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Dégager des axes de commentaire

Quand les Argonautes arrivent en Colchide1pour conquérir la Toison d'or, ils se heurtent à l'hostilité...

Sommaire

CorpusPierre Corneille, Médée, Acte V, scène 2, 1634 - ExtraitAndré Chénier, « Pasiphaé », vers 1781-1783Émile Zola, Thérèse Raquin, Chapitre 27, 1867 - Tentative de dénonciation
ActivitéDégager des axes de commentaire - ConsigneDégager des axes de commentaire - Coup de pouce

Corpus

Pierre Corneille, Médée, Acte V, scène 2, 1634 - Extrait

Quand les Argonautes arrivent en Colchide1pour conquérir la Toison d'or, ils se heurtent à l'hostilité du roi Æetès, gardien du trésor. Mais sa fille, Médée, s'éprend de Jason et use de sa magie pour l'aider à conquérir la Toison d'or. Elle trahit alors son père, prend la fuite avec son amant et n'hésite pas à tuer son frère, lancé à leur poursuite. Mais elle est abandonnée par Jason qui lui préfère la jeune Créuse, la fille du roi Créon. Médée connaît alors un tel désir de vengeance qu'elle se dit prête à tuer ses propres enfants pour se venger de son ancien amant. 
Acte V, Scène 2
MÉDÉE
Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts ?
Consulte avec loisir2tes plus ardents transports3.
Des bras de mon perfide4arracher une femme,
Est-ce pour5assouvir les fureurs de mon âme ?
Que n’a-t-elle déjà des enfants de Jason,
Sur qui plus pleinement venger sa trahison !
Suppléons-y des miens6; immolons7avec joie
Ceux qu’à me dire adieu Créüse me renvoie :
Nature, je le puis sans violer ta loi ;
Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi.
Mais ils sont innocents ; aussi l’était mon frère8;
Ils sont trop criminels d’avoir Jason pour père ;
Il faut que leur trépas redouble son tourment ;
Il faut qu’il souffre en père aussi bien qu’en amant.
Mais quoi ! j’ai beau contre eux animer9mon audace,
La pitié la combat, et se met en sa place :
Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur,
J’adore les projets qui me faisaient horreur :
De l’amour aussitôt je passe à la colère,
Des sentiments de femme aux tendresses de mère.
Cessez dorénavant, pensers irrésolus,
D’épargner des enfants que je ne verrai plus.
Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître,
Ce n’est pas seulement pour caresser un traître :
Il me prive de vous, et je l’en vais priver.
Mais ma pitié renaît, et revient me braver10;
Je n’exécute rien, et mon âme éperdue
Entre deux passions demeure suspendue.
N’en délibérons plus, mon bras en résoudra11.
Je vous perds, mes enfants ; mais Jason vous perdra ;
Il ne vous verra plus… Créon sort tout en rage ;
Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage.
Pierre Corneille,Médée, Acte V, scène 2, 1634
1.Colchide : terme ancien, utilisé pour désigner l'ensemble des anciennes tribus qui vivaient sur la côte orientale de la mer Noire jusqu'à une ville de Turquie, Giresun (anciennement nommée « Cerasus »).
2.Avec loisir : en prenant tout son temps.
3.Tes plus ardents transports : tes émotions les plus vives.
4.Perfide : traître (Jason).
5.Est-ce pour : est-ce assez pour.
6.Suppléons-y des miens : remplaçons-les par les miens.
7.Immolons : sacrifions.
8.Mon frère : dans sa fuite de Colchide avec Jason, Médée n’a pas hésité à sacrifier son frère pour retarder ceux qui les poursuivaient.
9.Animer : exciter, aviver.
10.Me braver : me défier, me provoquer.
11.Mon bras en résoudra : mon bras en décidera.

André Chénier, « Pasiphaé », vers 1781-1783

Pasiphaé, femme de Minos, roi de Crête et fils de Jupiter et Europe, est en proie à un amour contre-nature pour un taureau. C’est de l’union avec ce taureau que naît le Minotaure, monstre fabuleux à corps d’homme et à tête de taureau. Dans le poème que lui consacre André Chénier, sa passion la pousse à commettre un geste terrible.
Pasiphaé
      Tu gémis sur l’Ida1, mourante, échevelée,
      Ô reine ! ô de Minos épouse désolée !
      Heureuse si jamais, dans ses riches travaux,
      Cérès n’eût pour le joug élevé des troupeaux !2
5    Tu voles épier sous quelle yeuse3obscure,
      Tranquille, il ruminait son antique pâture ;
      Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants
      Quelle onde a ranimé l’albâtre de ses flancs.
      Ô nymphes, entourez, fermez, nymphes de Crète,
10   De ces vallons fermez, entourez la retraite4.
      Oh ! craignez que vers lui des vestiges épars5
      Ne viennent à guider ses pas et ses regards.
      Insensée, à travers ronces, forêts, montagnes,
      Elle court. Ô fureur ! dans les vertes campagnes,
15   Une belle génisse à son superbe amant
      Adressait devant elle un doux mugissement.
      La perfide mourra ; Jupiter la demande6.
      Elle-même à son front attache la guirlande7,
      L’entraîne, et sur l’autel prenant le fer vengeur :
20   « Sois belle maintenant, et plais à mon vainqueur. »
      Elle frappe. Et sa haine, à la flamme lustrale8,
      Rit de voir palpiter le cœur de sa rivale.
André Chénier, « Pasiphaé », dansPoésies Antiques, 1781-1783
1.Ida : chaîne de montagnes au pied de laquelle se trouvait la ville de Troie.
2.Vers 3-4 : Pasiphaé aurait été heureuse si Cérès, la déesse romaine des moissons et de la fertilité, n’avait pas permis l’existence des troupeaux. Ainsi, Pasiphaé ne serait jamais tombée amoureuse d’un taureau.
3.Yeuse : chêne vert.
4.Vers 9-10 : Pasiphaé demande aux nymphes d’entourer et de fermer les vallons qui servent de retraite au taureau envoyé par Poséidon à Minos.
5.Vestiges épars : le mot vestige surprend ici ; il s’agit sans doute d’un emprunt au poète latin Virgile à entendre comme l’ensemble des génisses susceptibles d’attirer l’attention du taureau dont est éprise Pasiphaé.
6.Jupiter la demande : cet hémistiche fait entendre les pensées de Pasiphaé et sans doute, dans un procédé proche du discours indirect libre, les paroles adressées par elle à sa rivale pour l’attirer à l’autel et la sacrifier.
7.Guirlande : le mot désigne vraisemblablement le joug placé au cou de la vache pour la faire se déplacer.
8.Lustrale : qui sert à purifier.

