Michel Sardou chante « Je suis pour » en 1976
La chanson « Je suis pour » de Michel Sardou paraît en 1976 dans le contexte de l'affaire Patrick Henry. Elle adopte le point de vue d'un père dont l'enfant a été assassiné qui réclame justice et vengeance. La chanson fait polémique en étant considérée comme un plaidoyer en faveur de la peine de mort.
5 « Tu as volé mon enfant
Versé le sang de mon sang
Aucun Dieu ne m'apaisera
J'aurai ta peau
Tu périras
10 Tu m'as retiré du cœur
Et la pitié et la peur
Tu n'as plus besoin d'avocat
J'aurai ta peau
Tu périras
15 Tu as tué l'enfant d'un amour
Je veux ta mort
Je suis pour
Les bons jurés qui s'accommodent
Des règles prévues par le code
20 Ne pourront jamais t'écouter
Pas même un christ à tes côtés
Les philosophes, les imbéciles
Parc'que ton père était débile
Te pardonneront mais pas moi
25 J'aurai ta tête en haut d'un mât
[...] »
Michel Sardou et Jacques Revaux,Je suis pour,1976
Robert Badinter sur l'abolition de la peine de mort
En vérité, la question de la peine de mort est simple pour qui veut l'analyser avec lucidité. Elle ne se pose pas en termes de dissuasion, ni même de technique répressive, mais en termes de choix politique ou de choix moral.
5 Je l'ai déjà dit, mais je le répète volontiers au regard du grand silence antérieur : le seul résultat auquel ont conduit toutes les recherches menées par les criminologues est la constatation de l'absence de lien entre la peine de mort et l'évolution de la criminalité sanglante […]. C'est seulement pour la peine de mort qu'on invente l'idée que la peur de la mort retient l'homme dans ses passions extrêmes. Ce n'est pas exact. […]
10 La question ne se pose pas, et nous le savons tous, en termes de dissuasion ou de technique répressive, mais en termes politiques et surtout de choix moral. […] Les choses sont claires. Dans la majorité écrasante des démocraties occidentales, en Europe particulièrement, dans tous les pays où la liberté est inscrite dans les institutions et respectée dans la pratique, la peine de mort a disparu. […] La vraie signification politique de la peine de mort, c'est bien qu'elle procède de l'idée que l’État a le droit de disposer du citoyen jusqu'à lui retirer la vie. C'est par là que la peine de mort s'inscrit dans les systèmes totalitaires. […]
15 À cette considération de fait, il faut ajouter une donnée morale : utiliser contre les terroristes la peine de mort, c'est, pour une démocratie, faire siennes les valeurs de ces derniers. Quand, après l'avoir arrêté, après lui avoir extorqué des correspondances terribles, les terroristes, au terme d'une parodie dégradante de justice, exécutent celui qu'ils ont enlevé, non seulement ils commettent un crime odieux, mais ils tendent à la démocratie le piège le plus insidieux, celui d'une violence meurtrière qui, en forçant cette démocratie à recourir à la peine de mort, pourrait leur permettre de lui donner, par une sorte d'inversion des valeurs, le visage sanglant qui est le leur. […]
20 Et je ne parle pas seulement de l'erreur judiciaire absolue, quand, après une exécution, il se révèle, comme cela peut encore arriver, que le condamné à mort était innocent et qu'une société entière – c'est-à-dire nous tous – au nom de laquelle le verdict a été rendu, devient ainsi collectivement coupable puisque sa justice rend possible l'injustice suprême […].
25 Le choix qui s'offre à vos consciences est donc clair : ou notre société refuse une justice qui tue et accepte d'assumer, au nom de ses valeurs fondamentales – celles qui l'ont faite grande et respectée entre toutes – la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c'est le choix de l'abolition.
Robert Badinter,Discours de M. Robert Badinter, ministre de la justice, sur l'abolition de la peine de mort,à l'Assemblée nationale le 17 septembre 1981, Collection des discours publics, Actualité de Paris, Journal officiel, 1981, Assemblée nationale