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Le partage : ce que l'équité veut dire

1. À partir d'exemples, on clarifiera le sens du partage.

Sommaire

Les ambiguïtés de la notion de partageLes sens du mot "partage" - Distinguer et clarifierPartager un gâteau - ExercicePrendre sa part sans partager, Le Père Goriot, Balzac - Extrait et questions
Conditions et limites d'un partage équitableConceptualiser la justice. Bergson - Extrait et questionsDistinguer la justesse de la justice - ExerciceLes raisins de la colère - Exercice
Le partage est-il toujours un bien?Que partage-t-on ? Hérodote - ExtraitQui partage ? L'huître et les plaideurs, Boileau - Extrait et questions

Les ambiguïtés de la notion de partage

Les sens du mot "partage" - Distinguer et clarifier

1. À partir d'exemples, on clarifiera le sens du partage.
Partager un gâteau : c'est le couper en parts. Quelle opération mathématique fait-on ? Quelle est la contrainte pour qu'il ne reste rien ?
Partager les droits de garde d'un enfant à l'issue d'un divorce :  est-ce la même opération que précédemment ? Est-ce que les deux parents ont des droits identiques dans tous les cas ?
On partage de deux façons :
- en divisant arithmétiquement. On ignore les différences entre les individus et on donne à chacun la même part. Se pose ici le problème des indivisibles. On ne peut pas tout diviser en parts identiques.
- en fractionnant géométriquement  : on prend en compte les différences et on distribue à chacun une part égale en fixant des critères de distribution. Certains peuvent se retrouver sans part.
On cherche dans les deux cas à obtenir un partage juste.
"Juste" peut signifier "justesse" ou "justice".
Chercher le sens de "juste" dans le dictionnaire.  Comparer les définitions avec ce qui précède.
2. Que partage-t-on ? Comment partage-t-on ? Qui partage ?
Diviser en parts, en lots, en portions. Partager en (plusieurs choses), à (qqn), entre (des personnes) ; partager un fruit ; partager le butin, le gibier. Ex : Il se calma à la pensée du gâteau des rois, qu'il partagea avec mystère (Maupassant, Contes et nouvelles, t.1, 1884, p. 477).
Partager quelque chose en. Partager une terre en parcelles. 
Partager quelque chose à. Partager son bien aux pauvres. 
Partager quelque chose entre. Partager sa fortune entre ses enfants. 
3. En quoi consiste la juste distribution, la juste répartition ?
Un partage peut-il être injuste ?
Exemple : l'héritage
Le partage est l'acte qui met fin à l'indivision : Situation dans laquelle deux ou plusieurs personnes sont propriétaires ensemble d'une même chose ou d'un même ensemble de choses (exemples : maison, portefeuille de titres, meubles, bijoux). Chaque héritier reçoit sa part d'héritage et en devient propriétaire de façon individuelle. Le partage des biens peut être réglé de manière amiable ou judiciaire (en cas de mésentente entre les héritiers).

