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Changer de registres !

1. Lisez les cinq extraits de cette collection.

Sommaire

Changer de registres ! - Activité d'écriture d'invention
Extrait 1Extrait 2Extrait 3Extrait 4Extrait 5

Changer de registres ! - Activité d'écriture d'invention

1. Lisez les cinq extraits de cette collection.
2. Identifiez le registre dominant pour chaque extrait.
3. Réécrivez l'extrait de votre choix en changeant son registre.

Extrait 1

Le poète parle ici de ses aventures amoureuses.
« Depuis que j'eus perdu mon soleil radieux, 
Un voile obscur et noir me vin bander les yeux, 
Me dérobant l'espoir qui maintenait ma vie. 
J'étais jadis un aigle auprès de sa clarté,
Telle forme à l'instant du sort me fut ravie, 
Je vivais de lumière, ore1d'obscurité. »
Siméon-Guillaume de La Roque,Les Heureuses Amours de Cloridon, 1596
1.Ore : maintenant.

Extrait 2

Phèdre est amoureuse de son beau-fils Hippolyte ; elle tente de l'oublier en l'éloignant.
« Vaines précautions ! Cruelle destinée ! 
Par mon époux lui-même à Trézène amenée
J'ai revu l'Ennemi que j'avais éloigné. 
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné. 
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée, 
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée. 
J'ai conçu pour mon crime une juste terreur 
J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur. »
Jean Racine,Phèdre, acte I, scène 3, 1677

Extrait 3

L'inspecteur Javert vient d'être sauvé par Jean Valjean, un ancien bagnard, qu'il laisse partir. Mais il éprouve immédiatement des remords d'avoir manqué à son devoir : il aurait dû l'arrêter. Il s'accoude alors au bord de la Seine qu'il contemple. 
« On ne voyait rien, mais on sentait la froideur hostile de l'eau et l'odeur fade des pierres mouillées. Un souffle farouche montait de cet abîme. Le grossissement du fleuve plutôt deviné qu'aperçu, le tragique chuchotement du flot, l'énormité lugubre des arches du pont, la chute inimaginable dans ce vide sombre, toute cette ombre pleine d'horreur. 
Javert demeura quelques minutes immobile, regardant cette ouverture de ténèbres. »
Victor Hugo,Les Misérables, cinquième partie, IV, 1, 1862

Extrait 4

Un jour, le narrateur reçoit chez lui une boîte contenant un chien, un Dingo d'Australie, qu'un ami anglais lui a offert. Il décide de le garder, de l'appeler par le nom de sa race et commence son éducation. 
« J’avais remarqué que Dingo apprenait très facilement, sans le moindre effort, tout ce qu’il jugeait devoir lui être agréable et utile dans la vie. Pareil en ceci aux cancres, aux délicieux cancres de collège, tout ce qui lui déplaisait, c’est-à-dire tout ce qui ne correspondait pas à sa sensibilité, à sa mentalité de chien – Dieu sait que ce n’était pas rare ! –, aucune force humaine, ni la sévérité, ni la ruse, n’était capable de le lui faire accepter. Vous ne me croirez pas : il simulait l’incompréhension pour n’avoir point à obéir, et qu’on ne pût vraiment pas lui savoir mauvais gré de ses résistances. Si parfois il affectait de ne pas comprendre, ce n’était pas, à la façon des critiques1, pour en tirer vanité et s’en faire un surcroît de réputation et d’honneur, mais pour qu’on le laissât tranquille, qu’on lui permît de vivre, à l’abri de nos sottises, selon ses goûts, une vie normale, une vie harmonieuse de chien. Comme il avait au fond de l’amour-propre et de la franchise, il ne s’obstinait pas longtemps dans ce rôle d’idiot, qui du reste ne lui seyait pas du tout. »
Octave Mirbeau,Dingo, 1903
1.À la façon des critiques : Octave Mirbeau se moque des critiques littéraires de son époque. 

Extrait 5

Gustave Ganche, un bourgeois fortuné, est amoureux de la belle Agnès Ligneul. Cette dernière est mariée à Camille, un égoïste séducteur, opportuniste et cynique qui la rend malheureuse. Mais Gustave a peu de chance de séduire Agnès à cause d'une particularité physique qui l'accable.
« Mme Ligneul disait : "Il y a quelque chose dans ce nez qui ne va pas." Sous ces cartilages saillants et gonflés, entre les deux yeux vitreux siégeait un coryza1éternel. Il en résultait que Gustave était ridicule. Il y avait un contraste qui faisait rire entre sa gravité de disciple provincial de Napoléon et ce perpétuel catarrhe2qui à chaque instant dérangeait l'ordonnance gourmée3de son long visage pour le faire souffler, râler, éternuer, cracher, renâcler. Voilà qui brisa le César dans l’œuf. »
Pierre Drieu La Rochelle,Rêveuse bourgeoisie, 1937
1.Un coryza : un rhume
2.Un catarrhe : une inflammation des muqueuses nasales provoquant une sécrétion excessive.
3.Gourmé : qui a un air prétentieux.