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Dégager un projet de lecture personnel

1. Dégager uneproblématique(question à laquelle le commentaire va répondre) consiste à formuler une hypothèse...

Sommaire

Le projet de lecture (= la problématique) - MéthodeLe projet de lecture (= la problématique) - Astuces
S'exercer à formuler deux projets de lecture - Questions

Le projet de lecture (= la problématique) - Méthode

1. Dégager uneproblématique(question à laquelle le commentaire va répondre) consiste à formuler une hypothèse sur le sens du texte.
Demandez-vous ce que l’auteur a voulu montrer(son but, son objectif, le défi qu'il cherche à relever), quel est l’intérêt du passage(sa spécificité, son originalité),quel(s) sont le(s) thème(s) (le sujet, le problème rencontré), etcommentl’auteur parvient àfaire passer son idée/atteint son but dans le texte (les moyens littéraires employés).
2. Pour rédiger la problématique, formulez une question (directe ou indirecte) qui tienne compte de votre lecture personnelle mais qui reste fidèle au texte.
3. Évitez les questions partielles auxquelles vous pourriez être tentés de répondre par « oui » ou « non ».
Voici un exemple de formulation de problématique :
À propos des célèbres « stances de Rodrigue » dansLe Cidde Pierre Corneille, à la scène 6 du premier acte, l'on peut se demander
« Comment ce monologue exprime-t-il le conflit intérieur qui agite Rodrigue ? »
Cette question permet d'articuler lethème(le conflit intérieur), legenre(le théâtre, grâce au mot « monologue ») et lesmoyens littérairesdéployés par Corneille (« comment ») dans une question suffisamment large pour ne pas négliger d'aspects importants du texte.

Le projet de lecture (= la problématique) - Astuces

Voici plusieurs exemples d'élaboration de problématiques obtenues en associant au moins deux éléments de réponse aux questions :
  • Quel est ou quels sont les thèmes du texte ?
  • Quel est le genre littéraire adopté ?
  • Quel défi l'auteur cherche-t-il à relever ?
  • Quelles sont la ou les spécificités du texte (dans l'œuvre, pour l'époque, dans le genre littéraire) ?
Ex. 1: Le Prologue deJuste la fin du monde,pièce de Jean-Luc Lagarce :
Thème: le retour du fils (prodigue ?), l'annonce de la mort, la parole
Genre: théâtre, prologue, monologue
Objectif: Lagarce cherche sans doute à nous montrer que l'aveu de Louis sera difficile.
Spécificités/originalité : un prologue dans lequel le personnage lui-même annonce sa mort.
Voici un exemple de formulation de problématique :
Comment le prologue nous fait-il comprendre que l'aveu sera difficile voire impossible ?
Ex. 2: la lettre aux jumeaux à la fin de la pièce de Wajdi Mouawad Incendies:
Thème: les dernières paroles d'une mère à ses enfants 
Genre: le théâtre, le spectre au théâtre / le théâtre, le monologue délibératif
Objectif: donner vie, faire entendre une morte, réconcilier la famille (le défi, le problème affronté)
Spécificités/originalité(dans l'œuvre, pour l'époque, dans le genre littéraire) : par rapport à la pièce, c'est une scène où Nawal se montre aimante / la morte est présente et absente (la voix) / la fin est plus apaisée que les dénouements de tragédie.
Voici trois exemples de formulation de problématique :
Comment le dramaturge fait-il pour rendre présente sur scène la parole d’une morte ?
Comment le dramaturge fait-il pour réconcilier la famille ?
En quoi ce dénouement se distingue-t-il de la désolation finale des tragédies ?
Ex. 3: Le monologue de Médée dans la pièce de Corneille :
Thème: la colère de Médée, sa volonté de vengeance
Genre: le théâtre, le monologue délibératif
Objectif: exposer le dilemme de Médée, sa monstruosité, sans choquer le public
Spécificités/originalité(dans l'œuvre, pour l'époque, dans le genre littéraire) : un personnage plus tiraillé que dans d'autres versions.
Voici un exemple de formulation de problématique :
Comment ce monologue exprime-­t‐il le déchirement de Médée ?