Partager un gâteau - Exercice

Prendre sa part sans partager, Le Père Goriot, Balzac - Extrait et questions

Honoré de Balzac
Texte
"Une rapide fortune est le problème que se proposent de résoudre en ce moment cinquante mille jeunes gens qui se trouvent tous dans votre position. Vous êtes une unité de ce nombre-là. Jugez des efforts que vous avez à faire et de l'acharnement du combat. Il faut vous manger les uns les autres comme des araignées dans un pot, attendu qu'il n'y a pas cinquante mille bonnes places. Savez-vous comment on fait son chemin ici? Par l'éclat du génie ou par l'adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d'hommes comme un boulet de canon, ou s'y glisser comme une peste. L'honnêteté ne sert à rien. L'on plie sous le pouvoir du génie, on le hait, on tâche de le calomnier, parce qu'il prend sans partager; mais on plie s'il persiste; en un mot, on l'adore à genoux quand on n'a pas pu l'enterrer sous la boue. La corruption est en force, le talent est rare. Ainsi, la corruption est l'arme de la médiocrité qui abonde, et vous en sentirez partout la pointe. Vous verrez des femmes dont les maris ont six mille francs d'appointements pour tout potage, et qui dépensent plus de dix mille francs à leur toilette. Vous verrez des employés à douze cents francs acheter des terres. Vous verrez des femmes se prostituer pour aller dans la voiture du fils d'un pair de France, qui peut courir à Longchamp sur la chaussée du milieu. Vous avez vu le pauvre bêta de père Goriot obligé de payer la lettre de change endossée par sa fille, dont le mari a cinquante mille livres de rente. Je vous défie de faire deux pas dans Paris sans rencontrer des manigances infernales. Je parierais ma tête contre un pied de cette salade que vous donnerez dans un guêpier chez la première femme qui vous plaira, fût-elle riche, belle et jeune. Toutes sont bricolées par les lois, en guerre avec leurs maris à propos de tout. Je n'en finirais pas s'il fallait vous expliquer les trafics qui se font pour des amants, pour des chiffons, pour des enfants, pour le ménage ou pour la vanité, rarement par vertu, soyez-en sûr. Aussi l'honnête homme est-il l'ennemi commun. Mais que croyez-vous que soit l'honnête homme? A Paris, l'honnête homme est celui qui se tait, et refuse de partager. Je ne vous parle pas de ces pauvres ilotes qui partout font la besogne sans être jamais récompensés de leurs travaux, et que je nomme la confrérie des savates du bon Dieu. Certes, là est la vertu dans toute la fleur de sa bêtise, mais là est la misère. Je vois d'ici la grimace de ces braves gens si Dieu nous faisait la mauvaise plaisanterie de s'absenter au Jugement dernier. Si donc vous voulez promptement la fortune, il faut être déjà riche ou le paraître. Pour s'enrichir, il s'agit ici de jouer de grands coups; autrement on carotte, et votre serviteur! Si, dans les cent professions que vous pouvez embrasser, il se rencontre dix hommes qui réussissent vite, le public les appelle des voleurs. Tirez vos conclusions. Voilà la vie telle qu'elle est. Ça n'est pas plus beau que la cuisine, ça pue tout autant, et il faut se salir les mains si l'on veut fricoter; sachez seulement vous bien débarbouiller: Là est toute la morale de notre époque. Si je vous parle ainsi du monde, il m'en a donné le droit, je le connais. Croyez-vous que je blâme? Du tout. Il a toujours été ainsi. Les moralistes ne le changeront jamais. L'homme est imparfait. Il est parfois plus ou moins hypocrite, et les niais disent alors qu'il a ou n'a pas de mœurs. Je n'accuse pas les riches en faveur du peuple: l'homme est le même en haut, en bas, au milieu. Il se rencontre par chaque million de ce haut bétail dix lurons qui se mettent au-dessus de tout, même des lois; j'en suis. Vous, si vous êtes un homme supérieur, allez en droite ligne et la tête haute. Mais il faudra lutter contre l'envie, la calomnie, la médiocrité, contre tout le monde. Napoléon a rencontré un ministre de la guerre qui s'appelait Aubry, et qui a failli l'envoyer aux colonies. Tâtez-vous! Voyez si vous pourrez vous lever tous les matins avec plus de volonté que vous n'en aviez la veille."
Le Père Goriot,Balzac
Questions
1. À l'aide de ce texte de Balzac, dégager les raisons qui conduisent à un impossible partage.
2. Que signifie cette référence au combat ?
3. Prendre s'oppose à partager. Expliquer.
4. Pourquoi la morale n' a pas sa place ici ?

Conditions et limites d'un partage équitable

Conceptualiser la justice. Bergson - Extrait et questions

"La justice a toujours évoqué des idées d'égalité, de proportion, de compensation. Pensare, d'où dérivent « compen­sation » et « récompense », a le sens de peser ; la justice était représentée avec une balance. Équité signifie égalité. Règle et règlement, rectitude et régularité, sont des mots qui désignent la ligne droite. Ces références à l'arithmétique et à la géométrie sont caractéristiques de la justice à travers le cours de son histoire. La notion a dû se dessiner déjà avec précision dans les échanges. Si rudimentaire que soit une société, on y pratique le troc ; et l'on ne peut le pratiquer sans s'être demandé si les deux objets échangés sont bien de même valeur, c'est-à-dire échangeables contre un même troisième. Que cette égalité de valeur soit érigée en règle, que la règle s'insère dans les usages du groupe, que le « tout de l'obligation », comme nous disions, vienne ainsi se poser sur elle : voilà déjà la justice sous sa forme précise, avec son caractère impérieux et les idées d'égalité et de réciprocité qui s'attachent à elle."
Bergson,Les Deux Sources de la morale et de la religion, 1932, chap. I, Alcan, p. 68-70
Questions
1. Explique le sens de "compensation" à partir de sa racine latine.
2. Pourquoi la pensée est aussi affaire de "pesée", de calcul ?
3. Qu'apporte à la justice cette "pesée" ?
4. Comment comprends-tu le symbole de la balance pour définir la justice ?
5. Définis à partir de l'apport géométrique de ce texte l'équité.
6. En quoi consiste la différence avec la parité ?

