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En quoi le libre accès aux biens communs met en péril leur existence ?

Le marché doit reposer sur des conditions très particulières de concurrence pure et parfaite pour atteindre...

Sommaire

Comprendre ce qu'est un bien communLes défaillances de marché en présence de biens communsÀ la découverte des différentes catégories de biensExercice 3.3 - Exemples de différents biensTableau 3.7 - Synthèse des typologies des biensAller plus loin
La tragédie des biens communsLa « tragédie des biens communs »Extrait d'article - Mésaventures d’un berger rationnelExercice 3.4 - La tragédie des biens communsVidéo - La tragédie des biens communs de Garett Hardin
Les biens communs, l'exemple de la pêche
L’épuisement des ressources halieutiques
Illustration 3.2 - Le Bluenose, la goélette de pêche des Grands Bancs
Graphique 3.4 - Quantité de cabillauds pêchés dans les Grands Bancs (nord de l’Atlantique) entre 1851 et 2011
Exercice 3.5 - L’épuisement des ressources halieutiques
Vidéo - Mettez fin à la surpêche !
Exercice 3.6 - Biens communs

Comprendre ce qu'est un bien commun

Les défaillances de marché en présence de biens communs

Le marché doit reposer sur des conditions très particulières de concurrence pure et parfaite pour atteindre une situation d’équilibre qui maximise la satisfaction des offreurs et des demandeurs.
Comme nous venons de l'étudier dans la Section 3.2 ,  le marché connaît desdéfaillancesqui ne permettent pas de parvenir à cette situation d’équilibre en présence d'externalités positives et négatives. 
Mais il existe aussi d’autres situations de défaillance. En particulier, le marché ne prend pas en compte de manière optimale la production de certains biens et services aux caractéristiques particulières, les biens communs et collectifs. 

À la découverte des différentes catégories de biens

À quel point les marchés parviennent-ils à fournir les biens que les individus désirent ? La réponse à cette question dépend du bien considéré. Lorsque nous étudions les différents biens présents dans l’économie, il est utile de les regrouper selon deux caractéristiques.
Les biens diffèrent au regard de leur nature, étant excluables ou rivaux. Un bien est excluable s’il est possible d’empêcher quelqu’un de l’utiliser. Un bien est rival dans le cas où, s’il est consommé par quelqu’un, la possibilité qu’il soit aussi consommé par quelqu’un d’autre est réduite.
Or, si les marchés opèrent au mieux dans le cas de biens privés, qui sont à la fois excluables et rivaux, ils ne fonctionnent pas aussi bien dans le cas des autres biens.
Les biens collectifs ne sont ni rivaux ni excluables. Des exemples de biens collectifs (essentiellement des services) incluent les spectacles de feux d’artifice, la Défense nationale et la recherche fondamentale. Ainsi, les États prennent en charge les biens publics et ils décident de la quantité à fournir.
Les ressources communes ou biens communs sont des biens rivaux, mais non excluables. Les exemples incluent les pâturages communs, l’air pur et les routes encombrées. Comme les individus ne paient pas pour l’utilisation de ces ressources, ils tendent à les utiliser de manière excessive.1
Rajoutons une dernière catégorie de biens : les biens de club, comme une chaîne de télévision payante. Ils sont excluables, mais non rivaux. Le Tableau 3.7 présente ces différents types de biens.
1 G. Mankiw et M. Taylor, Principes de l’économie, De Boeck, 2011. 

Exercice 3.3 - Exemples de différents biens

Donnez un exemple de biens appartenant a chacune des catégorie proposéedans le texte extrait de G. Mankiw et M. Taylor,Principes de l’économie, De Boeck, 2011.

Tableau 3.7 - Synthèse des typologies des biens

Aller plus loin

Comme l’illustrent les exemples du Tableau 3.8, le fait qu’un bien soit privé, commun ou collectif dépend non seulement de la nature du bien lui-même, mais également des institutions, notamment, juridiques.
Rappelons, par exemple, que la connaissance (les idées) qui n’est pas protégée par un droit d’auteur (ou d’autres droits de la propriété intellectuelle) peut être considérée comme unbien collectif. Par exemple le théorème de Pythagore peut être utilisé en même temps par tous (non-rival) et gratuitement (non-excluable). Mais à partir du moment où un droit d’auteur ou un brevet est institué, son détenteur détient un monopole temporaire sur le droit d’exploiter cette connaissance, il s’agit d’un bien privatif ou privé. Autre illustration : une terre de pâturage communale est un exemple debien commun. Mais si cette même terre est clôturée afin d’en exclure d’autres usagers, elle devient un bien privé.

La tragédie des biens communs

La « tragédie des biens communs »

En l’absence de droits de propriété, chaque agent économique est conduit à surexploiter les ressources communes (biens communs) afin de maximiser son profit ou son utilité.
Tel est l'enseignement des travaux du biologiste Garrett Hardin qui a publié en 1968 dans la revue Science un article portant sur la tragédie des biens communs (« The Tragedy of the Commons »). Dans cet article, il soutenait que les ressources qui sont en libre accès, appelées biens communs, courent le risque d’être facilement surexploitées si l’accès n’en est pas contrôlé. 
Étudions un extrait de cet article.

