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Poèmes satyriques et épigrammes : jeux de massacre

L'orthographe utilisée dans cette collection pour qualifier les poèmes étudiés peut surprendre, et l'on...

Sommaire

Poèmes satyriquesNote à propos du mot « satyrique »Sigogne, Recueil des plus excellents vers satyriques, « Galimatias », 1617 - Texte
ÉpigrammesFocus sur le genre de l'épigrammeBrébeuf, Poésies diverses, « Épigrammes », 1658 - TexteVoltaire, Épigrammes, XVIIIe siècle - Texte
Activités autour de la satyre et de l'épigrammePoèmes satyriques et épigrammes - QuestionsPoèmes satyriques et épigrammes - Activités

Épigrammes

Focus sur le genre de l'épigramme

Le genre de l'épigramme est un des genres littéraires les plus brefs qui soit, dans la mesure où, si l'on s'en réfère à son étymologie, il prend la forme d'une simple « inscription ». En effet, le mot désigne en latin une inscription faite sur un monument, un tombeau ou une statue et visant à perpétuer le souvenir d'une personne ou d'un événement.
Dès l'Antiquité latine, le mot sert également à désigner une petite pièce poétique faisant montre d'une certaine ingéniosité. Très rapidement cependant, la dimension satirique de ces petites pièces devient prépondérante, au point que le mot devient synonyme au XVIesiècle de « trait d'esprit satirique ». 
En France, le genre va fleurir durant l'époque classique et au siècle des Lumières, à la faveur d'un certain esprit national railleur mais aussi en raison des multiples polémiques et débats d'idées agitant la scène littéraire, culturelle et politique du temps. Le classicisme, qui révère les formules ciselées et percutantes, comme le montre le succès des aphorismes des moralistes, ne pouvait que plébisciter ce genre poétique, souvent empreint d'une certaine virulence sinon méchanceté. 
Les philosophes et poètes de l'époque des Lumières, adeptes des combats intellectuels et des passe-d'armes livresques, en écriront de fameuses, qu'il s'agisse évidemment de Voltaire ou du poète Jean-Baptiste Rousseau (à ne pas confondre avec son homonyme Jean-Jacques, qui sera lui plus volontiers la cible que l'auteur de ces traits féroces !).
Si le genre semble disparaître avec la fin de l'Ancien Régime, son esprit perdure en France et se manifestera sous des formes variées, des petites piques dans les journaux à partir du XIXesiècle, adressées à quelque adversaire politique, jusqu'auxclashopposant par chansons etpunchlinesdes rappeurs à l'orée du XXIesiècle (voir la collection associée).

Brébeuf, Poésies diverses, « Épigrammes », 1658 - Texte

Activités autour de la satyre et de l'épigramme

Poèmes satyriques et épigrammes - Questions

1. Lisez les différents poèmes proposés dans cette collection et appartenant au genre de l'épigramme.Proposez ensuite, à l'oral ou à l'écrit, une brève définition du genre de l'épigramme.
2. Indiquez, dans un paragraphe organisé d'une dizaine de lignes environ, sur quels procédés (au moins trois) se fonde Sigogne pour réaliser ses critiques. 
3. Expliquez brièvement, à l'oral ou à l'écrit, ce que dénonce Brébeuf dans ses deux épigrammes. 
4. En observant les cibles des deux épigrammes de Voltaire, indiquez brièvement à l'écrit pourquoi, selon vous, ce genre de poème connut un tel succès, notamment au XVIIIesiècle.

Poèmes satyriques et épigrammes - Activités

1. Soyez gentils !
En vous fondant sur le modèle proposé par Sigogne dans son poème, proposez trois strophes de compliments et de louanges à votre destinataire. Vous pouvez reprendre des qualités présentes dans le poème original (sentir bon, être agréable) ou proposer les vôtres. 
2. Soyez méchants !
Réalisez deux épigrammes sur le modèle de celles proposées par Voltaire. Vous vous attaquerez à un personnalité connue de notre époque. 
3. À vous de réciter !
Vous livrerez une lecture oralisée et expressive du poème de Sigogne. Vous vous enregistrerez sur votre téléphone ou votre ordinateur puis proposerez l'enregistrement dans une perle spécifique que vous destinerez à votre professeur. 

