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Pourquoi le marché est-il défaillant en présence d’externalités positives ?

L’exemple le plus célèbre d’externalité positive est celui que développe James Meade1dans un ouvrage...

Sommaire

Un exemple d'externalité positiveExercice 3.2 - Externalité positive
Un premier exemple : une externalité positive liée à une activité productiveLes avantages d'un nouveau médicamentTableau 3.2 - Coûts fixes, variables, totaux, moyens et marginaux de l’entreprise Médica+Tableau 3.3 - Coût total, demande, chiffre d’affaires et profit pour l’entreprise Médica+Calcul du prix et de la production de Medica+Tableau 3.4 - Profits de Médica+, en tenant compte des externalités positives occasionnées par son innovationEt si l'entreprise bénéficiait des externalités positives de son médicament ?Corrigé - Et si l'entreprise bénéficiait des externalités positives de son médicament ?
Un second exemple : externalité positive liée à une activité de consommationLes avantages des transports en communTableau 3.5 - Coûts privés des déplacements des salariés et émissions quotidiennes de CO2Questions sur les conséquences du choix des salariésCorrigé - Questions sur les conséquences du choix des salariésTableau 3.6 - Externalité positive pour les salariés optant pour les transports en commun et émissions annuelles de CO2Et si les externalités positives étaient prises en compte ?Corrigé - Et si les externalités positives étaient prises en compte ?
Des questions complexesAller plus loin sur les externalitésCorrigé - Aller plus loin sur les externalités
SynthèseSynthèse - Externalités et défaillance du marchéQuestion 3.2 - Synthèse sur les externalités

Un exemple d'externalité positive

L’exemple le plus célèbre d’externalité positive est celui que développe James Meade1dans un ouvrage en 1952, dans lequel il présente un apiculteur et un arboriculteur. L’apiculteur élève des abeilles mellifères2afin de produire du miel. L’arboriculteur quant à lui s’occupe d’entretenir des arbres fruitiers afin d’en récolter, le moment venu, les fruits pour les vendre.
Or, compte tenu de la proximité des arbres fruitiers, les abeilles viennent en butiner les fleurs pour se nourrir de leur pollen et pouvoir ainsi fabriquer du miel. L’apiculteur profite donc de la présence des arbres fruitiers entretenus par l’arboriculteur sans pour autant rémunérer ce dernier pour le service indirect qu’il rend. Il s’agit dans ce cadre d’une externalité positive.
Mais il convient de remarquer que l’arboriculteur profite aussi gratuitement de la pollinisation de ses arbres par les abeilles. Dans ce cas, c’est l’arboriculteur qui profite sans le rémunérer de l’activité de l’apiculteur. Il y a donc ici encore une externalité positive.
On constate dans cet exemple que l’externalité est positive dans les deux sens ; mais ce n’est pas toujours le cas.
1 James Edward Meade (1907 – 1995) est un économiste britannique ayant obtenu pour ses travaux le prix Nobel d’économie en 1977. 
2 Une abeille mellifère est une abeille qui fabrique du miel. Une plante mellifère est une plante qui sécrète du nectar à partir duquel l’abeille peut fabriquer son miel.

Exercice 3.2 - Externalité positive

1. Définissez ce qu’est une externalité positive.
2. Citez d’autres activités de production ou de consommation à l’origine d’externalités positives.

Un premier exemple : une externalité positive liée à une activité productive

Les avantages d'un nouveau médicament

Une entreprise, Médica+, a dépensé 800 millions d’euros pour mettre au point un traitement plus efficace et rapide contre une maladie grave. Elle décide de mettre sur le marché son médicament. Elle a, bien évidemment, déposé un brevet d’innovation qui lui concède un droit d’exploitation exclusif de 20 ans. On suppose que ce médicament se prend sous la forme d’une seule injection. On suppose également que dans cette société fictive le coût du médicament (de l’injection) est intégralement à la charge du patient. Les coûts de production sont représentés dans le Tableau 3.2.
Dans la mesure où l’entreprise Médica+ a déposé un brevet pour protéger son innovation, elle va se trouver pendant 20 ans dans une situation de monopole d’innovation. Nous savons que, en situation de monopole, l’entreprise devient un faiseur de prix (price maker) ; elle a intérêt à fixer un prix différent de celui qui prévaudrait en concurrence parfaite. En situation de monopole, si une entreprise détermine le prix de vente de son produit, il lui faut tenir compte de la demande.
LeTableau 3.3illustre le coût total, la demande, le chiffre d’affaires et le profit pour l’entreprise Médica+ concernant son nouveau médicament pour un niveau de prix fixé entre 200 et 225 euros.
Toutefois, des études économiques démontrent que le fait de pouvoir soigner les malades plus efficacement et plus rapidement grâce à ce nouveau médicament est à l’origine de nombreuses externalités positives (frais médicaux moindres et pour les salariés ou les indépendants malades, une reprise plus rapide de leur activité). On estime l’ensemble des avantages des externalités positives induites par l’utilisation du nouveau médicament à 250 euros par patient soigné avec ce médicament.

