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Quelles sont les fonctions de la monnaie ?

La monnaie comprend tout élément qui puisse être utilisé comme moyen d’échange. 

Sommaire

Les multiples formes de la monnaieExercice 5.2 - Les cigarettes durant la Seconde Guerre mondialeVidéo - L’exemple du BitcoinExercice 5.3 - Le Bitcoin est-il une monnaie comme les autres ?
La monnaie comme instrument d’échangeInstrument d’échangeLe problème de la double coïncidence des besoinsLa monnaie simplifie les échangesExercice 5.4 - Instrument d’échange
La monnaie comme instrument de compteUnité de compteExercice 5.5 - Les calculs des prix relatifs
La monnaie comme réserve de valeurRéserve de valeurDes risques d'inflation surveillés de près
Synthèse : les trois fonctions de la monnaieIllustration 5.2 - Les trois fonctions de la monnaieSynthèse - Le rôle de la confianceSynthèse - La notion de liquidité

Les multiples formes de la monnaie

La monnaie comprend tout élément qui puisse être utilisé comme moyen d’échange. 
De nos jours, chaque pays fabrique des billets de banque et des pièces de monnaie dont la seule fonction est de constituer de la monnaie permettant de réaliser des échanges. Ce qui confère de la valeur à ces billets et pièces, c’est qu’ils sont acceptés comme moyen de paiement. 
Mais la monnaie fut créée à maintes reprises dans l’histoire et sous diverses formes. La plus familière est la pièce, qui est un morceau de métal. Mais des sociétés ont proposé d’autres formes de monnaie : coquillages, sel, grains, pierres précieuses…

Exercice 5.2 - Les cigarettes durant la Seconde Guerre mondiale

Dans les camps de prisonniers allemands de la Seconde Guerre mondiale, ce sont les cigarettes qui servaient de monnaie. La Croix-Rouge fournissait aux prisonniers des colis contenant différents biens : vêtements, nourritures et cigarettes. Les prisonniers souhaitaient échanger le contenu des colis : tel prisonnier aurait préféré avoir plus de chocolat, l’autre un nouveau pantalon… Mais comment faire ? Il fallait trouver un moyen pour comparer la valeur de chaque bien et pour pouvoir les échanger. Progressivement, les prisonniers se sont accordés sur une forme de monnaie pour faciliter les échanges. Ce sont les cigarettes qui se sont imposées pour mesurer la valeur de toute chose et comme moyen d’échange. C’est ce qu’explique un survivant du camp de concentration nazi d’Auschwitz : « Nous avons même notre unité monétaire dont personne ne remet la valeur en question : la cigarette. Le prix de chaque article est fixé en cigarettes : une miche de pain coûte douze cigarettes, un paquet de margarine, trente ; une chemise, quatre-vingts cigarettes… Même les non-fumeurs étaient d’accord pour recevoir des cigarettes dans les échanges, sachant qu’ils pourraient les rééchanger à l’avenir contre un autre bien ou service. »
Questions
1. Quelle forme prend la monnaie dans l’exemple présenté dans le texte ?
2. Expliquez le passage en italique.

Vidéo - L’exemple du Bitcoin

Bitcoin : première cryptomonnaie créée en 2008 qui permet des transactions marchandes sur Internet.

Exercice 5.3 - Le Bitcoin est-il une monnaie comme les autres ?

1. Relevez les fonctions principales de la monnaie.
2. Relevez au moins deux différences majeures entre le Bitcoin et l’euro.
3. Quels risques les utilisateurs de Bitcoin prennent-ils ?

La monnaie comme instrument d’échange

Instrument d’échange

La monnaie est un moyen d’échange ou un intermédiaire des échanges comprenant notamment les billets de banque et les pièces. Elle est un équivalent général qui permet d’acheter n’importe quel bien ou service et qui doit donc être accepté par tous les agents économiques pour que les échanges aient lieu.
Elle est acceptée comme instrument d’échange parce que d’autres agents économiques peuvent l’utiliser aux mêmes fins ; c’est ce qui distingue les échanges rendus possibles par la monnaie d’une économie de troc.