Poèmes satyriques

Note à propos du mot « satyrique »

L'orthographe utilisée dans cette collection pour qualifier les poèmes étudiés peut surprendre, et l'on serait tenté de la rectifier en « satirique »... Nulle erreur, pourtant, n'a ici été commise ! En réalité, les deux adjectifs ont une origine différente mais vont finir par connaître des emplois similaires, d'où la relative confusion, jusqu'à ce que l'adjectif « satyrique » soit définitivement remplacé par le second.
En résumé, le mot « satirique » vient du latinsatura, désignant alors en littérature « une pièce de genres mélangés » puis plus spécifiquement un « poème qui critique les vices ». Le mot « satyrique », quant à lui, est emprunté au latinSatyrus(« Satyre ») désignant les compagnons mi-hommes mi-bouc du Dieu Bacchus. L'adjectif réfère ainsi successivement à « ce qui concerne les satyres », puis s'applique à « une danse indécente » (telle que le pratiquaient les satyres) avant de désigner des œuvres littéraires, qu'il s'agisse de « poésie pastorale » ou de « farces et pièces bouffonnes ».
Comme on le comprend, c'est ce dernier sens qui va entretenir la confusion avec l'orthographe en-irenvoyant à des poèmes caustiques et critiques, souvent par ailleurs également orduriers et bouffons. L'orthographe « satirique » finira par l'emporter pour désigner la poésie qui nous intéresse, l'autre adjectif n'étant plus employé que pour évoquer les pièces bouffonnes jouées après la trilogie tragique, chez les Grecs. Nous avons toutefois fait le choix de conserver l'orthographe utilisée par les auteurs à l'époque, ce qui justifie ce petit éclaircissement ! 

Sigogne, Recueil des plus excellents vers satyriques, « Galimatias », 1617 - Texte

Fils du gouverneur de Dieppe, Charles-Timoléon de Beauxoncle, seigneur de Sigogne, exerça notamment la délicate charge d'entremetteur des amours royales pour le compte de Henri IV. Il est à l'origine de nombreux poèmes satyriques, souvent polémiques et orduriers. 
Le pot où l'on met les plumes, 
Les lieux où sont les enclumes, 
Les coffres semés de clous, 
Les chemins, les cimetières, 
Les monts et les fondrières1
N'ont point tant d'aise2que vous !
Les castelognes3, les houppes4, 
Les plumes et les étoupes5,
 Les oreillers de velous6,
Les heures7et les mitaines
Les peaux de vautours, les laines
Sont bien plus fermes que vous !
Les vieux cacques8de morue, 
La tannerie et les rues,
Les privés9communs à tous,
Les dents à moitié pourries, 
Les fiëns10et les voiries, 
Sentent bien meilleur que vous !
Une chienne, une tigresse, 
Une chatte, une singesse, 
La femelle entre les loups, 
Un maquereau passé maître, 
Les novices hors du cloître, 
Sont bien plus chastes que vous !
Une veuve, une nourrice,
La tripe d'une saucisse,
La chausse11d'un vieux jaloux, 
Et les gaines12roturières
Des couteaux de ces tripières
Sont pucelles comme vous !
1.Fondrières : trou plein d'eau ou de boue. 
2.Aise : agrément, commodité. 
3.Castelogne : couverture de laine. 
4.Houppe : touffe de poils ou de laine. 
5.Étoupe : résidu de fibres textile. 
6.Velous : velours. 
7.Heures : brosses. 
8.Caques : barriques. 
9.Privés : toilettes. 
10.Fiëns : lieux d'aisance. 
11.Chausse : pantalon collant. 
12.Gaines : fourreaux. 

Auteur d'une œuvre variée, tantôt pieuse, tantôt légère, Brébeuf est surtout connu pour ses parodies (dont l'une de l'Enéide) et ses petites pièces satiriques. 
I
Autrefois, Jeanneton, nous sauver de vos yeux
Furent nos soins et notre envie, 
Tant au doux repos de la vie
Leurs traits furent pernicieux.
Nos soins ont à la fin quitté la place aux vôtres, 
Et sous la fausse Jeanneton, 
La véritable, ce dit-on,
Ne se travaille plus qu'à se sauver des nôtres.
II
J'ai ce matin avec adresse
Surpris au lit Dame Isabeau,
Avant qu'au bout de son pinceau
Elle eût retrouvé sa jeunesse.
Son teint si jeune hier et si frais 
Aujourd'hui vieux et sans attraits
De pitié m'a l'âme touchée :
Quoi ! dis-je, Madame, à vous voir, 
Depuis hier il doit y avoir
Trente ans que vous êtes couchée !

Voltaire, Épigrammes, XVIIIe siècle - Texte

Éminent philosophe du XVIIIesiècle et conteur réputé, Voltaire a écrit aussi des tragédies et des poèmes, dont desÉpigrammes.
SUR LEFRANC DE POMPIGNAN
Savez-vous pourquoi Jérémie1
A tant pleuré pendant sa vie ?
C'est qu'en prophète il prévoyait
Qu'un jour Lefranc2le traduirait.
ÉPIGRAMME
L'autre jour, au fond d'un vallon, 
Un serpent piqua Jean Fréron3.
Que pensez-vous qu'il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva.
1.Jérémie : personnage biblique ayant prophétisé la destruction de plusieurs peuples et souvent représenté dans l'iconographie religieuse en pleurs. 
2.Lefranc : poète et dramaturge, rival de Voltaire au théâtre. 
3.Jean Fréron : critique littéraire, ennemi des philosophes des Lumières.