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En quoi une information asymétrique peut-elle conduire à l’aléa moral ?

Contracter une police d’assurance peut augmenter la probabilité que l’agent qui souscrit cette assurance...

Sommaire

La notion d'aléa moralLes actions cachées créent l'aléa moralToo big to failSélection adverse va parfois de pair avec aléa moral
Des marchés menacés de disparition par l'aléa moralLe marché difficile de l'assurance chômageQuelle différence avec l'assurance contre les accidents de voiture ?Exercice 3.11 - La crise financière des subprimesVidéo - 2007-2008 : de la crise immobilière américaine à la crise financière mondialeContexte historiqueÉclairage média
Synthèse
Synthèse - Asymétrie d'information et aléa moral
Question 3.5 - Où se situe l'aléa moral ?

La notion d'aléa moral

Les actions cachées créent l'aléa moral

Contracter une police d’assurance peut augmenter la probabilité que l’agent qui souscrit cette assurance prenne précisément les risques pour lesquels il est désormais couvert. Par exemple, une personne ayant contracté une assurance automobile comprenant une couverture totale contre les dommages ou le vol pourrait être moins vigilante (conduite à risque, oubli de verrouiller son véhicule) que quelqu’un qui n’aurait pas contracté d’assurance : il s’agit d’une action cachée ex post (après l’échange). Or, l’assureur ne peut pas vous imposer contractuellement la vitesse à laquelle vous conduisez, ni vous interdire de prendre le volant ou non après avoir consommé de l’alcool. L’assureur subit donc une situation d’aléa moral, car il n’est pas en mesure d’observer ou de contrôler tous les actes de ses assurés.
Dans le cas de l’assurance santé, l’aléa moral est même double : les agents se sachant assurés ont des comportements plus risqués ; une fois malades, ils peuvent multiplier les dépenses.
Comme la sélection adverse, les situations d’aléa moral sont présentes sur de nombreux marchés.

Too big to fail

L’expression « Too big to fail » est employée pour caractériser une organisation productive1dont la taille serait trop importante pour que les pouvoirs publics la laissent faire faillite, car cela aurait des conséquences graves. Par exemple, la faillite d’une grande banque (on parle alors de banques systémiques) peut se traduire par des réactions de panique dans la population, qui conduit les individus à retirer leurs dépôts placés dans l’ensemble des banques. Or, se pensant protégée par le principe du « Too big to fail », l’entreprise peut adopter un comportement opportuniste et risqué : l’État subit alors une situation d’aléa moral. Ce concept permet de comprendre la crise économique qui a débuté en 2008.
1Depuis 2009, ces institutions sont définies comme celles dont la faillite, en raison de leur taille, de leur complexité et de l’interconnexion avec d’autres banques, causerait des troubles importants au système financier dans son ensemble et à l’activité économique.

Sélection adverse va parfois de pair avec aléa moral

Certains marchés se caractérisent à la fois par une situation de sélection adverse et une situation d’aléa moral : nous l’avons montré dans le cas du marché de l’assurance.
C’est aussi le cas sur le marché du travail : un employeur non seulement ne connaît pas les compétences des candidats qui se présentent à l’embauche (d’où un risque de sélection adverse s’il propose des salaires trop faibles), mais il n’est pas non plus en mesure d’observer ou de contrôler parfaitement le comportement de ses salariés. Ceux-ci (parmi lesquels notamment les salariés en contrat à durée indéterminée), le sachant, peuvent adopter un comportement de « tire-au-flanc », en ne fournissant pas tous les efforts attendus (situation d’aléa moral).

Des marchés menacés de disparition par l'aléa moral

Le marché difficile de l'assurance chômage

Au-delà du marché des voitures d'occasion, certains marchés, pourtant essentiels pour le bien-être des citoyens, n'existent pas du fait de l'aléa moral, en particulier dans le domaine de la santé et de l'emploi.
Prenons le cas de l'assurance chômage, qui garantit un revenu pour les personnes qui tombent au chômage. Imaginons qu'une compagnie d'assurance privée envisage de rentrer sur ce marché en offrant des contrats d'assurance : les personnes intéressés payeraient des cotisations à cette compagnie lorsqu'elles sont en emploi, et reçoivent en échange des prestations sous forme de revenu de la part de cette compagnie si elles tombent au chômage.
Quel raisonnement la compagnie a-t-elle pour savoir si elle peut rentrer sur ce marché et faire des bénéfices ? Quels seront mes clients ? Les personnes qui sont les plus susceptibles de souscrire à cette assurance sont celles qui ont le plus de chance de tomber au chômage, le niveau de prestations à verser risque d'être élevé, comment les sélectionner (asymétrie d'informationex-antesur les clients). Par ailleurs l'effort des personnes pour retrouver un emploi est difficilement vérifiable (asymétrie d'information sur les comportementsex-post), et la période de versement des prestations peut-être très longue, engrangeant des pertes pour la compagnie d'assurance privée.
Conclusion : du fait de l'asymétrie d'informationex-antesur les risques de tomber au chômage et les effortsex-postpour en sortir de la part de ses clients potentiels, aucune compagnie d'assurance privée ne rentre sur ce marché de l'assurance chômage ! Nous verrons que l'État doit alors se substituer aux assurances privées pour délivrer ce type de service. 

