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Pourquoi les firmes en oligopole ont-elles intérêt à former des ententes ?

En situation d’oligopole, les entreprises présentes sur ce marché sont en situation d’interdépendance...

Sommaire

Le dilemme du prisonnierUn jeu qui influence tous les producteurs de l'oligopoleLa théorie des jeuxLe dilemme du prisonnierLa matrice des gainsTableau 2.1 - Matrice des gains : Thelma vs Louise
Activité complémentaire : l’oligopole, un cas type de dilemme du prisonnierStratégie dominante et meilleure réponseTableau 2.2 - Le dilemme de prisonnier : Thelma vs LouiseCoopération ou défection
Activité complémentaire : l’oligopole pousse à la coopérationQuel est le rapport entre le dilemme du prisonnier, les marchés et la concurrence imparfaite ?
Tableau 2.3 - Dilemme du prisonnier : Orange vs SFR
Défection et coopération dans le cas d'Orange et SFR
SynthèseSynthèse - L'oligopole pousse à la coopération et à l'entente

Le dilemme du prisonnier

Un jeu qui influence tous les producteurs de l'oligopole

En situation d’oligopole, les entreprises présentes sur ce marché sont en situation d’interdépendance et leurs décisions influencent leurs profits respectifs. En effet, les oligopoleurs jouent un « jeu » dans lequel le profit de chacun dépend de ses propres décisions, mais aussi de celles des autres entreprises en présence sur ce marché.

La théorie des jeux

La théorie des jeux étudie les interactions stratégiques entre des acteurs (individus, entreprises...) avec des applications en économie, mais également en sciences politiques, en sciences sociales et même dans le domaine militaire. En particulier, elle a permit de comprendre la course à l’armement entre les États-Unis et l’URSS pendant la Guerre froide ou la course à l’armement nucléaire entre l’Inde et le Pakistan plus récemment. Elle permet également de comprendre la difficulté des pays à s'entendre pour lutter collectivement contre le réchauffement climatique.
L’étude des comportements en situation d’interdépendance est appelée théorie des jeux.
Quelles questions se poser ?
  • Les joueurs en présence : qui interagit avec qui ?
  • Les stratégies possibles : quelles actions sont possibles pour les joueurs ?
  • L’information : ce que chaque joueur sait quand il prend sa décision.
  • Les gains : quels seront les résultats pour chaque combinaison possible d’actions ?

Le dilemme du prisonnier

Présentation du dilemme du prisonnierdans sa version théorique.
Le nom de ce jeu vient d’une histoire fictive à propos de deux complices d’un crime arrêtées par la police (nous les appelons Thelma et Louise). La police a suffisamment de preuves pour les condamner toutes les deux à une peine d’un an de prison. On sait qu’elles ont commis un crime plus grave qui les condamnerait à une peine plus lourde (entre cinq et dix ans de prison), mais la police n’a pas les preuves de ce crime.
La police doit obtenir les aveux d’au moins l’une des deux filles, et, à cette fin, elle les place dans des bureaux séparés et leur présente la situation de cette façon.
  • Si Thelma et Louise nient toutes les deux, elles seront condamnées à un an de prison chacune.
  • Si une fille accuse l’autre alors que l’autre fille nie, l’accusatrice sera libérée immédiatement (sa sentence n’impliquera pas de prison), tandis que l’autre fille écopera d’une longue peine de prison (dix ans).
  • Enfin, lorsque Thelma et Louise choisissent d’avouer et de s’impliquer mutuellement (ce qui signifie que chacune implique l’autre), elles écopent toutes les deux d’une peine de prison. Puisqu’elles ont coopéré avec la police, la sentence passe de dix à cinq ans.
Thelma et Louise ne peuvent pas communiquer entre elles avant de prendre leur décision ; elles ne savent pas ce que décidera l’autre. Ainsi, chacune d’elle va élaborer une stratégie, car leur condamnation ou libération ne dépend pas seulement de leurs propres actions, mais également des actions de l’autre.
On peut résumer la situation de cette façon : il est dans l’intérêt commun des deux prisonnières de ne pas avouer, mais il est dans l’intérêt individuel de chacune d’avouer.

La matrice des gains

Le Tableau 2.1montre les gains pour Thelma et Louise dans chacune des quatre situations hypothétiques – la condamnation qu’elles recevraient si les actions hypothétiques de chaque ligne et colonne étaient décidées – en utilisant une forme standard appelée une « matrice des gains ». Le terme de matrice désigne simplement n’importe quel tableau rectangulaire de nombres (ici, un carré).
Le nombre en bas à gauche de chaque case est la condamnation reçue par le joueur représenté en ligne (Thelma ici), le nombre en haut à droite est la condamnation reçue par le joueur représenté en colonne (Louise ici). Les gains/pertes sont écrits en termes de nombre d’années de prison.
Si chaque prisonnière agit rationnellement dans son propre intérêt, les deux avoueront. Mais si aucune des deux n’avoue, elles auront toutes les deux une peine de prison.

