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La machine libère-t-elle l'homme des tâches pénibles ?

Le progrès technique désigne le perfectionnement de nos savoir-faire et de nos outils en vue de rendre...

Sommaire

Comprendre le problème : si le progrès technique facilite la production, bénéficie-t-il au travailleur ?De l'outil à la machine : le moment de la révolution industrielleL'exemple du tissage : de l'outil à la machine - ExerciceLa navette - Document musée des Arts et MétiersLe métier à tisser les étoffes façonnées - Document musée des Arts et MétiersVisiter le musée des Arts et Métiers - ActivitéLa révolution industrielle - fiche parcours élèveInterroger les représentations du travail dans l'art : une peinture historique - QuestionsInterroger les représentations du travail dans l'art : Metropolis, Fritz Lang - Extrait vidéo et questionsSe confronter au problème par la lecture des philosophes
Un concept pour éclairer la lecture : l'aliénation du travailleur - Marx
Karl Marx
Interroger les représentations du travail dans l'art - Pour aller plus loin
Peut-on inventer une autre organisation du travail et du temps libre ? Bergson - Texte et questions

Comprendre le problème : si le progrès technique facilite la production, bénéficie-t-il au travailleur ?

Le progrès technique désigne le perfectionnement de nos savoir-faire et de nos outils en vue de rendre l'action plus performante. 
Le travail est l'activité de transformation de la matière. Travailler mobilise nos facultés, ce qui exige des efforts, de la fatigue, une dépense d'énergie et de temps. 
Dans la mesure où la technique donne accès à un ensemble de moyens qui permettent d'atteindre plus efficacement nos fins, il semble évident qu'elle facilite nos conditions de travail.
Cependant, les conditions de travail dans le monde contemporain ne sont pas déterminées exclusivement par les relations entre l'homme et la matière, mais aussi par l'organisation sociale du travail.
Le travailleur est membre d'une société, qui dicte les conditions d'exercice de l'activité. Les règles du système économique et les lois de l'État donnent leurs formes aux conditions dans lesquelles le travailleur exerce son activité. 
Il s'agit donc de se demander si le progrès technique sert l'intérêt du travailleur dans notre société. 

De l'outil à la machine : le moment de la révolution industrielle

L'outil et la machine ont pour raison d'être l'accomplissement d'une fonction dans le processus de production. Cette fonction est la fin visée par le fabricant de l'outil et le constructeur de la machine. L'outil et la machine sont donc des instruments de l'ingéniosité humaine. 
L'outil désigne l'objet fabriqué pour agir sur la matière et produire un objet. L'outil est pensé par l'intelligence. Il prolonge les facultés du corps et permet au geste d'atteindre notre fin. 
La machine est un objet fabriqué, destiné à transformer l'énergie et à utiliser cette transformation. Par exemple, la machine à vapeur utilise l'expansion de la vapeur d'eau pour produire la force motrice. 
L'outil rend le geste plus efficace. La machine nous dispense d'agir : nous déléguons l'effort à la production automatique. 
Au XIXe siècle, les machines se généralisent et métamorphosent le travail. Le machinisme marque la substitution généralisée des machines aux outils, et à la main d'œuvre humaine qui en conditionnait l'emploi. 

L'exemple du tissage : de l'outil à la machine - Exercice

Commençons par bien prendre la mesure de la différence entre l'outil et la machine.
Comparez les techniques de tissage de la navette et du métier à tisser.
1. Comment fonctionne l'outil ? Quelle compétence exige-t-il ? Quelle part d'autonomie préserve-t-il pour l'artisan ?
2. Comment fonctionne la machine ? Dans quelle mesure le travail humain est-il encore requis ? 
3. Pourquoi la machine permet-elle d'accélérer et de faciliter la production selon vous ?

La navette - Document musée des Arts et Métiers

Désignation : Navette mécanique anglaise pour le tissage
Commentaire historique
Utilisée en tissage, la navette est glissée entre le fil de chaîne afin de dévider le fil de trame dans un mouvement de va-et-vient. La navette volante, brevetée par l’Anglais John Kay en 1733, permet au tisseur de travailler plus vite, sur une largeur d’étoffe plus grande. Renforcée de métal et munie de roulettes pour « voler » dans le battant du métier à tisser, elle est chassée d’un côté à l’autre en un coup sec. Elle comporte en son centre une bobine de fil appelée canette. Les fileuses et leurs rouets ne peuvent faire face à la « faim de fil », et la course à la mécanisation est désormais engagée. John Kay, qui a du mal à faire reconnaître ses droits en Angleterre, s’implante en France de 1747 à 1759. Encouragé par le Bureau du commerce, il installe des « assortiments », c’est-à-dire une série de machines permettant le traitement de la fibre brute jusqu’au fil, notamment des cardes ou des dévidoirs.
Anne-Laure Carré, responsable de la collection Matériaux. In : Dufaux, Lionel (dir.),Le Musée des arts et métiers. Guide des collections, Paris, Musée des arts et métiers - Cnam, 2013.

