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Les registres en littérature - Perles à ranger

Ce registre désigne l'ensemble des caractéristiques formelles et stylistiques qui visent à créerl'illusion...

Sommaire

Définition 1Définition 2Définition 3
Comment le repérer ? - 1Comment le repérer ? - 2Comment le repérer ? - 3
Texte 1Texte 2Texte 3Texte 4Texte 5Texte 6
Auteurs célèbres - 1Auteurs célèbres - 2Auteurs célèbres - 3
Citation 1
Citation 2
Citation 3

Définition 1

Ce registre désigne l'ensemble des caractéristiques formelles et stylistiques qui visent à créerl'illusion du réel, du vrai. C'est un registre littéraire qui concerne tous les genres littéraires mais il entretient un rapport privilégié avec lanouvelle et le roman (particulièrement au milieu du XIXesiècle).

Définition 2

Du latinmirabilia(« chose étonnante, admirable »), ce registre désigne les caractéristiques formelles et stylistiques d'un monde oùla présence du surnaturel semble aller de soi, n'inquiète pas mais émerveille. Il peut concerner tous les genres littéraires mais il entretient un rapport privilégié avec leconte. 

Définition 3

Ce registre désigne l'ensemble des caractéristiques formelles et stylistiques propres à l'expression dusurnatureldans le cadre d’un récit réalisteau départ. C'est un registre littéraire qui concerne tous les genres littéraires mais il entretient un rapport privilégié aveclanouvelle. Face au surnaturel, le personnage, en proie à lapeur, peut, dans certains textes, hésiter entre une explicationrationnelle(hallucination, folie...) et une explicationirrationnelle(fantôme...), soulignant ainsil'instabilitéangoissantedu monde dans lequel il vit.   

Comment le repérer ? - 1

Ce registre a 3 caractéristiques majeures : 
  • le déroulement d'événements extraordinaires et invraisemblables ;
  • le respect du schéma narratif (situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement, situation finale) ;
  • une temporalité imprécise.

Comment le repérer ? - 2

Ce registre a 5 caractéristiques majeures qui favorisent « l'effet de réel », autrement dit la vraisemblance du récit : 
  • l'ancrage du récit dans un référent connu du lecteur (lieux et époques réels) ;
  • la forte présence d'éléments descriptifs authentiques ;
  • un lexique précis et technique (celui des différents milieux socio-professionnels, par exemple, comme celui du journalisme) ;
  • des personnages de la vie quotidienne, « ordinaires » ;
  • des dialogues au style direct qui rendent compte de la parole propre à chaque milieu social (les ouvriers, les bourgeois). 

Comment le repérer ? - 3

Ce registre a 4 caractéristiques majeures :
  • énonciation, le plus souvent, à la 1repersonne : le récit rend compte d'un point de vue personnel, que l'on peut donc mettre en doute ; 
  • le lexique de la peur et de l'angoisse, associé à une ponctuation expressive ; 
  • les modalisateurs du doute et du jugement (« Il me semble », « peut-être »...) ;
  • l'emploi de l'hypotypose et de l'hyperbole (figure de l'exagération). 
NB: L'hypotypose est une figure de style qui consiste à décrire une scène de manière si frappante, qu'on croit la vivre.

