Revenir
Revenir

Étude d'un passage précis

1. Comment le spectacle débute-t-il ? Qu'avez-vous compris ? Décrivez précisément ce qui s'y passe...

Sommaire

Début de Lorenzaccio de Michel Belletante - QuestionsActe I, scène 1 - Adaptation de Michel BelletanteActe I, scène 1 - Texte d'Alfred de Musset

Début de Lorenzaccio de Michel Belletante - Questions

1. Comment le spectacle débute-t-il ? Qu'avez-vous compris ? Décrivez précisément ce qui s'y passe. 
2. Que pensez-vous de ce début de spectacle ? Quelles sont, selon vous, les sources dont s'est inspiré le metteur en scène pour l'imaginer ainsi ? 
3. Lisez la scène 1 de l'acte I deLorenzacciopuis la scène 1 de l'adaptation de Michel Belletante d'après Alfred de Musset et George Sand. Quel choix le metteur en scène a-t-il fait pour le début de la pièce (scène d'exposition) ? Que pensez-vous de ce choix ?
Comparez l'écriture de Musset et celle de Michel Belletante. Pourquoi le metteur en scène a-t-il opéré ces changements, selon vous ?

Acte I, scène 1 - Adaptation de Michel Belletante

ACTEI
scène 1
FILIPPO —Il faut nous délivrer des Medici, Lorenzo. Tu es un Medici toi-même, mais seulement par ton nom... Si tu as jamais été quelque chose d’honnête, sois-le aujourd’hui. Dix nouveaux citoyens bannis !
LORENZO — Oui, oui, je sais cela
FILIPPO — C'est tout ce que tu trouves à dire ? Es-tu dedans comme dehors une vapeur infecte ? LORENZO — Ne me parle pas sur ce ton !
FILIPPO —Toi qui m’as parlé d’une liqueur précieuse dont tu étais le flacon... LORENZO — Je suis précieux pour vous, car je tuerai ALESSANDRO. FILIPPO — Toi ?
LORENZO — Moi, demain ou après-demain. Rentrez chez vous et je vous répète que d’ici à quelques jours il n’y aura pas plus d’ALESSANDRO de Medici à Florence qu’il n’y a de soleil à minuit.
FILIPPO — Tu es notre Brutus, si tu dis vrai.
LORENZO — Je me suis cru Brutus, mon pauvre FILIPPO ; maintenant, je connais les hommes, et je te conseille de ne pas t’en mêler.
FILIPPO — Pourquoi ?
LORENZO — Je me suis réveillé de mes rêves, rien de plus. Je te dis le danger d’en faire. Je connais la vie, et c’est une vilaine cuisine, sois en persuadé. Ne mets pas la main là-dedans, si tu respectes quelque chose.
FILIPPO — Toutes les maladies se guérissent Lorenzo ; et le vice aussi est une maladie.
LORENZO — Il est trop tard. Le vice a été pour moi un déguisement ; maintenant il est collé à ma peau. Profite de moi, FILIPPO : voilà ce que j’ai à te dire : ne travaille pas pour ta patrie.
LORENZO — Prends garde à toi, FILIPPO, celui qui te le dit sait pourquoi il le dit. Prends le chemin que tu voudras, tu auras toujours affaire aux hommes.
FILIPPO — Je crois à l’honnêteté des républicains.
LORENZO — Je te fais un pari. Je vais tuer ALESSANDRO ; une fois mon coup fait, si les républicains se comportent comme ils le doivent, il leur sera facile d’établir une république, la plus belle qui ait jamais fleuri sur la terre. Qu’ils aient pour eux le peuple, et tout est dit. Je te gage que ni eux ni le peuple ne feront rien. Tout ce que je te demande, c’est de ne pas t’en mêler. Laisse-moi faire mon coup ; garde-moi le secret, même avec tes amis, c’est tout ce que je demande. Tu as les mains pures, et moi, je n’ai rien à perdre.
FILIPPO — Fais-le, et tu verras. Musique

