"Allégorie du bon gouvernement" (Détail de L'Allégorie de la paix), de Lorenzetti Ambrogio
Quel est le sens politique de cette fresque, qui orne la salle du Conseil des Neuf du palais communal de Sienne ?
Ambrogio Lorenzetti, un peintre entre Moyen Âge et Renaissance ?
À la fin du Moyen Âge, la commune de Sienne est gouvernée par le Conseil des Neuf, dont le devoir est de garantir la paix et la sécurité, gages de prospérité de la ville. Renouvelable tous les deux mois, il est composé de neuf citoyens élus par tirage au sort. Ce système permettait de limiter l'emprise de quelques familles sur la ville et garantissait, en théorie, un gouvernement juste et équitable.
Un décor complexe
Les neuf magistrats siégeaient au palais communal de la ville. Le décor complexe qui orne la salle du Conseil a été peint par Ambrogio Lorenzetti, artiste siennois actif au XIVe siècle.
Sur le mur nord, la fresque principale, représentant l'allégorie du Bon Gouvernement, fait face aux fenêtres du mur sud. De part et d'autre se déploient deux autres compositions. Celle de droite, sur le mur est, représente les effets du Bon Gouvernement sur la ville et sur la campagne. Celle de gauche, sur le mur ouest, réunit l'allégorie du Mauvais Gouvernement et ses conséquences sur la ville et la campagne. Ces grands paysages permettent sans doute de rendre le message politique accessible au plus grand nombre.
Un gouvernement en image
La fresque principale est composée d'allégories évoquant les qualités et les vertus du Bon Gouvernement. Identifiables par des inscriptions, elles sont organisées en trois registres horizontaux.
Le ciel constitue le registre supérieur. De gauche à droite, la Sagesse et les trois vertus théologales (la Foi, la Charité et l'Espérance) rappellent que le Bon Gouvernement est d'inspiration divine.
Dans la partie gauche du registre médian, la Justice est assise sur un trône et tient une balance. Dans la partie droite, un vieil homme barbu, allégorie du Bien commun, est assis au milieu d'une estrade. Muni d'un sceptre et d'un bouclier orné d'une figure de la Vierge, protectrice de la cité, il est entouré des vertus nécessaires au bon exercice du pouvoir (la Paix, la Force et la Prudence à sa droite, et la Magnanimité, la Tempérance et la Justice à sa gauche).
Dans le registre inférieur enfin, la Concorde munie d'un rabot et placée sous la Justice évoque le nivellement des inégalités dans l'intérêt de la collectivité, incarnée par vingt-quatre citoyens. Sur la droite, des soldats gardent des prisonniers ligotés.
Un langage codé
En recourant à l'allégorie, Ambrogio Lorenzetti crée une image dont il est nécessaire de connaître les clés de lecture. Certaines sont évidentes et très répandues, comme la balance de la Justice évoquant l'idée d'équité, et le glaive associé à la tête coupée, symbolisant la justice punitive garante de l'ordre social et de la sécurité. D'autres, en revanche, sont nouvelles et imagées, comme le rabot de la Concorde image d qui aplanit les dissensions.
Si elles reflètent la culture du peintre et de ses commanditaires, ces allégories sont cependant difficiles à comprendre pour un public non averti.
Un curieux sens des proportions
Ces personnages, représentés dans un même espace, présentent des dimensions sensiblement différentes. Ainsi, le Bien commun est la figure la plus grande de la composition, tandis que les vingt-quatre citoyens en sont les plus petites. La Justice est quant à elle plus grande que la Concorde. Il s'agit là d'une codification fréquente dans l'art médiéval, qui veut que la taille des personnages soit proportionnelle à leur importance sémantique. Plus la figure est grande, plus son rôle est important dans le message délivré.
Un réalisme tempéré
La fresque décrivant la ville et la campagne prospères constitue l'un des premiers paysages panoramiques connus de l'art occidental. Si certains monuments de Sienne y sont reconnaissables, comme la cathédrale dans l'angle supérieur gauche, ou encore une porte fortifiée, il ne s'agit cependant pas d'une représentation topographique de la ville. En effet, le palais communal et la place du Campo, qui en sont les symboles, n'ont pas été représentés par Lorenzetti. Le peintre semble ainsi avoir recherché la vraisemblance plutôt qu'une représentation illusionniste de la cité.
