Gisèle Halimi et le procès de Bobigny
En 1972, Marie-Claire et sa mère sont poursuivies en justice. Cette fille de 16 ans a avorté, et sa mère l'y a aidé. Elles font appel à Gisèle Halimi pour assurer leur défense. L'avocate plaide en faveur des deux femmes, mais aussi pour le droit à l’avortement. Gisèle Halimi convoque lors du procès de Bobigny des témoins de renom, notamment le professeur de médecine Paul Milliez, un fervent catholique et père de six enfants. Au terme du procès, Marie-Claire est acquittée, sa mère est condamnée, mais dispensée de peine.
Simone Veil défend le projet de loi sur l'avortement
Mais ? me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?¹
Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales², c'est bien qu'ils s'y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu'ils ne peuvent méconnaître.5 Parce qu'en face d'une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu'en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l'argent, si elle sait s'informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse.10 Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.
C'est à ce désordre qu'il faut mettre fin. C'est cette injustice qu'il convient de faire cesser.
Simone Veil,Discours à l’Assemblée nationale, 26 novembre 1974
¹ Les lois de 1920 puis 1923 punissent sévèrement l’avortement ainsi que les discours en sa faveur.
² Dans le contexte de revendications féministes, de nombreux médecins, personnels sociaux ou citoyennes affirment publiquement avoir pratiqué l’avortement.
Interventions de députés opposés à l'avortement à l'Assemblée nationale
Intervention de Jean Foyer, député UDR (gaulliste)
Pour ma part – et l’Assemblée m’excusera de me placer sur le terrain juridique – j'estime qu'en la matière notre décision n'est pas entière et que le débat ne se présente plus dans les mêmes termes qu’il y a un an… L’an dernier, le Parlement a voté une loi autorisant la ratification de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. [...] 5 Or cette convention dispose dans le paragraphe premier de son article 2 : « Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi », toute personne, c'est assurément l'enfant né, mais aussi l'enfant simplement conçu en vertu d'un adage vieux comme le droit [...]. En vertu d’un ordre juridique supérieur à l’ordre juridique interne, le droit à la vie de l’enfant simplement conçu prime le droit de la femme de lui donner la mort. [...]
Jean Foyer,Compte rendu de séance de l'Assemblée nationale, Journal officiel, 26 novembre 1974
Intervention d'Albert Liogier, député UDR (gaulliste)
10 Le gouvernement, sans qu'il s'en rende compte, emboîte le pas aux partisans de la liberté des mœurs et à ceux qui ne cherchent qu’à attiser les plus basses passions, qu’à réveiller la bête qui sommeille en chaque individu, ils exigent à corps et à cris la liberté totale de l'avortement intégralement remboursé par la sécurité sociale, on connaît mes chers collègues les manifestations publiques au cours desquelles des femmes ou plutôt des viragos car elles ne méritent pas le nom de femme étaient prêtes à donner le triste spectacle de leur propre avortement.15[...] En France pour l’instant, c’est Satan qui conduit le bal. Et pour Satan, contraception et avortement ne sont que les deux chapitres du grand et même livre de la sexualité. [...]
Albert Liogier,Compte rendu de séance de l'Assemblée nationale, Journal officiel, 26 novembre 1974, Assemblée nationale