Acte I, scène 1 - Texte d'Alfred de Musset

Un jardin. — Clair de lune. — Un pavillon dans le fond, un autre sur le devant.
Entrent LE DUC et LORENZO, couverts de leurs manteaux ; GIOMO, une lanterne à la main.
Le Duc.
Qu’elle se fasse attendre encore un quart d’heure, et je m’en vais. Il fait un froid de tous les diables.
Lorenzo.
Patience, Altesse, patience.
Le Duc.
Elle devait sortir de chez sa mère à minuit ; il est minuit, et elle ne vient pourtant pas.
lorenzo
Si elle ne vient pas, dites que je suis un sot, et que la vieille mère est une honnête femme.
Le Duc
Entrailles du pape ! avec tout cela je suis volé d’un millier de ducats.
lorenzo
Nous n’avons avancé que moitié. Je réponds de la petite. Deux grands yeux languissants, cela ne trompe pas. Quoi de plus curieux pour le connaisseur que la débauche à la mamelle ? Voir dans un enfant de quinze ans la rouée à venir ; étudier, ensemencer, infiltrer paternellement le filon mystérieux du vice dans un conseil d’ami, dans une caresse au menton ; — tout dire et ne rien dire, selon le caractère des parents ; — habituer doucement l’imagination qui se développe à donner des corps à ses fantômes, à toucher ce qui l’effraie, à mépriser ce qui la protège ! Cela va plus vite qu’on ne pense ; le vrai mérite est de frapper juste. Et quel trésor que celle-ci ! tout ce qui peut faire passer une nuit délicieuse à Votre Altesse ! Tant de pudeur ! Une jeune chatte qui veut bien des confitures, mais qui ne veut pas se salir la patte. Proprette comme une Flamande ! La médiocrité bourgeoise en personne. D’ailleurs, fille de bonnes gens, à qui leur peu de fortune n’a pas permis une éducation solide ; point de fond dans les principes, rien qu’un léger vernis ; mais quel flot violent d’un fleuve magnifique souscette couche de glace fragile qui craque à chaque pas ! Jamais arbuste en fleurs n’a promis de fruits plus rares, jamais je n’ai humé dans une atmosphère enfantine plus exquise odeur de courtisanerie.
le duc
Sacrebleu ! je ne vois pas le signal. Il faut pourtant que j’aille au bal chez Nasi : c’est aujourd’hui qu’il marie sa fille.
Giomo
Allons au pavillon, monseigneur ; puisqu’il ne s’agit que d’emporter une fille qui est à moitié payée, nous pouvons bien taper aux carreaux.
le duc
Viens par ici, le Hongrois a raison.
Ils s’éloignent. — Entre Maffio.
Maffio
Il me semblait dans mon rêve voir ma sœur traverser notre jardin, tenant une lanterne sourde, et couverte de pierreries. Je me suis éveillé en sursaut. Dieu sait que ce n’est qu’une illusion, mais une illusion trop forte pour que le sommeil ne s’enfuie pas devant elle. Grâce au ciel, les fenêtres du pavillon où couche la petite sont fermées comme de coutume ; j’aperçois faiblement la lumière de sa lampe entre les feuilles de notre vieux figuier. Maintenant mes folles terreurs se dissipent ; les battements précipités de mon cœur font place à une douce tranquillité. Insensé ! mes yeux se remplissent de larmes, comme si ma pauvresœur avait couru un véritable danger. — Qu’entends-je ? Qui remue là entre les branches ?
La sœur de Maffio passe dans l’éloignement.
Suis-je éveillé ? c’est le fantôme de ma sœur. Il tient une lanterne sourde, et un collier brillant étincelle sur sa poitrine aux rayons de la lune. Gabrielle ! Gabrielle ! où vas-tu ?
Rentrent Giomo et le duc.
Giomo
Ce sera le bonhomme de frère pris de somnambulisme. — Lorenzo conduira votre belle au palais par la petite porte ; et quant à nous, qu’avons-nous à craindre ?
Maffio
Qui êtes-vous ? Holà ! arrêtez !
Il tire son épée.
Giomo
Honnête rustre, nous sommes tes amis.
Maffio
Où est ma sœur ? que cherchez-vous ici ?
Giomo
Ta sœur est dénichée, brave canaille. Ouvre la grille de ton jardin.
Maffio
Tire ton épée et défends-toi, assassin que tu es !
Giomosaute sur lui et le désarme.
Halte-là ! maître sot, pas si vite !
Maffio
Ô honte ! ô excès de misère ! S’il y a des lois à Florence, si quelque justice vit encore sur la terre, par ce qu’il y a de vrai et de sacré au monde, je me jetterai aux pieds du duc, et il vous fera pendre tous les deux.
Giomo
Aux pieds du duc ?
Maffio
Oui, oui, je sais que les gredins de votre espèce égorgent impunément les familles. Mais que je meure, entendez-vous, je ne mourrai pas silencieux comme tant d’autres. Si le duc ne sait pas que sa ville est une forêt pleine de bandits, pleine d’empoisonneurs et de filles déshonorées, en voilà un qui le lui dira. Ah ! massacre ! ah ! fer et sang ! j’obtiendrai justice de vous !
Giomo, l’épée à la main.
Faut-il frapper, Altesse ?
Le Duc.
Allons donc ! frapper ce pauvre homme ! Va te recoucher, mon ami : nous t’enverrons demain quelques ducats.
Il sort.
Maffio
C’est Alexandre de Médicis !
Giomo
Lui-même, mon brave rustre. Ne te vante pas de sa visite si tu tiens à tes oreilles.
Il sort.