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PPO - George Sand, une femme de lettres engagée en politique

Aurore Dupin, dite George Sand, naît à Paris en 1804, d’une double ascendance : aristocratique et populaire...

Sommaire

DocumentsÉléments biographiquesLa correspondance de George SandIndianaL’éligibilité des femmesRéflexions sur l’élection de Louis-Napoléon BonaparteLes critiques contre George SandLe rejet de la violence politique
Parcours 1ObjectifQuestionnementRestitution
Parcours 2ObjectifRestitution

Documents

Éléments biographiques

Aurore Dupin, dite George Sand, naît à Paris en 1804, d’une double ascendance : aristocratique et populaire. Élevée entre ces deux mondes, elle est marquée par la disparition précoce de son père. Élevée au château de Nohant, dans l’Indre, qui est une propriété familiale, elle reçoit une éducation soignée. Elle devient une femme de lettres à partir de 1832, et marque ses contemporains par sa modernité : elle prend un pseudonyme masculin, n’hésite pas à porter des tenues masculines, vit séparée de son mari et assume une vie sentimentale tumultueuse. Son œuvre comme romancière lui assure son indépendance financière.
Elle fréquente de nombreux artistes qu’elle reçoit régulièrement à Nohant tels que le peintre Eugène Delacroix, le poète Alfred de Musset, le compositeur et pianiste Frédéric Chopin. 
Elle assume aussi le fait d’avoir des idées féministes et socialistes ; elle est du reste très proche de certains hommes politiques de premier plan comme Louis Blanc ou Ledru-Rollin. 
Dès l’annonce de la Révolution de février 1848, elle se rend à Paris, fréquente les membres du gouvernement provisoire (elle rédige d’ailleurs certainsBulletins de la République) et les clubs politiques et écrit dans de nombreux journaux, notammentLaCause du Peuple. 
Opposée à l’évolution conservatrice du régime, elle n’hésite pas à prendre des positions fermes à l’occasion des journées de juin 1848, ou lors de l’élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la République. Elle se retire peu de temps après de la vie politique, mais poursuit une très riche carrière de romancière jusqu’à sa mort en 1876.

La correspondance de George Sand

« Vive la République ! Quel rêve, quel enthousiasme et en même temps, quelle tenue, quel ordre dans Paris ! J’en arrive, j’y ai couru, j’ai vu s’ouvrir les dernières barricades sous mes pieds. [...] La République est conquise, elle est assurée, nous y périrons tous plutôt que de la lâcher. [...] D’un bout à l’autre de la France, il faut que chacun aide la République et la sauve de ses ennemis. Le désir, le principe, le vœu fervent des membres du gouvernement provisoire est qu’on envoie à l’Assemblée nationale des hommes qui représentent le peuple et dont plusieurs le plus possible sortent de son sein. Ainsi, mon ami, vos amis doivent y songer et tourner leurs yeux vers la députation. »
Correspondance de George Sand à un poète ouvrier, Carles Poncy, le 8 mars 1848.

Indiana

« Ceux qui m’ont lu sans prévention comprennent que j’ai écritIndianaavec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la société et dans la famille. »
Préface de 1842 du romanIndianade George Sand, paru en 1832.

L’éligibilité des femmes

Brouillon d’une lettre de George Sand pour répondre aux membres du comité électoral socialiste des démocrates parisiens qui souhaitent que cette dernière se présente aux élections d’avril 1848 à l’Assemblée constituante.
« De George Sand
Aux membres du Comité central
Je ne viens pas vous remercier d’avoir admis mon nom sur une quarantaine de listes au Comité central. […]
Les femmes doivent-elles participer un jour à la vie politique ? Oui, un jour, je le crois avec vous, mais ce jour est-il proche ? Non, je ne le crois pas, et pour que la condition des femmes soit ainsi transformée, il faut que la société soit transformée radicalement. Nous sommes peut-être déjà d’accord sur ces deux points.
Mais il s’en présente un troisième. Quelques femmes ont soulevé cette question : pour que la société soit transformée, ne faut-il pas que la femme intervienne politiquement dès aujourd’hui dans les affaires publiques ? J’ose répondre qu’il ne le faut pas, parce que les conditions sociales sont telles que les femmes ne pourraient pas remplir honorablement et loyalement un mandat politique. La femme étant sous la tutelle et dans la dépendance de l’homme par le mariage, il est absolument impossible qu’elle présente des garanties d’indépendance politique, à moins de briser individuellement et au mépris des lois et des mœurs cette tutelle que les mœurs et les lois consacrent. Il me paraît donc insensé, j’en demande pardon aux personnes de mon sexe qui ont cru devoir procéder ainsi, de commencer par où l’on doit finir, pour finir apparemment par où l’on eût dû commencer. […] »
George Sand, « Aux membres du comité central », avril 1848.

