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Comment les barrières à l’entrée permettent-elles aux offreurs d’obtenir un pouvoir de marché ?

Le pouvoir de marché peut également résulter debarrières à l’entrée. Une barrière à l’entrée peut se...

Sommaire

La notion de barrières à l'entrée
Comprendre les barrières à l'entrée structurellesLes barrières à l'entrée structurellesLe cas de la SNCFGraphique 2.2 - Coût de construction par kilomètre des lignes à grande vitesse (LGV) en France (2014)Illustration 2.1 - L’offre de la SNCF (avril 2019)Question 2.2 - Quels secteurs sont des monopoles naturels ?Exercice 2.4 - Coûts fixes comme barrière à l’entrée structurelleExercice 2.5 - Monopole et pouvoir de marché
Comprendre les barrières à l'entrée stratégiqueLes barrières à l'entrée stratégiques
L’histoire abrégée d’un “pionnier innovateur”
Exercice 2.6 - Innovation comme barrière à l’entrée stratégique
SynthèseSynthèse - Oligopole et monopole sont sources de pouvoir de marché

La notion de barrières à l'entrée

Le pouvoir de marché peut également résulter debarrières à l’entrée. Une barrière à l’entrée peut se définir comme l’ensemble des obstacles qui empêchent l’entrée de concurrents sur le marché.
Certaines barrières à l’entrée sont dites « structurelles » – elles sont favorables aux entreprises sans que celles-ci en soient à l’origine – tandis que d’autres résultent des stratégies d’entreprises – elles sont donc dites « stratégiques ».

Comprendre les barrières à l'entrée structurelles

Les barrières à l'entrée structurelles

Une barrière à l'entrée structurelleest une barrière qui existe indépendamment de la volonté des entreprises. On peut citer à ce sujet le cas des monopoles naturels. Les activités de réseaux, comme la distribution d’électricité aux ménages, exigent un énorme investissement qu’est la construction du réseau lui-même, auquel chaque consommateur pourra être raccordé à un coût très réduit. Cet investissement est nécessaire quel que soit le nombre de ménages qui s’y raccorderont, c’est un coût fixe.
La première entreprise ayant réalisé un réseau va naturellement se trouver en monopole, car son coût marginal est décroissant. Le coût variable, à savoir le raccordement au réseau – cas de l’électricité ou des télécommunications – ou de l’utilisation du réseau – cas des chemins de fer – est très faible, tandis que le coût fixe très élevé est divisé par une quantité croissante de ménages qui deviennent clients et sont donc raccordés au réseau ou utilisent ce dernier. Ainsi, cette entreprise peut être en mesure de fixer des prix plus bas pour empêcher d’autres concurrents éventuels d’entrer sur le marché ; elle a donc un pouvoir de marché.
Par la suite, l’entreprise, puisqu’elle est seule sur le marché, peut déterminer le prix auquel sera vendu le bien ou le service. Son pouvoir de marché peut s’avérer considérable.

Le cas de la SNCF

Comprenons l’importance que peuvent représenter pour certaines entreprises les coûts fixes. Par exemple, dans le cas de la SNCF (Graphique 2.2), les coûts fixes sont induits par la nécessité pour l’entreprise de construire un réseau ferroviaire avant même de transporter le moindre voyageur.
Les entreprises en situation de monopole peuvent, pour un même bien ou un même service, pratiquer des prix différents. Dans ce cas, on dit que l’entreprise segmente son marché en fonction des différents profils d’acheteurs. À titre d’exemple, nous vous proposons de regarder le schéma résumant l’offre de la SNCF (Illustration 2.1).

Graphique 2.2 - Coût de construction par kilomètre des lignes à grande vitesse (LGV) en France (2014)

Cour des comptes (2014). « La grande vitesse ferroviaire : un modèle porté au-delà de sa pertinence ». Rapport public thématique.

Illustration 2.1 - L’offre de la SNCF (avril 2019)

© Adapté du site internet de la SNCF, Les tarifs TGV, consulté en avril 2019.

Question 2.2 - Quels secteurs sont des monopoles naturels ?

