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Je compare les textes et leur adaptation

Le Duc se trouve chez Lorenzo et pense y rencontrer sa mère et surtout sa sœur Caterina... 

Sommaire

Sand/MussetUne Conspiration en 1537, George Sand, scène 2 - ExtraitLorenzaccio - Acte IV - Scène 1Sand/Musset - Questions
Musset/BelletanteLorenzaccio - Acte IV - Scène 5Acte IV - Scène 1 - Adaptation de Michel BelletanteACTE IV - Scène 3 - Adaptation de Michel BelletanteMusset/Belletante - Questions

Sand/Musset

Une Conspiration en 1537, George Sand, scène 2 - Extrait

Le Duc se trouve chez Lorenzo et pense y rencontrer sa mère et surtout sa sœur Caterina... 
LE DUC 
[...] (Il regarde autour de l’appartement.) Mais pourquoi ai-je trouvé cette maison vide de femmes ? II y en a quelquefois aux fenêtres et leur regard enchaîne longtemps celui qui passe dans la rue.
LORENZO
En effet, ma mère fut renommée pour sa beauté. Mais Votre Altesse l'a vue de loin, et la bonne dame ne l'est aujourd'hui que pour sa vertu.
LE DUC
Par saint Cosme ! Il s'agit bien de ta mère ! Elle n'est pas seule ici. Dis-moi, où est ta sœur ?
LORENZO
Ma petite sœur ?
LE DUC
Pourquoi la faire si petite ? Elle a bien quinze ans. Ce n'est pas mon œil exercé qui s'y tromperait.
LORENZO
En vérité, c'est un enfant.
LE DUC
C'est un enfant qui allume des passions d'homme. Tiens, Lorenzo, il faut que tu saches le vrai motif de ma visite j'espérais la voir.
LORENZO
Par quel art cette petite fille a-t-elle su inspirer tant de curiosité à Votre Altesse ?
LE DUC
De la curiosité ? Dis donc de l'amour, mais l'amour le plus violent, la passion la plus effrénée que j'ai ressentie de ma vie. Oh ! depuis plusieurs jours je m'enivre à la contempler, tantôt là, penchée vers cette fenêtre et livrant à la brise ses longs cheveux noirs, tantôt à l'Église, les yeux baissés sous son voile entr'ouvert, plus belle, plus naïve que les Vierges que notre vieux Michel-Ange rêvait aux beaux jours de sa jeunesse. Et puis, quand elle se lève et que, d'un pas léger, elle effleure les dalles du temple, la pétulante gaieté de son âge encore contenue par le recueillement de la prière, on dirait une hirondelle, vive et flexible qui va s'élancer du portique dans les airs ! Oh ! va la chercher, Lorenzino, que je touche sa taille élastique, que je fasse de mes deux mains une ceinture étroite à sa taille déliée, que je respire le parfum de ses cheveux brillants ! Va la chercher ! Je n'aime plus aucune des femmes que tu m'as livrées, et je te tiens quitte, à l'avenir, de m'en trouver de nouvelles, si dès aujourd'hui tu peux me procurer un rendez-vous avec cet ange.
LORENZINO
Dès aujourd'hui ? C'est difficile. La petite est farouche et vous aurez toute une éducation à faire. En outre sa mère est d'une vigilance austère et nous aurons de la peine à décider l'une et à éloigner l'autre. Donnez-moi quelques jours.
LE DUC
Ne me parle pas de retards. J'ai déjà trop souffert et trop attendu. Songe qu'il ne s'agit plus d'une de ces fantaisies d'un jour qui réveillaient à peine mon sang engourdi. Songe que si tu te mêles d'avoir des scrupules la chose du monde qui te siérait le moins ta sœur ne tombera pas moins à mon pouvoir. L'amour ne connaît pas d'obstacles et le mien surtout. Songe enfin, que si tu abrèges ma cruelle angoisse, tu obtiendras tout ce que tu demanderas, fût-ce la première charge de l'État, ou la fortune de Cosme au mépris des lois, ou la tête de ton ennemi. Essaye.
LORENZO
Je n'ai pas besoin de toutes ces promesses. Vous savez bien que, si la chose est humainement possible, Lorenzo vous servira.
LE DUC
Cours donc, ami. Dis-lui que le duc de Florence se meurt d'amour pour elle. Dis-lui qu'il couvrira de perles et de pierreries sa noire chevelure et son sein naissant et ses bras moelleux. Dis-lui qu'il lui donnera le plus beau cheval que Naples ait jamais fait courir dans ses fêtes, la plus belle haquenée de toutes les Espagnes, des étoffes d'or et des voiles brodés de Constantinople... Tu rêves et ne me réponds point ?
LORENZO
Je cherche un moyen. Si je pouvais l'éloigner un instant de sa mère, la femme est toujours femme, et la vertu s'amollit devant les richesses comme la cire devant le feu.
LE DUC, détachant sa bourse de sa ceinture.
Tiens, prends cet or pour commencer et dis-lui de demander la fortune de vingt familles.
Mais hâte-toi !
LORENZO
J'obéis ! Mais il faut que Votre Altesse évite les yeux clairvoyants de ma mère. Si elle concevait le moindre soupçon, la petite serait jetée dans un couvent ou envoyée aux Strozzi. Dans deux heures, je serai au Palais et j'espère porter à Votre Altesse une réponse favorable.
LE DUC
Je compte sur toi ! Compte sur la récompense.
LORENZO, Seul
Oui, compte sur moi ! Je jure par le ciel et par l'enfer, par le sein de ma mère et par la damnation éternelle que tu me trouveras aujourd'hui. Toi-même as marqué ton heure. O mon bien-aimé maître, je te remercie !

