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Pourquoi peut-on dire que le taux d’intérêt est le prix sur le marché des fonds prêtables ?

Le marché des fonds prêtables est le marché sur lequel des agents en besoin de financement souhaitant...

Sommaire

Modèle théorique du marché des fonds prêtablesLe marché des fonds prêtablesGraphique 4.4 - Le marché de fonds prêtablesOffre et demande sur le marché des fonds prêtablesÉquilibre du marché des fonds prêtables
Le taux d'intérêt nominal et le taux d'intérêt réelIntégrer la notion d'inflationLe taux d'intérêt réel est le taux d'intérêt nominal combiné à l'inflationQuestion 4.7 - Qui sert l'inflation ?Question 4.8 - Peut-on prévoir l'inflation ?Hors inflation, on peut confondre taux d'intérêt nominal et réelQuestion 4.9 - Quelle situation en 2019 ?
Question 4.10 - Inflation et taux d'intérêt au Japon
SynthèseSynthèse - Le taux d'intérêt et le marché des fonds prêtables

Modèle théorique du marché des fonds prêtables

Le marché des fonds prêtables

Le marché des fonds prêtables est le marché sur lequel des agents en besoin de financement souhaitant emprunter et des agents en capacité de financement souhaitant prêter se rencontrent.
Ce marché est un modèle ; il simplifie donc la réalité. Par exemple, il considère que tous les prêts sont équivalents entre eux (prêter pour un an à l’État ou prêter pour dix ans à une start-up reviendrait au même), c’est l’hypothèse d’homogénéité. Cependant, ce modèle permet de comprendre le processus qui mène à l’équilibre sur ce marché dont le prix s’exprime en pourcentage annuel et pas en euros.

Graphique 4.4 - Le marché de fonds prêtables

Offre et demande sur le marché des fonds prêtables

Le Graphique 4.4 illustre chaque élément de ce marché.
  • La demande de fonds prêtables : elle émane des agents économiques qui souhaitent emprunter du fait de leur besoin de financement. Par exemple, les États qui émettent des bons du Trésor ou les entreprises à la recherche de financement pour investir et qui veulent emprunter soit sur le marché obligataire (marché où sont émises, vendues et achetées les obligations) soit auprès de banques. La demande de fonds prêtables est une fonction décroissante du taux d’intérêt. Si le taux d’intérêt augmente (passant de 6 % à 8 % sur leGraphique 4.4), le coût d’emprunt pour une entreprise ou un ménage est plus élevé : ils empruntent moins, la quantité demandée baisse (de 1 000 millions d’euros à 600 millions).
  • L’offre de fonds prêtables : elle émane principalement des agents en capacité de financement. Elle provient, par exemple, des ménages dont l’épargne est gérée essentiellement par les banques ou lesfonds d’investissement. L’offre de fonds prêtables est une fonction croissante du taux d’intérêt. Plus le taux est élevé, plus les revenus que les ménages obtiennent de leur épargne sont importants, ce qui les incitent à épargner. La quantité offerte augmente donc lorsque les taux d’intérêt augmentent.

Équilibre du marché des fonds prêtables

Quelles sont les quantités finalement échangées sur le marché des fonds prêtables ?
Sur le marché d’un bien ou d’un service, le prix d’équilibre est celui qui égalise la demande et l’offre, et détermine les quantités échangées à ce prix. De même sur le marché des fonds prêtables, le prix, qui est le taux d’intérêt, joue ce rôle. Ainsi, sur le Graphique 4.4, lorsque le taux d’intérêt est fixé à 6 %, il y a autant d’offre que de demande de fonds prêtables : 1 000 millions d’euros.
Le taux d’intérêt, même s’il ne s’exprime pas en euro, est donc bien un prix qui égalise l’offre et la demande sur un marché, celui des fonds prêtables. À ce taux d’intérêt, tous les emprunteurs disposés à payer ce prix parviennent à trouver des prêteurs pour financer leur projet.

