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Entrée dans la séquence

Comme sujet de son tout premier article, Victor Hugo, âgé seulement de 17 ans, choisit de rendre hommage...

Sommaire

Hommage de Victor Hugo à André Chénier - TexteHommage de Victor Hugo à André Chénier - Questions
La mort de Chénier vue par Vigny - TexteLa mort de Chénier vue par Vigny - Questions
André Chénier, un poète dans la Terreur (France Inter, 2015) - ÉmissionAndré Chénier, un poète dans la Terreur (France Inter, 2015) - Quiz interactif

Hommage de Victor Hugo à André Chénier - Texte

Comme sujet de son tout premier article, Victor Hugo, âgé seulement de 17 ans, choisit de rendre hommage à André Chénier.
« Qu’on méprise ce style incorrect et parfois barbare, ces idées vagues et incohérentes, cette effervescence d’imagination, rêves tumultueux du talent qui s’éveille, cette manie de mutiler ses phrases, et, pour ainsi dire, de les tailler à la grecque, les mots dérivés des langues anciennes employés dans toute l’étendue de leur acception maternelle, des coupes bizarres, aucune connaissance du véritable mécanisme de la poésie française ; ces défauts sont grands, mais ils ne sont point dangereux : il s’agit de rendre justice à un homme qui n’a point joui de sa gloire ; qui osera lui reprocher ses imperfections, lorsque la hache révolutionnaire repose encore toute sanglante au milieu de ses travaux inachevés ? »
Victor Hugo, article duConservateur(1819), repris dansAndré Chénier, Le Miracle du siècle, textes rassemblés par Catriona Seth, Paris, PUPS, « Mémoire de la critique », 2005, p. 123.

Hommage de Victor Hugo à André Chénier - Questions

Que pense, selon vous, Victor Hugo de son prédécesseur en poésie, André Chénier ?
Répondez en suivant la structure de phrase suivante : « Victor Hugo trouve chez André Chénier des … . Mais, il … en même temps des … . » OU la structure « Même si …, Hugo … . »
Que dire alors de cet avis de Victor Hugo sur le poète Chénier ?
Quelles sont les « imperfections » de la poésie de Chénier ? Distinguez celles qui ont trait surtout au style et celles qui ont trait aux sources d’inspiration de Chénier par une phrase à la structure suivante : « D’une part, la poésie de Chénier souffre de … . D’autre part, elle pâtit de … . »
Comment comprenez-vous par ailleurs l’image de la « hache révolutionnaire » ? Que nous apprend par cela Victor Hugo de la vie d’André Chénier ? Faites une brève recherche si besoin est.