Lorenzaccio - Acte IV - Scène 1

Au palais du duc.
Entrent LE DUC et LORENZO.
Le Duc.
J’aurais voulu être là ; il devait y avoir plus d’une face en colère. Mais je ne conçois pas qui a pu empoisonner cette Louise.
Lorenzo.
Ni moi non plus ; à moins que ce ne soit vous.
Le Duc.
Philippe doit être furieux ! On dit qu’il est parti pour Venise. Dieu merci, me voilà délivré de ce vieillard insupportable. Quant à la chère famille, elle aura la bonté de se tenir tranquille. Sais-tu qu’ils ont failli faire une petite révolution dans leur quartier ? On m’a tué deux Allemands.
Lorenzo.
Ce qui me fâche le plus, c’est que cet honnêteSalviati a une jambe coupée. Avez-vous retrouvé votre cotte de mailles ?
Le Duc.
Non, en vérité ; j’en suis plus mécontent que je ne puis le dire.
Lorenzo.
Méfiez-vous de Giomo ; c’est lui qui vous l’a volée. Que portez-vous à la place ?
Le Duc.
Rien ; je ne puis en supporter une autre ; il n’y en a pas d’aussi légère que celle-là.
Lorenzo.
Cela est fâcheux pour vous.
Le Duc.
Tu ne me parles pas de ta tante.
Lorenzo.
C’est par oubli, car elle vous adore ; ses yeux ont perdu le repos depuis que l’astre de votre amour s’est levé dans son pauvre cœur. De grâce, seigneur, ayez quelque pitié pour elle ; dites quand vous voulez la recevoir, et à quelle heure il lui sera loisible de vous sacrifier le peu de vertu qu’elle a.
Le Duc.
Parles-tu sérieusement ?
Lorenzo.
Aussi sérieusement que la Mort elle-même. Je voudrais voir qu’une tante à moi ne couchât pas avec vous !
Le Duc.
Où pourrai-je la voir ?
Lorenzo.
Dans ma chambre, seigneur ; je ferai mettre des rideaux blancs à mon lit et un pot de réséda sur ma table ; après quoi je coucherai par écrit sur votre calepin que ma tante sera en chemise à minuit précis, afin que vous ne l’oubliiez pas après souper.
Le Duc.
Je n’en ai garde. Peste ! Catherine est un morceau de roi. Eh ! dis-moi, habile garçon, tu es vraiment sûr qu’elle viendra ? Comment t’y es-tu pris ?
Lorenzo.
Je vous dirai cela.
Le Duc.
Je m’en vais voir un cheval que je viens d’acheter ; adieu et à ce soir. Viens me prendre après souper ; nous irons ensemble à ta maison ; quant à la Cibo, j’en ai par-dessus les oreilles : hier encore, il a fallu l’avoir sur le dos pendant toute la chasse. Bonsoir, mignon.
Il sort.
Lorenzo, seul.
Ainsi, c’est convenu. Ce soir je l’emmène chez moi, et demain les républicains verront ce qu’ils ont à faire, car le duc de Florence sera mort. Il faut que j’avertisse Scoronconcolo. Dépêche-toi, soleil, si tu es curieux des nouvelles que cette nuit te dira demain.
Il sort.

Sand/Musset - Questions

1. Lisez la scène 2 d'Une Conspiration en 1537de George Sand, puis la scène 1 de l'acte IV de Lorenzaccio. 
2. Quel changement important Musset a-t-il opéré ? Pourquoi a-t-il, selon vous, fait ce choix ? 
3. Quelle scène préférez-vous ? Justifiez votre réponse. 