Une perspective qui donne à voir
Ambrogio Lorenzetti ne connaissait pas la perspective à point de fuite unique, qui sera inventée au début du XVe siècle à Florence. Il privilégie donc une vue plongeante de la ville, en multipliant les points de vue sur les bâtiments. Les plans lointains sont traités avec la même précision que les plans proches. Invité à circuler à l'intérieur des scènes, le spectateur perçoit l'ensemble des activités de la ville et de la campagne, garantes de la prospérité citadine : les multiples échoppes, avec leurs artisans, et la diversité des activités agricoles.
L'héritage de l'Antiquité
En Italie, le passé antique est toujours très présent. Pour son œuvre, Ambrogio Lorenzetti s'inspire des modèles de cette période. Ainsi, le personnage nu ailé flottant au-dessus de la porte de la ville, symbolisant la sécurité à laquelle tout citoyen siennois aspire, évoque les Victoires de l'Antiquité romaine. Le drapé de la Paix et la position qu'elle adopte rappellent également certaines sculptures antiques. Enfin, aux pieds du Bien commun image principale, le peintre figure les jumeaux Senius et Aschinus, fils de Rémus, traditionnellement considérés comme les fondateurs de Sienne.
Ambrogio Lorenzetti, un peintre siennois lettré
Le décor de la salle du Conseil atteste de la culture intellectuelle complexe de Lorenzetti, qui annonce la figure de l'artiste de la Renaissance. En associant dans ces images allégories, références à l'Antiquité et souci du réel, le peintre montre une culture littéraire, visuelle et technique supérieure à celle d'un simple artisan peintre. La richesse des références de cet artiste, puisant dans les recherches initiées par ses prédécesseurs (Duccio, Cimabue, Giotto), montre que Sienne est l'un des foyers artistiques majeurs de la période de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance. Mais la ville, durement touchée par l'épidémie de peste noire de 1348, connaît une grave crise économique et démographique, et peinera à se relever. Dans ce contexte la mort d'Ambrogio Lorenzetti freinera également cet élan vers la Renaissance.
Fra Angelico et L’Annonciation - Analyse
L'Annonciation, Fra Angelico
Guido Di Pietro, plus connu par ses surnoms de Fra Angelico, l'Angelico, Il Beato ou encore le Peintre des Anges, est un artiste et un moine italien. Dominicain, il a fait vœu d'obéissance et de pauvreté.
Fra Angelico est connu pour ses œuvres d'une profonde spiritualité, mêlant les canons de l'art gothique et les nouvelles formes artistiques de la Renaissance florentine alors débutante. Ce panneau sur bois représentant uneAnnonciation image principale témoigne bien de cette relation que le peintre établit entre ancien et nouveau monde.
Une scène biblique
La scène représentée se déroule dans une architecture nouvelle, de type Renaissance.
Au centre de la composition, les deux personnages sacrés, aux profils découpés, se font face. La Vierge image c est représentée auréolée et vêtue d'une robe rouge et d'un manteau bleu, conformément à la tradition. L'archange Gabriel, aux grandes ailes colorées, s'adresse à elle pour lui annoncer la naissance prochaine du Christ il pointe l'index de la main gauche vers le ciel, soulignant l'interférence divine dont l'Esprit Saint est manifesté par la colombe.
De part et d'autre, l'alignement vertical et symétrique des colonnes, qui se poursuit dans la répétition du motif des arbres, crée un effet de profondeur et de perspective. Entre la tradition du monde gothique et l'innovation de la Renaissance, cette peinture de transition est caractéristique de l'œuvre de Fra Angelico. L'art de la Renaissance fait advenir la vie quotidienne au sein des représentations. Fra Angelico porte dans son œuvre la fin de la domination religieuse. Lorenzetti, son contemporain, inaugure par son œuvre une peinture de l'humain qui prend la place du sacré.
L’Annonciationd'Ambrogio Lorenzetti (1344)
Fra Angelico : la carrière d'un artiste moine
Les débuts de la carrière de Fra Angelico sont mal connus. De son enfance, on ne sait quasiment rien il naît sans doute dans une famille de paysans aisés. En 1417, il entre au couvent San Domenico de Fiesole et y crée avec son frère un atelier d'enluminures. C'est dans les années 1430-1440 que l'œuvre de Fra Angelico connaît un véritable épanouissement à Florence puis à Rome, encouragée par les commandes des Médicis et des papes. L'artiste réalise de nombreux retables, particulièrement les fresques du couvent San Marco de Florence.