Tableau 2.1 - Matrice des gains : Thelma vs Louise

Adapté de la Figure 4.4 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Activité complémentaire : l’oligopole, un cas type de dilemme du prisonnier

Stratégie dominante et meilleure réponse

Pour prédire le résultat d’un jeu, nous devons faire appel à un autre concept : lameilleure réponse. Il s’agit de la stratégie qui donnera au joueur le gain le plus élevé, étant donné les stratégies menées par les autres joueurs. Dans le cas où cette stratégie est toujours la même, quel que soit le choix des autres joueurs, nous parlons d’unestratégie dominante.
Sur le Tableau 2.2, on suit Thelma et Louise lorsque chacune d’entre elles élabore sa stratégie en fonction de l’éventuelle stratégie de l’autre.
Finalement, grâce à ce jeu, nous pouvons comprendre que, dans un dilemme du prisonnier, les deux joueurs ont une stratégie dominante (dans cet exemple, Accuser) qui, lorsqu’elle est choisie par les deux, génère une condamnation plus lourde (cinq ans de prison chacune). En revanche, si les deux joueurs avaient adopté une stratégie différente (dans cet exemple, Nier), la peine de prison obtenue aurait été plus légère pour les deux joueurs.

Tableau 2.2 - Le dilemme de prisonnier : Thelma vs Louise

Coopération ou défection

Si l’histoire mettant en scène Thelma et Louise est fictive, ce jeu s’applique à de nombreuses situations réelles.
Dans les exemples économiques, la stratégie mutuellement bénéfique (Nier) est généralement appelée « coopération », alors que la stratégie dominante (Accuser) est appelée « défection ». Coopérer ne signifie pas que les joueurs se réunissent pour décider de ce qu’ils font. Les règles du jeu imposent toujours que chaque joueur choisisse sa stratégie de façon indépendante.

Activité complémentaire : l’oligopole pousse à la coopération

Quel est le rapport entre le dilemme du prisonnier, les marchés et la concurrence imparfaite ?

Pour répondre à cette question, prenons deux exemples d’entreprises, Orange et SFR, qui offrent des services similaires sur le marché de la téléphonie mobile en France. Ces deux entreprises en oligopole doivent choisir une stratégie de prix qui leur permet d’exploiter au mieux leur pouvoir de marché.
Elles tentent de ce fait de pratiquer des prix élevés (stratégie de coopération). Chacune réalise alors un profit de 10 millions d’euros par mois.
Si l’une des deux entreprises choisit de pratiquer sur ce marché un prix plus faible, donc plus compétitif (stratégie de défection), elle attire une clientèle plus importante et sa concurrente réalise moins de profits. Supposons que son profit s’élève à 12 millions d’euros et celui de l’entreprise concurrente à 7 millions.
Si les deux entreprises fixent des prix faibles, le profit de chacune est de 8 millions d’euros.
Ici, la stratégie de bas prix s’apparente à la défection entre prisonniers et le prix élevé s’apparente à la coopération.
Les gains du jeu sont indiqués dans le Tableau 2.3.

Tableau 2.3 - Dilemme du prisonnier : Orange vs SFR

Notes : Les gains sont exprimés en millions de profit. Adapté de la Figure 4.4 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Défection et coopération dans le cas d'Orange et SFR

Orange et SFR sont toutes les deux conscientes de ces gains possibles sur le marché. En conséquence, elles savent que leur gain ne dépendra pas uniquement de leur choix, mais aussi du choix de l’autre entreprise. Il s’agit d’une interaction stratégique.
Comment vont-elles jouer ? Quelles décisions vont-elles prendre ? 
Pour répondre à cette question, nous pouvons utiliser la même méthode que celle utilisée dans l’exemple de Thelma et Louise.
Meilleures réponses de SFR :
  • Si Orange choisit Coopération : SFR choisit Défection.
  • Si Orange choisit Défection : SFR choisit Défection.
Défection est donc la stratégie dominante de SFR, c'est-à-dire que c'est la meilleure réponse quel que soit le choix de Orange.
Vous pouvez vérifier, de la même manière, que Défection est aussi une stratégie dominante pour Orange.
Puisque Défection est la stratégie dominante pour les deux joueurs, nous prédisons que les deux joueurs l’utiliseront. Les entreprises Orange et SFR reçoivent toutes les deux, selon cette stratégie, des gains de 8 millions.
Comme dans le cadre du dilemme du prisonnier, les entreprises ont adopté la stratégie qui leur procure le gain minimal.
Un aspect du jeu du dilemme du prisonnier nous a conduit à prédire un résultat défavorable dans l’interaction entre SFR et Orange : elles ne pouvaient pas se mettre d’accord en amont sur ce que chacune ferait.
En revanche, si les deux entreprises avaient pu communiquer et s'entendre en amont, elles auraient choisi ensemble une stratégie de coopération, car celle-ci permet des gains plus élevés (10 millions, soit un gain de 2 millions par rapport à une stratégie de défection).

Synthèse

Synthèse - L'oligopole pousse à la coopération et à l'entente

La théorie des jeux permet de comprendre pourquoi, en l’absence de coopération des firmes, l’oligopole présente un cas type de dilemme du prisonnier, qui peut conduire à un résultat sous-optimal. 
À l'inverse, l’entente permettrait aux firmes de prendre une décision qui leur est favorable individuellement et collectivement. Cet exemple permet d’expliquer, en ajoutant une troisième entreprise, par exemple Bouygues Télécom, que des entreprises de la téléphonie mobile en situation d’oligopole aient cherché à s’entendre, en pratiquant des prix plus élevés et en limitant la concurrence, au détriment des consommateurs.