Le métier à tisser les étoffes façonnées - Document musée des Arts et Métiers

"Le mécanicien français Jacques Vaucanson, célèbre pour ses prestigieux automates, est nommé inspecteur général des manufactures de soie en 1741. Quelques années plus tard, il perfectionne les métiers à cartes perforées de Basile Bouchon et Jean-Baptiste Falcon, encore tributaires de l’intervention humaine. L’originalité du projet de Vaucanson réside dans l’automatisation complète du travail grâce à une reproduction du geste des tireurs de lacs et du tisseur par l’animation des outils de tissage. La mécanique, le chasse-navette et le battant sont entraînés par des cames tandis que le tissu s’enroule régulièrement à l’aide d’une vis sans fin, le dispositif permettant la fabrication d’excellentes étoffes façonnées. Apparu trop tôt dans l’histoire des techniques, ce métier novateur ne connaîtra aucune application industrielle."
Lionel Dufaux, responsable des collections Energie et Transports. In Dufaux, Lionel (dir.),Le Musée des arts et métiers. Guide des collections, Paris, Musée des arts et métiers, Cnam, 2013

Visiter le musée des Arts et Métiers - Activité

La visite a pour finalité de permettre de saisir l'ampleur de la révolution industrielle sur le plan technique et d'en mesurer les conséquences sociales. Il s'agit d'être sensible à la généralisation de l'emploi des machines à tous les domaines de l'activité, et de mesurer l'effet du progrès des techniques sur la société. 
1. La classe peut être divisée en groupes de quatre élèves. Les groupes choisissent un domaine du progrès technique au moment de la révolution industrielle, en se fondant sur le document de ressource pédagogique produit par le Musée, mis à disposition dans la perle suivante.
Chaque groupe se spécialise donc dans l'expertise d'un des domaines de la révolution industrielle. 
2. À la suite de la visite, le groupe produira un document Powerpoint, abordant les trois points suivants :
a) la nature des progrès techniques réalisés
b) la révolution dans l'organisation sociale du travail que ces transformations entraînent
c) l'impact sur la valeur des compétences des ouvriers
d) les évolutions concernant les modes de vie qui en découlent. 
3. Les groupes présenteront leur travail à la classe. 
Cet enrichissement culturel permet d'appréhender la complexité de la réalité. D'un côté, le progrès technique offre d'immenses opportunités à la société. D'un autre côté, il en bouleverse complètement l'organisation et les valeurs. 
Les élèves seront en mesure d'aborder le questionnement philosophique : Le progrès technique peut-il améliorer nos conditions de vie ?

La révolution industrielle - fiche parcours élève

Interroger les représentations du travail dans l'art : une peinture historique - Questions

Vicente Cutanda, Une huelga de obreros en Vizcaya [Des ouvriers de Biscaye en grève], 1892, Huile sur toile,  Museo del Prado, Madrid
Questions
Analyser une peinture historique.
1. Que font les ouvriers sur ce tableau ?
2. Décrivez le décor de la scène. 
3. Quel est l'objectif du peintre ?

Interroger les représentations du travail dans l'art : Metropolis, Fritz Lang - Extrait vidéo et questions

Les deux mondes : la cité des travaillleurs et le "Club des Fils"
Questions
Regarder les trois premières minutes deMétropolis de Fritz Lang. 
1. À quoi l'usine vous fait-elle penser ?
2. Décrivez l'attitude et la gestuelle des ouvriers : semblent-ils humains ?
3. Quel sentiment produit la musique sur le spectateur ?

Se confronter au problème par la lecture des philosophes

Objectif 1. Devenir expert en analyse d'un texte philosophique
La classe se répartit en quatre ou huit groupes selon l'effectif. Chaque groupe prend en charge un des textes philosophiques. 
Lire attentivement le texte et chercher à comprendre la thèse et l'argumentation en s'aidant des questions. 
Objectif 2. Traiter la question philosophique
Des groupes de quatre élèves se forment, composés d'un expert des quatre textes différents. 
Les élèves mettent en commun leurs ressources et se mettent d'accord sur une argumentation cohérente afin de répondre à la question posée.
Objectif 3. Exposer sa position philosophique
En cinq minutes, chaque groupe restitue à l'oral son point de vue, en expliquant en quoi chaque philosophe a contribué à l'élaborer. 

