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Éduquer n'est pas dresser

Pour obéir aux lois, il faut y être éduqué. C'est le rôle du maître d'école. Il est le "tuteur" (comme...

Sommaire

Le rôle du maîtreVertu et démocratie, Montesquieu - Extrait et questionsÉducation, démocratie, RépubliqueLoi et République, Montesquieu - Extrait et questions
La mécanique de la discipline du corps : se conformer devient du conformismeL'Encyclopédie, article "Politesse", DiderotManuel de gymnastique à l'usage des écoles primaires et secondaires de filles - Document et questionsÉcole culinaire pour jeunes filles,1932 - Document et questionsDes garçons et des filles, "L’âge de raison" - Extrait vidéo et questionsLa fillette bien élevée, enfant se rongeant les ongles - Document et questions
Dresser n'est pas éduquer - Exercice
La différence entre l'homme et l'animal, Rousseau - Extrait
Être et avoir - Extrait vidéo et questions

Le rôle du maître

Pour obéir aux lois, il faut y être éduqué. C'est le rôle du maître d'école. Il est le "tuteur" (comme "instituteur")  qui, en marchant tel le pédagogue aux côtés de l'élève, en le brusquant parfois, l'amène au savoir.
Mais là aussi, comme pour le tyran, des masques cachent et dérobent au regard le sens de cette éducation. Et le risque est grand de confondre le bon maître et son simulacre.

Vertu et démocratie, Montesquieu - Extrait et questions

Texte
"Il ne faut pas beaucoup de probité pour qu’un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintienne ou se soutienne. La force des lois dans l’un, le bras du prince toujours levé dans l’autre, règlent ou contiennent tout. Mais, dans un État populaire, il faut un ressort de plus qui est la vertu.
Ce que je dis est confirmé par le corps entier de l’histoire, et est très conforme à la nature des choses. Car il est clair que dans une monarchie, où celui qui fait exécuter les lois se juge au-dessus des lois, on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire où celui qui fait exécuter les lois sent qu’il y est soumis lui-même, et qu’il en portera le poids.
Il est clair encore que le monarque qui, par mauvais conseil ou par négligence, cesse de faire exécuter les lois, peut aisément réparer le mal : il n’a qu’à changer de Conseil, ou se corriger de cette négligence même. Mais lorsque, dans un gouvernement populaire, les lois ont cessé d’être exécutées, comme cela ne peut venir que de la corruption de la république, l’État est déjà perdu.
Ce fut un assez beau spectacle, dans le siècle passé, de voir les efforts impuissants des Anglais pour établir parmi eux la démocratie. Comme ceux qui avaient part aux affaires n’avaient point de vertu, que leur ambition était irritée par le succès de celui qui avait le plus osé, que l’esprit d’une faction n’était réprimé que par l’esprit d’une autre, le gouvernement changeait sans cesse ; le peuple étonné cherchait la démocratie et ne la trouvait nulle part. Enfin, après bien des mouvements, des chocs et des secousses, il fallut se reposer dans le gouvernement même qu’on avait proscrit.
Quand Sylla voulut rendre à Rome la liberté, elle ne put plus la recevoir ; elle n’avait plus qu’un faible reste de vertu, et, comme elle en eut toujours moins, au lieu de se réveiller après César, Tibère, Caïus, Claude, Néron, Domitien, elle fut toujours plus esclave ; tous les coups portèrent sur les tyrans, aucun sur la tyrannie.
Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d’autre force qui pût les soutenir que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe même.
Lorsque cette vertu cesse, l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l’avarice entre dans tous. Les désirs changent d’objets : ce qu’on aimait, on ne l’aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles ; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l’appelle rigueur ; ce qui était règle, on l’appelle gêne ; ce qui était attention, on l’appelle crainte. C’est la frugalité qui y est l’avarice, et non pas le désir d’avoir. Autrefois, le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais pour lors, le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille ; et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous."
Montesquieu,Du principe de la démocratie, III, 3
Questions de compréhension 
1. Pourquoi éduquer le peuple à la vertu dans un gouvernement démocratique ?
2. Quel est l'intérêt qui guide spontanément le peuple ?
3. Qu'attend-on de celui qui a été éduqué ? Doit-il obéir passivement ? 
4. Explique qu'obéir, pour le peuple, c'est être en mesure de penser et comprendre les raisons de nos choix.
Rédaction
Quelle différence y-a-t-il entre la monarchie et le despotisme ?