Texte 1

Charles Demailly, un homme de lettres, se promène avec son ami de Rémonville avec lequel il discute de sujets littéraires et philosophiques. 
« Rémonville et Demailly roulaient autour du lac du bois de Boulogne dans un milord1découvert. Les lanternes du milord jetaient en passant leurs lueurs sur les massifs sombres. Le reflet d'une lumière dans le lac tremblait çà et là entre deux arbres. La nuit allumait une à une les étoiles au-dessus du bois noir. Le cheval trottinait. 
– Et, pour moi, mon cher, je vous le dis, – continuait de Rémonville, – le sommet moral de l'humanité, ce sont les Antonins2... Le beau type d'humanité est Marc-Aurèle3. Je trouve en lui ce que les Anciens appelaient la vertu à son plus haut point de sincérité et de simplicité, dans une sorte de splendeur et avec des caractères que je ne trouve chez nul autre... [...]
De tous les amis de Demailly, de Rémonville était celui avec lequel il avait le plus de points de contact, le plus de parenté d'idées, celui pour lequel il se sentait le plus de sympathies spirituelles. 
Rémonville n'était ni grand, ni petit, plutôt petit que grand. La tête était l'homme : une tête forte et belle, jeune et puissante. Ses cheveux étaient blonds, ses traits étaient bruns. Au milieu de ce large front, une ligne descendait verticalement toute droite, comme une ride de la volonté. Ses yeux, d'un feu sombre, enfoncés sous ses sourcils, se rapprochaient d'un nez impérieusement aquilin, sous lequel frisait la petite moustache d'un roi d'Espagne. »
Edmond et Jules de Goncourt,Charles Demailly, 1860
1.Milord : voiture conduite par des chevaux.
2.Les Antonins : dynastie d’empereurs qui régnèrent à Rome du Ierau IIesiècles après J.-C. (Trajan, Hadrien, Marc-Aurèle, etc.).
3.Marc-Aurèle : empereur et philosophe stoïcien romain (Iersiècle). Pour lui, la sagesse est source de bonheur.  

Texte 2

« Il était une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés qu'on ne saurait dire. Enfin, pourtant il leur naquit une fille. On fit un beau baptême ; on donna pour marraine à la petite princesse toutes les fées qu'on put trouver dans le pays (il s'en trouva sept), afin que, chacune d'entre elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des fées en ce temps-là, la princesse eût, par ce moyen, toutes les perfections imaginables. »
Charles Perrault,Contes du temps passé, 1697

Texte 3

Un Rêve
J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note. Pantagruel, livre III.
     Il était nuit. Ce furent d'abord, – ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, – une forêt percée de sentiers tortueux, – et le Morimont1grouillant de capes et de chapeaux.
     Ce furent ensuite, – ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.
     Ce furent enfin, – ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.
     Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente ; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.
     Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, Livre III, 1842. 
1.C'est à Dijon, de temps immémorial, la place aux exécutions. 

Texte 4

Dans les premières lignes du roman,La Carte et le Territoire, Jed Martin essaie de finir sa toile représentant la rencontre de deux célèbres artistes contemporains qui existent réellement, Jeff Koons et Damien Hirst. 
Lisez l'extrait de l'ouvrage de Michel Houellebecq,La Carte et le Territoire, 2010, publié chez Flammarion.
Début du passage :« Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d'enthousiasme. »
Fin du passage :« On était déjà le 15 décembre. »

Texte 5

Lisez l'extrait de l'ouvrage de Laurent Gaudé,La Porte des enfers, 2008, publié chez Actes Sud.
Début du passage :« J'ai toujours eu le sentiment d'avoir tué tous ces gens. Je porte cela en moi. Qui aurait pu faire une vie de tout cela ? »
Fin du passage :« J'ai la poussière des morts en moi. Ils me reconnaîtront et me laisseront passer. »
Laurent Gaudé,La Porte des enfers, 2008

Texte 6

« Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l'esprit le plus simple ; c'est, je crois, pour cette raison qu'on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu'il était fils de la sœur de monsieur le baron et d'un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l'injure du temps.
Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d'une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin ; ses palefreniers étaient ses piqueurs ; le vicaire du village était son grand aumônier. Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.
Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s'attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss était l'oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et de son caractère.
Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles. »
Voltaire,Candide, 1759

Auteurs célèbres - 1

Les frères Grimm, Lewis Carroll, Jean de la Fontaine,  J.R.R Tolkien

Auteurs célèbres - 2

Edgar Allan Poe, Prosper Mérimée, Barbey d'Aurevilly, Guy de Maupassant 

Auteurs célèbres - 3

Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Stendhal, Guy de Maupassant

Citation 1

« [...] c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. »
Tzvetan Todorov, 1970

Citation 2

« Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. »
Guy de Maupassant, 1887

Citation 3

« Au-delà de l'agrément, de la curiosité, de toutes les émotions que nous donnent les récits, les contes et les légendes, au-delà du besoin de se distraire, [...], le but réel [de ce] voyage est [...] l'exploration plus totale de la réalité universelle. »
Pierre Mabille,Le Miroir du merveilleux, 1940