Musset/Belletante

Lorenzaccio - Acte IV - Scène 5

La chambre de Lorenzo.
LORENZO, deux Domestiques.
Lorenzo.
Quand vous aurez placé ces fleurs sur la table et celles-ci au pied du lit, vous ferez un bon feu, mais de manière à ce que cette nuit la flamme ne flambe pas, et que les charbons échauffent sans éclairer. Vous me donnerez la clef, et vous irez vous coucher.
Entre Catherine.
Catherine.
Notre mère est malade ; ne viens-tu pas la voir, Renzo ?
Lorenzo.
Ma mère est malade ?
Catherine.
Hélas ! je ne puis te cacher la vérité. J’ai reçu hier un billet du duc, dans lequel il me disait que tu avais dû me parler d’amour pour lui ; cette lecture a fait bien du mal à Marie.
Lorenzo.
Cependant je ne t’avais pas parlé de cela. N’as-tu pas pu lui dire que je n’étais pour rien là-dedans ?
Catherine.
Je le lui ai dit. Pourquoi ta chambre est-elle aujourd’hui si belle et en si bon état ? je ne croyais pas que l’esprit d’ordre fût ton majordome.
Lorenzo.
Le duc t’a donc écrit ? Cela est singulier que je ne l’aie point su. Et, dis-moi, que penses-tu de sa lettre ?
Catherine.
Ce que j’en pense ?
Lorenzo.
Oui, de la déclaration d’Alexandre. Qu’en pense ce petit cœur innocent ?
Catherine.
Que veux-tu que j’en pense ?
Lorenzo.
N’as-tu pas été flattée ? un amour qui fait l’envie de tant de femmes ! un titre si beau à conquérir, la maîtresse de… Va-t’en, Catherine, va dire à ma mère que je te suis. Sors d’ici. Laisse-moi !
Catherine sort.
Par le Ciel ! quel homme de cire suis-je donc ? Le vice, comme la robe de Déjanire, s’est-il si profondément incorporé à mes fibres, que je ne puisse plus répondre de ma langue, et que l’air qui sort de mes lèvres se fasse ruffian malgré moi ? J’allais corrompre Catherine ; je crois que je corromprais ma mère, si mon cerveau le prenait à tâche ; car Dieu sait quelle corde et quel arc les dieux ont tendus dans ma tête, et quelle force ont les flèches qui en partent. Si tous les hommes sont des parcelles d’un foyer immense, assurément l’être inconnu qui m’a pétri a laissé tomber un tison au lieu d’une étincelle dans ce corps faible etchancelant. Je puis délibérer et choisir, mais non revenir sur mes pas quand j’ai choisi. Ô Dieu ! les jeunes gens à la mode ne se font-ils pas une gloire d’être vicieux, et les enfants qui sortent du collège ont-ils quelque chose de plus pressé que de se pervertir ? Quel bourbier doit donc être l’espèce humaine qui se rue ainsi dans les tavernes avec des lèvres affamées de débauche, quand moi, qui n’ai voulu prendre qu’un masque pareil à leurs visages, et qui ai été aux mauvais lieux avec une résolution inébranlable de rester pur sous mes vêtements souillés, je ne puis ni me retrouver moi-même, ni laver mes mains, même avec du sang ! Pauvre Catherine ! tu mourrais cependant comme Louise Strozzi, ou tu te laisserais tomber comme tant d’autres dans l’éternel abîme, si je n’étais pas là. Ô Alexandre ! je ne suis pas dévot, mais je voudrais, en vérité, que tu fisses ta prière avant de venir ce soir dans cette chambre. Catherine n’est-elle pas vertueuse, irréprochable ? Combien faudrait-il pourtant de paroles pour faire de cette colombe ignorante la proie de ce gladiateur aux poils roux ? Quand je pense que j’ai failli parler ! Que de filles maudites par leurs pères rôdent au coin des bornes, ou regardent leur tête rasée dans le miroir cassé d’une cellule, qui ont valu autant que Catherine, et qui ont écouté un ruffian moins habile que moi ! Hé bien ! j’ai commis bien des crimes, et si ma vie est jamais dans la balance d’un juge quelconque, il y aura d’un côté une montagnede sanglots ; mais il y aura peut-être de l’autre une goutte de lait pur tombée du sein de Catherine, et qui aura nourri d’honnêtes enfants.
Il sort.

