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La comédie théâtrale au XVIIe siècle

L'action de cette comédie-ballet1représente M. Jourdain, un riche bourgeois qui ne rêve que de noblesse...

Sommaire

CorpusLe Bourgeois gentilhomme, Molière, 1670 - Acte I, scène 2Les Fourberies de Scapin, Molière, 1671 - Acte III, scène 2Les Plaideurs, Jean Racine, 1668 - Extrait de l'acte III, scène 3
ActivitésLa comédie théâtrale - Activités
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Corpus

Le Bourgeois gentilhomme, Molière, 1670 - Acte I, scène 2

L'action de cette comédie-ballet1représente M. Jourdain, un riche bourgeois qui ne rêve que de noblesse et cherche à imiter en tout point le mode de vie des nobles, sans pour en autant en avoir l'éducation et le raffinement. Cette scène, située au début de la pièce, nous le montre en compagnie de deux professeurs que M. Jourdain paie pour acquérir les qualités qui feront de lui un gentilhomme.
MONSIEUR JOURDAIN.
Voyons un peu votre affaire.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE.
Je voudrais bien auparavant vous faire entendre un air qu'il vient de composer pour la sérénade que vous m'avez demandée. C'est un de mes écoliers, qui a pour ces sortes de choses un talent admirable.
MONSIEUR JOURDAIN.
Oui ; mais il ne fallait pas faire faire cela par un écolier, et vous n'étiez pas trop bon vous-même pour cette besogne-là.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE.
Il ne faut pas, Monsieur, que le nom d'écolier vous abuse. Ces sortes d'écoliers en savent autant que les plus grands maîtres, et l'air est aussi beau qu'il s'en puisse faire. Écoutez seulement.
MONSIEUR JOURDAIN.
Donnez-moi ma robe pour mieux entendre… Attendez, je crois que je serai mieux sans robe… Non ; redonnez-la-moi, cela ira mieux.
MUSICIEN,chantant.
Je languis nuit et jour, et mon mal est extrême,
Depuis qu'à vos rigueurs vos beaux yeux m'ont soumis ;
Si vous traitez ainsi, belle Iris, qui vous aime,
Hélas ! Que pourriez-vous faire à vos ennemis ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Cette chanson me semble un peu lugubre, elle endort, et je voudrais que vous la pussiez un peu ragaillardir par-ci, par-là.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE.
Il faut, Monsieur, que l'air soit accommodé aux paroles.
MONSIEUR JOURDAIN.
On m'en apprit un tout à fait joli, il y a quelque temps. Attendez… La… Comment est-ce qu'il dit ?
LE MAÎTRE À DANSER.
Par ma foi ! Je ne sais.
MONSIEUR JOURDAIN.
Il y a du mouton dedans.
LE MAÎTRE À DANSER.
Du mouton ?
MONSIEUR JOURDAIN.
Oui. Ah !
Monsieur Jourdain chante.
« Je croyais Janneton
Aussi douce que belle,
Je croyais Janneton
Plus douce qu'un mouton :
Hélas ! Hélas ! elle est cent fois ;
Mille fois plus cruelle,
Que n'est le tigre aux bois. »
N'est-il pas joli ?
LE MAÎTRE DE MUSIQUE.
Le plus joli du monde.
LE MAÎTRE À DANSER.
Et vous le chantez bien.
MONSIEUR JOURDAIN.
C'est sans avoir appris la musique.
MAÎTRE DE MUSIQUE.  
Vous devriez l’apprendre, Monsieur, comme vous faites la danse. Ce sont deux arts qui ont une étroite liaison ensemble.
MAÎTRE À DANSER.  
Et qui ouvrent l’esprit d’un homme aux belles choses.
MONSIEUR JOURDAIN.  
Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique ?
MAÎTRE DE MUSIQUE.  
Oui, Monsieur.
MONSIEUR JOURDAIN. 
Je l’apprendrai donc.
Molière,Le Bourgeois gentilhomme, 1670, acte I, scène 2
1.Comédie-ballet : genre théâtral créé par Molière et le musicien Jean-Baptiste Lully et mêlant comédie, danse et musique.