S'exercer à formuler deux projets de lecture - Questions

Thérèse Raquin, son mari Camille et Madame Raquin sa belle-mère, vivent dans une mercerie à Paris. Camille est employé dans l’administration, pendant que Thérèse et sa belle-mère s’occupent de la boutique. Laurent, un ami d’enfance, peintre amateur et collègue de travail de Camille, devient l’amant de Thérèse. Ils songent ensemble à se débarrasser de Camille, profitant d’une promenade en barque à Saint-Ouen…
Laurent cessa de ramer et laissa descendre le canot au fil du courant.
En face, se dressait le grand massif rougeâtre des îles. Les deux rives, d’un brun sombre taché de gris, étaient comme deux larges bandes qui allaient se rejoindre à l’horizon. L’eau et le ciel semblaient coupés dans la même étoffe blanchâtre. Rien n’est plus douloureusement calme qu’un crépuscule d’automne. Les rayons pâlissent dans l’air frissonnant, les arbres vieillis jettent leurs feuilles. La campagne, brûlée par les rayons ardents de l’été, sent la mort venir avec les premiers vents froids. Et il y a, dans les cieux, des souffles plaintifs de désespérance. La nuit descend de haut, apportant des linceuls dans son ombre.
Les promeneurs se taisaient. Assis au fond de la barque qui coulait avec l’eau, ils regardaient les dernières lueurs quitter les hautes branches. Ils approchaient des îles. Les grandes masses rougeâtres devenaient sombres ; tout le paysage se simplifiait dans le crépuscule ; la Seine, le ciel, les îles, les coteaux n’étaient plus que des taches brunes et grises qui s’effaçaient au milieu d’un brouillard laiteux.
Camille, qui avait fini par se coucher à plat ventre, la tête au-dessus de l’eau, trempa ses mains dans la rivière.
– Fichtre ! que c’est froid ! s’écria-t-il. Il ne ferait pas bon de piquer une tête dans ce bouillon-là.
Laurent ne répondit pas. Depuis un instant il regardait les deux rives avec inquiétude ; il avançait ses grosses mains sur ses genoux, en serrant les lèvres. Thérèse, roide, immobile, la tête un peu renversée, attendait.
La barque allait s’engager dans un petit bras, sombre et étroit, s’enfonçant entre deux îles. On entendait, derrière l’une des îles, les chants adoucis d’une équipe de canotiers qui devaient remonter la Seine. Au loin, en amont, la rivière était libre.
Alors Laurent se leva et prit Camille à bras-le-corps.
Le commis éclata de rire.
– Ah ! non, tu me chatouilles, dit-il, pas de ces plaisanteries-là… Voyons, finis : tu vas me faire tomber.
Laurent serra plus fort, donna une secousse. Camille se tourna et vit la figure effrayante de son ami, toute convulsionnée. Il ne comprit pas ; une épouvante vague le saisit. Il voulut crier, et sentit une main rude qui le serrait à la gorge. Avec l’instinct d’une bête qui se défend, il se dressa sur les genoux, se cramponnant au bord de la barque. Il lutta ainsi pendant quelques secondes.
– Thérèse ! Thérèse ! appela-t-il d’une voix étouffée et sifflante.
La jeune femme regardait, se tenant des deux mains à un banc du canot qui craquait et dansait sur la rivière. Elle ne pouvait fermer les yeux ; une effrayante contraction les tenait grands ouverts, fixés sur le spectacle horrible de la lutte. Elle était rigide, muette.
– Thérèse ! Thérèse ! appela de nouveau le malheureux qui râlait.
À ce dernier appel, Thérèse éclata en sanglots. Ses nerfs se détendaient. La crise qu’elle redoutait la jeta toute frémissante au fond de la barque. Elle y resta pliée, pâmée, morte.
Laurent secouait toujours Camille, en le serrant d’une main à la gorge. Il finit par l’arracher de la barque à l’aide de son autre main. Il le tenait en l’air, ainsi qu’un enfant, au bout de ses bras vigoureux. Comme il penchait la tête, découvrant le cou, sa victime, folle de rage et d’épouvante, se tordit, avança les dents et les enfonça dans ce cou. Et lorsque le meurtrier, retenant un cri de souffrance, lança brusquement le commis à la rivière, les dents de celui-ci lui emportèrent un morceau de chair.
Camille tomba en poussant un hurlement. Il revint deux ou trois fois sur l’eau, jetant des cris de plus en plus sourds.
Émile Zola,Thérèse Raquin, chapitre 11, 1867.
Répondez aux question pour établir un premier projet de lecture.
1. Quel(s) mot(s) pouvez-vous employer pour désigner ce que raconte ce texte extrait de Thérèse Raquin d'Émile Zola  ?
2. Quels sont les éléments constitutifs de cet acte ? Relevez-en notamment les circonstances : mobile, victime, complice, assassin, lieu et heure, les différentes armes du crime et son déroulé précis. 
3. À partir de vos réponses aux questions précédentes, formulez un projet de lecture de ce texte en commençant votre question par « Comment » ou « En quoi ».
Si vous connaissez le roman, vous allez pouvoir formuler un second projet de lecture.
4. En quoi cet extrait fait-il écho aux principales thématiques du roman ? En quoi est-il également annonciateur de la suite du roman ? 
5. À partir de vos réponses aux questions précédentes, formulez un second projet de lecture de ce texte.