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La tonalité épique

Des bourgeois, cachés dans une grange, regardent passer l'émeute des mineurs en grève. 

Sommaire

Émile Zola, Germinal, 1885 - ExtraitChristopher Nolan, Dunkerque, 2017 - Bande-annonce
Le registre épique - Activité de synthèseLe registre épique - Coup de pouce

Émile Zola, Germinal, 1885 - Extrait

Des bourgeois, cachés dans une grange, regardent passer l'émeute des mineurs en grève. 
« Prenez vos flacons, la sueur du peuple qui passe ! murmura Négrel, qui, malgré ses convictions républicaines1, aimait à plaisanter la canaille2avec les dames.
Mais son mot spirituel3fut emporté dans l'ouragan des gestes et des cris. Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes, aux cheveux épars, dépeignés par la course, aux guenilles4montrant la peau nue, des nudités de femelles lasses d'enfanter des meurt-de-faim. Quelques-unes tenaient leur petit entre les bras, le soulevaient, l'agitaient, ainsi qu'un drapeau de deuil et de vengeance. D'autres, plus jeunes, avec des gorges gonflées de guerrières, brandissaient des bâtons ; tandis que les vieilles, affreuses, hurlaient si fort, que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre. Et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs5, une masse compacte qui roulait d'un seul bloc, serrée, confondue, au point qu'on ne distinguait ni les culottes6déteintes, ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse. Les yeux brûlaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant La Marseillaise, dont les strophes se perdaient en un mugissement confus, accompagné par le claquement des sabots sur la terre dure. Au-dessus des têtes, parmi le hérissement des barres de fer, une hache passa, portée toute droite ; et cette hache unique, qui était comme l'étendard de la bande, avait, dans le ciel clair, le profil aigu d'un couperet de guillotine.
– Quels visages atroces ! balbutia Madame Hennebeau.
Négrel dit entre ses dents :
– Le diable m'emporte si j'en reconnais un seul ! D'où sortent-ils donc, ces bandits-là ?
Et, en effet, la colère, la faim, ces deux mois de souffrance et cette débandade enragée au travers des fosses, avaient allongé en mâchoires de bêtes fauves les faces placides des houilleurs de Montsou. À ce moment, le soleil se couchait, les derniers rayons, d'un pourpre sombre, ensanglantaient la plaine. Alors, la route sembla charrier du sang, les femmes, les hommes continuaient à galoper, saignants comme des bouchers en pleine tuerie.
– Oh ! Superbe ! dirent à demi-voix Lucie et Jeanne, remuées dans leur goût d'artistes par cette belle horreur.
Elles s'effrayaient pourtant, elles reculèrent près de Madame Hennebeau, qui s'était appuyée sur une auge. L'idée qu'il suffisait d'un regard, entre les planches de cette porte disjointe, pour qu'on les massacrât la glaçait. Négrel se sentait blêmir, lui aussi, très brave d'ordinaire, saisi là d'une épouvante supérieure à sa volonté, une de ces épouvantes qui soufflent de l'inconnu.
Dans le foin, Cécile ne bougeait plus. Et les autres, malgré leur désir de détourner les yeux, ne le pouvaient pas, regardaient quand même.
C'était la vision rouge de la révolution qui les emporterait tous, fatalement, par une soirée sanglante de cette fin de siècle. Oui, un soir, le peuple lâché, débridé, galoperait ainsi sur les chemins ; et il ruissellerait du sang des bourgeois, il promènerait des têtes, il sèmerait l'or des coffres éventrés. Les femmes hurleraient, les hommes auraient ces mâchoires de loups, ouvertes pour mordre. Oui, ce seraient les mêmes guenilles, le même tonnerre de gros sabots, la même cohue effroyable, de peau sale, d'haleine empestée, balayant le vieux monde, sous leur poussée débordante de barbares. »
Émile Zola,Germinal, V, 5, 1885
1.Républicaines:il est favorable au peuple.
2.Plaisanter la canaille : se moquer du peuple.
3.Ce mot spirituel : un jeu d'esprit fin et drôle.
4.Guenilles : vieux vêtements déchirés.
5.Des galibots, des haveurs, des raccommodeurs : métiers de la mine.
6.Culottes : pantalons.

Christopher Nolan, Dunkerque, 2017 - Bande-annonce


Le registre épique - Activité de synthèse

Analysez les différents supports proposés. Tous ont un rapport fort avec la tonalité (ou le registre) épique. Quels sont leurs points communs ? 
En vous appuyant sur ce que vous avez découvert lors de l'étude de ces supports, réalisez une synthèse sur le registre épique en précisant sa visée, ses procédés d'écriture, ses thèmes privilégiés. Cette synthèse pourra être réalisée sous la forme d'une collection Pealtrees ou d'une carte mentale. 

Le registre épique - Coup de pouce

Pour vous aider à réaliser l'activité :
- Analysez la première œuvre,La Bataille d'Austerlitzde François Gérard. Repérez son thème, observez le tableau et décrivez-le avec précision. Commentez ce que vous avez observé. Puis observez attentivement la fresque de Diego Riveira et essayez de retrouver les éléments observés et analysés dans la première œuvre picturale. Notez également les différences ou les nuances. Poursuivez votre travail avec l'étude des deux dernières œuvres proposées. 
- Faites un bilan sur ce que vous avez observé et analysé. Quels sont les points communs forts  Quelles nuances pouvez-vous apporter à votre synthèse sur le registre épique ?