Tableau 3.2 - Coûts fixes, variables, totaux, moyens et marginaux de l’entreprise Médica+

Tableau 3.3 - Coût total, demande, chiffre d’affaires et profit pour l’entreprise Médica+

Calcul du prix et de la production de Medica+

À l’aide duTableau 3.3, déterminez le prix fixé par l’entreprise Médica+ ainsi que le nombre de médicaments qu’elle décide d’offrir sur le marché.
➔ On observe qu’en situation de monopole d’innovation l’entreprise est conduite à fixer un prix de 210 euros et à offrir sur le marché 23 millions d’unités. C’est en effet pour ce prix que son profit est maximal.

Tableau 3.4 - Profits de Médica+, en tenant compte des externalités positives occasionnées par son innovation

Et si l'entreprise bénéficiait des externalités positives de son médicament ?

1. Déterminez à l’aide duTableau 3.4 le prix que l’entreprise fixerait et le nombre de médicaments qu’elle déciderait d’offrir sur le marché si elle pouvait bénéficier des externalités positives que la société retire de son nouveau médicament. Soyez bien vigilants, leTableau 3.4, contrairement auTableau 3.3, prend désormais en compte le fait que l’entreprise reçoit les avantages des externalités positives que son activité occasionne.
2.Qu’en concluez-vous ?

Corrigé - Et si l'entreprise bénéficiait des externalités positives de son médicament ?

1. Si l’entreprise pouvait bénéficier des bienfaits que retire la société de la création de son nouveau médicament, elle déciderait de fixer un prix de 125 euros et produirait 40 millions de médicaments.
2. On observe que les quantités produites seraient supérieures de 17 millions d’unités et que davantage de patients pourraient alors se soigner grâce à ce médicament, pour un prix plus faible. Dès lors, dans ce cas, si l’entreprise ne perçoit que le bénéfice privé lié à son activité, mais ne tire aucun bénéfice des avantages que son médicament procure à la société, la quantité produite est insuffisante par rapport au niveau socialement optimal. On aboutit à une sous-production.

Un second exemple : externalité positive liée à une activité de consommation

Les avantages des transports en commun

On suppose six salariés qui travaillent 228 jours par an. La distance qu’ils doivent parcourir entre leur domicile et leur lieu de travail est comprise entre 10 et 30 kilomètres. On distingue les « salariés de bureau » qui une fois arrivés sur leur lieu de travail ne doivent pas se déplacer, et les commerciaux qui, eux, une fois arrivés sur leur lieu de travail, doivent se déplacer. Les six salariés ont le choix pour leurs déplacements entre utiliser les transports en commun (train et métro : Tr C, dans le Tableau 3.5) ou leurs véhicules (noté Voit., dans le Tableau 3.5). Les véhicules utilisés émettent 150 grammes de C02 par kilomètre et consomment 6 litres aux 100 kilomètres (prix moyen de l’essence de 1,5 euro, ce qui amène à un coût privé de 0,9 euro pour 10 kilomètres).
Dans un rapport rendu public, les autorités départementales considèrent qu’une utilisation plus importante des transports en commun serait à l’origine de nombreuses externalités positives (réduction des émissions de C02, diminution de la pollution urbaine et des maladies liées à celles-ci, réduction des embouteillages à l’entrée et à la sortie de la ville le matin et le soir, etc.) On estime par ailleurs que les bénéfices liés à ces externalités positives seraient tels qu’ils pourraient permettre de diviser le prix des transports en commun par deux.

Tableau 3.5 - Coûts privés des déplacements des salariés et émissions quotidiennes de CO2

Questions sur les conséquences du choix des salariés

1. Pour chacun des six salariés, indiquez le mode de transport que celui-ci va logiquement décider de choisir. Qu’observez-vous ?
2. Calculez le montant annuel des émissions de CO2 de ces six salariés.

Corrigé - Questions sur les conséquences du choix des salariés

1. On observe que seuls les deux salariés de bureau qui résident entre 10 et 20 kilomètres de leur lieu de travail décident de prendre les transports en commun. Les quatre autres salariés effectuent leurs déplacements en voiture.
2. Ce sont 6,156 tonnes de CO2 qui sont émises par an par ces six salariés pour leurs déplacements liés à leur activité professionnelle.

Tableau 3.6 - Externalité positive pour les salariés optant pour les transports en commun et émissions annuelles de CO2

Et si les externalités positives étaient prises en compte ?

1. À partir duTableau 3.6, indiquez le mode de transport retenu désormais pour chaque catégorie de salariés, puis calculez le montant des émissions de CO2. Qu’observez-vous ?
2. Qu’en concluez-vous ?

Corrigé - Et si les externalités positives étaient prises en compte ?