Parmi les cas suivants, lesquels relèvent historiquement d’une logique de monopole naturel ?
1. La production d’électricité
Correct. Compte tenu des coûts fixes élevés que nécessite la construction d’un réseau électrique, la production d’électricité est historiquement un monopole naturel, dont l’entreprise EDF était l’opérateur historique.
2. La production d’avions civils
Incorrect. La production d’avions civils ne relève pas d’une logique de monopole naturel. Les coûts fixes certes très élevés ne le sont pas suffisamment pour empêcher le fait que l’activité de plusieurs producteurs soit rentable. Ce marché est un oligopole.
3. La production de services ferroviaires
Correct. Compte tenu des coûts fixes élevés que nécessite la construction d’un réseau ferroviaire, la production de services ferroviaires est historiquement un monopole naturel, dont l’entreprise SNCF était l’opérateur historique.
4. La production de téléviseurs
Incorrect. La production de téléviseurs ne relève pas d’une logique de monopole naturel. Les coûts fixes ne sont pas suffisamment élevés pour empêcher le fait que l’activité de plusieurs producteurs soit rentable. Ce marché est un oligopole.

Exercice 2.4 - Coûts fixes comme barrière à l’entrée structurelle

Faisons des calculs :
1. Combien a coûté chaque kilomètre pour construire la LGV Paris-Lyon ? et la LGV Est ?
2. Le projet Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon (POCL) consiste à relier Paris à Lyon par une ligne nouvelle à grande vitesse (LGV) de près de 500 kilomètres passant par les régions Auvergne, Bourgogne et Centre ; le coût de ce projet est compris entre 12 et 14 milliards d’euros1. Que représente cette somme pour le maître d’ouvrage SNCF Réseau ?
3. Si finalement le projet s’avère coûter 13 milliards d’euros, calculez le coût par kilomètre de cette nouvelle ligne à grande vitesse.
1Commission nationale du débat public, « Projet de ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon (POCL) ». 

Exercice 2.5 - Monopole et pouvoir de marché

Après avoir regardé l’Illustration 2.1 résumant l’offre de la SNCF, réfléchissez aux questions suivantes :
1. Pourquoi peut-on parler de pouvoir de marché de la SNCF ?
2. Quel est l’objectif de la segmentation que met en œuvre cette entreprise ? Pensons à utiliser les notions de surplus du consommateur et de surplus du producteur.

Comprendre les barrières à l'entrée stratégique

Les barrières à l'entrée stratégiques

Unebarrière à l’entrée stratégiquerelève de la volonté d’une ou de plusieurs entreprises : on peut citer les stratégies d’innovation de produits ou de procédés des entreprises ou encore les stratégies deprix prédateurs1.
Nous allons ici nous intéresser aux entreprises qui vont chercher à obtenir un pouvoir de marché en mettant en œuvre une stratégie basée sur l’innovation de produit. En effet, une entreprise ayant inventé un nouveau produit ou ayant amélioré un produit déjà existant peut déposer unbrevet2sur son innovation. Le brevet va permettre à l’entreprise de détenir temporairement le monopole de l’exploitation du bien ou du service nouvellement créé ou amélioré. Elle peut alors fixer le prix de ce produit ou de ce service pour lequel elle détient un monopole temporaire. Ainsi, grâce à son innovation de produit, l’entreprise détient un pouvoir de marché.
Les entreprises cherchent donc parfois à limiter les effets de la concurrence, à lui échapper et à fixer plus librement les prix de leurs produits. Si elles y parviennent, elles détiennent un pouvoir de marché et deviennent price maker. Ce pouvoir de marché est facilité par les imperfections du marché : une faible atomicité de l’offre, des ententes entre offreurs ou des barrières à l’entrée de nouveaux offreurs.
1 Par exemple, le 14 mars 2007, le Conseil de la concurrence a sanctionné le laboratoire Glaxo Wellcome France (devenu aujourd’hui GlaxoSmithKline) pour avoir freiné l’arrivée des médicaments génériques en milieu hospitalier au travers d’une politique prédatrice menée sur le prix d’un antibiotique injectable (le céfuroxime sodique).
2 L'institut national de la propriété intellectuelle, « Comprendre le brevet ». 

