Les actions cachées créent l'aléa moral
Contracter une police d’assurance peut augmenter la probabilité que l’agent qui souscrit cette assurance prenne précisément les risques pour lesquels il est désormais couvert. Par exemple, une personne ayant contracté une assurance automobile comprenant une couverture totale contre les dommages ou le vol pourrait être moins vigilante (conduite à risque, oubli de verrouiller son véhicule) que quelqu’un qui n’aurait pas contracté d’assurance : il s’agit d’une action cachée ex post (après l’échange). Or, l’assureur ne peut pas vous imposer contractuellement la vitesse à laquelle vous conduisez, ni vous interdire de prendre le volant ou non après avoir consommé de l’alcool. L’assureur subit donc une situation d’aléa moral, car il n’est pas en mesure d’observer ou de contrôler tous les actes de ses assurés.
Dans le cas de l’assurance santé, l’aléa moral est même double : les agents se sachant assurés ont des comportements plus risqués ; une fois malades, ils peuvent multiplier les dépenses.
Comme la sélection adverse, les situations d’aléa moral sont présentes sur de nombreux marchés.
Too big to fail
L’expression « Too big to fail » est employée pour caractériser une organisation productive1dont la taille serait trop importante pour que les pouvoirs publics la laissent faire faillite, car cela aurait des conséquences graves. Par exemple, la faillite d’une grande banque (on parle alors de banques systémiques) peut se traduire par des réactions de panique dans la population, qui conduit les individus à retirer leurs dépôts placés dans l’ensemble des banques. Or, se pensant protégée par le principe du « Too big to fail », l’entreprise peut adopter un comportement opportuniste et risqué : l’État subit alors une situation d’aléa moral. Ce concept permet de comprendre la crise économique qui a débuté en 2008.
1Depuis 2009, ces institutions sont définies comme celles dont la faillite, en raison de leur taille, de leur complexité et de l’interconnexion avec d’autres banques, causerait des troubles importants au système financier dans son ensemble et à l’activité économique.
Sélection adverse va parfois de pair avec aléa moral
Certains marchés se caractérisent à la fois par une situation de sélection adverse et une situation d’aléa moral : nous l’avons montré dans le cas du marché de l’assurance.
C’est aussi le cas sur le marché du travail : un employeur non seulement ne connaît pas les compétences des candidats qui se présentent à l’embauche (d’où un risque de sélection adverse s’il propose des salaires trop faibles), mais il n’est pas non plus en mesure d’observer ou de contrôler parfaitement le comportement de ses salariés. Ceux-ci (parmi lesquels notamment les salariés en contrat à durée indéterminée), le sachant, peuvent adopter un comportement de « tire-au-flanc », en ne fournissant pas tous les efforts attendus (situation d’aléa moral).