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Lectures personnelles

Dans la lignée de Phèdre, toutes les œuvres présentées ici partagent pour thématique commune la représentation...

Sommaire

IntroductionRestituer ma lecture cursiveLes 7 questions que votre thérapeute vous posera probablement lors de votre première séance - Article
Des enfants dangereux et en déshérenceCarrie*, Stephen King, 1974En un monde parfait**, Laura Kasischke, 2009Esprit d'hiver**, Laura Kasischke, 2013The Girls**, Emma Cline, 2016Mâchoires**, Mónica Ojeda, 2018
Tragédies antiques et modernesMédée**, Pierre Corneille, 1634Électre**, Jean Giraudoux, 1937Noces de sang**, Federico Garcia Lorca, 1933
La Cerisaie**, Anton Tchekhov, 1904
La Machine infernale**, Jean Cocteau, 1932
Le Pélican**, August Strindberg, 1907
Médée***, Euripide, Ve siècle av. J.-C.
Roméo et Juliette***, William Shakespeare, 1597
Rodogune***, Pierre Corneille, 1643-1646
Britannicus***, Jean Racine, 1670
Incendies**, Wajdi Mouawad, 2003
Des mères indignes et abusivesPoil de Carotte*, Jules Renard, 1900Vipère au poing*, Hervé Bazin, 1948Le Bal*, Irène Némirovsky, 1930En finir avec Eddie Bellegueule*, Édouard Louis, 2014L'enfant**, Jules Vallès, 1879Enfance**, Nathalie Sarraute, 1983L'Amant**, Marguerite Duras, 1984

Introduction

Dans la lignée de Phèdre, toutes les œuvres présentées ici partagent pour thématique commune la représentation de relations de domination à la violence plus ou moins paroxystique de la part de mères envers leurs enfants, mais aussi de violence filiale, en réaction ou non à celle de la mère.
Du roman au théâtre, de l'Antiquité à nos jours, de la Grèce à l'Équateur, de l'autobiographie à la tragédie en passant par le récit réaliste ou horrifique, découvrez cette sélection d'ouvrages qui démontrent combien les rapports entre les mères et leurs enfants peuvent parfois être acerbes et mordants.
Les étoiles correspondent au niveau de difficulté présumé du livre, de * à ***.
La section « tragédie antiques et modernes » ne comporte que des pièces de théâtre.

Restituer ma lecture cursive

Vous avez donc lu l'une des œuvres proposées ici et avez découvert la relation ou la représentation de conflits plus ou moins paroxystiques entre des enfants et leur mère. Afin de restituer votre lecture, voici quelques suggestions de modes de restitution possibles : 
Réaliser une critique littéraire de l'œuvre
Après avoir évoqué brièvement les grandes lignes de l'intrigue, vous donnerez votre avis sur l'œuvre que vous avez lue en convoquant cinq arguments distincts. 
Imaginer une médiation entre un ou plusieurs des enfants du récit et leur mère
Vous êtes un travailleur social ou une travailleuse sociale et vous organisez la rencontre d'un ou plusieurs des enfants du récit avec leur mère.
Qu'auraient à se dire les personnages ? Quel serait le ton adopté ? Les reproches faits d'un côté ou de l'autre ? Y aurait-il une place pour la réconciliation ? Vous pouvez rendre compte de ce travail en réalisant unecapsule sonoresur ce site : mon-oral.net.
Transposer l'intrigue dramatique au XXIesiècle si vous avez lu une pièce antique ou classique
Dans une note d'intention, vous proposez la transposition de l'histoire au XXIesiècle : quels seraient les personnages s'ils vivaient à notre époque ? Leurs préoccupations seraient-elles les mêmes ? Dans quel lieu l'intrigue se déroulerait-elle ? Pensez aux décors, aux costumes, aux accessoires.
Réaliser un recueil sonore
Vous sélectionnez des passages plus ou moins longs du livre que vous avez lu et vous les mettez en voix. Vous vous enregistrez ; vous pouvez également proposer un fond sonore, type promenade musicale… Vous pouvez utiliser Digirecord : ladigitale.dev/digirecord.
Imaginer la séance de thérapie de la mère de votre récit
Vous rapportez le dialogue entre la mère et son thérapeute lors d'une première consultation ; vous pourrez vous inspirer des questions proposées dans l'article intitulé "Les 7 questions que votre thérapeute vous posera probablement lors de votre première séance".
Créer un reportage vidéo type journal ou émission télévisée
Vous vous mettez dans la peau d'une journaliste ou d'un journaliste qui présenterait les événements dépeints dans votre livre sur le mode du fait divers. Votre vidéo ne devra pas dépasser trois minutes.
Réaliser une capsule audio
Vous y présenterez le livre que vous avez lu : vous en ferez un bref résumé, vous expliquerez ce qui vous a plu ou déplu, vous pourrez lire certains passages…
Organiser un cercle de lecture au CDI ou dans un tiers-lieu du lycée
Vous êtes plusieurs à avoir lu ces œuvres cursives. Vous vous organisez et, à l'aide de vos professeurs et professeurs-documentalistes en classe et au CDI, vous discutez de vos lectures. Vous pouvez imaginer plusieursscenarii,comme une organisation interne à la classe ; un temps en dehors de la classe dans un tiers-lieu, l'organisation et le montage d'une exposition qui rendrait compte des spécificités des récits historiques, du drame romantique…

