Revenir
Revenir

Jouer avec les répétitions et les accumulations

Le mot « blason » est d'origine incertaine ; l’hypothèse la plus plausible le fait provenir de l’ancien...

Sommaire

Focus sur le genre du poème blason
Analyser en détail un poème blason : s'initier au commentaireDu Bellay, Recueil de poésie, « Dialogue d'un amoureux et d'écho », 1549 - TexteAnalyse du poème de Du Bellay - QuestionsAnalyse du poème de Du Bellay - Activités

Focus sur le genre du poème blason

Le mot « blason » est d'origine incertaine ; l’hypothèse la plus plausible le fait provenir de l’ancien bas vieux-francique* blãsjan (« éclairer, illuminer »), qui prend par la suite le sens d'une « image illustrant [un écu, des armoiries] » puis par métonymie celui d'un « écu ». On le voit, le mot est au départ étroitement associé à l'héraldique, c'est-à-dire la science des blasons. Le mot signifie donc d'abord, selon le Robert, un « ensemble de signes distinctifs et d'emblèmes de famille nobles ou d'une collectivité ». 
Au XVesiècle, le mot blason signifie également « éloge ou blâme, remontrance » ainsi que « explication, discours, conversation ». Si ce sens spécifique a disparu depuis, il est toutefois à l'origine du genre du poème blason. Il s'agit d'un type de poème décrivant dans le détail, sur le mode de l'éloge ou du blâme, une personne ou un objet. Le genre du poème blason connaît au XVIesiècle un immense succès, dont on peut précisément dater l'origine : en 1535, le poète Clément Marot rédige son « Blason du beau tétin » dont la foudroyante réussite va entraîner à sa suite toute une foulée d'imitateurs. La mode du poème-blason est lancée. 
Les sujets des poèmes blasons se font toutefois dès lors plus restrictifs, ne portant désormais presque plus que sur les charmes féminins et plus spécifiquement sur des parties précises de leur corps. Œil, cheveux, nombril, front, et autres parties du corps, dont certaines plus osées, constituent désormais le motif central de ces poèmes généralement composés en rimes plates. 
Précurseur du genre, Marot lance la contre-offensive en produisant un contre-blason intitulé « Blason du laid tétin » : il s'agira cette fois d'évoquer, dans un élan contraire, les laideurs du corps, là encore le plus souvent féminins. Non dénué de misogynie et de grossièreté, le genre va s'enferrer dans un systématisme qui va rapidement lasser le public. À la fin du XVIesiècle, le genre est mort et enterré, et si certains poètes s'y adonneront dans les siècles qui suivront, de Baudelaire à Aragon en passant par Paul Éluard, le genre ne renaîtra jamais en tant que tel et reste profondément associé au siècle qui l'a vu naître. 
Le bas vieux-francique:désigne un ensemble de langues et de dialectes germaniques. 

Analyser en détail un poème blason : s'initier au commentaire

Du Bellay, Recueil de poésie, « Dialogue d'un amoureux et d'écho », 1549 - Texte

Joachim du Bellay est, au côté de Ronsard, l'autre grande figure poétique du groupe de la Pléiade. Dans ce poème, l'auteur de la fameuseDéfense et illustration de la langue françaiseet desRegrets convoque une fameuse figure de la mythologie grecque... 
Piteuse1Écho, qui erres en ces bois,
Réponds au son de ma dolente2voix.
D'où ai-je pu ce grand mal concevoir,
Qui m'ôte ainsi de raison le devoir ? De voir.
Qui est l'auteur de ces maux advenus ? Vénus.
Comment en sont tous mes sens devenus ? Nus.
Qu'étais-je avant qu'entrer en ce passage ? Sage.
Et maintenant que sens-je en mon courage3? Rage.
Qu'est-ce qu'aimer, et s'en plaindre souvent ? Vent.
Que suis-je donc, lors que mon cœur en fend ? Enfant.
Qui est la fin de prison si obscure4? Cure5.
Dis-moi, quelle est celle pour qui j'endure ? Dure.
Sent-elle bien la douleur, qui me point6? Point.
Ô que cela me vient bien mal à point !
Me faut-il donc (ô débile7entreprise)
Lâcher ma proie, avant que l'avoir prise ?
Si8vaut-il mieux avoir cœur moins hautain9,
Qu'ainsi languir sous espoir incertain.
1.Piteuse : qui éprouve de la pitié. 
2.Dolente : plaintive. 
3.Courage : cœur. 
4.Qui est la fin de prison si obscure : comprendre ici « Qu'est-ce qui mettra fin à cette prison si obscure ? ». 
5.Cure : souci. 
6.Me point : m'attaque, me frappe. 
7.Débile : faible, qui manque de vigueur. 
8.Si : cependant il vaut mieux. 
9.Hautain : orgueilleux. 

Analyse du poème de Du Bellay - Questions

1. Observez la situation d'énonciation utilisée dans ce poème et indiquez quel est le jeu poétique mis en place par Du Bellay.
2. Indiquez en une phrase quelle est la visée de cet échange selon vous. Pour justifier votre réponse, vous étudierez la tonalité utilisée dans ce poème en vous appuyant sur trois exemples différents tirés du texte.  
3. En étudiant au moins cinq des questions du poète et des réponses apportées par Écho, vous expliquerez quelles images sont données dans ce texte du sentiment éprouvé par le poète et de celle à l'origine de ce sentiment. 

Analyse du poème de Du Bellay - Activités

1. Présentation du personnage
Seul ou par groupe de deux, vous ferez des recherches sur le personnage d'Écho et serez capable de le présenter brièvement à la classe à travers une prise de parole continue de deux minutes environ sans notes. 
2. Vers le commentaire
En vous fondant sur les réponses apportées à la troisième question, vous rédigerez un paragraphe d'une quinzaine de lignes environ, organisé et structuré, fondé sur des exemples précis et qui mette en avantun aspect négatifprécis provoqué par le sentiment éprouvé par le poète. 
3. Rédiger un poème
Rédigez un poème sur le thème de votre choix, d'une quinzaine de vers environ, qui fasse appel au même jeu sonore qu'emploie Du Bellay.