Distinguer la justesse de la justice - Exercice

Le Souper à Emmaüs, Le Caravage, vers 1601
La rationalité mathématique est à l'œuvre dans la justesse du partage. Mais cet ajustement n'est pas un critère de justice suffisant.
Définition de justesse sur le site du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales)
Étymol. ET HIST. − 1. 1260 ajouster « rendre conforme à (spéc. poids, mesures, monnaies) » (Est. Boil., Liv. des mest., 1rep., IV., 7, ds Gdf. Compl. : Et doit cil qui la mesure est, pour la mesure, soit mine, soit minot, .III. d. pour l'ajouster et pour le seignier) d'où a) 1480 technol. (Compt. Hôtel de Ville Tours, ibid. : Illec adjusté ung huys a fermer); b) xvies. fig. « concilier » (d'Aub., Vie, cxii, ds Littré : Afin de pouvoir ajuster toutes les contrarietez qui s'y rencontreroient); c) 1668 vén. (La Font., IV, 16, ds Rob. : Un chien de cour l'arrête; épieux et fourches-fières L'ajustent de toutes manières); 1666 fig. (Corn., Agesil., I, 3, ds Littré : Ce sont les conseillers fidèles Dont il prend les avis pour ajuster ses coups); d) 1670 mus. « accorder » (Mol., Gr. Div. roy., ds Rob. : Prenez, Bergers, vos Musettes, Ajustez vos chalumeaux) et fig. (Fur. 1690 : On dit aussi Ajustez vos flûtes [...] à des gens qui ont ensemble quelque contestation); e) 1680 équit. (Rich. t. 1 : Ajuster les étriers. Ajuster les rênes dans la main); 2. a) xvies. pronom. fig. « s'adapter exactement » (Aub., Vie, CXIV ds Gdf. Compl. : Il lui demanda s'il n'y avoit pas moyen de l'en retirer en s'ajustant de bonne foi et en cherchant quelque temperament pour concilier les controverses qui divisoient les esprits); 1632 trans. fig. « adapter, accommoder une chose à une autre » (Corn., Gal. du Pal., 1046 ds Rob. : Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles); xviies. pronom. au propre (Boss., Conn. de Dieu, V, 3 ds Littré : Combien de ces sortes de mouvements doivent s'ajuster pour opérer cet effet); b) 1702 mar. « nouer deux cordes ensemble au moyen d'un ajust » (Aubin, Dict. de mar., d'apr. FEW t. 5, p. 89, s.v. justus) voir aussi ajuter*; c) 1740 mécan. (Ac. : Ajuster une barre à une fenêtre); 3. 1659 « arranger, aménager, embellir » (Mol., Préc. rid., sc. 7 ds Littré : Ajustons un peu nos cheveux); 1680 pronom. « se parer » (Rich. t. 1 : s'ajuster [...] s'accommoder proprement, se parer), sens d'un emploie très étendue au xviies., au propre et au fig.
Exercice
1. Un vêtement ajusté : quelle est la norme de son ajustement, en dehors de la proportion ?
2. La justesse d'un raisonnement produit un raisonnement exact, mais il peut être inacceptable. Donne un exemple.
3. On peut prendre part à un événement sans que cette participation soit juste, ou prendre sa part sans tenir compte des autres. On se demandera ce qui peut séduire dans l'acte de partager, dont on fait souvent une valeur morale.
4. Quel est le sens d'un repas partagé ? N'est-ce qu'une question de "juste proportion" ?

Les raisins de la colère - Exercice


Le partage est-il toujours un bien?