Les 7 questions que votre thérapeute vous posera probablement lors de votre première séance - Article


Des enfants dangereux et en déshérence

Carrie*, Stephen King, 1974

Carrie est une adolescente élevée seule par sa mère dans une petite ville américaine. Souffre-douleur de sa classe, elle doit aussi surmonter les mauvais traitements que lui inflige sa mère, une fondamentaliste religieuse. Mais Carrie possède un secret, un pouvoir qui la rend extrêmement dangereuse, et toute sa ville va bientôt s'en apercevoir… Premier roman de Stephen King, ce livre connaîtra un succès foudroyant qui lancera la carrière du maître de l'horreur. 

En un monde parfait**, Laura Kasischke, 2009

Ce n'est pas le covid, mais ça y ressemble. Lorsqu'une pandémie mondiale s'abat sur sa petite ville américaine, Jiselle doit s'occuper seule des trois enfants de son compagnon qui a disparu. Lui est-il arrivé quelque chose, ou s'est-il simplement enfui pour échapper à la contagion mortelle ? Les rapports entre Jiselle et les filles de son compagnon, alors que la société périclite, sont extrêmement tendus. Parviendront-ils à survivre et, surtout, à nouer des liens de famille ? 

Esprit d'hiver**, Laura Kasischke, 2013

Dans sa maison d'une banlieue résidentielle états-unienne, Holly prépare le réveillon de Noël du soir et attend ses invités. Mais une tempête de neige menace, les invités n'arrivent pas et sa fille adoptive Tatiana se montre de plus en plus étrange et hostile à son égard. Huis-clos étouffant aux lisières du fantastique, ce roman porté par une prose poétique débouche sur un dénouement qui vous prendra de court.

The Girls**, Emma Cline, 2016

Californie, fin des années 1960, en pleine révolution hippie. Evie, quatorze ans, s'ennuie dans sa grande maison. Depuis le divorce de ses parents, elle vit seule avec sa mère et leur relation est difficile. Evie traîne dehors et va rencontrer un groupe de filles qui vivent ensemble, en communauté, dans un ranch. S'agit-il d'une sorte de secte ? À mesure qu'Evie se rapproche du groupe, elle vit des expériences initiatiques, mais aussi côtoyer le danger, voire la folie. Une réinterprétation de la fameuse et sinistre histoire de laManson family, servi par une écriture solaire et sensible. 

Mâchoires**, Mónica Ojeda, 2018

Fernanda, une lycéenne arrogante issue des beaux quartiers, se réveille un matin ligotée sur une chaise, dans une maison abandonnée : elle a été enlevée par sa professeure de littérature qu'elle s'amusait à brimer en classe. Le roman va évoquer, tour à tour, des passages rétrospectifs où l'on suit Fernanda et sa bande de copines, obnubilées par les films d'horreurs et lescreepypastas,et les confrontations avec sa ravisseuse. Porté par une écriture poétique et nanti d'une ambiance étouffante, ce roman interroge les amitiés adolescentes parfois empreintes de toxicité et de cruauté. 

Tragédies antiques et modernes

Médée**, Pierre Corneille, 1634

Réécriture de la fameuse tragédie antique d'Euripide, l'action de la pièce se situe à Corinthe. L'héroïne de la pièce, Médée, est rejetée par Jason, son époux, après lui avoir donné deux enfants. Médée, ivre de haine, accomplira sa terrible vengeance. Une tragédie empreinte de violence et de cruauté, à mi-chemin entre démesure baroque et esthétique classique.

