Le sel fait l'objet d'un monopole royal. Il est entreposé dans des greniers à sel, où la population l'achète taxé et au détail. La gabelle représente, à l'époque moderne, environ 6 % des revenus royaux. Le sel a été longtemps le seul moyen de conserver les aliments et était donc une denrée de première nécessité. Il constituait également un élément nutritif indispensable pour le bétail.
La perception de la gabelle n'est pas uniforme. L'ordonnance du mois de mai 1680, sur le fait des gabelles, entérine la division du royaume en six ensembles obéissant à des règles différentes : les pays de grande gabelle, de petite gabelle, de salines, rédimés, de quart-bouillon et de franc-salé.
Comme pour beaucoup de taxes et d'impôts royaux, la gabelle est souvent "affermée", c'est-à-dire confiée à des intermédiaires (les fermiers) qui avancent son produit au roi ; à charge pour eux de recouvrer les sommes dues par la population. Colbert confie le recouvrement de l'impôt sur le sel, affermé depuis 1678, à une compagnie de traitants : la ferme ou gabelle, souvent aussi intitulée ferme du roi. Il crée un seul et unique établissement financier en remplaçant les greniers à sel.
Dans chaque province, des fermiers généraux, dirigeant les gabelous (employés contrôleurs), administrent leur circonscription. Pour tirer le maximum de profit, la ferme multiplie les visites domiciliaires et utilise tous les moyens pour parvenir à ses fins.
Coup de pouce pour la consigne générale
Votre propos doit s'intéresser en introduction aux causes de la révolte : le passage d'un régime d'imposition favorable sur le sel, le quart-bouillon, à celui de grande gabelle avec le coût supplémentaire pour les populations qui en découle et les risques d'abus qu'il peut entraîner.
La première singularité de la mobilisation concerne les usages de l'écrit et l'appropriation des formes officielles de communication de la monarchie. Comme l'indique Brice Evain, "dire la révolte est un moyen de l'accomplir". Il s'agit donc de caractériser les effets performatifs des documents produits à l'occasion de l'action des va-nu-pieds. Ceci rejoint la question des répertoires d'action collective de Charles Tilly, c'est-à-dire des moyens mis en œuvre par les groupes sociaux en fonction des ressources qu'ils détiennent pour faire entendre leurs revendications.
Le deuxième point attendu concerne les acteurs mobilisés, situés à différents niveaux de la hiérarchie sociale, permettant de comprendre la diffusion, la durée et l'ampleur de la révolte ; paysans, nobles, clergé et bourgeois s'engagent ensemble dans un mouvement d'opposition, en partie pour des raisons différentes.
Il s'agit enfin de s'attacher aux résultats de l'action : si la répression est d'une rare violence, il n'en reste pas moins que les acteurs obtiennent gain de cause et conservent le régime de quart-bouillon. Ceci atteste d'une forme de prise en compte des enjeux locaux et d'une manière de diriger qui nuance la monarchie "absolue".
La conclusion peut s'intéresser au fait que la révolte ne remet pas directement en cause la structure de la société d'ordres, bien qu'elle constitue une "revendication de dignité différente mais égale à celle des classes dirigeantes" (Brice Evain).