Éducation, démocratie, République

La démocratie doit éduquer, mais il ne s'agit pas de la même éducation que celle du gouvernement républicain.
Si l'amour des lois est un impératif de la République, Montesquieu fait un usage de l'étymologie du mot "patrie" qui donne au père le devoir de former ses enfants à cette exigence. Un paternalisme que ne peut concevoir l'éducation démocrate.

Loi et République, Montesquieu - Extrait et questions

Texte
"C'est dans le gouvernement républicain que l'on a besoin de toute la puissance de l'éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d'elle-même parmi les menaces et les châtiments ; l'honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise à son tour : mais la vertu politique est un renoncement à soi-même, qui est toujours une chose très pénible.
On peut définir cette vertu, l'amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l'intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.
Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or, le gouvernement est comme toutes les choses du monde : pour le conserver, il faut l'aimer.
On n'a jamais ouï dire que les rois n'aimassent pas la monarchie, et que les despotes haïssent le despotisme.
Tout dépend donc d'établir dans la république cet amour ; et c'est à l'inspirer que l'éducation doit être attentive. Mais, pour que les enfants puissent l'avoir, il y a un moyen sûr : c'est que les pères l'aient eux-mêmes.
On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances ; on l'est encore plus de leur donner ses passions. Si cela n'arrive pas, c'est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors.
Ce n'est point le peuple naissant qui dégénère ; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus."
Montesquieu, De l'éducation dans le gouvernement républicain, IV, 5
Questions
1. Dans ce texte de Montesquieu, l'éducation de la réflexion n'est pas au cœur du propos. Pourquoi ?
2. Explique : Inspirer l'amour des lois est différent de les passer au crible de la réflexion.