La mort de Chénier vue par Vigny - Texte

Comme vous venez de le voir grâce au texte de Victor Hugo, André Chénier est surtout connu pour sa mort poignante. C’est à ses derniers jours que s’intéresse un autre auteur romantique, Alfred de Vigny dans son romanStello (1832) où un personnage nommé le « Docteur Noir » raconte au jeune poète Stello le sort malheureux qu’a réservé la Révolution à André Chénier.
Je remarquai, à travers ces groupes, la figure pâle, un peu usée, triste et passionnée de ce jeune homme qui errait silencieusement à travers tout le monde, la tête basse et les bras croisés. Il avait quitté sur-le-champ mademoiselle de Coigny, et marchait à grands pas, rôdant autour des piliers et lançant sur les murailles et les barreaux de fer les regards d'un lion enfermé. Il y avait dans son costume, dans cet habit gris taillé en uniforme, dans ce col noir et ce gilet croisé, un air d'officier. Costume et visage, cheveux noirs et plats, yeux noirs, tout était très ressemblant. C'était le portrait que j'avais sur moi, c'était André Chénier. Je ne l'avais pas encore vu. [...]
Après avoir essayé en vain de le sauver, le Docteur noir doit assister à l’exécution d’André Chénier, impuissant, depuis sa fenêtre.
Je repris la longue-vue, et je revis les malheureux embarqués qui dominaient, de tout le corps, les têtes de la multitude. J'aurais pu les compter en ce moment. Les femmes m'étaient inconnues. J'y distinguai de pauvres paysannes, mais non les femmes que je craignais d'y voir. Les hommes, je les avais vus à Saint-Lazare. André causait en regardant le soleil couchant. Mon âme s'unit à la sienne, et tandis que mon œil suivait de loin le mouvement de ses lèvres, ma bouche disait tout haut ses derniers vers :
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphire,
Anime la fin d'un beau jour,
Au pied de l'échafaud, j'essaie encore ma lyre.
Peut-être est-ce bientôt mon tour.
Tout à coup un mouvement violent, qu'il fit, me força de quitter ma lunette et de regarder toute la place où je n'entendais plus de cris.
[…]
Aux cris tumultueux, aux jurements, aux longues vociférations, succédèrent des murmures plaintifs, qui semblaient un sinistre adieu, de lentes et rares exclamations, dont les notes prolongées, basses et descendantes, exprimaient l'abandon de la résistance et gémissaient sur leur faiblesse. La nation humiliée ployait le dos, et roulait par troupeaux, entre une fausse statue, une Liberté, qui n'était que l'image d'une image, et un réel Échafaud teint de son meilleur sang.
Ceux qui se pressaient voulaient voir ou voulaient s'enfuir. Nul ne voulait rien empêcher. Les bourreaux saisirent le moment. La mer était calme, et leur hideuse barque arriva à bon port. La Guillotine leva son bras.
En ce moment plus aucune voix, plus aucun mouvement sur toute l'étendue de la place. Le bruit clair et monotone d'une large pluie était le seul qui se fit entendre, comme celui d'un immense arrosoir. Les larges rayons d'eau s'étendaient devant mes yeux et sillonnaient l'espace. Mes jambes tremblaient : il me fut nécessaire d'être à genoux. Là je regardais et j'écoutais sans respirer. La pluie était encore assez transparente, pour que ma lunette me fît apercevoir la couleur du vêtement qui s'élevait entre les poteaux. Je voyais aussi un jour blanc entre le bras et le billot, et, quand une ombre comblait cet intervalle, je fermais les yeux. Un grand cri des spectateurs m'avertissait de les rouvrir.
Trente-deux fois je baissai la tête ainsi, disant tout haut une prière de désespéré, que nulle oreille humaine n'entendra jamais, et que moi seul j'ai pu concevoir.
Après le trente-troisième cri, je vis l'habit gris tout debout. Cette fois je résolus d'honorer le courage de son génie, en ayant le courage de voir toute sa mort, je me levai.
La tête roula, et ce qu'il avait là1s'enfuit avec le sang. 
1.Ce qu'il avait là: François-René de Chateaubriand a également raconté les derniers instants de Chénier en lui attribuant ces paroles « Je n’ai rien fait pour la postérité ; puis, en se frappant le front, on l’entendit ajouter : Pourtant j’avais quelque chose là ! »(Génie du Christianisme, 1802, 2e partie, livre III, ch. VI.)

La mort de Chénier vue par Vigny - Questions

1. Dans son récit adressé à Stello, quels effets le Docteur Noir veut-il créer selon vous ? Justifiez avec précision.
2. Comparons ce texte avec celui de Victor Hugo :
a. Ce qui est central dans le texte de Vigny est-il évoqué dans le texte de Hugo ? Soyez précis.
b. Quelle dimension pourtant essentielle est occultée par l’un et mise en valeur par l’autre ?
c. Vous concernant, connaissiez-vous Chénier ?
d. Que peut-on en déduire sur la place d'André Chénier dans le panthéon littéraire français (l'ensemble des grandes figures de la littérature française) ?
3. Par ailleurs, comment comprenez-vous le titre de notre séquence « de la douceur à la fureur » ?
4. Bilan : après avoir relu ce que nous avons pu dire à partir du texte de Hugo, à partir de celui de Vigny puis à partir du titre de la séquence, quelle grande question pourrions-nous poser et qui serait le fil rouge de notre séquence consacrée à la poésie d’André Chénier ?

André Chénier, un poète dans la Terreur (France Inter, 2015) - Émission

André Chénier, un poète dans la Terreur (France Inter, 2015) - Quiz interactif