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Un partage doit-il corriger les inégalités pour être juste ?

'Un père avait deux fils ; il leur dit :

Sommaire

Les règles du partage juste : distribution et correctionMarx, le "vol du bois" et la fin du commun - Extrait vidéoL'héritage : un risque de conflit, Tolstoï - Extrait et questionsProcéder à un juste partage, c'est avoir le sens des proportions - Aristote
Vertus du partage et conséquences de son refus : la fable des Troglodytes.Les Troglodytes ou les images au service de la morale - Texte et questionsEsprit de faction ou esprit de concorde ? Aristote - ExtraitÀ retenir
Les enjeux de la distribution et de la correction : restaurer et perpétuer la communauté des humainsJustice corrective
Partager, c'est faire partie d'une communauté

Les règles du partage juste : distribution et correction

Marx, le "vol du bois" et la fin du commun - Extrait vidéo

https://www.dailymotion.com/video/x86j67c

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L'héritage : un risque de conflit, Tolstoï - Extrait et questions

Texte
'Un père avait deux fils ; il leur dit :
— Lorsque je mourrai, vous partagerez tout par moitié.
Quand le père mourut, les fils ne purent prendre chacun leur part sans se quereller.
Ils prirent pour arbitre leur voisin. Celui-ci leur demanda :
— Comment votre père vous a-t-il ordonné de faire le partage ?
Les deux frères lui répondirent :
— Il nous a recommandé de partager tout par moitié.
— Alors, conclut le voisin, déchirez en deux tous les habits, cassez la vaisselle et partagez de même le bétail.
Les deux, frères suivirent le conseil du voisin, ils détruisirent tout ; aussi ne leur resta-t-il rien."
Tolstoï,Le Partage de l'héritage, fable
Questions
1. Qu'ont en partage les deux frères ?
2. Pourquoi comprennent-ils mieux le voisin que leur père ?
3. En quoi consiste la solution du voisin ?

Procéder à un juste partage, c'est avoir le sens des proportions - Aristote

L'Homme de Vitruve, Léonard de Vinci
Texte
Une histoire de proportion
Dans ce texte, Aristote présente deux formes de proportion, correspondant à deux sortes de justice.
"Le juste implique […] nécessairement au moins quatre termes : les personnes pour lesquelles il se trouve en fait juste, et qui sont deux, et les choses dans lesquelles il se manifeste, au nombre de deux également. Et ce sera la même égalité pour les personnes et pour les choses : car le rapport qui existe entre ces dernières, à savoir les choses à partager, est aussi celui qui existe entre les personnes. Si, en effet, les personnes ne sont pas égales, elles n'auront pas des parts égales ; mais les contestations et les plaintes naissent quand, étant égales, les personnes possèdent ou se voient attribuer des parts non égales, ou quand, les personnes n'étant pas égales, leurs parts sont égales. […]
Les mathématiciens désignent la proportion de ce genre du nom de géométrique […]. Le juste en question est ainsi la proportion, et l'injuste ce qui est en dehors de la proportion. […]
Voilà donc une première espèce du juste. Une autre, la seule restante, est le juste correctif, qui intervient dans les transactions privées, soit volontaires, soit involontaires. Cette forme du juste a un caractère spécifique différent de la précédente. […] Le juste dans les transactions privées, tout en étant une sorte d'égal, et l'injuste une sorte d'inégal, n'est cependant pas l'égal selon la proportion de tout à l'heure, mais selon la proportion arithmétique. Peu importe, en effet, que ce soit un homme de bien qui ait dépouillé un malhonnête homme, ou un malhonnête homme un homme de bien, ou encore qu'un adultère ait été commis par un homme de bien ou par un malhonnête homme : la loi n'a égard qu'au caractère distinctif du tort causé, et traite les parties à égalité, se demandant seulement si l'une a commis, et l'autre subi, une injustice, ou si l'une a été l'auteur et l'autre la victime d'un dommage. Par conséquent, cet injuste dont nous parlons, qui consiste dans une inégalité, le juge s'efforce de l'égaliser."
Aristote, Éthique à Nicomaque (IVe siècle av. J.-C.), livre V, trad. J. Tricot, Vrin, 1990, p. 244-250
Exercice
Rédiger des exemples correspondant aux deux types de proportion.

Vertus du partage et conséquences de son refus : la fable des Troglodytes.