La mécanique de la discipline du corps : se conformer devient du conformisme

L'Encyclopédie, article "Politesse", Diderot

POLITESSE, s. f. (Morale.) Pour découvrir l’origine de la politesse, il faudroit la savoir bien définir, & ce n’est pas une chose aisée. On la confond presque toujours avec la civilité & la flatterie, dont la première est bonne, mais moins excellente & moins rare que la politesse, & la seconde mauvaise & insupportable, lorsque cette même politesse ne lui prête pas ses agrémens. Tout le monde est capable d’apprendre la civilité, qui ne consiste qu’en certains termes & certaines cérémonies arbitraires, sujettes, comme le langage, aux pays & aux modes ; mais la politesse ne s’apprend point sans une disposition naturelle, qui à la vérité a besoin d’être perfectionnée par l’instruction & par l’usage du monde. Elle est de tous les tems & de tous les pays ; & ce qu’elle emprunte d’eux lui est si peu essentiel, qu’elle se fait sentir au-travers du style ancien & des coutumes les plus étrangères. La flatterie n’est pas moins naturelle ni moins indépendante des tems & des lieux, puisque les passions qui la produisent ont toujours été & seront toujours dans le monde. Il semble que les conditions élevées devroient garantir de cette bassesse ; mais il se trouve des flatteurs dans tous les états, quand l’esprit & l’usage du monde enseignent à déguiser ce défaut sous le masque de la politesse, en se rendant agréable, il devient plus pernicieux ; mais toutes les fois qu’il se montre à découvert, il inspire le mépris & le dégoût, souvent même aux personnes en faveur desquelles il est employé : il est donc autre chose que la politesse, qui plaît toujours & qui est toujours estimée. En effet, on juge de sa nature par le terme dont on se sert pour l’exprimer, on n’y découvre rien que d’innocent & de louable. Polir un ouvrage dans le langage des artisans, c’est en ôter ce qu’il y a de rude & d’ingrat, y mettre le lustre & la douceur dont la matière qui le compose se trouve susceptible, en un mot le finir & le perfectionner. Si l’on donne à cette expression un sens spirituel, on trouve de même que ce qu’elle renferme est bon & louable. Un discours, un sens poli, des manières & des conversations polies, cela ne signifie-t-il pas que ces choses sont exemptes de l’enflure, de la rudesse, & des autres défauts contraires au bon sens & à la société civile, & qu’elles sont revêtues de la douceur, de la modestie, & de la justice que l’esprit cherche, & dont la société a besoin pour être paisible & agréable ? Tous ces effets renfermés dans de justes bornes, ne sont-ils pas bons, & ne conduisent-ils pas à conclure que la cause qui les produit ne peut aussi être qui bonne ? Je ne sai si je la connois bien, mais il me semble qu’elle est dans l’âme une inclination douce & bienfaisante, qui rend l’esprit attentif, & lui fait découvrir avec délicatesse tout ce qui a rapport avec cette inclination, tant pour le sentir dans ce qui est hors de soi, que pour le produire soi-même suivant sa portée ; parce qu’il me paroît que la politesse, aussi bien que le goût, dépend de l’esprit plutôt que de son étendue ; & que comme il y a des esprits médiocres, qui ont le goût très-sûr dans tout ce qu’ils sont capables de connoître, & d’autres très-élevés, qui l’ont mauvais ou incertain, il se trouve de même des esprits de la première classe dépourvus de politesse, & de communs qui en ont beaucoup. On ne finiroit point si on examinoit en détail combien ce défaut de politesse se fait sentir, & combien, s’il est permis de parler ainsi, elle embellit tout ce qu’elle touche. Quelle attention ne faut-il pas avoir pour pénétrer les bonnes choses sous une enveloppe grossiere & mal polie ? Combien de gens d’un mérite solide, combien d’écrits & de discours bons & savans qui sont fuis & rejettés, & dont le mérite ne se découvre qu’avec travail par un petit nombre de personnes, parce que cette aimable politesse leur manque ? Et au contraire qu’est-ce que cette même politesse ne fait pas valoir ? Un geste, une parole, le silence même, enfin les moindres choses guidées par elle, sont toujours accompagnées de graces, & deviennent souvent considérables. En effet, sans parler du reste, de quel usage n’est pas quelquefois ce silence poli, dans les conversations même les plus vives ? c’est lui qui arrête les railleries précisément au terme qu’elles ne pourroient passer sans devenir piquantes, & qui donne aussi des bornes aux discours qui montreroient plus d’esprit que les gens avec qui on parle n’en veulent trouver dans les autres. Ce même silence ne supprime-t-il pas aussi fort à propos plusieurs réponses spirituelles, lorsqu’elles peuvent devenir ridicules ou dangereuses, soit en prolongeant trop les complimens, soit en évitant quelques disputes ? Ce dernier usage de la politesse la releve infiniment, puisqu’il contribue à entretenir la paix, & que par-là il devient, si on l’ose dire, une espece de préparation à la charité. Il est encore bien glorieux à la politesse d’être souvent employée dans les écrits & dans les discours de morale, ceux mêmes de la morale chrétienne, comme un véhicule qui diminue en quelque sorte la pesanteur & l’austérité des préceptes & des corrections les plus séveres. J’avoue que cette même politesse étant profanée & corrompue, devient souvent un des plus dangereux instrumens de l’amour-propre mal reglé ; mais en convenant qu’elle est corrompue par quelque chose d’étranger, on prouve, ce me semble, que de sa nature elle est pure & innocente.
Il ne m’appartient pas de décider, mais je ne puis m’empêcher de croire que la politesse tire son origine de la vertu, qu’en se renfermant dans l’usage qui lui est propre, elle demeure vertueuse ; & que lorsqu’elle sert au vice, elle éprouve le sort des meilleures choses dont les hommes vicieux corrompent l’usage. La beauté, l’esprit, le savoir, toutes les créatures en un mot, ne sont-elles pas souvent employées au mal, & perdent elles pour cela leur bonté naturelle ? Tous les abus qui naissent de la politesse n’empêchent pas qu’elle ne soit essentiellement un bien, tant dans son origine que dans les effets, lorsque rien de mauvais n’en altere la simplicité.
Il me semble encore que la politesse s’exerce plus fréquemment avec les hommes en général, avec les indifférens, qu’avec les amis, dans la maison d’un étranger que dans la sienne, sur-tout lorsqu’on y est en famille, avec son pere, sa mere, sa femme, ses enfans. On n’est pas poli avec sa maîtresse ; on est tendre, passionné, galant. La politesse n’a guere lieu avec son pere, avec sa femme ; on doit à ces êtres d’autres sentimens. Les sentimens vifs, qui marquent l’intimité, les liens du sang, laissent donc peu de circonstances à la politesse. C’est une qualité peu connue du sauvage. Elle n’a guere lieu au fond des forêts, entre des hommes & des femmes nuds, & tout entiers à la poursuite de leurs besoins ; & chez les peuples polices, elle n’est souvent que la démonstration extérieure d’une bienfaisance qui n’est pas dans le cœur."
L’Encyclopédie, 1re édition, "Politesse", D’Alembert, Diderot, 1751, tome 12, p. 916-917