Que partage-t-on ? Hérodote - Extrait

Copie d'un portrait posthume d'Hérodote datant du IVe siècle av. J.C. 
Hérodote (en grec ancien : Ἡρόδοτος / Hēródotos), né vers 480 av. J.-C. à Halicarnasse en Carie (actuelle Bodrum en Turquie) et mort vers 425 av. J.-C. à Thourioï, est un historien et géographe grec.
Texte
"Otanès exhorta les Perses à mettre l'autorité en commun.
 « Je crois, dit-il, que l'on ne doit plus désormais confier l'administration de l'État à un seul homme, le gouvernement monarchique n'étant ni agréable ni bon. Vous savez à quel point d'insolence en était venu Cambyse, et vous avez éprouvé vous-mêmes celle du mage. Comment, en effet, la monarchie pourrait-elle être un bon gouvernement ? Le monarque fait ce qu'il veut, sans rendre compte de sa conduite. L'homme le plus vertueux, élevé à cette haute dignité, perdrait bientôt toutes ses bonnes qualités. Car l'envie naît avec tous les hommes, et les avantages dont jouit un monarque le portent à l'insolence. Or, quiconque a ces deux vices a tous les vices ensemble : tantôt il commet, dans l'ivresse de l'insolence, les actions les plus atroces, et tantôt par envie. Un roi devrait être exempt d'envie, du moins parce qu'il jouit de toutes sortes de biens ; mais c'est tout le contraire, et ses sujets ne le savent que trop par expérience. Il hait les plus honnêtes gens, et semble chagrin de ce qu'ils existent encore. Il n'est bien qu'avec les plus méchants. Il prête volontiers l'oreille à la calomnie ; il accueille les délateurs : mais ce qu'il y a de plus bizarre, si on le loue modestement, il s'en offense ; si, au contraire, on le recherche avec empressement, il en est pareillement blessé, et ne l'impute qu'à la plus basse flatterie ; enfin, et c'est le plus terrible de tous les inconvénients, il renverse les lois de la patrie, il attaque l'honneur des femmes, et fait mourir qui bon lui semble, sans observer aucune formalité. Il n'en est pas de même du gouvernement démocratique. Premièrement on l'appelle isonomie ; c'est le plus beau de tous les noms : secondement, il ne s'y commet aucun de ces désordres qui sont inséparables de l'État monarchique. Le magistrat s'y élit au sort ; il est comptable de son administration, et toutes les délibérations s'y font en commun. Je suis donc d'avis d'abolir le gouvernement monarchique, et d'établir le démocratique, parce que tout se trouve dans le peuple. » Telle fut l'opinion d'Otanès."
Hérodote, Histoire, III, 80, trad. Larcher, Paris, Charpentier,1850
Le partage de la citoyenneté permet de se distinguer.
Pour les Athéniens, la démocratie ne se limite pas à l'élection de représentants, mais implique un exercice effectif du pouvoir par tous les citoyens. C'est ce "partage" à parts égales du pouvoir du demos que garantit le principe d'isonomie. Il s'agit exclusivement d'une "égalité politique" mais celle-ci est totale et a des conséquences importantes sur la vie quotidienne. Elle attribue d'abord au citoyen un statut particulier par rapport aux non-citoyens, majoritaires dans la cité (voir la rubrique Qui est citoyen ?), ce qui confère incontestablement des privilèges tels que l'exercice du pouvoir, l'accès à la propriété foncière et un traitement spécifique par les tribunaux. N'ont droit au "partage" que ceux qui font "partie" du demos. Si l'on en juge par les procès en citoyenneté du IV° siècle, nombreux étaient ceux qui auraient bien voulu avoir leur "part".
La participation à la citoyenneté
Mais, cette part comporte aussi son lot de devoirs civiques, de charges contraignantes et parfois très lourdes. Tout le monde ne s'engage sans doute pas avec le même enthousiasme, mais les modes de désignation, le recours privilégié au tirage au sort et les roulements fréquents parmi ce que nous appellerions aujourd'hui le personnel politique obligeaient de fait tout citoyen à "participer" effectivement à la vie politique de sa cité, non pas comme simple électeur mais comme bouleute, héliaste ou magistrat, sans parler du service militaire. Autant d'obligations qui duraient toute une vie et auxquelles il devait être bien difficile de se soustraire.

Qui partage ? L'huître et les plaideurs, Boileau - Extrait et questions

Boileau par Jean-Baptiste Santerre, 1678
Texte
L'huître et les plaideurs
"Un jour, dit un auteur n'importe en quel chapitre,
Deux voyageurs à jeun rencontrèrent une huître.
Tous deux la contestaient, lorsque, dans leur chemin,
La Justice passa, la balance à la main.
Devant elle, à grand bruit, ils expliquent la chose ;
Tous deux, avec dépens, veulent gagner leur cause.
La justice, pesant ce droit litigieux,
Demande l'huître, l'ouvre, et l'avale à leurs yeux.
Et, par ce bel arrêt terminant la bataille ;
"Tenez : voilà, dit-elle, à chacun une écaille ;
Des sottises d'autrui nous vivons au Palais.
Messieurs, l'huître était bonne. Adieu. Vivez en paix"."
Boileau
Questions
1. Que faut-il penser de la justice ?
2. Peut-on parler de distribution ?
3. Comment définir le vol ?