D’un régime démocratique à un régime autoritaire - Chronologie
11 décembre 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la Deuxième République
2 décembre 1851 : à la suite du refus de l’Assemblée de prolonger son mandat de président, Louis-Napoléon Bonaparte organise un coup d’État ; environ 26 000 personnes sont arrêtées, d’autres s’exilent, comme Victor Hugo.
20-21 décembre 1851 : Louis-Napoléon Bonaparte fait approuver par un plébiscite le coup d’État qui vient de se dérouler (7,5 millions pour ; 646 000 contre).
17 février 1852 : la liberté de la presse est restreinte et encadrée.
1852 : adoption d’une nouvelle constitution qui permet de renforcer le pouvoir personnel de l’empereur et s’inspire très largement de celle de 1799.
Novembre 1852 : le retour à l’Empire est approuvé par un plébiscite avec 7,8 millions de oui.
19 février 1858 : la loi de sûreté générale permet de condamner sans procès toute personne ayant fait l’objet d’une condamnation politique depuis 1848.
Vocabulaire
Coup d’État : prise du pouvoir par la force en dehors de l’État de droit.
Plébiscite : dans la nouvelle constitution adoptée en 1852, l’empereur Napoléon III peut consulter les électeurs sur des sujets précis pour lesquels ils votent par oui ou par non.
Éléments biographiques
Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) connaît à la fin du Premier Empire une période d’exil, initialement en Suisse. Jeune homme au tempérament aventureux, il fréquente un temps les nationalistes italiens puis tente à deux reprises de rétablir l’Empire par la force, en 1836 puis en 1840, ce qui lui vaut d’être condamné à la prison à vie.
Lors de ce séjour en détention, il rédige un ouvrage assez proche des idées socialistes,L’Extinction du paupérisme(1844) (paupérisme = pauvreté), qui explique son succès auprès des classes populaires. Il réussit à s’enfuir de prison, gagne l’Angleterre et rentre en France à l’occasion des événements de 1848.
Jouant sur son patronyme, il se rapproche du parti de l’Ordre qui, comme son nom l’indique, est un parti conservateur. Il se présente alors à la présidence de la République avec un programme populiste qui mêle l’idée d’un retour à l’ordre, d’une lutte contre les inégalités et d’un rétablissement de la grandeur de la France autour d’une figure, la sienne. Si ce programme très alambiqué est dénoncé par ses adversaires, il lui permet de remporter un succès électoral écrasant.
Louis-Napoléon Bonaparte et l’exercice du pouvoir
1. Louis-Napoléon Bonaparte s’adresse à ses électeurs quelques jours avant l’élection présidentielle.
« Pour me rappeler de l’exil, vous m’avez nommé représentant du peuple. À la veille d’élire le premier magistrat de la République, mon nom se présente à vous comme symbole d’ordre et de sécurité.
Ces témoignages d’une confiance si honorable s’adressent, je le sais, bien plus à ce nom qu’à moi-même, qui n’ai rien fait encore pour mon pays ; mais, plus la mémoire de l’empereur me protège et inspire vos suffrages, plus je me sens obligé de vous faire connaître mes sentiments et mes principes. Il ne faut pas qu’il y ait d’équivoque entre vous et moi.
Je ne suis pas un ambitieux qui rêve tantôt l’empire et la guerre, tantôt l’application de théories subversives. Élevé dans des pays libres à l’école du malheur, je resterai toujours fidèle aux devoirs que m’imposeront vos suffrages et les volontés de l’Assemblée.
Si j’étais nommé président, je ne reculerais devant aucun danger, devant aucun sacrifice pour défendre la société si audacieusement attaquée, je me dévouerais tout entier, sans arrière-pensée, à l’affermissement d’une République sage par ses lois, honnête par ses intentions, grande et forte par ses actes.
Je mettrai l’honneur à laisser, au bout de quatre ans, à mon successeur, le pouvoir affermi, la liberté intacte, un progrès réel accompli. [...] »
Louis-Napoléon Bonaparte, Paris, 27 novembre 1848.
2. Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, s’adresse aux députés.
« Tout un système a triomphé par mon élection car le nom de Napoléon est à lui tout seul un programme, il veut dire : à l’intérieur, ordre, autorité, religion et bien-être du peuple ; à l’extérieur, dignité nationale. C’est cette politique que je veux faire triompher, avec l’appui du pays, de l’Assemblée et celui du peuple. »
Louis-Napoléon Bonaparte, message à l’Assemblée législative, 31 octobre 1849.
Les critiques de Victor Hugo
Victor Hugo, exilé, dénonce le coup d’État et l’absence de légitimité du plébiscite
« Ainsi donc, quels que soient vos chiffres, convoqués ou non, extorqués ou non, vrais ou faux, peu importe : ceux qui vivent l’œil fixé sur la justice disent et continueront de dire que le crime est le crime, que le parjure est le parjure, que la trahison est la trahison, que le meurtre est le meurtre, que le sang est le sang, que la boue est la boue, qu’un scélérat est un scélérat et que tel qui croit copier en petit Napoléon copie en grand Lacenaire* ; ils disent cela et ils le répéteront, malgré vos chiffres, attendu que sept millions et cinq cent mille voix ne pèsent rien contre la conscience de l’honnête homme ; attendu que dix millions, que cent millions de voix que l’unanimité du genre humain scrutinant en masse ne comptent pas devant cet atome, devant cette parcelle de Dieu, l’âme du juste : attendu que le suffrage universel, qui a toute souveraineté sur les questions politiques, n’a pas de juridiction sur les questions morales. »
Victor Hugo,Napoléon le Petit, 1852.
* Lacenaire était un escroc et assassin, condamné à mort et guillotiné en 1836.