Manuel de gymnastique à l'usage des écoles primaires et secondaires de filles - Document et questions

L’éducation physique est rendue obligatoire pour les garçons à l’école primaire dès 1880 dans un but de préparation militaire. Le décret ne s’applique pas aux écoles de filles, qui bénéficient rarement de cours de gymnastique, faute d’enseignantes formées. Quand c’est le cas, les exercices restent modérés et esthétiques. Dans un esprit de revanche après la défaite de 1870, la plupart des maîtres de gymnastique sont des militaires. Le manuel de gymnastique présenté ici propose des exercices spécifiques destinés aux jeunes filles. Mais on y décèle encore l’influence des pratiques militaires dans la nature des premiers exercices. Les programmes destinés aux filles sont adaptés et excluent les exercices jugés trop violents.
Questions
1. Que donne à comprendre ce traité d'éducation de jeunes filles ?
2. En quoi montre-t-il la relativité des règles ?

École culinaire pour jeunes filles,1932 - Document et questions

Ce cliché d’élèves de l’enseignement professionnel fait partie du riche fonds de photographies de presse vendu par l’agence Mondial en 1961 à la Bibliothèque nationale.
Sur ce cliché, manifestement mis en scène, des jeunes filles, en tablier et bonnet blancs de cuisine, entourent deux de leurs camarades qui mettent la touche finale à leur gâteau. L’une de leurs productions est une mariée en robe blanche évasée. Tout dans cette image rappelle la place traditionnellement accordé à la jeune fille à l’époque et les objectifs de son éducation : blanc virginal, savoir-faire ménager et attente du mariage.
Questions
1. Que donne à comprendre ce cliché ?
2. En quoi montre-t-il la relativité des règles ?

Des garçons et des filles, "L’âge de raison" - Extrait vidéo et questions

Michel Adenis (réalisateur) et Pierre-Louis Gauthier (Auteur) tournent en 1966 un documentaire sur des collégiens de Chatillon pour l’Institut pédagogique national.
Les jeunes adolescents, interviewés dans des classes distinctes, classe de garçons et classe de filles, abordent différents sujets de société. La deuxième émission s’ouvre sur le thème de la mixité, dont l’idée semble déplaire aussi bien aux garçons qu’aux filles, même s’ils se retrouvent pour dire que pour le travail, cela ne changerait rien.
Questions
1. Que donne à comprendre cette émission ?
2. En quoi montre-t-elle la relativité des règles ?

