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Métamorphoses de l'humanité

La vie humaine se déroule selon plusieurs temps, qui vont de l'enfance à la vieillesse. Analyse ces différents...

Sommaire

Former un être humain véritablement majeurExercice - Humanité à venir, souvenirs d'enfance, présence animale
Pouvons-nous perdre notre humanité ? - L'homme qui rétrécit.L'Homme qui rétrécit - Analyse du filmL'Homme qui rétrécit, Jack Arnold, entretien avec Luc Lavacherie -Extrait vidéo

Former un être humain véritablement majeur

Exercice - Humanité à venir, souvenirs d'enfance, présence animale

La vie humaine se déroule selon plusieurs temps, qui vont de l'enfance à la vieillesse. Analyse ces différents temps, sous le rapport animalité/humanité, et minorité/majorité.
Au fil de son évolution, par la mémoire, chacun conserve la trace de toutes les étapes de son existence. Quels regards l'adulte porte-t-il sur son enfance? Quels regards le vieillard porte-t-il sur son passé ? Pourquoi chacun se reconnait-il lui-même dans des images (photographies par exemple) de lui prises dans le passé, alors qu'elles diffèrent de l'image que lui renvoie le miroir?

Pouvons-nous perdre notre humanité ? - L'homme qui rétrécit.

L'Homme qui rétrécit - Analyse du film

Lorsque le film commence, Scott Carey mène une existence paisible de jeune américain marié. La narration est menée par la voix-off de Scott, qui annonce qu’il va raconter son » histoire étrange, presque incroyable « . En effet, tous les repères familiers du personnage vont être malmenés par les changements liés à son rétrécissement. Dans une confusion grandissante, objets, décors et êtres vivants deviennent hostiles voire dangereux pour Scott, acquièrent une sauvagerie que sa diminution met à jour.
Toute la familiarité de sa vie domestique vole en éclat du fait de sa métamorphose. Les vêtements trop grands, devenus habits de poupée grossièrement coupés, sont remplacés par un morceau d’étoffe minuscule. Les meubles réels deviennent meubles de poupée, puis sont inutiles, quand Scott entreprend une vie d’aventurier luttant pour la survie. Le détournement des objets familiers et des usages civilisés (dans sa cave, Scott devient un sauvage solitaire puis doit s’identifier à la bête instinctive pour la vaincre) se termine paradoxalement par un regain d’humanité du personnage. Une fois devenu assez petit pour sortir de la cave, Scott déclare entrer dans le monde de l’infiniment grand et de l’infiniment petit à la fois, et se détermine plus que jamais par sa capacité à penser, pour appréhender le monde qui l’entoure.
Devenu monstrueux uniquement du fait de sa taille relative à celle de son entourage (il ne cesse de garder apparence humaine, et ses diminutions ne sont jamais montrées), Scott sort humainement grandi de l’aventure qui l’a éloigné de la banalité domestique. Il trouve sa singularité dans son destin hors pair, continu à s’exprimer et ne sera jamais dissout totalement dans la pluie des atomes.

L'Homme qui rétrécit, Jack Arnold, entretien avec Luc Lavacherie -Extrait vidéo

Luc Lavacherie, coordinateur cinéma, responsable programmation du cinéma La Coursive à La Rochelle
"Jai découvert L’Homme qui rétrécit en 1985, un 24 décembre, si j’en crois mes souvenirs. J’avais 12 ans et le film de Jack Arnold, concis et tranchant, entrait dans mon cœur comme un couteau. J’étais fait. Comme Scott traversant au début du film une nappe gazeuse et toxique qui va irrémédiablement bouleverser son existence, j’entrais moi aussi en contact avec une matière dangereuse et terrifiante : les grands films, les grands livres, les grandes œuvres qui viennent à nous toucher sont de vraies catastrophes existentielles, des désastres, des « coups de haches dans la mer gelée qui est en nous » pour reprendre les mots de Kafka qui aurait adoré, c’est sûr, (il allait, on le sait maintenant, très souvent au cinéma voir des films burlesques), L’Homme qui rétrécit. C’est tout à fait le genre d’histoires courtes qui lui plaisaient : simple, absurde, presque ridicule mais universelle et finalement extrêmement touchante.
Quand je vis le film pour la première fois, je n’étais qu’émotions et sensations ; je vibrais d’autant plus intensément aux aventures de Scott Carey que les mots me manquaient pour les qualifier. J’y voyais vaguement une sorte de Robinson Crusoé mais qui, au lieu de naufrager au bout du monde sur une île déserte, avait échoué dans sa cave, sa vie domestique prenant peu à peu les traits d’une aventure exotique. Comme lui, quelque chose me dépassait dans cette histoire.
Ce n’est que plus tard, en revoyant le film, que j’ai prêté attention à l’incroyable savoir-faire qui avait présidé à la réussite de ce film : le scénario de Richard Matheson, la mise en scène de Jack Arnold et, bien entendu, les effets spéciaux, les décors, toute la direction artistique du film qui est proprement fabuleuse. Ce n’était pas qu’un miracle, c’était aussi un métier que les studios Universal avaient su en plus de trente ans d’existence porter à un grand niveau d’excellence.
Ce ne sera également que plus tard que j’attribuerai un propos au film et que j’écouterai ce qu’il avait à me dire. J’ai mis d’autant plus de temps à prêter l’oreille à son sous-texte que je voulais continuer à faire droit à mon émerveillement enfantin : il fallait que le film continue de me dépasser. Mais il a bien fallu qu’il passe lui aussi à la moulinette de la réduction interprétative – pour qu’il en sorte paradoxalement encore plus grand à mes yeux !
Car, au bout du compte, que raconteL’Homme qui rétrécit? Qu’une fois atteint un certain seuil de confort et de puissance, le seul moyen d’évoluer est d’apprendre à rapetisser et retrouver les choses premières.
Bien sûr, on pourra voir dans ce film l’expression d’une crainte proprement américaine : arrivé en 1957 à l’apogée de son rêve et de sa puissance (notamment atomique), le pays se fantasme un déclin futur. « La poursuite du bonheur » est un des objectifs que s’est donné l’Amérique mais que faire une fois ce bonheur atteint ? Des vacances en bateau, une maison, un travail, une femme vive, intelligente, indépendante ; il ne pouvait plus rien arriver de bon à ce pauvre Scott. Il fallait qu’il chute de cet éden domestique et renoue avec une vie sauvage, dangereuse et héroïque. Passé l’inquiétude et la tristesse dues à la solitude, une nouvelle énergie gagne bientôt Scott qui devient alors une sorte de poète. Au milieu du déluge, c’est d’ailleurs son crayon de papier qui lui sert de radeau de survie. Là où pour les autres tout n’est qu’incident ménager, pour lui tout revêt désormais l’allure d’un cataclysme mythologique. Sa vie est devenue intense. C’est un retour à l’immensité de la nature qui résonne avec l’aube de l’histoire américaine où tout un continent était encore à découvrir : Emerson, Thoreau bien sûr, tous les grands penseurs transcendantalistes qui s’inspirèrent beaucoup du transcendantalisme kantien. Avaient-ils lu cette phrase du philosophe allemand : « Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi » ? Sans doute. Et Richard Matheson ? Jack Arnold ? Scott Carey ? Sans doute pas et, finalement, peu importe. Ce qui compte, c’est qu’à 47 ans, en ouvrant un peu par hasard le livre d’un philosophe allemand du XVIIIème siècle, je puisse tomber sur des lignes qui me ramènent directement à l’émerveillement du garçon de 12 ans que j’étais devant la dernière scène, magistrale, deL’Homme qui rétrécit."