Les Fourberies de Scapin, Molière, 1671 - Acte III, scène 2

Les Fourberies de Scapin est une œuvre tardive dans la production de Molière et survient après ses pièces désignées comme ses«grandes comédies »–Tartuffe, Dom Juan. Il s'agit d'une œuvre somme de Molière empruntant au meilleur de lacommedia dell'arte1. Dans la scène dont est tiré cet extrait, Scapin cherche à se venger de Géronte, le père de son maître Léandre. Pour ce faire, il prétend que des mercenaires sont à sa recherche ; pour le«protéger du danger », il enferme Géronte dans un sac et, tout en prétendant le défendre, en profite pour le rosser. 
SCAPIN,lui remet la tête dans le sac.
Prenez garde, en voici un autre qui a la mine d'un étranger.
(Cet endroit est de même que celui du Gascon pour le changement de langage et le jeu de théâtre.)
« Parti, moi courir comme une Basque, et moi ne pouvre point troufair de tout le jour sti tiable de Gironte. »
(À Géronte, avec sa voixordinaire.)
Cachez-vous bien.
«Dites-moi un peu, fous, Monsir l'homme, s'il ve plaît, fous savoir point où l'est sti Gironte que moi cherchair ? — Non, Monsieur, je ne sais point où est Géronte. — Dites-moi-le, fous, frenchemente, moi li fouloir pas grande chose à lui. L'est seulemente pour le donnair une petite régal sur le dos d'une douzaine de coups de bâtonne, et de trois ou quatre petites coups d'épée au trafers de son poitrine. — Je vous assure, Monsieur, que je ne sais pas où il est. — Il me semble que j'y fois remuair quelque chose dans sti sac. — Pardonnez-moi, Monsieur. — Li est assurément quelque histoire là-tetans. — Point du tout, Monsieur. — Moi l'avoir enfie de tonner ain coup d'épée dans sti sac. — Ah ! Monsieur, gardez-vous-en bien. — Montre-le-moi un peu, fous, ce que c'être là. — Tout beau ! Monsieur. — Quement ? tout beau ? — Vous n'avez que faire de vouloir voir ce que je porte. — Et moi, je le fouloir foir, moi. — Vous ne le verrez point. — Ah ! que de badinemente ! — Ce ne sont que des hardes qui m'appartiennent. — Montre-moi fous, te dis-je. — Je n'en ferai rien. — Toi ne faire rien ? — Non. — Moi pailler de ste bâtonne dessus les épaules de toi. — Je me moque de cela. — Ah ! toi faire le trôle ! (Donnant des coups de bâton sur le sac et criant comme s'il les recevait.) — Ahi ! ahi ! ahi ! Ah ! Monsieur, ah ! ah ! ah ! — Jusqu'au refoir. L'être là un petit leçon pour li apprendre à toi à parlair insolentemente. » — Ah ! Peste soit du baragouineux ! Ah !
GÉRONTE,sortant la tête du sac.
Ah ! je suis roué.
 SCAPIN
Ah ! je suis mort.
GÉRONTE
Pourquoi diantre faut-il qu'ils frappent sur mon dos ?
SCAPIN,lui remettant la tête dans le sac.
Prenez garde, voici une demi-douzaine de soldats tout ensemble.
(Il contrefait plusieurs personnes ensemble.)
Molière,Les Fourberies de Scapin, 1671, acte III, scène 2
1.Commedia dell'arte : genre de théâtre populaire italien caractérisé par des improvisations et un humour relevant de la farce.