La fillette bien élevée, enfant se rongeant les ongles - Document et questions

La fillette bien élevée : livre de lecture à l’usage des écoles de fille, Louise Sagnier, Paris, A. Colin, 1896, Enfant se rongeant les ongles (p. 25) – BnF – Département Langues, littérature et arts
Morale, règles et convenances, hygiène, entretien du linge et de la maison, soin des enfants, cuisine, couture, économie domestique : tels sont les thèmes abordés dans les manuels scolaires et livres de lecture destinés aux petites filles. L’éducation donnée aux fillettes a pour vocation l’apprentissage des vertus et qualités féminines et de leur futur métier de maîtresse de maison et de mère de famille.
L’ouvrage ouvre sur un éloge de Jules Ferry, bienfaiteur de tous les enfants de France, mais encore plus des petites filles que les familles envoyaient moins facilement à l’école. Le manuel poursuit également un objectif d’égalité sociale en dispensant les bonnes manières aussi bien aux filles d’ouvrier qu’aux filles de la bourgeoisie : « L’éducation efface plus sûrement que l’instruction la distance qui sépare encore l’enfant du peuple de l’enfant de la bourgeoise. » (p.11)
Questions
1. Que donne à comprendre ce traité d'éducation de jeunes filles ?
2. En quoi montre-t-il la relativité des règles ?

Dresser n'est pas éduquer - Exercice

On peut être "bien élevé" et pourtant mal éduqué.
Cherche le sens de ces mots :
- goujat
- grossier
- malpoli.
Cela nous amène à interroger le but de l'éducation : accomplir l'humanité de l'homme. En effet, l'humanité ne se réduit pas à une donnée biologique. C'est une construction de l'éducation.

La différence entre l'homme et l'animal, Rousseau - Extrait

"Je ne vois dans tout animal qu'une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu'à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J'aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine, avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l'homme concourt aux siennes, en qualité d'agent libre. L'un choisit ou rejette par instinct, et l'autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la bête ne peut s'écarter de la règle qui lui est prescrite, même quand il lui serait avantageux de le faire, et que l'homme s'en écarte souvent à son préjudice. C'est ainsi qu'un pigeon mourrait de faim près d'un bassin rempli des meilleures viandes, et un chat sur des tas de fruits, ou de grain, quoique l'un et l'autre pût très bien se nourrir de l'aliment qu'il dédaigne, s'il s'était avisé d'en essayer ; c'est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès, qui leur causent la fièvre et la mort ; parce que l'esprit déprave les sens, et que la volonté parle encore quand la nature se tait.
Tout animal a des idées puisqu'il a des sens, il combine même ces idées jusqu'à un certain point, et l'homme ne diffère de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu'il y a plus de différence de tel à tel homme que de tel homme à telle bête ; ce n'est donc pas tant l'entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l'homme que sa qualité d'agent libre. La nature commande à tout animal et la bête obéit. L'homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d'acquiescer, ou de résister ; et c'est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme : car la physique explique en quelque manière le mécanisme des sens et la formation des idées ; mais dans la puissance de vouloir ou plutôt de choisir, et dans le sentiment de cette puissance on ne trouve que des actes purement spirituels, dont on n'explique rien par les lois de la mécanique."
Rousseau,Discours sur l'origine des inégalités

Être et avoir - Extrait vidéo et questions

Instinct et institution
Être et avoirest un film documentaire français réalisé par Nicolas Philibert. Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en mai 2002 et sorti en France le 28 août 2002, le film suit pendant une année scolaire un instituteur et sa classe unique d'enfants âgés de 4 à 11 ans dans une école communale située à Saint-Étienne-sur-Usson, dans le parc naturel régional Livradois-Forez, en Auvergne.
Questions
1. Construis à partir de ce film le portrait du maître.
2. Tu te demanderas ce qu'est un instituteur : le mot est proche de "tuteur" et d'"institution".
3. Qu'est-ce que que cela t'apprend ? Quelle différence fais-tu entre institution et instinct ?