Quelle différence avec l'assurance contre les accidents de voiture ?

Pourquoi existe-t-il en revanche des marchés d'assurance privée pour les accidents de voiture ? Nous sommes pourtant dans une même situation d'asymétrie d'informationex-anteetex-postde l'assureur par rapport au profil et au comportement plus ou moins risqué des conducteurs !
Pour élaborer une première réponse, demandez vous si vous même, pourtant ô combien prudent dans votre conduite, êtes garanti de ne jamais avoir d'accident ? Et raconter comment une compagnie d'assurance privée peut équilibrer ses pertes (dédommagement des mauvais conducteurs quand ils ont des accidents) avec ses gains (conducteurs prudents qui cotisent à l'assurance, mais font plus rarement appel à ses dédommagements !) 

Exercice 3.11 - La crise financière des subprimes

Visionnez la vidéo "2007-2008 : de la crise immobilière américaine à la crise financière mondiale"et répondez aux questions suivantes :
1. Quels risques les banques américaines ont-elles pris, déclenchant la crise de 2008 ?
2. Quel a été le coût, pour les pouvoirs publics, du sauvetage des banques Fannie Mae et Freddie Mac ? Celui du rachat des créances douteuses détenues par les banques ?
3. L’État américain accepte-t-il toujours de subir la situation d’aléa moral que lui imposent les banques ?

Vidéo - 2007-2008 : de la crise immobilière américaine à la crise financière mondiale

Contexte historique

La crise bancaire et financière de 2007-2008 est la plus grave que l'économie mondiale ait connu depuis les années 1930. Elle se déclenche début 2007, par l'explosion d'une bulle immobilière aux États-Unis. Le mécanisme est le suivant : des sociétés de crédit proposent à des ménages peu fortunés d'acquérir une maison par des prêts hypothécaires, les subprimes. Pour se couvrir du risque, les prêteurs comptent sur la hausse rapide des prix immobiliers. La revente en cas de saisie épongera les dettes. Le risque des subprimes est atténué par la « titrisation » qui mixe les prêts avec d'autres crédits plus solides. Les nouveaux titres sont ensuite placés avec des rendements attractifs auprès des banques et du public. Les subprimes ont du succès puisque leur montant atteint 1 000 milliards de dollars, soit 10 % de la dette hypothécaire américaine avant la crise. Cette stratégie fonctionne tant que le nombre des emprunteurs insolvables reste limité. Or, en 2006, il est de 11 %, mais il augmente jusqu'à 20 % en 2008. Le stock de biens saisis augmente, les prix de l'immobilier s'effondrent.
Cette chute de l'immobilier amorce le deuxième temps de la crise. Les banques les plus engagées sur ce marché comme HSBC rendent publiques leurs pertes en février 2007. À l'été et à l'automne, les mauvaises nouvelles s'accumulent des deux côtés de l'Atlantique. UBS, Merryll Linch et la Société générale reconnaissent des pertes. Ces aveux ne calment pas la méfiance du public qui soupçonne les banques de sous-estimer leurs dettes. Les actions s'effondrent, le marché boursier en subit le contre-coup. Le CAC 40 qui était de 6.168 points en juin 2007 perd 1 000 points à la fin de l'été. En Grande-Bretagne, en une journée, le 14 septembre 2007, les clients de la Northern Rock retirent un milliard de livres sterling. La banque n'est sauvée que par la nationalisation, le gouvernement jouant le rôle de prêteur en dernier ressort.
Partout, les organismes publics agissent pour combler les pertes, la BCE injecte 500 milliards de dollars dans le système financier en décembre 2007. La FED baisse à plusieurs reprises son taux d'intérêt pour faciliter l'accès au crédit. Une banque solide comme JP Morgan rachète Bear Sterns en difficulté. Ces opérations sont renouvelées tout au long de l'année pour éviter une paralysie du système bancaire, mais l'inquiétude demeure.
En septembre 2008, deux sociétés, Freddy Mack et Fanny Mae, qui garantissent le financement des prêts en assurant le relais entre les banques et le marché immobilier, doivent être sauvées par une intervention du gouvernement américain à hauteur de 100 milliards de dollars. Ces deux organismes jouent un rôle fondamental dans le système, car ils placent les crédits qu'ils ont « titritisés » auprès d'autres organismes financiers. De fait, les banques contribuent à diffuser des actifs toxiques, alors qu'elles étaient censées réduire les risques. Quelques jours plus tard, le Trésor laisse la banque d'affaires Lehman Brothers faire faillite. On veut faire un exemple vis-à-vis de ceux qui pensaient qu'elle étaittoo big to fail, trop grosse pour chuter. Cette décision provoque une panique et une accélération de la crise qui touche d'autres pays et se fait sentir sur l'activité économique générale.
En Europe, la banque belgo-hollandaise Fortis est nationalisée en octobre 2008. Le gouvernement français proclame qu'il ne laissera pas les banques françaises faire faillite. En 2009, il engage jusqu'à 363 milliards d'euros pour les prémunir des risques. La banque Dexia qui finançait les collectivités locales est nationalisée en 2011.
La crise de liquidité et la contraction du crédit se font sentir sur l'économie réelle. En 2009, le PIB de l'Union européenne chute de 4,1 %, le chômage monte à 10 %. La récession touche toute l'Europe et les États-Unis. Les pays émergents sont eux peu affectés.

