jour désabusé
« Plaint le malheur d’un fils faussement accusé,
« Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,
« Dis-lui qu’avec douceur il traite sa captive ;
« Qu’il lui rende… » À ce mot, ce héros expiré
N’a laissé dans mes bras qu’un corps défiguré :
Triste objet où des dieux triomphe la colère,
Et que méconnaîtrait l’œil même de son père.
Racine,Phèdre, 1677, acte V scène 6

L'Amour de Phèdre, Sarah Kane, scène 8, 1996 - La mort d'Hippolyte

Sarah Kane est une dramaturge britannique née en 1971, auteure d'un théâtre sombre, hermétique et violent qui sera source de nombreux scandales. Elle se suicide à l'âge de 28 ans et devient par la suite l'emblème d'une certaine modernité théâtrale. Dans sonAmour de Phèdre, elle imagine une Phèdre moderne, amoureuse d'un Hippolyte médiocre et peu séduisant. Après avoir eu un rapport avec lui, elle l'accuse de viol ; ce dernier ne s'en défend pas et est donc arrêté puis condamné à être exécuté en place publique. Strophe, la fille de Phèdre, qui est aussi amoureuse de lui, cherche à le défendre et se bat avec la foule.
Lisez l'extrait de l'ouvrage de Sarah Kane,L'Amour de Phèdre,scène 8, traduction de Séverine Magois, publié par L'Arche, 2002
Début du passage :«Qu'est-ce que c'est que cette femme ? »
Fin du passage :«Un vautour descend du ciel et commence à manger son corps. »

Une chienne, Wajdi Mouawad, scène 3, 2016 - La mort d'Hippolyte

Wajdi Mouawad est un homme de théâtre canadien d'origine libanaise et d'expression francophone. Son théâtre, fortement marqué par la guerre civile l'ayant contraint à quitter le Liban à dix ans, est imprégné de mythes et de violence, à la fois cru et poétique. Dans cette citation extraite d'Une Chienne, pièce qui entrecroise époques et figures mythologiques, Phèdre avoue son amour à un chien, lequel est incarné, selon le vœu du dramaturge, par le même acteur jouant Hippolyte.
Lisez l'extrait de l'ouvrage de Wajdi Mouawad,Une chienne, publié par Actes Sud, 2016
Début du passage :« Pute ! »
Fin du passage :« Et plus grand que l'amour est le meurtre. »

Mort(s) d'Hippolyte - Questions

1. Au préalable, à l'oral ou en quelques phrases à l'écrit, vous aurez soin de resituer le passage tiré de Phèdre de Racine au sein de la pièce.
Rappel : chacune des questions suivantes peut porter sur un seul des extraits présentés, ou plusieurs d'entre eux dans une approche comparatiste.
2. Comment la mort d'Hippolyte est-elle représentée ? Pour quelles raisons selon vous ?
3. Que cherche à provoquer la représentation de cette mort chez le lectorat/public ? En quoi cela vient-il confirmer le genre de la pièce qui a été identifié précédemment ? 
4. Quelle image nous est donnée d'Hippolyte ? En quoi cela vient-il confirmer le genre de la pièce qui a été identifié précédemment ? 
5. Si vous avez travaillé dans une approche comparée, vous indiquerez dans un bref paragraphe quel est l'extrait que vous avez préféré et pour quelles raisons (deux arguments au moins).
Votre travail contiendra au moins quatre modalisateurs différents (modes ou temps verbaux, types de phrases, adverbes, verbes ou adjectifs, etc.). Votre paragraphe sera développé (au-delà de six lignes), structuré (présence de liens logiques additionnant ou mettant en contraste les arguments) et rédigé dans une langue surveillée (lexique précis ; syntaxe des phrases claire et répondant à la consigne ci-dessus ; orthographe et ponctuation vérifiées).
Des relectures entre vous doivent vous permettre de traquer tous ces types de négligences rédactionnelles et vous alerter sur ce qu’il vous faut améliorer. Vous ferez d’ailleurs, à la suite de votre paragraphe, une liste de vos points de vigilance rédactionnels.

Mort(s) d'Hippolyte - Note d'intention

À l'écrit, vous ferez des propositions pour une mise en scène de la mort d'Hippolyte à partir d'une des scènes que vous avez étudiées en classe. Votre mise en scène réfléchira notamment à la question de la violence et de sa monstration.
Vous pourrez évoquer, entre autres :
  • Le choix des acteurs ;
  • Leurs gestes, intonations et attitudes ;
  • Les éléments de décor ;
  • Les accessoires ;
  • Les costumes ;
  • Une éventuelle présence de bande-son ;
  • Des éléments d'éclairage, etc.

Mort(s) d'Hippolyte - Analyse de choix de mise en scène

En groupe, après des recherches menées au CDI, vous ferez une présentation de trois minutes environ de la représentation d'une mort sur scène dans une autre pièce de votre choix. Après avoir présenté l'œuvre et contextualisé l'extrait, vous réfléchirez aux divers choix opérés par le ou la dramaturge. 

Aides pour rédiger une note d'intention

Comment écrire la note d'intention d'un spectacle ? - Site