Le taux d'intérêt nominal et le taux d'intérêt réel

Intégrer la notion d'inflation

Le taux d’intérêt est le prix payé pour transférer du pouvoir d’achat du futur vers le présent.
Dans le cas de Julia, on a supposé (sans le préciser) que le prix du fauteuil était le même aujourd’hui et un an plus tard. Cette hypothèse est réaliste pour Julia, mais ne le serait pas pour un ménage qui emprunterait à 15 ans pour acheter une maison ou une entreprise qui émettrait des obligations à 15 ans (c’est une forme d’emprunt) pour investir.
En effet, la somme empruntée aujourd’hui ne permettra pas forcément d’acheter autant de biens et de services dans 15 ans, car les prix pourront avoir beaucoup augmenté : dans ce cas, il s’agirait d’inflation.

Le taux d'intérêt réel est le taux d'intérêt nominal combiné à l'inflation

Prenons un exemple dans un pays à forte inflation, l’Argentine, pour bien comprendre ce phénomène.
Facundo, un jeune boulanger argentin, emprunte 100 000 pesos sur un an pour s’équiper. Sa banque lui accorde un prêt avec un taux d’intérêt de 55 %.
Le taux d’intérêt affiché par la banque est untaux d’intérêt nominal, il s’appelle ainsi car c’est ce qui est inscrit sur l’offre de prêt.
Que devra-t-il payer à sa banque dans un an ?
Principal+Inteˊreˆts=100 000+100 000×55100=100 000+55 000=155 000 pesos\begin{align*}\text{Principal} + \text{Intérêts} &= \text{100 000} + \text{100 000} \times \frac{55}{100} = \text{100 000} + \text{55 000} = \text{155 000 pesos}\end{align*}Principal+Inteˊreˆts​=100 000+100 000×10055​=100 000+55 000=155 000 pesos​
  • Hypothèse 1 : l’inflation est de 50 % par an (c’est ce que la banque prévoyait). Cela signifie que son équipement lui coûterait 150 000 pesos un an après. En payant 155 000 pesos à sa banque, il ne paie que 5 000 pesos de plus et 3,3 % de plus ((5 000 ÷ 150 000) × 100) que s’il avait attendu un an pour s’équiper. Ces 3,3 % représentent letaux d’intérêt réel(le prix qu’il paie réellement) qui est très inférieur à 55 %.
  • Hypothèse 2 : l’inflation est de 60 % par an (plus que prévu par la banque). Cela signifie que son équipement lui coûterait 160 000 pesos un an après or il ne paie que 155 000 pesos à la banque ! Comme l’inflation est supérieure au taux d’intérêt nominal, le boulanger dépense, grâce à l’emprunt, 5 000 pesos de moins que s’il avait attendu un an. Le taux d’intérêt réel est donc négatif : -3,2 % (-(5 000 ÷ 160 000) × 100).

Question 4.7 - Qui sert l'inflation ?

À qui cette inflation est-elle favorable, à l’emprunteur ou au prêteur ?
1. À l’emprunteur et au prêteur.
Incorrect. L’inflation n’est favorable qu’à l’emprunteur. Le prêteur sera remboursé d’une somme qui a perdu en pouvoir d’achat du fait de l’inflation.
2. À l’emprunteur.
Correct. L’emprunteur va rembourser une somme (le principal) qui, dans 15 ans, permettra d’acheter moins de biens et de services que ce qu’il a pu acheter au moment du prêt.
3. Au prêteur.
Incorrect. Le prêteur va recevoir, au bout de 15 ans, une somme qui lui permettra d’acheter moins de biens et de services que ce qu’il aurait pu acheter au lieu de prêter cet argent.
4. Ni à l’emprunteur ni au prêteur.
Incorrect. L’inflation est favorable à l’emprunteur qui se procure, au moment du prêt, une quantité de biens et services supérieure à celle qu’il pourrait se procurer dans 15 ans.

Question 4.8 - Peut-on prévoir l'inflation ?

Mais l’intérêt compense-t-il cette perte pour le prêteur/ce gain pour l’emprunteur de pouvoir d’achat ?
1. C’est possible.
Correct. L’intérêt compense la perte pour le prêteur/le gain pour l’emprunteur si l’on constate a posteriori que le taux d’intérêt est supérieur à l’inflation.
2. Oui.
Incorrect. C’est possible, mais incertain, car on ne connaît pas à l’avance l’inflation du futur le jour où l’on prête (emprunte).
3. Non.
Incorrect. Le taux d’intérêt est le prix d’un service, donc le prix reçu par le prêteur (payé par l’emprunteur) est forcément réduit de l’inflation.
4. On ne peut pas savoir.
Correct. En effet, on ne sait pas à l’avance si le taux d’intérêt compense l’inflation, mais on peut calculer le taux d’intérêt réel a posteriori pour vérifier.