L’histoire abrégée d’un “pionnier innovateur”

En 1857, à Selongey, une petite ville de Bourgogne, Antoine Lescure, rétameur, ouvre un atelier de ferblanterie. L’entreprise fabrique alors des objets manufacturés en « fer-blanc » comme des moules à gâteaux, des passoires ou encore des articles de laiterie. L’entreprise, dont la vocation est d’équiper les foyers en appareils domestiques neufs, est reprise de père en fils et se développe lentement. Toutefois, au début du 20e siècle, l’achat d’une presse à emboutir permet la mécanisation de la production qui conduit non seulement à l’amélioration de la qualité des produits fabriqués, mais également à l’accroissement des quantités produites et, ainsi, à la diminution du coût moyen. La croissance de l’entreprise s’accélère.
En 1944, l’entreprise prend le nom de SEB : « Société d’emboutissage de Bourgogne ». Mais c’est véritablement en 1953 qu’elle va connaître un essor important avec son innovation majeure qui est l’invention d’un autocuiseur révolutionnaire, la « Cocotte Minute ». En 1962, SEB lance son tout premier appareil électrique, à savoir la cafetière électrique SEB. En 1967, l’entreprise invente la friteuse à bain d’huile sans odeur et, en 1970, SEB crée le grille-pain tout automatique. En 1973, c’est la création du groupe SEB, après l’acquisition de l’entreprise Tefal en 1968 et de Calor en 1972. À partir de cette date et après son introduction en Bourse en 1975, le groupe ne cesse de s’agrandir.
En 1987, SEB commercialise un ultra-cuiseur Sensor puis lance sur le marché une cocotte révolutionnaire, la Clipso, en 1990. En 1994, SEB lance le premier cuit-vapeur électrique. Aujourd’hui, le groupe SEB est le numéro un mondial du petit électroménager. Il a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 6,8 milliards d’euros pour un bénéfice de 419 millions d’euros. Aujourd’hui, pas moins de 22 marques appartiennent au groupe SEB parmi lesquelles Calor, Krups, Moulinex, Rowenta ou Tefal. En 2018 le groupe SEB a déposé 492 brevets dans le monde.
Le Groupe SEB, « L’histoire de SEB : pionnier innovateur ».

Exercice 2.6 - Innovation comme barrière à l’entrée stratégique

Montrez à l’aide de l’exemple du groupe SEB que l’innovation peut permettre à une entreprise d’obtenir un pouvoir de marché en constituant une barrière à l’entrée de nature stratégique.

Synthèse

Synthèse - Oligopole et monopole sont sources de pouvoir de marché

En situation d’oligopole, les offreurs, puisqu’ils sont en nombre limité, disposent d’un pouvoir de marché, et ce, même sans entente. En effet, la concurrence entre les entreprises est moins intense qu’elle ne l’est en concurrence parfaite. Les entreprises peuvent mieux observer les stratégies de leurs concurrents et y répondre. En situation d’oligopole, le pouvoir de marché des offreurs s’accroît lorsque ces derniers décident de s’entendre. À ce niveau, les entreprises peuvent décider de maintenir ou de fixer des prix plus élevés que ceux qui prévaudraient en situation de concurrence. Elles peuvent aussi se répartir les clients et les territoires et ainsi décider de ne pas se livrer à une guerre des prix. Enfin, elles peuvent de manière concertée fixer les quantités produites, ce qui a pour effet, toutes choses égales par ailleurs, d’accroître les prix.
Une autre source de pouvoir de marché concerne les barrières à l’entrée qui peuvent exister sur un marché. À ce propos, on distingue les barrières à l’entrée structurelles et les barrières à l’entrée stratégiques. Ainsi, il y a des barrières à l’entrée structurelles qui sont à l’origine, par exemple, de l’existence de monopoles naturels, ou des barrières à l’entrée stratégiques qui peuvent donner lieu, par exemple, à l’apparition de monopole d’innovation. Dans les deux cas, le pouvoir de marché de l’entreprise est considérable puisque, seule présente sur le marché, elle peut fixer le prix et les quantités offertes.