Acte IV - Scène 1 - Adaptation de Michel Belletante

LE DUC — J’aurais voulu être là ; mais je ne conçois pas qui a pu empoisonner cette LUISA.
LORENZO — Ni moi non plus ; à moins que ce ne soit vous.
LE DUC — FILIPPO doit être furieux ! On dit qu’il est parti pour Venise. Dieu merci, me voilà délivré de ce vieillard insupportable. Quant à la chère famille, elle aura la bonté de se tenir tranquille. Sais-tu qu’ils ont failli faire une petite révolution dans leur quartier ? On m’a tué deux Allemands.
LORENZO — Ce qui me fâche le plus, c’est que cet honnête Salviati a une jambe coupée. Avez-vous retrouvé votre cotte de mailles ?
LE DUC — Non, en vérité ; j’en suis plus mécontent que je ne puis le dire.
LORENZO — Méfiez-vous de Giomo ; c’est lui qui vous l’a volée. Que portez-vous à la place ?
LE DUC — Rien ; je ne puis en supporter une autre ; il n’y en a pas d’aussi légère que celle-là.
LORENZO — Cela est fâcheux pour vous.
LE DUC — Tu ne me parles pas de ta sœur.
LORENZO — C’est par oubli, car elle vous adore ; de grâce, seigneur, ayez quelque pitié pour elle ; dites quand vous voulez la recevoir, et à quelle heure il lui sera loisible de vous sacrifier le peu de vertu qu’elle a.
LE DUC — Parles-tu sérieusement ?
LORENZO — Aussi sérieusement que la Mort elle-même. Je voudrais voir que ma sœur ne couchât pas avec vous.
LE DUC — Où pourrais-je la voir ?
LORENZO — Dans ma chambre, seigneur ; je ferai mettre des rideaux blancs à mon lit et un pot de réséda sur ma table.
LE DUC — Peste ! CATERINA est un morceau de roi. Eh ! Dis-moi, habile garçon, comment t’y es-tu pris ?
LORENZO — Je vous dirai cela.
LE DUC —Viens me prendre après souper ; nous irons ensemble à ta maison ; quant à la Cibo, j’en ai par-dessus les oreilles : hier encore, il a fallu l’avoir sur le dos pendant toute la chasse. Bonsoir, mignon.(il sort)
LORENZO — Dépêche-toi, soleil, si tu es curieux des nouvelles que cette nuit te dira demain.

ACTE IV - Scène 3 - Adaptation de Michel Belletante

CATERINA — Notre mère est malade ; ne viens-tu pas la voir ? Renzo ?
LORENZO — Ma mère est malade ?
CATERINA — Hélas ! Je ne puis te cacher la vérité. J’ai reçu hier un billet du duc, dans lequel il me disait que tu avais dû me parler d’amour pour lui ; cette lecture a fait bien du mal à MARIA.
CATERINA — Je le lui ai dit. Pourquoi ta chambre est-elle aujourd’hui si belle, et en si bon état ?
LORENZO — Le duc t’a donc écrit ? Cela est singulier que je ne l’aie point su. Et, dis-moi, que penses-tu de sa lettre ?
CATERINA — Ce que j’en pense ?
LORENZO — Oui, de la déclaration d’ALESSANDRO. Qu’en pense ce petit cœur innocent ?
CATERINA — Que veux-tu que j’en pense ?
LORENZO — N’as-tu pas été flattée ? Un amour qui fait l’envie de tant de femmes ! Un titre si beau à conquérir, la maîtresse de... va-t’en, CATERINA, va dire à ma mère que je te suis. Sors d’ici. Laisse-moi ! Par le Ciel ! Quel homme suis-je donc ! J’allais corrompre CATERINA ; je crois que je corromprais ma mère. Pauvre CATERINA !
Tu mourrais comme Louise Strozzi, ou tu te laisserais tomber dans l’éternel abîme, si je n’étais pas là. Que de filles maudites par leurs pères rôdent au coin des rues, ou regardent leur tête rasée dans le miroir cassé d’une cellule, parce qu'elles ont écouté un ruffian moins habile que moi ! J’ai commis tellement de crimes, et si ma vie est un jour dans la balance d’un juge quelconque, il y aura d’un côté une montagne de sanglots ; mais il y aura peut-être de l’autre une goutte de lait pur tombée du sein de CATERINA qui aura nourri d'honnêtes enfants.
Holà ! Holà ! Je viens vous avertir que le duc doit être tué cette nuit ; prenez vos mesures pour demain avec vos amis, si vous aimez la liberté. Je viens vous dire que le duc sera tué cette nuit ; tâchez d’agir demain pour la liberté de Florence. Le duc ALESSANDRO sera tué cette nuit !!!

Musset/Belletante - Questions

Après avoir comparé la scène deLorenzaccioet celle d'Une Conspiration en 1537, lisez la scène 5 de l'acte IV deLorenzaccio, puis les deux scènes du texte de Michel Belletante. 
1. Quel choix Michel Belletante a-t-il fait pour son adaptation deLorenzaccio? 
2. Quel effet ce changement a-t-il sur l'image que le lecteur/spectateur peut avoir du duc ? 
3. Ce choix est-il judicieux selon vous ? Justifiez votre réponse.