Réflexions sur l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte

« Qu’est-ce que prouve cette énorme majorité de suffrages en faveur de celui de tous les partis qui représente le moins la République ? Au premier abord, la réponse semble devoir être celle-ci : la majorité des Français n’est pas républicaine ; et sans aucun doute le parti de la réaction va se prévaloir de cette considération. Eh bien la réaction se trompera quant au fond de la question : le peuple est républicain quand même, et il ne sera pas si facile de lui enlever sa souveraineté.
[...] Dans peu de temps, le peuple sera socialiste et politique, et il faudra bien que la République soit à son tour l’un et l’autre. »
George Sand, « À propos de l’élection de Louis Bonaparte à la présidence de la République »,La Réforme, 22 décembre 1848.

Les critiques contre George Sand

« Sur George Sand  [...]
Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde. Elle a, dans les idées morales, la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues. Ce qu’elle dit de sa mère. Ce qu’elle dit de la poésie. Son amour pour les ouvriers. Que quelques hommes aient pu s’amouracher de cette latrine, c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle. […] »
Charles Baudelaire,Moncœur mis à nu,recueil de textes publiés à tire posthume en 1871.

Le rejet de la violence politique

« C’est à la suite des journée néfastes de juin 1848, que troublée et navrée, jusqu’au fond de l’âme, par les orages extérieurs, je m’efforçai de retrouver dans la solitude, sinon le calme au moins la foi. Si je faisais profession d’être philosophe je pourrais prétendre que la foi aux idées entraîne le calme de l’esprit en présence de faits désastreux de l’histoire contemporaine : mais il n’en est point ainsi pour moi, et j’avoue humblement que la certitude d’un avenir providentiel ne saurait fermer l’accès, dans une âme d’artiste, à la douleur de traverser un présent obscurci et déchiré par la guerre civile. »
George Sand, préface àLa Petite Fadette, 1851.

Parcours 1

Objectif

Votre objectif est d’identifier et d’analyser les engagements de Georges Sand au service de son idéal républicain, puis de comprendre comment les oppositions auxquelles se heurte George Sand sont révélatrices des faiblesses de la Deuxième République.

Questionnement

Les engagements de Georges Sand
1.Comment George Sand voit-elle la République naissante ? Que pouvez-vous en déduire sur ses convictions politiques ?
2.Que préconise-t-elle pour les élections à venir ? Pourquoi ?
3.Comment s’engage-t-elle en faveur de la République ? Donnez des exemples concrets.
4.Quels sont les autres engagements de George Sand ? Justifiez votre réponse en citant la préface de son romanIndiana.
Les oppositions auxquelles elle se heurte
1.Après avoir lu les réflexions de George Sand sur l’éligibilité des femmes, précisez sa position : est-elle favorable ou hostile à leur éligibilité ? Pourquoi ? Cette analyse vous semble-t-elle pertinente ? Justifiez.
2.Après avoir lu le texte de Baudelaire, expliquez ce que certains de ses contemporains reprochent à George Sand. À votre avis, quelles réactions ce type de discours antiféministe a-t-il suscité chez Georges Sand ?
3.Comment la préface du romanLa Petite Fadetterend-elle compte de la violence politique qui traverse la société française en juin 1848 ? Que provoque celle violence chez George Sand ?
4.Quelle analyse George Sand donne-t-elle de l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte ? La dernière phrase de son analyse est-elle pertinente ? Justifiez.
5. Vos réponses aux questions 2 et 3 trouvent-elles un écho dans certaines situations d’actualité ?

Restitution

En binôme, à l’oral et sans notes, caractérisez en trois mots (trois adjectifs) le rapport de George Sand à la vie politique. Comparez votre proposition avec celle de votre binôme.

Parcours 2

Objectif

Votre objectif est d’analyser des documents et de présenter l’engagement de George Sand sous la forme d’un paragraphe structuré.

Restitution

Prenez connaissance des documents puis présentez l’engagement de George Sand en 1848en répondant à la question suivante : « Pourquoi l’engagement de George Sand est-il emblématique de la force mais aussi des limites de l’expérience démocratique et républicaine de 1848 ? »
Pour répondre à cette question, rédigez un texte structuré :
  • en définissant dans l’introduction le terme d’engagement et en présentant brièvement la vie et la carrière de George Sand jusqu’en 1848 ;
  • en suivant ensuite le plan en deux parties indiqué dans l’intitulé du sujet ;
  • en concluant enfin d’une ou de deux phrases sur ce qui vous semble majeur dans la figure de George Sand.
Cherchez dans votre environnement proche un lieu public (rue, établissement scolaire, bibliothèque) qui porte le nom de George Sand. Une plaque explique-t-elle pourquoi son nom a été donné ? Si ce n’est pas le cas, reprenez votre conclusion et reformulez-la afin qu’elle devienne le texte d’une telle plaque.