Le problème de la double coïncidence des besoins

Pour mieux comprendre l’importance de la monnaie comme instrument d’échange, imaginons une économie sans monnaie, une économie de troc. Comment les échanges s’effectueraient-ils dans ce cas ?
Imaginez que vous possédiez un champ de pommes dans une vallée. Vous travaillez si dur pour les cultiver que vos bottes en sont tout usées. Vous décidez de vous rendre en ville où se trouve un vendeur de bottes et vous proposez un troc : vos pommes contre de nouvelles bottes. Le vendeur acceptera cet échange uniquement s’il désire lui aussi des pommes. Mais s’il n’aime pas les pommes ? S’il préfère les oranges ? Une coupe de cheveux ? Ou un téléphone ? Dans pareil cas, vous seriez obligé de partir à la recherche sans fin d’un improbable vendeur de bottes qui désirerait précisément votre récolte.
Ainsi, dans une économie de troc, l’échange exige la double coïncidence des besoins, c’est-à-dire la rencontre improbable de deux personnes dont l’une détient exactement le bien que l’autre souhaite acquérir, et vice versa, au même moment et au même endroit. Le troc limite donc fortement les échanges.

La monnaie simplifie les échanges

C’est pourquoi les sociétés, pour développer les échanges, ont inventé un instrument qui puisse être accepté par tous, qu’il s’agisse de cigarettes dans les camps de prisonniers, de coquillages sous forme de cauris aux Maldives (étude de cas en fin de section), ou de pièces et de billets en euros dans les économies modernes. La monnaie rend possible un plus grand nombre d’échanges en résolvant le problème de la double coïncidence des besoins. Il ne vous sera pas difficile de trouver un vendeur de bottes qui sera heureux de recevoir votre pièce d’un euro ou votre billet de 5 euros (au lieu de vos pommes), car ce dernier pourra réutiliser vos pièces et billets pour réaliser tous les échanges qu’il souhaite. La monnaie est un moyen d’échange universel qui permet aux agents économiques de quasi tout convertir : elle doit donc être acceptée par tous les agents économiques.
Insistons également sur le fait que la monnaie a l’avantage d’avoir une liquidité absolue : vous pouvez immédiatement l’utiliser (ou la retirer de votre compte en banque au distributeur) pour réaliser les échanges que vous souhaitez. Si vous stockez votre richesse sous forme de lingots d’or ou d’œuvres d’art, il vous faudra d’abord convertir votre or ou vendre vos tableaux en billets ou monnaie scripturale sur votre compte pour pouvoir réaliser les échanges.

Exercice 5.4 - Instrument d’échange

1. Le troc est-il un système d’échange compliqué qui freine les échanges ? Justifiez votre réponse.
2. Dans un système de troc, l’un des biens échangés sert-il d’intermédiaire de l’échange ? Justifiez votre réponse.
3. La monnaie résout-elle la contrainte de la double coïncidence des besoins ? Justifiez votre réponse.

La monnaie comme instrument de compte

Unité de compte

La monnaie sert aussi d’étalon de valeur, accepté par tous, et elle permet ainsi de mesurer la valeur d’un bien ou d’un service. L’unité de compte permet de comparer facilement les prix des biens et des services, de confronter leur prix et d’établir une échelle des valeurs.
Pour comprendre cette fonction d’unité de compte, imaginez de nouveau que vous soyez un cultivateur de pommes dans une économie de troc, à la recherche de nouvelles chaussures. Le vendeur de chaussures n’aime pas particulièrement les pommes, il préfère de loin les oranges. Mais il pourrait très bien accepter vos pommes et les échanger contre des oranges.
Votre vendeur doit alors effectuer des calculs compliqués pour comparer la valeur des biens : combien de pommes doit-il vous demander s’il veut ensuite les échanger contre un kilo d’oranges ? Combien faut-il de pommes pour acheter des bottes, c’est-à-dire quel est le prix relatif des pommes par rapport aux bottes, autrement dit les rapports de prix entre ces deux biens ? Et ensuite, combien faudra-t-il de pommes pour acheter un kilo d’oranges, en d’autres termes, quel est le prix relatif des pommes par rapport aux oranges ?
Et maintenant si le vendeur de chaussures désirait plutôt une coupe de cheveux ou un téléphone, il devrait également comparer la valeur de ces biens en termes de pommes et de chaussures.
Dans une économie de troc, le vendeur de chaussures et le cultivateur devront chaque jour calculer la valeur de chaque bien par rapport à tous les autres, ce qui ne facilite pas les échanges.
On compte que, dans une économie où cent articles différents s’échangent, acheteurs et vendeurs devraient connaître la valeur relative de chaque marchandise par rapport à toutes les autres : cela fait au total 4 950 prix relatifs différents. Dans une économie avec mille marchandises, il vous faudrait connaître 499 500 prix relatifs différents ! Quelle est la solution ?
La monnaie comme unité de compte permet de résoudre ce problème. La monnaie permet d’évaluer et d’exprimer la valeur de tous les biens et les services en fixant un prix simple et unique. Elle établit une échelle de valeurs qui permet de comparer vite et facilement les marchandises entre elles. Dans les économies européennes, cette unité de compte est l’euro. Un kilo de pommes vaut 2 euros, on peut trouver une paire de bottes à 20 euros, un téléphone portable à 100 euros (ou à des prix plus faibles ou plus élevés). Vous pouvez ainsi tout de suite comparer la valeur de tous les biens et services de façon simple lorsque vous décidez de les acheter ou de les vendre, à condition bien entendu que la valeur de l’unité monétaire soit connue.