1. On observe que tous les salariés décident de prendre les transports en commun à l’exception du salarié dont le lieu de travail est situé à 30 kilomètres de son domicile et qui a une activité de commercial. La quantité de CO2 émise par les six salariés pour leurs déplacements liés à leur activité professionnelle n’est plus que de 2,052 tonnes par an.
2. On en conclut que si des consommateurs sont par leurs actions à l’origine d’externalités positives, mais ne sont pas rémunérés pour les avantages des externalités positives qu’occasionne leur consommation, le niveau de consommation est insuffisant par rapport au niveau de consommation socialement optimal.

Des questions complexes

Aller plus loin sur les externalités

3.L’État décide de fermer une caserne militaire dans une ville. Indiquez si cette situation conduit à une externalité positive ou négative.
4.Une entreprise étrangère choisit la région Île-de-France pour construire un nouveau parc d’attractions. Indiquez si cette situation conduit à une externalité positive ou négative.
5.Une ville décide d’attribuer une prime de 100 euros pour tout achat d’un vélo électrique par ses habitants. Indiquez si cette situation conduit à une externalité positive ou négative.
6. Sur un territoire donné, la construction d’un aéroport est décrétée. Expliquez en quoi cette décision peut être à la fois considérée comme une externalité positive, mais également comme une externalité négative.

Corrigé - Aller plus loin sur les externalités

3. Externalité négative : la fermeture de la caserne militaire va induire une diminution de population et donc une perte d’activité pour les commerçants, ainsi qu’éventuellement la fermeture de certaines écoles, etc.
4. Externalité positive : le fait qu’une entreprise étrangère décide d’implanter un parc d’attractions en Île-de-France va être à l’origine de la création de nouveaux emplois et, plus largement, entraîner une hausse de l’activité économique pour les habitants des villes situées à proximité du parc.
5. Externalité positive : le fait d’inciter les habitants d’une ville à acheter des vélos électriques entraîne un surcroît d’activité pour les vendeurs de ce type de vélos. De plus, la ville sera très certainement moins embouteillée le matin et le soir si plus d’habitants utilisent leur vélo pour leurs déplacements entre le domicile et le lieu de travail, ce qui réduit par ailleurs les émissions de CO2.
6. La construction d’un aéroport peut être à l’origine d’externalités positives : création d’emplois directs (les salariés travaillant à l’aéroport) et indirects (par exemple, pour les entreprises qui fournissent l’aéroport, ou les compagnies de taxi qui proposent de relier l’aéroport à différentes villes) ; facilitation des déplacements professionnels ou touristiques au départ du territoire ou à destination de ce territoire ; accroissement de l’activité pour les commerçants situés dans les villes proches de l’aéroport, etc. 
Mais la construction d’un aéroport peut également être à l’origine d’externalités négatives : apparition de nuisances sonores pour les riverains liées aux décollages et aux atterrissages des avions ; dépréciation de la valeur des habitations environnantes pour les propriétaires ; hausse du trafic routier et risque accru d’embouteillages aux alentours ; accroissement des émissions de CO2 et dégradation de la qualité de l’air ; disparition éventuelle de prairies, forêts, plans d’eau, du fait de la construction même de l’aéroport, etc.

Synthèse

Synthèse - Externalités et défaillance du marché

Une activité économique menée par un agent économique (producteur ou consommateur) peut avoir des conséquences positives ou négatives pour d’autres agents, sans que l’agent qui est à l’origine de ces dernières soit, respectivement, récompensé ou pénalisé du fait de son activité. Finalement, on parle d’externalité positive lorsque l’action d’un agent induit des avantages pour la collectivité, sans que l’agent qui en est à l’origine soit récompensé. On parle d’externalité négative lorsque l’action d’un agent induit des désavantages pour la collectivité, sans que l’agent qui en est responsable soit pénalisé ou sanctionné.
On parle alors de défaillances du marché, puisque l’action de l’agent ne donne pas spontanément lieu, respectivement, à une compensation ou une pénalité monétaire.
Dès lors, dans la mesure où l’agent à l’origine d’externalités positives n’est pas récompensé, le niveau de production ou de consommation est sous-optimal. Ce niveau est plus faible que celui qui prévaudrait si l’agent avait été récompensé pour son activité, c’est-à-dire avait pu percevoir en totalité ou en partie les bénéfices de l’externalité positive liés à son action. L’allocation des ressources est donc sous-optimale en présence d’externalités positives, puisqu’elle conduit à une sous-production ou une sous-consommation d’un bien ou d’un service par rapport à celle qui prévaudrait en l’absence de défaillances du marché.
Inversement, dans la mesure où l’agent à l’origine d’externalités négatives n’est pas sanctionné, le niveau de production ou de consommation est plus élevé que celui qui prévaudrait si l’agent avait été pénalisé pour son activité, c’est-à-dire s’il avait dû prendre à sa charge, en totalité ou en partie, les désavantages liés à son action. L’allocation des ressources est donc sous-optimale en présence d’externalités négatives puisqu’elle conduit à une surproduction ou une surconsommation d’un bien ou d’un service par rapport à celle qui prévaudrait en l’absence de défaillances du marché.

Question 3.2 - Synthèse sur les externalités