Extrait d'article - Mésaventures d’un berger rationnel

« Imaginez un pâturage (pré qui appartient à une commune et sur lequel les agriculteurs peuvent librement faire paître leur bétail) ouvert à tous. On doit s’attendre à ce que chaque éleveur essaie de mettre autant de bétail que possible sur le terrain commun. […] En tant qu’êtrerationnel, chaque éleveur cherche à maximiser son gain. Explicitement ou implicitement, plus ou moins consciemment, il se demande : "Quelle est l’utilité pour moi d’ajouter une bête de plus à mon troupeau ?" Cette utilité a une composante négative et une composante positive. […] L’éleveur rationnel conclut que la seule voie sensée qu’il peut suivre est d’ajouter une autre bête à son troupeau. Et une autre ; et une autre… Mais ceci est la conclusion atteinte par chaque berger rationnel partageant un terrain commun. C’est là que se trouve la tragédie. Chaque homme est enfermé dans un système qui le contraint à augmenter son troupeau sans limites, dans un monde qui est limité. La liberté dans les communaux apporte la ruine à tous. »
Garett Hardin, « La Tragédie des communaux », Revue Science, 13 décembre 1968. 

Exercice 3.4 - La tragédie des biens communs

En reprenant le texte de G. Hardin :  
1. Expliquez pourquoi chaque éleveur est rationnellement conduit à augmenter la taille de son troupeau.
2. Présentez les caractéristiques d’un pré communal en utilisant les critères de la rivalité et de l’excluabilité.
3. Quelles sont les conséquences du comportement des éleveurs sur le pré communal ?
4. Citez d’autres exemples de biens communs.

Vidéo - La tragédie des biens communs de Garett Hardin


Les biens communs, l'exemple de la pêche

L’épuisement des ressources halieutiques

Les zones de pêche sont ouvertes à tous : les ressources halieutiques (qui concernent la pêche) présentes dans ces zones sont rivales (ce qu’un pêcheur prélève ne peut plus être pêché par un autre), mais non excluables (il est impossible d’exclure quiconque de pêcher dans ces zones). Dès lors, on observe un épuisement de ces ressources, tel que la la disparition des Grands Bancs! 
Les exemples de tragédies fournis par Hardin abondent dans le monde : on le constate, par exemple, avec la pêche au cabillaud dans les Grands Bancs, dans l’Atlantique nord. Aux XVIIIe et XIXe siècles, des goélettes légendaires comme le Bluenose (Illustration 3.2) se pressaient de retourner au port vendre leur pêche du jour afin d’être les premières sur le marché et d’offrir du poisson frais. Pendant 300 ans, jusqu’à la fin du XXe siècle, les Grands Bancs constituèrent le moyen de subsistance des communautés de pêche canadiennes et américaines.
Tout à coup, l’industrie halieutique des Grands Bancs s’est effondrée, et bon nombre de villes vivant de la pêche ont disparu.
Collectivement, les pêcheurs auraient eu intérêt à ne pas pêcher autant de cabillauds, et les consommateurs auraient eu intérêt à ne pas trop en consommer. Mais chaque pêcheur ou consommateur agissant en fonction de son intérêt individuel (maximisation du profit ou de l’utilité), la ressource commune est surexploitée, au point qu’elle finit par disparaître.
LeGraphique 3.4indique la quantité de cabillauds pêchée sur une période de 163 ans : on constate une tendance graduelle à la hausse et un pic prononcé qui coïncide avec l’introduction de la pêche industrielle moins de 50 ans avant la disparition du cabillaud des Grands Bancs.

Illustration 3.2 - Le Bluenose, la goélette de pêche des Grands Bancs

Graphique 3.4 - Quantité de cabillauds pêchés dans les Grands Bancs (nord de l’Atlantique) entre 1851 et 2011

Millennium Ecosystem Assessment. 2005. Ecosystems and Human Well-Being: Synthesis. Washington, DC : Island Press. Adapté de la Figure 20.3 de Yann Algan-L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Exercice 3.5 - L’épuisement des ressources halieutiques

1. Comment les quantités de cabillauds pêchées ont-elles évolué entre 1851 et 2013 ? Utilisez deux techniques de calcul différentes. Pensez à établir un lien avec un argument du texte sur l’introduction de la pêche industrielle.
2. Comment expliquez-vous les évolutions observées sur le Graphique 3.4 ?
3. À terme, ne risquons-nous pas la disparition des biens communs ?

Vidéo - Mettez fin à la surpêche !

Exercice 3.6 - Biens communs

1. Donnez une évolution chiffrée des stocks de poissons dans le monde.
2. Donnez deux exemples de techniques de pêche actuelles qui sont responsables de la surexploitation des ressources halieutiques disponibles.
3. Quelles sont les conséquences des prises excessives des bateaux de pêche ?
4. Recherchez la définition de l’aquaculture. Quels en sont les risques sur le niveau des stocks disponibles ?
5. Relevez un exemple de solution possible pour lutter contre la surpêche au sein de l’Union européenne.