Les peintures de Fra Angelico sont toutes empreintes d'une profonde spiritualité proche de celle du monde médiéval. Si elles adoptent quelques caractéristiques des peintures de la Renaissance, celles-ci s'éloignent cependant de l'œuvre du dominicain par l'humanisme dont elles sont empreintes, cherchant à représenter l'individu et le réel.
Peintre de fresques
À partir de 1438, Cosme de Médicis (1389-1464) confie à Fra Angelico la décoration du couvent San Marco. Le bâtiment est alors en pleine restauration, sous la direction de l'architecteMichelozzo(1396-1472).
Entre 1438 et 1443, Fra Angelico réalise le décor à fresque des salles du couvent et des cellules des moines. Pour réaliser ce cycle monumental de presque cinquante fresques, il est secondé de quelques assistants.
Inspiré par Masaccio (1401-1428), grand artiste des débuts de laRenaissance, il utilise la lumière pour modeler les personnages et créer de la profondeur, comme dans leBaptême du Christ qu'il peint dans la cellule 24 image 2.
Cet ensemble constitue aujourd'hui l'un des chefs-d'œuvre de l'art occidental.L'Annonciation du corridor nord image 3 en devient l'œuvre la plus célèbre Fra Angelico reprend ce thème à maintes occasions dans sa carrière.
Le thème de l'Annonciation en Italie et dans les Flandres
Le culte de la Vierge Marie (dit culte marial) qui se développe au Moyen Âge et perdure à la Renaissance favorise la multiplication des commandes de tableaux représentants le thème de l'Annonciation.
Outre l'approche fondée sur la représentation plus exacte de la perspective et des volumes, prédominante en Italie, on trouve chez les peintres du Nord une attention particulière portée aux détails réalistes et à la lumière. Ainsi, dansL'Annonciationimage 4 de Hans Memling (1465-1494), postérieure d'une quinzaine d'années à celles de Fra Angelico, la représentation intègre des éléments de la vie quotidienne contemporaine (décor intérieur, carrelage au sol, accessoires), tandis que l'attitude de la Vierge traduit davantage de réalisme face à la situation dans laquelle elle se trouve : sous l'effet de l'annonce, la jeune femme défaille et doit être soutenue.
Fra Angelico meurt à Rome en 1455. L'épure de son style aura une grande influence, notamment sur l'artiste français Maurice Denis. Celui-ci, en découvrant l'œuvre du Peintre des Anges, interroge la voie religieuse il se rend plusieurs fois à Fiesole et fait du peintre l'interprète de « la piété et la pureté chrétienne ». DansL'Annonciationimage 5 qu'il peint en 1913, il utilise pleinement le sens sacré de la lumière pour révéler le divin de la scène.
Béatifié par le pape Jean-Paul II en 1982, Fra Angelico devient le patron des artistes en 1984. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands peintres du Quattrocento florentin.
Liens utiles
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ambrogio_Lorenzetti
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ambrogio_Lorenzettihttps://www.photo.rmn.fr/archive/13-529360-2C6NU0DXB632.html
https://www.photo.rmn.fr/archive/13-529360-2C6NU0DXB632.htmlhttps://www.photo.rmn.fr/archive/12-519909-2C6NU0ZIPNYO.html
https://www.photo.rmn.fr/archive/12-519909-2C6NU0ZIPNYO.htmlPierre Soulages - Question
Pierre Soulages trouve la lumière dans ce noir qui n'a pas une seule manifestation. Son travail révèle, tel un négatif, la lumière à l'œuvre.
Question
Consulte cette série de tableaux sur Internet : https://www.pierre-soulages.com/exposition/soulages-malerei-1946-2019-baden-baden/
Compare cette série de tableaux de Pierre Soulages avecCarré noir sur fond blancde Malévitch.
NB : Ces œuvres ne représentent donc rien, mais présentent aux spectateurs une réflexion de la lumière.
Liens utiles
https://www.pierre-soulages.com/exposition/soulages-malerei-1946-2019-baden-baden
https://www.pierre-soulages.com/exposition/soulages-malerei-1946-2019-baden-baden