Revenir
Revenir

Comment les pouvoirs publics interviennent-ils pour lutter contre les asymétries d’information ?

Pour lutter contre les asymétries d’informations, les pouvoirs publics doivent agir pour rendre l’information...

Sommaire

Lutter contre la publicité mensongèreDes moyens réglementaires anciensArticle - Coca-Cola condamné pour publicité mensongèreExercice 3.14 - Publicité mensongère
Assurer la transparence des marchésLa mise en place d'un cadre informatif obligatoireIllustration 3.4 - La catégorie à laquelle appartient l’aliment est mise en exergue sur le logoLa création de labelsArticle - AOC, Label rouge, AB : les signes officiels de qualité et d'origine garantisL'Appellation d'origine contrôléeL'Appellation d'origine protégéeL'Indication géographique protégée
La Spécialité traditionnelle garantie
L'Agriculture biologique
Le Label rouge
La mise en place de normes obligatoires
L'obligation de traçabilité des produits
SynthèseSynthèse - Les deux leviers des pouvoirs publics

Lutter contre la publicité mensongère

Des moyens réglementaires anciens

Pour lutter contre les asymétries d’informations, les pouvoirs publics doivent agir pour rendre l’information plus transparente. Ils utilisent des moyens réglementaires qui peuvent être soit contraignants soit incitatifs.
En 1935, l’Office de contrôle des annonces (ancêtre de l’actuelle Autorité de régulation professionnelle de la publicité) est chargé de s’assurer de la sincérité des messages publicitaires. En 1938 aux États-Unis, la loi Wheeler-Lea interdit les pratiques commerciales « trompeuses » et octroie à la Federal Trade Commission le pouvoir de mettre un terme à toute publicité mensongère.
L’objectif de ces institutions publiques est de faire repérer les pratiques trompeuses et de les faire cesser dans l’intérêt des consommateurs et des producteurs concurrents ; cela permet de limiter les risques de sélection adverse.

Article - Coca-Cola condamné pour publicité mensongère

Le 13/06/2014, Jean-Bernard Cadier et correspondant à New York
Aux États-Unis, Coca-Cola vient d'être débouté devant la Cour suprême. La firme vend sous la marque Minute Maid du jus de grenade qui ne contient en fait que très peu de grenade. La Cour suprême a estimé qu'il y avait tromperie pour le consommateur.
C'est l'histoire d'une étiquette qui exagère. Celle d'un jus de fruit de la marque Minute Maid, qui fait partie du groupe Coca Cola. Sur l'emballage on peut lire en grosses lettres "Grenade myrtille" et, en plus petit, un mélange de 5 fruits.
Un concurrent spécialisé dans le jus de grenade a porté plainte car dans ce jus de fruit, il n'y a en fait que 0,3% de grenade et 0,2% de myrtille... 99% du produit étant constitué de jus de pomme et jus de raisin, beaucoup moins chers.
Les avocats de Coca Colase battaient depuis des années en disant qu'il n'y avait pas mensonge, en s'appuyant sur un règlement de la FDA, l'agence qui régule les produits alimentaires. Elle dit qu'on a le droit de donner à un produit le nom d'un ingrédient même si celui-ci est minoritaire.
La Cour suprême a dit que ce règlement était contraire à la loi et que le consommateur avait été trompé. Le camp d'en face parle d'une victoire pour les consommateurs. La décision de la Cour suprême élargit considérablement le concept de publicité mensongère ce qui pourrait ouvrir la voie à davantage de plaintes déposées par des consommateurs ou par des concurrents.

Exercice 3.14 - Publicité mensongère

1. De quoi l’entreprise Coca-Cola est-elle accusée dans l'affaire mentionnéedans l'article "Coca-Cola condamné pour publicité mensongère" ?
2. Pourquoi les pouvoirs publics ont-ils eu à se prononcer sur l’étiquette de cette boisson ?

Assurer la transparence des marchés

La mise en place d'un cadre informatif obligatoire

Les pouvoirs publics interviennent aussi pour inciter ou contraindre les producteurs à fournir certaines informations aux consommateurs, notamment pour lutter contre la sélection adverse.
Les pouvoirs publics peuvent inciter ou contraindre les entreprises à harmoniser leurs pratiques pour qu’elles soient plus transparentes.
Dans le cadre de la loi de Santé de 2016, le gouvernement français a recommandé la mise en place d’une information nutritionnelle claire, visible, et facile à comprendre pour tous. L’objectif : améliorer l’information nutritionnelle figurant sur les produits et aider ainsi les consommateurs à acheter des aliments de meilleure qualité nutritionnelle.
C’est un logo à cinq couleurs apposé sur la face avant des emballages qui, grâce à une lettre et à une couleur, informe les consommateurs sur la qualité nutritionnelle d’un produit (voir l’Illustration 3.4). Chaque produit est ainsi positionné sur une échelle à cinq niveaux allant du produit le plus favorable sur le plan nutritionnel (classé A) au produit le moins favorable sur le plan nutritionnel (classé E).

