Revenir
Revenir

La tonalité pathétique

Victor Hugo prononce le 9 juillet 1849, à la tribune de l’Assemblée nationale, un réquisitoire resté...

Sommaire

L. van Beethoven, Sonate pour piano n°8 en do mineur op. 13, « Pathétique » - SiteVictor Hugo, « Détruire la misère », 9 juillet 1849 - ExtraitMarguerite Duras, La Douleur, 1985 - ExtraitMartin Scorsese, Shutter Island, 2010 - Vidéo
Le registre pathétique - Activité de synthèseLe registre pathétique - Coup de pouce

L. van Beethoven, Sonate pour piano n°8 en do mineur op. 13, « Pathétique » - Site

Victor Hugo, « Détruire la misère », 9 juillet 1849 - Extrait

Victor Hugo prononce le 9 juillet 1849, à la tribune de l’Assemblée nationale, un réquisitoire resté célèbre et dénonçant l'inaction du pouvoir en place contre l'extrême pauvreté. En voici un extrait.
« La misère, messieurs, j'aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu'où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu'où elle peut aller, jusqu'où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?
Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver.
Voilà un fait. En voulez-vous d'autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n'épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l'on a constaté, après sa mort, qu'il n'avait pas mangé depuis six jours.
Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon ! »
Victor Hugo, « Détruire la misère », Discours à l'Assemblée nationale, 9 juillet 1849

Marguerite Duras, La Douleur, 1985 - Extrait

Marguerite Duras attend le retour de son conjoint, Robert Antelme, déporté dans un camp de concentration allemand pendant la seconde guerre mondiale. Dans l'extrait qui suit, elle le revoit pour la première fois, dès son retour du camp. 
« Dans mon souvenir, à un moment donné, les bruits s'éteignent et je le vois. Immense. Devant moi. Je ne le reconnais pas. Il me regarde. Il sourit. Il se laisse regarder. Une fatigue surnaturelle se montre dans son sourire, celle d’être arrivé à vivre jusqu'à ce moment-ci. C'est à ce sourire que tout à coup je le reconnais, mais de très loin, comme si je le voyais au fond d’un tunnel. C'est un sourire de confusion. Il s’excuse d'en être là, réduit à ce déchet. Et puis le sourire s'évanouit. Et il redevient un inconnu. Mais la connaissance est Ià, que cet inconnu c'est lui, Robert L., dans sa totalité.
Il avait voulu revoir la maison. On l’avait soutenu et il avait fait le tour des chambres. Ses joues se plissaient mais elles ne se décollaient pas des mâchoires, c’étaient dans ses yeux qu’on avait vu son sourire. Quand il était passé dans la cuisine, il avait vu le clafoutis qu’on lui avait fait. Il a cessé de sourire : « Qu est-ce que c’est? » On le lui avait dit. À quoi il était? Aux cerises, c'était la pleine saison. «Je peux en manger? - Nous ne le savons pas, c'est le docteur qui le dira. » Il était
revenu au salon, il s'était allongé sur le divan. « Alors je ne peux pas en manger? - Pas encore. - Pourquoi? - Parce qu'il y a déjà eu des accidents dans Paris à trop vite faire manger les déportés au retour des camps. »
Il avait cessé de poser des questions sur ce qui s'était passé pendant son absence. Il avait cessé de nous voir. Son visage s'était recouvert d'une douleur intense et muette parce que la nourriture lui était encore refusée, que ça continuait comme au camp de concentration. Et comme au camp, il avait accepté en silence. Il n'avait pas vu qu’on pleurait. Il n'avait pas vu non plus qu'on pouvait à peine le regarder, à peine lui répondre. Le docteur est arrivé. Il s'est arrêté net, la main sur la poignée, très pâle. Il nous a regardés puis il a regardé la forme sur le divan. Il ne comprenait pas. Et puis il a compris : cette forme n'était pas encore morte, elle flottait entre la vie et la mort et on l'avait appelé, lui, le docteur, pour qu'il essaye de la faire vivre encore. Le docteur est entré. Il est allé jusqu'à la forme et la forme lui a souri. »
Marguerite Duras,La Douleur, 1985

Martin Scorsese, Shutter Island, 2010 - Vidéo

L'agent fédéral Teddy Daniels, joué par Leonardo DiCaprio, est interné dans un hôpital psychiatrique mais il refuse cette réalité en raison d'un événement traumatique qu'il refoule. Il se pense toujours agent fédéral. Dans cette séquence rétrospective, il se rappelle de ce qui est arrivé à sa famille. Alors qu’il rentre un jour du travail, il trouve son épouse mouillée et s'inquiète de son comportement étrange. 

Le registre pathétique - Activité de synthèse

Analysez les différents supports proposés. Tous ont un rapport fort avec la tonalité (ou le registre) pathétique. Quels sont leurs points communs ? 
En vous appuyant sur ce que vous avez découvert lors de l'étude des différents supports proposés, réalisez une synthèse sur le registre pathétique en précisant sa visée, ses procédés, ses thèmes privilégiés. Cette synthèse pourra être réalisée sous la forme d'une collection Pealtrees ou d'une carte mentale. 

Le registre pathétique - Coup de pouce

Pour vous aider à réaliser l'activité, répondez d'abord à ces deux questions :
- Qu'avez-vous ressenti en écoutant, en lisant ou en regardant ces supports ? 
- Qu'est-ce qui vous a fait ressentir cette émotion selon vous (procédés et thèmes) ?