Un concept pour éclairer la lecture : l'aliénation du travailleur - Marx

L'aliénation désigne le processus par lequel un individu est dépossédé de lui-même.
Selon Marx, le travail constitue l'activité propre au travailleur. En travaillant, il transforme le monde et épanouit ses facultés. Les machines, parce qu'elles soulagent les hommes de la peine du travail, semblaient destinées à améliorer leurs conditions d'existence, en rendant le travail plus efficace et heureux.
Ce sont les conditions de travail dans la société capitaliste produisent l'aliénation du travailleur. 
Une fois que les machines existent, le travail traditionnel de l'ouvrier cesse d'être rentable. Le machinisme s'impose donc. Néanmoins, le coût des machines les rend inaccessible à l'ouvrier. Il détient sa force de production, l'énergie qu'il peut employer au travail, mais non pas les moyens de production, les machines. Il doit donc vendre sa force de travail à celui qui dispose d'un capital nécessaire pour l'investir dans la propriété des machines. Le propriétaire des machines a tout intérêt à rentabiliser au maximum cet investissement. Il exploite ainsi l'ouvrier, lui imposant de longues journées de travail. La main d'œuvre est facile à trouver puisque la production n'exige plus aucune qualification. 
L'ouvrier est donc contraint de vendre sa propre activité en échange d'un salaire, afin de subsister. Sa vie perd son sens, puisque ce qu'il fait n'a plus d'intérêt pour lui et qu'il y épuise toutes ses ressources simplement en vue de satisfaire ses besoins vitaux. 
Dans la société capitaliste, le progrès technique améliore la productivité, mais détériore les conditions d'existence de l'ouvrier. 

Karl Marx

Marx, né en 1818, mort en 1883, est un philosophe, économiste et sociologue allemand. Il analyse le système économique capitaliste. Le système capitaliste, dont la fin est l'accumulation du capital, aliène le travailleur. Marx pense qu'il est nécessaire de faire la révolution, afin de rétablir une société juste, dans laquelle le travailleur serait libre et heureux.

Interroger les représentations du travail dans l'art - Pour aller plus loin

Réfléchis à partir des œuvres :
1. Pourquoi l'usine ne permet-elle pas à l'ouvrier d'épanouir sa personnalité ?
2. De quoi la grève est-elle l'expression  ?
3. Pourquoi les machines n'ont-elles pas permis de rendre le travail moins pénible ?

Peut-on inventer une autre organisation du travail et du temps libre ? Bergson - Texte et questions

"Quand on fait le procès du machinisme, on néglige le grief essentiel. On l'accuse d'abord de réduire l'ouvrier à l’état de machine, ensuite d'aboutir à une uniformité de production qui choque le sens artistique. Mais si la machine procure à l'ouvrier un plus grand nombre d'heures de repos, et si l'ouvrier emploie ce supplément de loisir à autre chose qu'aux prétendus amusements qu'un industrialisme mal dirigé a mis à la portée de tous, il donnera à son intelligence le développement qu'il aura choisi, au lieu de s'en tenir à celui que lui imposerait, dans des limites restreintes, le retour (d'ailleurs impossible) à l'outil, après la suppression de la machine. Pour ce qui est de l'uniformité du produit, l'inconvénient en serait négligeable si l'économie de temps et de travail, réalisée ainsi par l'ensemble de la nation permettait de pousser plus loin la culture intellectuelle et le développement des vraies originalités."
Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, 1932
Vocabulaire
négliger : ne pas tenir compte de quelque chose.
un grief : reproche, motif de plainte.
uniformité : absence de variété et d'originalité.
Coup de pouce
Réfuter une idée, c'est la détruire à l'aide d'un argument qui en montre les limites. Dans ce texte, Bergson cherche à réfuter l'idée que le machinisme est nuisible à l'homme. 
Questions
1. Quel est l'argument de Bergson, qui lui permet de réfuter ceux qui font le procès du machinisme ? Que devrait permettre le machinisme, de son point de vue ?
2. Se reposer selon Bergson, est-ce ne rien faire ?
3. Quelles activités selon vous permettent de développer "des vraies originalités" ?
4. Peut-on développer ces "vraies originalités" au travail selon toi ?