Revenir
Revenir

Comment la banque centrale contrôle-t-elle la quantité de monnaie en circulation ?

La banque centrale dispose de trois moyens d’intervention pour contrôler la quantité de monnaie en circulation...

Sommaire

Les trois moyens de la Banque centrale pour contrôler la masse monétaireLes trois moyens de contrôle de la masse monétaireLa quantité de monnaie fiduciaire
L'outil du taux de réserve obligatoireLe taux de réserve obligatoireArticle - Que sont les réserves obligatoires ?Exercice 5.18 - Le taux de réserve obligatoireLe risque de ruée bancaireIllustration 5.4 - Une agence de Northern Rock à Brighton (septembre 2007)
L’importance cruciale du taux d’intérêt directeurLe taux d'intérêt directeur de la banque centrale
Graphique 5.2 - L’impact du taux d’intérêt directeur
Effets d’une variation du taux directeur : 2 canaux de transmission
Le canal du créditQuestions sur le canal du créditCorrigé - Le canal du crédit
Le canal du taux d'intérêtLe canal du taux d’intérêtIllustration 5.5 - Le taux d’intérêt directeur de la Banque centraleQuestions sur le canal du taux d'intérêtCorrigé - Le canal du taux d'intérêt
SynthèseSynthèse - Le hiérarchie des taux d'intérêtSynthèse - la régulation de la masse monétaireÉtude de cas - La Banque centrale européenne

Les trois moyens de la Banque centrale pour contrôler la masse monétaire

Les trois moyens de contrôle de la masse monétaire

La banque centrale dispose de trois moyens d’intervention pour contrôler la quantité de monnaie en circulation : 
  • la quantité de monnaie fiduciaire en circulation ;
  • le taux de réserve obligatoire ;
  • le taux d'intérêt directeur.

La quantité de monnaie fiduciaire

La banque centrale est la seule à pouvoir émettre la monnaie fiduciaire (pièces et billets). Elle peut décider de la quantité de monnaie fiduciaire supplémentaire à mettre en circulation dans l’économie pour permettre aux agents économiques de procéder à des échanges sur le marché des biens et services.
Cependant, aujourd’hui, dans les pays développés, l’essentiel des transactions s’effectue au moyen de la monnaie scripturale. Par conséquent, ce n’est pas par le volume de monnaie fiduciaire que la banque centrale contrôle effectivement la quantité de monnaie en circulation.

L'outil du taux de réserve obligatoire

Le taux de réserve obligatoire

La banque centrale peut également influencer la quantité de monnaie créée par les banques commerciales en leur imposant des réserves obligatoires. Ce sont des réserves minimales que doivent constituer et détenir les banques, en proportion essentiellement des dépôts détenus sur leur compte à la banque centrale. VoirExercice 5.18 : "Le taux de réserve obligatoire".

Article - Que sont les réserves obligatoires ?

Publié le 11.08.2016
Les banques de la zone euro sont tenues de conserver un certain montant de réserves sur leur compte courant auprès de leur banque centrale nationale. Ces dépôts sont appelés réserves obligatoires. Les banques doivent constituer ces réserves obligatoires pour des périodes de six semaines appelées périodes de constitution. Leur niveau est calculé sur la base du bilan des banques arrêté avant le début de la période de constitution.
Les banques doivent veiller à remplir l’exigence de réserves minimales en moyenne au cours de la période de constitution. Elles ne sont donc pas tenues de détenir chaque jour le montant total de réserves obligatoires sur leur compte courant auprès de la banque centrale. Ce système fonctionne comme une « soupape » en permettant aux banques de réagir aux variations à court terme des marchés monétaires, sur lesquels elles se prêtent des liquidités entre elles, en augmentant ou en réduisant les réserves qu’elles détiennent auprès de la banque centrale. Cela contribue à stabiliser le taux d’intérêt que les banques s’appliquent mutuellement pour des fonds à court terme.
Jusqu’en janvier 2012, les banques devaient détenir au moins 2 % de certains engagements, essentiellement des dépôts de la clientèle, auprès de leur banque centrale nationale. Depuis lors, ce taux a été ramené à 1 %. Les réserves obligatoires totales des banques de la zone euro s’élèvent à environ 113 milliards d’euros (début 2016).
À la fin de la période de constitution, la banque centrale verse des intérêts (correspondant au taux des opérations principales de refinancement) aux banques sur leurs avoirs de réserves obligatoires.
Les réserves obligatoires sont un instrument classique de politique monétaire. Toutefois, certaines banques centrales, en Australie, au Canada et en Suède, par exemple, ne l’utilisent pas.