Les Plaideurs, Jean Racine, 1668 - Extrait de l'acte III, scène 3

Jean Racine, essentiellement connu pour ses pièces tragiques, s'est essayé une unique fois au genre de la comédie avec sa pièce intitulée Les Plaideurs. Il s'agit du plus grand succès de Racine jusqu'au XIXesiècle, Les Plaideurs ayant même concurrencé les comédies les plus populaires de Molière en son temps. Cette pièce a pour personnage principal Dandin, juge à moitié fou qui passe son temps à vouloir instruire des procès. Léandre, son fils, afin de contenter son père, décide de lui faire juger Citron, le chien de la maison, qui a dérobé un chapon. L'Intimé et Petit-Jean, des domestiques, font office d'avocats.
DANDIN, LÉANDRE, L’INTIMÉ et PETIT-JEAN, en robe ; LE SOUFFLEUR.
DANDIN.
Çà, qu’êtes-vous ici ?
LÉANDRE.
Ce sont les avocats.
DANDIN.
Vous ?
LE SOUFFLEUR.
Je viens secourir leur mémoire troublée.
DANDIN.
Je vous entends. Et vous ?
LÉANDRE.
Moi, je suis l’assemblée.
DANDIN.
Commencez donc.
LE SOUFFLEUR.
Messieurs.
PETIT-JEAN.
Oh ! prenez-le plus bas
Si vous soufflez si haut, l’on ne m’entendra pas.
Messieurs…
DANDIN.
Couvrez-vous.
PETIT-JEAN.
Oh ! mes…
DANDIN.
Couvrez-vous, vous dis-je.
PETIT-JEAN.
Oh ! monsieur, je sais bien à quoi l’honneur m’oblige.
DANDIN.
Ne te couvre donc pas.
PETIT-JEAN, se couvrant.
(au souffleur.)
Messieurs… Vous, doucement ;
Ce que je sais le mieux, c’est mon commencement.
Messieurs, quand je regarde avec exactitude
L’inconstance du monde et sa vicissitude ;
Lorsque je vois, parmi tant d’hommes différents,
Pas une étoile fixe, et tant d’astres errants ;
Quand je vois les Césars, quand je vois leur fortune ;
Quand je vois le soleil, et quand je vois la lune ;
Quand je vois les états des Babiboniens(Babyloniens)
Transférés des Serpents(Persans)aux Nacédoniens (Macédoniens);
Quand je vois les Lorrains(Romains), de l’état dépotique(despotique),
Passer au démocrite(démocratique), et puis au monarchique ;
Quand je vois le Japon…
L’INTIMÉ.
Quand aura-t-il tout vu ?
PETIT-JEAN.
Oh ! pourquoi celui-là m’a-t-il interrompu ?
Je ne dirai plus rien.
DANDIN.
Avocat incommode,
Que ne lui laissiez-vous finir sa période ?
Je suais sang et eau, pour voir si du Japon
Il viendrait à bon port au fait de son chapon ;
Et vous l’interrompez par un discours frivole !
Parlez donc, avocat.
PETIT-JEAN.
J’ai perdu la parole.
LÉANDRE.
Achève, Petit-Jean : c’est fort bien débuté.
Mais que font là tes bras pendants à ton côté ?
Te voilà sur tes pieds droit comme une statue.
Dégourdis-toi. Courage : allons, qu’on s’évertue.
PETIT-JEAN, remuant les bras.
Quand… je vois… Quand… je vois…
LÉANDRE.
Dis donc ce que tu vois.
PETIT-JEAN.
Oh dame ! on ne court pas deux lièvres à la fois.
LE SOUFFLEUR.
On lit…
PETIT-JEAN.
On lit…
LE SOUFFLEUR.
Dans la…
PETIT-JEAN.
Dans la…
LE SOUFFLEUR.
Métamorphose…
PETIT-JEAN.
Comment ?
LE SOUFFLEUR.
Que la métem…
PETIT-JEAN.
Que la métem…
LE SOUFFLEUR.
Psycose…
PETIT-JEAN.
Psycose…
LE SOUFFLEUR.
Hé ! le cheval !
PETIT-JEAN.
Et le cheval…
LE SOUFFLEUR.
Encor !
PETIT-JEAN.
Encor…
LE SOUFFLEUR.
Le chien !
PETIT-JEAN.
Le chien.
LE SOUFFLEUR.
Le butor !
PETIT-JEAN.
Le butor…
LE SOUFFLEUR.
Peste de l’avocat !
PETIT-JEAN.
Ah ! peste de toi-même !
Voyez cet autre avec sa face de carême !
Va-t’en au diable.
DANDIN.
Et vous, venez au fait. Un mot
Du fait.
PETIT-JEAN.
Eh ! faut-il tant tourner autour du pot ?
Ils me font dire ici des mots longs d’une toise,
De grands mots qui tiendraient d’ici jusqu’à Pontoise.
Pour moi, je ne sais point tant faire de façon
Pour dire qu’un mâtin vient de prendre un chapon.
Tant y a qu’il n’est rien que votre chien ne prenne ;
Qu’il a mangé là-bas un bon chapon du Maine ;
Que la première fois que je l’y trouverai,
Son procès est tout fait, et je l’assommerai.
LÉANDRE.
Belle conclusion, et digne de l’exorde !
PETIT-JEAN.
On l’entend bien toujours. Qui voudra mordre, y morde.
DANDIN.
Appelez les témoins.
LÉANDRE.
C’est bien dit, s’il le peut :
Les témoins sont fort chers, et n’en a pas qui veut.
PETIT-JEAN.
Nous en avons pourtant, et qui sont sans reproche.
DANDIN.
Faites-les donc venir.
PETIT-JEAN.
Je les ai dans ma poche.
Tenez : voilà la tête et les pieds du chapon ;
Voyez-les, et jugez.
L’INTIMÉ.
Je les récuse.
DANDIN.
Bon !
Pourquoi les récuser ?
Jean Racine,Les Plaideurs,1668, extrait de l'acte III, scène 3

Activités

La comédie théâtrale - Activités

Activité préalable
En classe, par groupes de trois ou quatre, vous échangerez autour d'un support, d'un contenu ou d'une œuvre qui vous amuse et vous fasse rire, quelle qu'en soit la nature (spectacle d'humoriste, vidéo TikTok, série, film, livre, bande-dessinée, etc.).
Après discussions et échanges, vous vous accorderez sur une seule œuvre ou un seul support que vous présenterez brièvement à la classe. Vous trouverez au moins trois arguments pour justifier votre choix.
Questions
1. Vous lirez,selon les consignes données en classe, un ou plusieurs des trois extraits de comédies présentés dans cette section.Ensuite, vous rédigerez un paragraphe organisé d'une vingtaine de lignes indiquant sur quels mécanismes comiques reposent cet extrait ou ces différents extraits. Vous pourrez au besoin visionner au préalable la perle consacrée au registre comique jointe à la section. 
2. Si vous avez travaillé sur deux ou trois de ces extraits, vous indiquerez dans un paragraphe d'une dizaine de lignes lequel vous avez trouvé le plus amusant et pour quelles raisons. Votre travail recourra à au moins deux propositions subordonnées relatives. 
Activité
En groupe, vous choisirez l'extrait tiré duBourgeois gentilhommeou desPlaideurs.
Après l'avoir relu, vous réfléchirez à la meilleure façon de le mettre en scène pour en accentuer la dimension comique. Vous réfléchirez notamment au choix et à la gestuelle des actrices et acteurs, aux éléments de décor, aux accessoires, aux costumes, à une éventuelle présence de bande-son, etc. Vous opérerez une synthèse orale ou écrite de ce travail.