DansLa Distinction, Pierre Bourdieu s’interroge sur les causes des préférences esthétiques (qu'est-ce qui se "cache" derrière l'affirmation "c'est beau" face à une peinture ?). Il étudie ce qui les détermine, c’est-à-dire en premier lieu "le capital culturel" (niveau d’instruction, diplôme, nombre d'années d'études) et, en second lieu, "le capital économique" (la situation sociale).
Puis il distingue à l’intérieur de chaque classe des manières de se comporter singulières, que l’on retrouve dans chaque domaine et qui permettent d’établir un "système" des styles de vie. L'exemple de la promenade permet de saisir comment cette pratique est ajustée aux attentes du groupe social de la noblesse : à l'instar de laSociété de courétudiée par Norbert Elias, il s'agit de voir et d'être vu en certains lieux afin de se situer dans l'espace social de la noblesse.
Mais cette "stratégie de distinction" peut être reproduite, copiée, par des acteurs situés ailleurs dans la hiérarchie sociale, dans d'autres lieux et pour d'autres usages. La pratique de la promenade, comme d'autres pratiques venues des classes sociales supérieures (consommation de certains produits, vêtements), peut connaître une diffusion verticale vers la bourgeoisie ou les classes populaires.
Coup de pouce pour la consigne générale
Il s'agit de montrer en quoi Paris, du fait de sa richesse et des opportunités qu'elle offre, met au contact toutes les catégories sociales de la France du XVIIIe siècle. La capitale est en effet un lieu où se côtoient riches et pauvres, mais aussi anciennes et nouvelles hiérarchies. Il convient donc de se montrer attentif à la diversité des contacts qui se nouent.
La rue et le théâtre sont des lieux dans lesquels le peuple de Paris se côtoie, non sans conflictualité, qu'elle porte sur la circulation ou sur l'occupation de l'espace (avec la question des commerces illégaux face aux commerces établis). Les contacts entraînent aussi une diffusion verticale de certaines pratiques, comme la promenade : largement utilisée par ceux qui ont besoin de voir et d'être vus, la promenade a été réappropriée dans des lieux différents et pour des usages divers par les autres catégories sociales.
La précarité augmentant au cours du XVIIIe siècle, les inégalités croissent dans la capitale, renforçant la nécessité pour le pouvoir de surveiller davantage certains quartiers ou groupes sociaux ; ceux-ci étant de plus en plus perçus au travers du potentiel "révolutionnaire" qui leur est attribué.
Paris se transforme au XVIIIe siècle, s'ajustant progressivement aux besoins des classes sociales dominantes et constituant une première étape de la gentrification de la capitale.