Illustration 3.4 - La catégorie à laquelle appartient l’aliment est mise en exergue sur le logo

La création de labels

Les pouvoirs publics peuvent favoriser des initiatives de labellisation prises par des acteurs du marché (entreprises, associations de consommateurs) ou créer des normes.
En 1924, le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié, propriétaire de vignobles à Châteauneuf-du-Pape, pour garantir la qualité des vins de sa commune, créa un syndicat des vignerons de Châteauneuf qui obtint une définition et une délimitation des vins de Châteauneuf lors d’un procès en 1933. Ce fut la genèse des appellations d’origine qui concernent aujourd’hui 95 % du vignoble français. Il s’agissait de lutter contre une sélection adverse qui aurait profité aux vins de moins bonne qualité.
Les labels ont pour but de renforcer l’information sur les produits puisqu’il s’agit de signes officiels nous renseignant sur les caractéristiques contrôlées de produits. Ils sont développés par l’ensemble des acteurs de la filière de production et reconnus par les pouvoirs publics. Ils permettent là encore d’éviter l’antisélection (ou sélection adverse).

Article - AOC, Label rouge, AB : les signes officiels de qualité et d'origine garantis

Publié le 21 juillet 2017 - Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)
Alors que s'ouvrent jeudi 20 juillet 2017 les États généraux de l'alimentation, comment identifier les aliments de qualité ? Connaissez-vous les signes officiels d'origine et de qualité des produits alimentaires et les différences qui existent entre ces différents logos (AOC, AOP, Label rouge, Agriculture biologique...) ?

L'Appellation d'origine contrôlée

L’Appellation d’origine contrôlée (AOC) est la dénomination d’un pays, d’une région ou d’une localité servant à désigner un produit qui en est originaire et dont la qualité ou les caractères sont dus au milieu géographique (Chablis, Roquefort, poulet de Bresse...). La production, la transformation et l’élaboration doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée et selon un savoir-faire reconnu. La reconnaissance d’une AOC est entérinée par un décret qui porte homologation du cahier des charges de l’appellation.

L'Appellation d'origine protégée

L’Appellation d’origine protégée (AOP) constitue l’équivalent européen de l’AOC.

L'Indication géographique protégée

L'Indication géographique protégée (IGP) établit un lien géographique entre un produit et une région moins fort que pour l’AOP. C’est un label européen concernant un produit dont les spécificités sont liées à un lieu géographique mais le lien avec le terroir peut se limiter à la production ou à la transformation ou à l'élaboration (raviole du Dauphiné par exemple).

La Spécialité traditionnelle garantie

La Spécialité traditionnelle garantie (STG) est issue de la réglementation européenne : elle protège les recettes traditionnelles (moules de bouchot, mozzarella, jambon Serrano...).

L'Agriculture biologique

L'Agriculture biologique (AB) garantit un mode de production respectueux de l’environnement et du bien-être animal, les règles encadrant ce mode de production étant identiques au niveau européen (les produits importés restent soumis aux mêmes exigences).

Le Label rouge

Le Label rouge est un label français correspondant aux produits dont les conditions de production ou de fabrication sont d’un niveau de qualité supérieure à celles d’autres produits similaires (saumon fumé, œufs, charcuterie...).

La mise en place de normes obligatoires

En 1972, plus de 18 000 personnes sont décédées d’un accident de la route en France (contre un peu moins de 4 000 par an aujourd’hui). Ce triste record a été l’occasion pour les pouvoirs publics d’initier une politique de sécurité routière. Ils ont souhaité éviter que les conducteurs, sous prétexte qu’ils sont assurés, ne prennent davantage de risques (situation d’aléa ou de risque moral) que s’ils devaient supporter eux-mêmes les conséquences de leur imprudence. C’est pourquoi, à partir de 1976, l’État a obligé les assureurs à augmenter la prime d’assurance (les prix) payée par les conducteurs responsables de dommages (le malus) et à la baisser pour les conducteurs n’ayant pas d’accident (le bonus). Cette norme, le bonus-malus (ou clause de réduction-majoration), a pour but d’inciter le conducteur à la prudence, et donc de limiter l’aléa moral.

L'obligation de traçabilité des produits

Le ministère de l’Intérieur, en créant le site Histovec, contribue à l’amélioration de l’information sur le marché des voitures d’occasion. En effet, le vendeur est incité à communiquer le dossier officiel du véhicule qui fait apparaître des informations importantes, ce qui permet de lutter contre l’antisélection. L’historique du véhicule est un élément de sa traçabilité. La traçabilité désigne une procédure de suivi des informations depuis la création d’un produit jusqu’à sa destruction.
La traçabilité est imposée par les pouvoirs publics surtout sur les marchés des produits qui présentent un risque sanitaire, les produits pharmaceutiques et l’agroalimentaire en font partie. Les pouvoirs publics obligent, par exemple, certains producteurs de biens alimentaires à équiper leurs produits d’indicateurs temps-température pour pouvoir vérifier que la chaîne du froid n’a pas été rompue.
La traçabilité est surtout utilisée a posteriori en cas de défaillance du produit. Elle permet alors de retracer les étapes de son élaboration et d’établir les responsabilités de la défaillance (accidents dramatiques de plusieurs avions Boeing 737 Max, nouveau modèle produit par l’avionneur ; qui conduisent les autorités à arrêter son exploitation commerciale en 2019 le temps de l’enquête). Elle permet aussi de vérifier les produits qui ont été mis au point dans les mêmes conditions que le produit défaillant (rappel de lots de voitures, par exemple).

Synthèse

Synthèse - Les deux leviers des pouvoirs publics

L’État va donc intervenir pour :
  • mettre en place un cadre institutionnel qui assure le bon fonctionnement des marchés (droits de propriété bien établis ou information lisible et transparente, par exemple) ;
  • agir directement sur les marchés pour corriger leurs défaillances (internalisation des effets externes, réglementation du processus de production ou produits fournis par l’État, par exemple).