Exercice 5.5 - Les calculs des prix relatifs

Notons la formule des prix relatifs pour n biens :
n×(n−1)2{n \times (n - 1) \over 2}2n×(n−1)​
où n représente le nombre de biens à échanger. 
Supposons une économie fictive sans monnaie où trois personnes échangent des biens contre d’autres biens : par exemple, des livres, des DVD et des jeux vidéo. 
Combien de prix relatifs faut-il calculer avant d’effectuer le moindre échange ? Utilisez la formule du prix relatif.

La monnaie comme réserve de valeur

Réserve de valeur

Sous certaines conditions, la monnaie peut être détenue sans perdre de sa valeur au cours du temps et son utilisation peut être différée dans le temps. Elle permet ainsi de faire un lien entre le présent et le futur. Cela signifie que la monnaie peut être considérée comme un actif conservable dans le temps et qui permettra, dans le futur, d’acquérir des biens et des services.
Pour comprendre ce rôle de réserve de valeur, rappelez-vous vos décisions de consommation et d’épargne étudiées dans le Chapitre 4. Lorsque vous recevez votre revenu en début de mois, vous pouvez en consommer une partie, et en conserver une autre partie sous forme d’épargne pour acquérir des biens et services dans le futur. En conservant votre épargne sous forme de monnaie, vous différez de la consommation présente au profit d’une consommation future.
Différentes formes de monnaie permettent de remplir cette fonction. Les billets et les pièces en euros que vous conservez vous permettront d’acquérir des biens et services dans le futur.

Des risques d'inflation surveillés de près

La seule perte de valeur peut provenir de la hausse des prix des biens au cours de la période. Nous observerons dans les prochaines sections comment la banque centrale veille à ce que, dans une économie, la monnaie conserve son pouvoir d’achat afin que les agents gardent leur confiance dans cette monnaie. Par exemple, votre billet de 5 euros ne permettra pas d’acheter la même quantité de pommes demain si leur prix double au cours de la période.

Synthèse : les trois fonctions de la monnaie

Illustration 5.2 - Les trois fonctions de la monnaie

Synthèse - Le rôle de la confiance

Afin que la monnaie puisse remplir ses trois fonctions, il faut que tous les agents économiques admettent qu’en acceptant votre monnaie en échange d’un bien ou d’un service rendu, il est possible d’utiliser cette monnaie pour acheter un bien ou un service par la suite. En d’autres termes, chacun doit pouvoir compter sur le fait que d’autres accepteront votre monnaie comme paiement. La monnaie est donc un bien qui dépend de la confiance que les utilisateurs lui portent.
Généralement, les États et les banques offrent cette confiance. Lorsque les premières pièces métalliques apparurent, elles étaient frappées du sceau des souverains. Ce symbole permettait d’assurer la reconnaissance de la pièce comme valeur d’échange dans tout le royaume et parfois au-delà. Les banques assurent aussi historiquement cette fonction. Ainsi, les banquiers lombards (région du nord de l’Italie) au Moyen-Âge se portaient garants des billets à ordre qu’ils émettaient et qui étaient négociables dans toute l’Europe.

Synthèse - La notion de liquidité

Si, dans une économie, ces trois fonctions économiques de la monnaie sont remplies, on peut alors dire que la monnaie en vigueur est liquide, car elle peut permettre d’acquérir n’importe quel bien ou service à n’importe quel moment et sans risque de perte de capital sur l’ensemble du territoire où elle a été émise et reconnue. Vous avez donc compris que la liquidité désigne la plus ou moins grande facilité de conversion d’un actif (un placement) en moyens de paiement.
En plus de son caractère liquide, une monnaie doit également posséder des qualités physiques comme l’inaltérabilité (elle ne doit pas se modifier dans le temps) et la divisibilité (elle doit pouvoir être séparée en différentes parties comme l’or).