Hors inflation, on peut confondre taux d'intérêt nominal et réel

Lorsque l’inflation et les taux d’intérêt sont faibles, le calcul du taux d’intérêt réel peut être simplifié par la formule approximative suivante1 :
\begin{align*}\text{taux d'intérêt réel (% par an)} =\text{taux d'intérêt nominal (% par an)} \\ - \text{taux d'inflation (% par an)}\end{align*}
Le taux d’intérêt réel mesure donc le coût réel du transfert de pouvoir d’achat du futur vers le présent.
1Cette formule est simplificatrice, mais elle fonctionne bien. Pour l’hypothèse 1 de l’exemple argentin il aurait fallu appliquer la formule précise : 1,55 ÷ 1,50 = 1,033 soit + 3,3 %.

Question 4.9 - Quelle situation en 2019 ?

Début 2019, le taux d’intérêt nominal au sein de la zone euro est de 1,27 % d’après l’Insee, tandis que le taux d’inflation s’élève à 1,5 % environ. Que peut-on en déduire ?
1. Le taux d’intérêt réel est de +0,23 %.
Incorrect. Le taux d’intérêt réel est négatif, car le taux d’inflation est supérieur au taux d’intérêt nominal.
2. Le taux d’intérêt réel est de −0,23 %.
Correct. 1,27 − 1,5 = −0,23 % (calcul approximatif qui fonctionne, car les taux sont faibles).
3. Cette situation est favorable aux emprunteurs.
Correct. Les emprunteurs sont favorisés à tel point que leur crédit leur offre un meilleur pouvoir d’achat que celui qu’ils auraient eu dans le futur.
4. Cette situation est favorable aux prêteurs.
Incorrect. Les prêteurs sont très défavorisés, leur pouvoir d’achat au moment du remboursement est plus faible que lorsqu’ils ont prêté.

Question 4.10 - Inflation et taux d'intérêt au Japon

Le tableau suivant illustre le taux d’intérêt nominal et le taux d’inflation par an du Japon pendant la période 1996-2015.
1. Les prix à la consommation baissaient au Japon entre 1996 et 2010.
Correct. Si le taux d’inflation est négatif, cela signifie que les prix baissent ; on parle de déflation.
2. Le taux d’intérêt réel en 1996-2000 était de −0,4 %.
Incorrect. Le taux d’intérêt réel entre 1996 et 2000 était de 1,5 – (−1,9) = 3,4 %.
3. Le taux d’intérêt réel annuel du Japon a diminué de 0,3 point de la période 1996-2000 à la période 2011-2015.
Incorrect. Les taux d’intérêt réels pour ces deux périodes sont respectivement de 3,4 % et −0,4 %. Ainsi, le taux d’intérêt réel annuel a diminué de 3,8 points.
4. Le taux d’intérêt réel a diminué plus rapidement que le taux d’intérêt nominal.
Correct. La baisse du taux d’intérêt réel chaque année est plus importante que celle du taux d’intérêt nominal, car le taux d’inflation était également croissant.

Synthèse

Synthèse - Le taux d'intérêt et le marché des fonds prêtables

Le taux d’intérêt constitue à la fois la rémunération du prêteur et le coût pour l’emprunteur.
Pour les agents à capacité de financement, ce taux, appliqué à la somme qu’ils prêtent, correspond donc à leur rémunération. Pour les agents emprunteurs, il correspond au prix que ces agents doivent payer pour obtenir cette somme.
Le taux d’intérêt peut être nominal (celui indiqué sur le contrat de prêt ou le taux qui rémunère l’épargne) : dans ce cas, il ne prend pas en compte l’évolution du niveau général des prix durant la période considérée. Le taux d’intérêt réel est égal, quant à lui, au taux d’intérêt nominal moins le taux d’inflation. Le taux d’intérêt réel constitue le coût réel du crédit pour l’emprunteur et le pouvoir d’achat de la rémunération obtenue par le prêteur.