Électre**, Jean Giraudoux, 1937

Clytemnestre, aidée par son amant Égisthe, assassine son mari Agamemnon à son retour de la guerre de Troie et bannit son fils Oreste pour éviter qu'il ne venge son père. Mais elle a négligé de prendre en considération la colère de leur fille, Électre, qui va chercher à obtenir réparation… Dans cette réinterprétation moderne du mythe antique, le dramaturge Jean Giraudoux mêle humour et tragique avec brio.

Noces de sang**, Federico Garcia Lorca, 1933

Le jeune Novio est sur le point d'épouser la belle et riche Novia : la pièce commence sous les meilleurs auspices dans ce petit village andalou typique. Mais la mère du Novio voit d'un mauvais œil cette union : elle craint la solitude qui suivra le départ de son fils de la maison familiale. D'autant que certaines rumeurs laissent entendre que la future mariée en aimerait un autre que le Novio… Une tragédie moderne qui souligne la violence d'une passion incontrôlable et irrémissible ainsi que ses funestes conséquences. 

La Cerisaie**, Anton Tchekhov, 1904

Depuis trois ans, Lioubov, une aristocrate russe, et Anya, sa fille, voyagent en Europe. Mais le manque d'argent et les dettes les contraignent à retourner en Russie. Retrouver leur demeure et Varia, la fille adoptive de Lioubov, ne les enchante guère… Comédie grinçante sur la fin d'une époque et d'un monde, la pièce est portée par son personnage principal, une aristocrate nostalgique et attachante en proie aux bouleversements de son temps.

La Machine infernale**, Jean Cocteau, 1932

La Machine infernale est une adaptation moderne du fameux mythe d'Œdipe qui, selon l'oracle de Delphes, devait tuer son père et épouser sa mère. Cocteau triture la tragédie de Sophocle pour délivrer une œuvre profondément poétique, surréaliste, pleine d'ironie et d'anachronismes. Une pièce aussi grinçante que puissamment tragique, très représentative de la façon dont les dramaturges du XXesiècle ont su s'emparer des mythes séculaires. 

Le Pélican**, August Strindberg, 1907

Dans cette pièce du fameux auteur suédois, la mort du père va faire exploser la cellule familiale et révéler les pires aspects d'Élise, sa femme, dont on comprend assez vite qu'elle a joué un rôle dans le décès de son époux. Élise va se révéler une mère égoïste et dévoratrice qui va peu à peu détruire ses enfants. Une grande pièce sur la cruauté maternelle. 

Médée***, Euripide, Ve siècle av. J.-C.

Une pièce écrite durant l'Antiquité grecque par l'un des dramaturges fondateurs, au côté d'Eschyle et de Sophocle, du genre de la tragédie. Médée est délaissée par son époux Jason, pour qui elle a trahi son père et tué son frère. Jason délaisse Médée pour la fille du roi Créon qui, ayant appris les menaces de Médée à l'encontre de sa famille, la condamne, elle et les deux fils qu'elle a eus de Jason, à l'exil. Médée supplie alors Créon de lui accorder un jour de délai pour préparer son départ : elle va en réalité accomplir la pire des vengeances possibles et un acte inimaginable pour une mère…

Roméo et Juliette***, William Shakespeare, 1597

À Vérone, en Italie, deux familles, les Capulet et les Montaigu, se disputent, se déchirent et s'entretuent depuis toujours. Rien ne semble pouvoir enrayer la violence de ces lignées rivales, même pas les sanctions de plus en plus lourdes que leur inflige le prince de la ville. Mais le pire va survenir lorsque les jeunes Roméo Montaigu et Juliette Capulet vont tomber éperdument amoureux l'un de l'autre. Découvrez l'histoire du couple le plus mythique de la littérature mondiale et l'une des histoires d'amour les plus passionnées et tragiques jamais contées. 

Rodogune***, Pierre Corneille, 1643-1646

Cléopâtre, reine de Syrie, mère d'Antiochus et de Séleucus, est maladivement jalouse de la jeune princesse Rodogune. Cléopâtre va tuer Nicanor, son époux, et promettre sa couronne à celui de ses fils qui tuera Rodogune. Mais ses deux fils, Antiochus et Séleucus, sont épris de la princesse Rodogune : vers qui ira leur loyauté ? Illustration parfaite du concept de dilemme cornélien, cette tragédie confronte des fils à leur mère, dont la cruauté ne semble connaître aucune limite. 

