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Pourquoi le marché est-il défaillant en présence d’externalités négatives ?

Pour comprendre pourquoi un marché est défaillant en présence d'externalité négative, imaginons la pollution...

Sommaire

Un premier exemple : une pollution causée par des activités productivesLes coûts marginaux de l'externalité négativeQuestion 3.1 - Calcul des coûts marginaux
Le producteur ne supporte que le coût marginal privéLe coût marginal privé du marché de la bananeGraphique 3.1 - Coût marginal privé de la production de bananes avec pesticideCalculer le coût marginal privé du producteurCorrigé - Calculer le coût marginal privé du producteurLiens utiles
Le coût marginal de l'externalité négativeEt si le producteur portait le coût marginal de l'externalité ?
Graphique 3.2 - Coût marginal privé et social avec pesticide
Calcul du coût marginal global de la production avec pesticide
Graphique de réponse 3.2a - Calcul du coût marginal global de la production avec pesticide
Cette surproduction est une défaillance
Un second exemple : la pollution automobileLe coût marginal privé d'un voyage en automobileTableau 3.1 - Les différents coûts de voyage et les émissions de CO2Questions sur les coûts du voyageCorrigé - Les coûts du voyage

Un premier exemple : une pollution causée par des activités productives

Les coûts marginaux de l'externalité négative

Pour comprendre pourquoi un marché est défaillant en présence d'externalité négative, imaginons la pollution de la culture de la banane dans une île imaginaire des Caraïbes où un pesticide fictif appelé le Weevokil est utilisé, en s’inspirant de l’exemple précédent.
Les producteurs de bananes supportent le coût marginal privé lié à leur activité de production. Ce coût marginal ne tient pas compte ducoût marginal de l’externalitéqui est supporté par les pêcheurs dont les eaux sont contaminées par le Weevokil. Pour rappel, le coût marginal est le coût supplémentaire qu’induit la production d’une unité additionnelle d’un bien ou d’un service.
Lecoût marginal sociallié à l’activité de production de bananes est la somme du coût marginal privé effectivement supporté par le producteur et du coût marginal de l’externalité supporté par les autres agents économiques. En présence d’externalités négatives, le coût marginal privé de la production de bananes est inférieur aucoût marginal social.

Question 3.1 - Calcul des coûts marginaux


Le producteur ne supporte que le coût marginal privé

Le coût marginal privé du marché de la banane

Supposons que le marché de la banane soit concurrentiel et que le prix de marché est de 400 euros la tonne. LeGraphique 3.1représente le coût marginal supporté par les producteurs, c’est-à-dire le coût marginal privé de la production de bananes. La fonction est croissante (la pente de la droite est positive), car le coût de production d’une tonne supplémentaire augmente à mesure que la terre est utilisée de manière plus intensive, car cela nécessite plus de Weevokil.

Graphique 3.1 - Coût marginal privé de la production de bananes avec pesticide

Adapté de la Figure 12.1 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Calculer le coût marginal privé du producteur

1. En vous appuyant sur les acquis duChapitre 1 et à l’aide de la Question 3.1, déterminez la quantité pour laquelle le producteur maximise son profit.

Corrigé - Calculer le coût marginal privé du producteur

➔ Pour un prix de marché de 400 euros, les bananeraies ont intérêt à produire 80 000 tonnes de bananes. C’est en effet la quantité produite pour laquelle le profit est maximal puisque le prix de vente est égal au coût marginal privé. Vous pouvez vérifier ce résultat en vous référant au graphique ci-dessous.
Adapté de la Figure 12.2 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Liens utiles

https://core-econ.org/the-economy/book/fr/text/12.html#figure-12-2

https://core-econ.org/the-economy/book/fr/text/12.html#figure-12-2

Le coût marginal de l'externalité négative

Et si le producteur portait le coût marginal de l'externalité ?

Essayons maintenant de déterminer graphiquement quelle quantité de bananes produiraient les producteurs s’ils devaient prendre à leur charge le coût marginal de l’externalité que provoque leur activité. Pour cela, il convient de procéder en plusieurs étapes.

Graphique 3.2 - Coût marginal privé et social avec pesticide

Calcul du coût marginal global de la production avec pesticide

2.À l’aide de laQuestion 3.1, identifiez quelle quantité serait produite si les bananeraies étaient contraintes de prendre à leur charge non seulement le coût privé de leur activité mais également le coût marginal des externalités négatives liées à l’utilisation du pesticide qu’elles utilisent, autrement dit de prendre à leur charge le coût social.

Graphique de réponse 3.2a - Calcul du coût marginal global de la production avec pesticide

➔ Si les bananeraies étaient contraintes de prendre à leur charge les coûts marginaux des externalités négatives liées à l’utilisation du pesticide qu’elles utilisent, on observe que seulement 40 000 bananes seraient produites. En effet, si les entreprises devaient supporter le coût marginal de l’externalité, le coût privé deviendrait pour elles le coût social.