Émile Zola, Thérèse Raquin, Chapitre 27, 1867 - Tentative de dénonciation

Thérèse et son amant Laurent sont hantés par la mort de Camille. Progressivement paralysée de tout le corps, Madame Raquin ne peut s’exprimer mais son intelligence reste intacte. Écoutant Laurent et Thérèse, elle comprend qu’ils sont les meurtriers de Camille, son fils bien-aimé. Lors d'une soirée, elle essaie de dénoncer ce meurtre à Olivier, policier et ami de la famille.
Thérèse faillit crier d’angoisse. Elle regardait les doigts de sa tante glisser sur la toile cirée, et il lui semblait que ces doigts traçaient son nom et l’aveu de son crime en caractères de feu. Laurent s’était levé violemment, se demandant s’il n’allait pas se précipiter sur la paralytique et lui briser le bras. Il crut que tout était perdu, il sentit sur son être la pesanteur et le froid du châtiment, en voyant cette main revivre pour révéler l’assassinat de Camille.
Madame Raquin écrivait toujours, d’une façon de plus en plus hésitante.
– C’est parfait, je lis très bien, reprit Olivier au bout d’un instant, en regardant les époux. Votre tante écrit vos deux noms : « Thérèse et Laurent… »
La vieille dame fit coup sur coup des signes d’affirmation, en jetant sur les meurtriers des regards qui les écrasèrent. Puis elle voulut achever. Mais ses doigts s’étaient roidis, la volonté suprême qui les galvanisait, lui échappait ; elle sentait la paralysie remonter lentement le long de son bras, et de nouveau s’emparer de son poignet. Elle se hâta, elle traça encore un mot.
Le vieux Michaud lut à haute voix :
– « Thérèse et Laurent ont… »
Et Olivier demanda :
– Qu’est-ce qu’ils ont, vos chers enfants ?
Les meurtriers, pris d’une terreur folle, furent sur le point d’achever la phrase tout haut. Ils contemplaient la main vengeresse avec des yeux fixes et troubles, lorsque, tout d’un coup, cette main fut prise d’une convulsion et s’aplatit sur la table ; elle glissa et retomba le long du genou de l’impotente, comme une masse de chair inanimée. La paralysie était revenue et avait arrêté le châtiment. Michaud et Olivier se rassirent, désappointés, tandis que Thérèse et Laurent goûtaient une joie si âcre, qu’ils se sentaient défaillir sous le flux brusque du sang qui battait dans leur poitrine.
Grivet était vexé de ne pas avoir été cru sur parole. Il pensa que le moment était venu de reconquérir son infaillibilité en complétant la phrase inachevée de madame Raquin. Comme on cherchait le sens de cette phrase :
– C’est très-clair, dit-il, je devine la phrase entière dans les yeux de madame. Je n’ai pas besoin qu’elle écrive sur une table, moi ; un de ses regards me suffit… Elle a voulu dire : « Thérèse et Laurent ont bien soin de moi. »
Grivet dut s’applaudir de son imagination, car toute la société fut de son avis. Les invités se mirent à faire l’éloge des époux, qui se montraient si bons pour la pauvre dame.
– Il est certain, dit gravement le vieux Michaud, que madame Raquin a voulu rendre hommage aux tendres attentions que lui prodiguent ses enfants. Cela honore toute la famille.
Et il ajouta en reprenant ses dominos :
– Allons, continuons. Où en étions-nous ?… Grivet allait poser le double-six, je crois.
Grivet posa le double-six. La partie continua, stupide et monotone.
Émile Zola, Thérèse Raquin, chapitre 27, 1867

Activité

Dégager des axes de commentaire - Consigne

En vous aidant des perles « Astuces » et « Méthode » consacrée au plan, proposez deux ou trois axes de commentaire :
  • de la scène 2 de l'acte V deMédéede Pierre Corneille ;
  • ou du poème d'André Chénier « Pasiphaé » ;
  • ou de l'extrait du romanThérèse Raquind’Émile Zola.

Dégager des axes de commentaire - Coup de pouce

Les trois textes proposésdans cette collection font l'objet d'activités dans le manuel de 2de :
- L'extrait deMédéede Corneille : dans la séquence « La Dispute », chapitre « Bilan et évaluation », collection « S'initier au commentaire » ;
- « Pasiphaé » d'André Chénier : dans la séquence « André Chénier », chapitre « Entrée dans la lecture » ;
- L'extrait deThérèse Raquind'Émile Zola : dans la séquence « Thérèse Raquin », chapitre « Problématique et analyse », collection « Étudier des passages précis ».
Une réorganisation des remarques formulées au cours de ces activités peut vous aider à établir des axes de commentaire.