Tu t’en allais déjà, nuit à la brune tresse,
Et l’Aube se levait parmi le Ciel serein,
Lorsque le bon Morphée1, dessous un songe vain,
Vint mettre à mon côté ma cruelle maîtresse2.
5Mon Dieu, que j’étais plein de joie et d’allégresse !
Je lui baisais les yeux, et la bouche, et le sein,
Puis, à mes chauds désirs ayant lâché le frein,
Hardi je me vengeais de sa longue rudesse.
Quels propos se tenaient à l’heure entre nous deux !
10Quels doux embrassements ! quels baisers savoureux !
C’étaient les vrais plaisirs qu’Amour en deux assemble.
Je ne connaissais plus ni crainte, ni dédain,
Mais, ô léger moment ! je perdis tout soudain
Mon songe, mon plaisir, et ma Maîtresse ensemble.
Claude Expilly, Les Poèmes du sieur d’Expilly, Diverses Amours, sonnet XII, 1596.
1.Morphée : Dieu du sommeil et des rêves.
2.Maitresse : ici, au sens de « fille ou femme recherchée en mariage, ou, simplement, aimée de quelqu'un, ainsi dite de l'empire qu'elle exerce sur l'homme qui l'aime. », définition du Littré.
Tu t'en allais déjà - Questions
Premiers Pas
1. Quelle atmosphère se dégage de ce sonnet ?
2. Pourquoi le lecteur peut-il être surpris au dernier vers ?
Pas à pas
3. Vers 1 : qui Claude Expilly apostrophe-t-il ? Pourquoi ? Montrez que le poète use ensuite d’autres personnifications. Quels personnages se trouvent présents ici ? Comment ces présences enrichissent-elles la description initiale ?
4. Vers 4 :
a. Quelle consonne entend-on se répéter ? Quel effet cela produit-il sur l’atmosphère générale du quatrain ? Pourquoi selon vous ?
b. Proposez une explication à la proximité de « mettre »/« maîtresse ». Le poète a-t-il joué avec les mots ? Si oui, dans quel but selon vous ?
5. Vers 4, « cruelle maîtresse » :
a. Que pensez-vous de l’association de ces deux termes ? Que peut-on imaginer ?
b. « Maîtresse» est à la rime avec « tresse » : comment ce rappel musical permet-il d’enrichir le portrait de la maîtresse ?
6. Par quels moyens stylistiques l’émotion du poète et son évolution sont-elles rendues sensibles ? Pour cela, vous pouvez par exemple observer :
- la ponctuation ;
- le rythme des vers (à associer à la syntaxe) ;
- le lexique ;
- les sonorités ;
- les métaphores.
7. Vers 12 : expliquez pourquoi le poète ne connaissait plus « ni crainte, ni dédain».
8. Vers 13 :
a. « mais » : quel rapport logique cette conjonction introduit-elle ?
b. « léger moment » : dans quel sens cet adjectif est-il ici utilisé ? Peut-il avoir un autre sens qui enrichirait le poème ?
c. « tout soudain » : analysez grammaticalement cette expression en montrant qu’il y a deux lectures possibles de cette expression.