Éclairage média

Le présentateur du journal télévisé a invité deux économistes experts et habitués des plateaux, Elie Cohen et Marc Fiorentino, pour débattre de la crise financière qui sévit depuis plus d'un an. La parole de ces spécialistes n'étant pas toujours accessible au grand public, la rédaction a décidé de présenter un montage de 2 min 45, un temps plus long qu'à l'ordinaire, pour revenir sur les étapes de la crise et expliquer comment des dettes immobilières en Amérique peuvent affecter l'Europe et la France. Quelques dates, des images et de l'infographie relèvent le défi : expliquer simplement une crise financière mondiale.
Le point de départ est indiqué par un éphéméride : février 2007, l'éclatement d'une bulle immobilière montrée par les images de familles expulsées avec leurs meubles étalés devant la maison qu'ils doivent abandonner. Ces images, spectaculaires et choquantes pour des Français, illustrent la procédure, courante aux États-Unis, des expulsions pour traites impayées. Le commentaire assimile les subprimes aux prêts à taux variables. C'est en partie inexact, car elles peuvent aussi être à taux fixe. Ce qu'il y a de commun, c'est l'hypothèque qui permet de saisir la maison pour défaut de paiement. Une diapositive explique l'enchaînement qui touche les banques et le marché financier aujourd'hui mondialisé. L'effet domino de l'animation est simple et efficace. On passe ensuite à mars et septembre 2008, quand les faillites obligent les grandes banques et le Trésor à intervenir pour empêcher un écroulement du système de crédit. La déclaration de Henry Paulson semble se plier à la loi dutoo big to fail. Le reportage introduit ensuite une rupture par une « citation » du présentateur David Pujadas, annonçant la faillite de Lehmann Brothers. Ce procédé d'écriture veut signifier l'importance de l'événement, confirmé par les propos d'Alan Greenspan. Le mécanisme de la crise s'internationalise (images de la City).
Le commentaire omet de dire que c'est une décision de G. Bush qui précipite la faillite de Lehmann. La dernière partie du reportage quitte le champ de la pédagogie pour enchaîner sur l'action des gouvernements qui prennent en main le sort du système bancaire, par des nationalisations et des plans de sauvetage. L'action gouvernementale est mise en scène par la rencontre au niveau européen : Nicolas Sarkozy, qui préside l'UE, jusqu'à la fin de l'année 2008, reçoit ses partenaires à l'Élysée pour trouver des réponses à la crise.

Synthèse

Synthèse - Asymétrie d'information et aléa moral

Une asymétrie d’information portant sur une action cachée conduit à une situation d’aléa moral (ex post, après l’échange) ; les individus ou groupes, dont il est difficile ou coûteux de contrôler les actes, se sachant protégés, sont susceptibles d’adopter des comportements inadéquats ou risqués.
Certains marchés se caractérisent à la fois par une situation de sélection adverse et d’aléa moral.

Question 3.5 - Où se situe l'aléa moral ?

Parmi les cas suivants, lesquels correspondent à un problème d’aléa moral ?
1. Un marché de l’assurance automobile dans lequel les assureurs ne savent pas si les assurés conduisent plus ou moins prudemment.
Correct. Dans le cas du marché de l’assurance automobile dans lequel les assureurs ne savent pas si les assurés conduisent plus ou moins prudemment, c’est un problème d’action cachée (aléa moral).
2. Un marché d’assurance santé dans lequel les assureurs ne savent pas si les souscripteurs sont des fumeurs réguliers ou non.
Incorrect. Fumer est une caractéristique cachée, car les fumeurs ont des risques plus élevés. Si la prime était fixée pour les personnes de risque moyen, les non-fumeurs seraient moins enclins à souscrire cette assurance.
3. La vente de suppléments nutritifs en ligne pour lesquels les consommateurs ne peuvent pas savoir si la composition est conforme aux dires des vendeurs.
Incorrect. La qualité du produit est une caractéristique cachée. Si le prix était égal au coût marginal des produits de qualité moyenne, seuls les producteurs de produits de faible qualité ou de produits contrefaits seraient enclins à vendre.
4. Une entreprise qui emploie des salariés en télétravail, mais ne peut pas vérifier l’effort fourni.
Correct. Dans le cas de l’entreprise qui emploie des salariés en télétravail, mais ne peut pas vérifier l’effort fourni, c’est un problème d’action cachée (aléa moral).