Cette surproduction est une défaillance

3.Qu’en déduisez-vous ?
➔ On observe que la production des bananeraies est deux fois plus importante (80 000 tonnes) que celle qu’elles produiraient si elles devaient supporter le coût social dans son ensemble. L’effet externe engendre donc une mauvaise allocation des ressources, car les bananeraies produisent deux fois plus de bananes lorsqu’elles ne tiennent pas compte des dommages que leur production occasionne. Ainsi, bien que 80 000 tonnes maximisent les profits privés des producteurs de bananes, ce niveau de production n’est pas socialement optimal : il s’agit d’une défaillance du marché. Plus précisément, on observe que les producteurs supportent les coûts privés liés à leurs activités, mais pas les coûts sociaux liés à ces mêmes activités. L’allocation des ressources est sous-optimale en cas d’externalités négatives, c’est-à-dire que la quantité produite est excessive par rapport au niveau socialement optimal. Dans notre exemple, il y a une surproduction de bananes occasionnant un surcroît d’utilisation de pesticides.

Un second exemple : la pollution automobile

Le coût marginal privé d'un voyage en automobile

M. Gérard envisage de faire cet été un périple à travers l’Europe en voiture. Dans ce but, M. Gérard, peu sensible aux problématiques environnementales, a fait l’acquisition d’un véhicule qui émet 200 grammes deCO2par kilomètre. Avant son voyage, il a dû souscrire une assurance rapatriement de 780 euros qui couvre également les frais éventuels de panne de son véhicule. La voiture de notre globe-trotteur européen consomme 6 litres d’essence pour 100 kilomètres. Le prix d’achat moyen d’un litre d’essence est de 1,5 euro. Le coût marginal privé pour chaque centaine de kilomètres est donc de 9 euros, soit 90 euros pour 1 000 kilomètres.1
Le Tableau 3.1 présente les différents coûts du voyage et les émissions deCO2induites par le périple de M. Gérard en fonction du nombre de kilomètres parcourus.
1On suppose que le coût pour la collectivité de la pollution occasionnée par les émissions de CO2 est de 150 euros par tonne de CO2 émise. Ces coûts sont liés notamment aux frais de santé dus à des pathologies induites par la pollution ou encore à une estimation des dégâts occasionnés par le réchauffement climatique lié à l’amplification de l’effet de serre naturel provoqué par les émissions de CO2.

Tableau 3.1 - Les différents coûts de voyage et les émissions de CO2

Questions sur les coûts du voyage

1. Si M. Gérard dispose d’un budget de 1 500 euros (qu’il ne peut pas dépasser), combien de kilomètres pourra-t-il parcourir à travers l’Europe ?
2. Déduisez-en le nombre de tonnes de CO2 émises lors de son voyage.
3. Si M. Gérard devait prendre à sa charge non seulement le coût privé de son périple, mais également le coût marginal de l’externalité occasionnée par son voyage, combien de kilomètres pourrait-il parcourir ?
4. Déduisez-en le nombre de tonnes de CO2 émises lors du périple de M. Gérard.
5. Qu’observez-vous par rapport à la quantité de CO2 émise dans le cas précédent et que pouvez-vous en conclure ?

Corrigé - Les coûts du voyage

1. Compte tenu de son budget de 1 500 euros, M. Gérard peut parcourir 8 000 kilomètres.
2. Par son voyage, il contribue à l’émission de 1,6 tonne de CO2.
3. Si M. Gérard devait prendre à sa charge les coûts des externalités négatives engendrés par son périple, compte tenu de son budget de 1 500 euros, il ne pourrait rouler que 6 000 kilomètres, au lieu de 8 000 kilomètres.
4. Par son voyage, il contribuerait désormais à l’émission de 1,2 tonne de CO2.
5. Dans le cas où M. Gérard ne prend pas en compte les dégradations et qu’il ne supporte pas finalement les coûts des émissions de CO2 que son voyage occasionne, il est incité à davantage voyager et consommer d’essence. On est alors en présence, là encore, d’une allocation non optimale des ressources conduisant à une surconsommation d’essence qui provoque des émissions de CO2 plus importantes que celles qui auraient prévalu si M. Gérard avait dû prendre à sa charge les externalités négatives provoquées par son périple.
Il s’agit donc bien là encore d’un exemple d’externalité négative. En effet, le consommateur supporte les coûts liés à sa consommation privée (ici, principalement, le coût de la consommation d’essence pour réaliser son voyage), mais ces coûts ne reflètent pas l’intégralité des coûts que son voyage occasionne (dommages liés aux émissions de CO2) ; par conséquent, la quantité consommée est excessive par rapport au niveau socialement optimal.