Britannicus***, Jean Racine, 1670

L'action de cette tragédie de Racine, située dans l'Antiquité grecque, représente Agrippine, la mère de l'empereur Néron, qui commit les pires forfaits pour placer son fils à la tête de Rome. Après avoir empoisonné Claude, le précédent empereur, elle a écarté du pouvoir Britannicus, le fils naturel de Claude. Mais Néron devient de plus en plus incontrôlable et malfaisant, au point que même sa mère ne peut plus le contrôler. Tragédie de la naissance d'un monstre, la pièce de Racine nous montre un personnage de mère puni pour sonhubrisdémesuré et dévoré par sa propre progéniture. 

Incendies**, Wajdi Mouawad, 2003

Du jour au lendemain, Nawal a délibérément cessé de parler. Après sa mort, elle demande dans son testament à ses deux enfants, Jeanne et Simon, de retrouver leur père qu'ils croyaient mort, ainsi que leur frère dont ils ne connaissaient pas l'existence. Dans cette pièce lyrique, tragique et violente, au dénouement indicible, Wajdi Mouawad porte un regard sombre et poétique sur la nature humaine et les conflits contemporains tout en réinvestissant un fameux mythe antique.

Des mères indignes et abusives

Poil de Carotte*, Jules Renard, 1900

Détesté par sa mère, méprisé par ses frères et sœurs, le petit François Lepic, surnommé Poil de Carotte en raison de ses cheveux roux, n'a que sa ruse et son imagination à opposer aux vexations ordinaires et aux petites et grandes violences qu'il subit au quotidien. Découvrez ce roman partiellement autobiographique qui évoque une enfance malmenée sur un ton toujours ironique et plein d'allégresse.

Vipère au poing*, Hervé Bazin, 1948

À la mort de leur grand-mère, qui les a élevés seule, Jean et Ferdinand voient revenir de Chine leur père, qui y enseignait à l'université, ainsi que leur mère. Commence alors pour eux l'enfer : leur mère, surnommée Folcoche, est une femme violente, méchante et acariâtre, toujours disposée à maltraiter et rudoyer ses deux fils. Le roman raconte la guerre ouverte qui opposera cette femme à ses fils, et la façon dont ils s'émanciperont de son autorité. Un livre aussi dur qu'amusant par moments.

Le Bal*, Irène Némirovsky, 1930

Antoinette, quatorze ans, est la fille d'Alfred et Rosine, des petits bourgeois parisiens. Antoinette s'entend très mal avec sa mère, qui ne cesse de s'en prendre à elle et de la critiquer. Lorsque ses parents décident de donner un grand bal pour se faire accepter de la haute société parisienne, Antoinette est aux anges. Mais sa mère va lui interdire de participer aux festivités et la consigner dans sa chambre. Antoinette va alors décider de se venger… Un court récit sur la cruauté des rapports mère-fille et des rapports de classe. 

En finir avec Eddie Bellegueule*, Édouard Louis, 2014

Dans ce premier roman autobiographique, qui fit beaucoup parler de lui lors de sa sortie en 2014, le narrateur relate sa jeunesse dans un village de Picardie et le rejet qu'il subit à cause de son orientation sexuelle au sein de sa famille, ainsi que les violences et brimades dont il fait l'objet à l'école. Porté par une forte dimension sociologique, ce livre est aussi un beau livre sur la rencontre avec la littérature et, surtout, sur l'acceptation de soi. 

L'enfant**, Jules Vallès, 1879

L'auteur Jules Vallès relate, dans ce roman autobiographique, les mauvais traitements infligés par sa mère et sa difficile relation avec l'institution scolaire. Avec humour et dérision, sans jamais verser dans le misérabilisme, le narrateur nous plonge, à travers ce roman dédié à tous ceux « qui crevèrent d'ennui au collège », dans la réalité quotidienne d'un enfant malaimé qui trouvera dans l'écriture l'exutoire idéal.

Enfance**, Nathalie Sarraute, 1983

Dans cette autobiographie, la romancière Nathalie Sarraute relate, sous la forme d'un dialogue avec elle-même, les déchirures de son enfance, entre la Russie et la France, entre une belle-mère peu patiente et une mère froide et distante. Un roman sensible sur les affres de l'enfance, porté par une écriture originale et audacieuse.

L'Amant**, Marguerite Duras, 1984

Dans ce roman autobiographique, la narratrice, double de Marguerite Duras, relate son adolescence en Indochine française, ses relations très tendues avec sa mère et son frère, mais surtout l'histoire d'amour des plus sensuelles qu'elle va vivre avec un homme plus âgé qu'elle. Un roman à l'érotisme marqué et au parfum de scandale qui fit fureur à sa sortie, porté par la prose hypnotique de la romancière.