Les Troglodytes ou les images au service de la morale - Texte et questions

Habitat troglodytique de Dara, en Turquie
L'équité est un calcul en quête d'efficacité, comme le montre Montesquieu à propos des Troglodytes.Il s'agit de mettre en place le meilleur calcul pour que les hommes vivent en paix sous un gouvernement tempéré.
Texte
"Tu renonces à ta raison pour essayer la mienne ; tu descends jusqu’à me consulter ; tu me crois capable de t’instruire. Mon cher Mirza, il y a une chose qui me flatte plus encore que la bonne opinion que tu as conçue de moi : c’est ton amitié qui me la procure. Pour remplir ce que tu me prescris, je n’ai pas cru devoir employer des raisonnements forts abstraits : il y a certaines vérités qu’il ne suffit pas de persuader, mais qu’il faut encore faire sentir. Telles sont les vérités de morale. Peut-être que ce morceau d’histoire te touchera plus qu’une philosophie subtile. Il y avait en Arabie un petit peuple appelé Troglodyte, qui descendait de ces anciens Troglodytes qui, si nous en croyons les historiens, ressemblaient plus à des bêtes qu’à des hommes. Ceux-ci n’étaient point si contrefaits : ils n’étaient point velus comme des ours ; ils ne sifflaient point ; ils avaient deux yeux ; mais ils étaient si méchants et si féroces qu’il n’y avait parmi eux aucun principe d’équité ni de justice. Ils avaient un roi d’une origine étrangère, qui, voulant corriger la méchanceté de leur naturel, les traitait sévèrement. Mais ils conjurèrent contre lui, le tuèrent et exterminèrent toute la famille royale. Le coup étant fait, ils s’assemblèrent pour choisir un gouvernement, et, après bien des dissensions, ils créèrent des magistrats. Mais, à peine les eurent-ils élus, qu’ils leur devinrent insupportables, et ils les massacrèrent encore. Ce peuple, libre de ce nouveau joug, ne consulta plus que son naturel sauvage ; tous les particuliers convinrent qu’ils n’obéiraient plus à personne ; que chacun veillerait uniquement à ses intérêts, sans consulter ceux des autres. Cette résolution unanime flattait extrêmement tous les particuliers. Ils disaient : « Qu’ai-je affaire d’aller me tuer à travailler pour des gens dont je ne me soucie point ? Je penserai uniquement à moi ; je vivrai heureux. Que m’importe que les autres le soient ? Je me procurerai tous mes besoins, et, pourvu que je les aie, je ne me soucie point que tous les autres Troglodytes soient misérables. » On était dans le mois où l’on ensemence les terres. Chacun dit : « Je ne labourerai mon champ que pour qu’il me fournisse le lé qu’il me faut pour me nourrir : une plus grand quantité me serait inutile ; je ne prendrai point de la peine pour rien. » Les terres de ce petit royaume n’étaient pas de même nature : il y en avait d’arides et de montagneuses, et d’autre qui, dans un terrain bas, étaient arrosées de plusieurs ruisseaux. Cette année, la sécheresse fut très grande, de manière que les terres qui étaient dans les lieux élevés manquèrent absolument, tandis que celles qui purent être arrosées furent très fertiles. Ainsi les peuples des montagnes périrent presque tous de faim par la dureté des autres, qui leur refusèrent de partager la récolte. L’année d’ensuite fut très pluvieuse ; les lieux élevés se trouvèrent d’une fertilité extraordinaire, et les terres basses furent submergées. La moitié du peuple cria une seconde fois famine ; mais ces misérables trouvèrent des gens aussi durs qu’ils l’avaient été eux-mêmes."
Montesquieu,Lettres Persanes, Lettre XII
Questions
1. Usbek écrit qu'il faut "faire sentir les vérités par des images". Comment comprends-tu cette phrase ?
2.  Que cherche à traduire l'histoire des Troglodytes ?
3. À quel intérêt s'en remettent les Troglodytes ?
4. Montre qu'ils font un mauvais usage du calcul. La vérité est-elle seulement une question de raisonnement ?
5. À quoi conduit le refus de partager ?
6.  "Je ne labourerai mon champ que pour qu’il me fournisse le lé qu’il me faut pour me nourrir : une plus grand quantité me serait inutile" : en quoi l'utile est le contraire de la morale ?

Esprit de faction ou esprit de concorde ? Aristote - Extrait

L'amitié en partage
"L'amitié semble aussi constituer le lien des cités, et les législateurs paraissent y attacher un plus grand prix qu'à la justice même : en effet, la concorde, qui paraît bien être un sentiment voisin de l'amitié, est ce que recherchent avant tout les législateurs, alors que l'esprit de faction, qui est son ennemi, est ce qu'ils pourchassent avec le plus d'énergie. Et quand les hommes sont amis il n'y a plus besoin de justice, tandis que s'ils se contentent d'être justes ils ont en outre besoin d'amitié, et la plus haute expression de la justice est, dans l'opinion générale, de la nature de l'amitié."
Aristote, Éthique à Nicomaque, VIII, 1, 1155 a 22-28, trad. Jules Tricot, Vrin, p. 383

À retenir

Un partage équitable établit une "juste proportion" afin de distribuer les parts selon un critère géométrique. Le partage équitable n'est pas une répartition identique.
La distribution équitable prendra en compte des circonstances, corrigeant des inégalités. Le partage à l'identique donné la même part à tout le monde, sans tenir compte des différences. C'est la parité.
Les lois dites "de parité" ont été créées pour permettre l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales. Ici, l'égalité signifie l'identité.

Les enjeux de la distribution et de la correction : restaurer et perpétuer la communauté des humains

Justice corrective

De la différence entre l'égalité et la justice...
La justice commutative ignore les différences entre les individus et donne à chacun la même part.

Partager, c'est faire partie d'une communauté

Le partage crée une communauté, donnant à chacun une part qui s'associe à celle des autres.
Mais cette communauté n'est jamais à l'abri des illusions, comme le souligne Descartes à propos de la raison : chacun croit l'avoir en partage, et personne ne l'a.