Exercice 5.18 - Le taux de réserve obligatoire

1. Consultez l'article "Que sont les réserves obligatoires ?". Quel est le taux de réserves obligatoires au sein de la zone euro depuis janvier 2012 ?
2. Une banque détient 100 millions d’euros de dépôts : quel montant de réserves obligatoires doit-elle détenir sur son compte à la banque centrale ?
3. Supposons que la Banque centrale européenne décide de rétablir le taux de réserves obligatoires à 2 % : quel serait le nouveau montant de réserves obligatoires ? Quelle conséquence cette décision peut-elle avoir sur le volume de création monétaire de la banque ? Justifiez votre réponse.

Le risque de ruée bancaire

Le taux de réserves obligatoires est aussi censé limiter les phénomènes de ruée bancaire. De quoi s’agit-il ? Souvenez-vous : les banques font des profits, notamment en prêtant bien davantage que ce qu’elles détiennent en monnaie centrale, car elles misent sur le fait que les déposants ne retireront pas leurs fonds en même temps.
Mais, si les déposants souhaitent retirer leur fonds en même temps, les banques subissent un risque de liquidité : cela ne signifie pas nécessairement que les banques sont en faillite, mais qu’elles ne possèdent pas suffisamment de monnaie centrale, de liquidités, sur leur compte pour faire face à tous les retraits des déposants.
Dans notre exercice comptable de laSection 5.3, la banque Bonus détient à son actif 1 500 euros, mais seulement 500 euros en monnaie centrale. Si la boulangerie Le Fournil et M. Dupuis exigeaient de retirer leurs dépôts en même temps, la banque ne serait pas en mesure de les satisfaire.
C’est notamment le cas lors d’une ruée bancaire (dite aussi « course aux guichets » oubank run, en anglais). Dès lors que les agents économiques non financiers doutent de la solidité financière d’une banque en raison de son manque de liquidités, ils se ruent aux guichets de la banque pour être les premiers à retirer leurs dépôts. Si tous les clients se comportent ainsi, la banque ne sera pas en mesure de répondre aux demandes, car des prêts de long terme ont été accordés et la banque ne peut pas exiger leur remboursement avant l’échéance.
Par exemple, à la suite de la crise financière de 2007-2008, il y a eu un assèchement des liquidités sur le marché interbancaire : de très nombreuses banques détenaient des actifs de mauvaise qualité (actifs adossés aux fameux créditssubprimesque nous avons étudiés auChapitre 3), avec un risque élevé de perte. Par conséquent, un climat de défiance s’est instauré sur le marché monétaire : les banques ne se prêtaient plus entre elles parce qu’elles craignaient de n’être pas remboursées et qu’elles souhaitaient conserver suffisamment de liquidités. Certaines banques ont ainsi subi un risque de liquidité, amenant leurs clients à retirer massivement leurs avoirs. 
Le ratio de réserves obligatoires est une façon de se prévenir contre ces risques, puisque la banque commerciale doit posséder l’équivalent d’une partie des dépôts qu’elle détient sous forme de monnaie centrale auprès de la banque centrale.
Mais dans une situation de ruée bancaire, c’est souvent insuffisant, comme le montre l’exemple de la crise financière de 2007-2008. La banque centrale doit alors souvent intervenir comme prêteur en dernier ressort : elle alimente le marché monétaire en liquidités.

Illustration 5.4 - Une agence de Northern Rock à Brighton (septembre 2007)

Des clients inquiets font la queue pour retirer leurs dépôts devant les agences de la banque Northern Rock au Royaume-Uni en septembre 2007.

L’importance cruciale du taux d’intérêt directeur

Le taux d'intérêt directeur de la banque centrale

​​​​​​Le principal instrument par lequel la Banque centrale régule la quantité de monnaie en circulation dans les économies modernes est le taux d’intérêt directeur.
Pour illustrer ce mécanisme, le Graphique 5.2 présente de façon simplifiée l’impact du taux d’intérêt directeur sur l’offre de crédit des banques commerciales, la demande de crédit des agents non financiers (ménages et entreprises) et le taux d’intérêt nominal des crédits aux agents non financiers.
La droite horizontale représente le taux d’intérêt directeur fixé par la banque centrale. Dans notre exemple, il est de 3 %. Comme nous l’avons vu dans la sous-section précédente, ce taux directeur influence le taux d’intérêt à court terme du marché monétaire auquel les banques commerciales s’empruntent et se prêtent de la monnaie centrale entre elles. Pour réaliser des profits, les banques commerciales offriront nécessairement des crédits aux agents non financiers à des taux supérieurs au taux directeur de la banque centrale ou au taux d’intérêt à court terme du marché monétaire. C’est pourquoi la courbe d’offre de crédit des banques commerciales commence toujours au-dessus du taux directeur imposé par la banque centrale. La courbe d’offre de crédits des banques commerciales est ensuite croissante avec le taux d’intérêt, comme dans n’importe quel modèle d’offre et de demande, où l’offre est croissante avec le prix. La demande de crédits des agents non financiers est en revanche décroissante avec le taux d’intérêt : plus le taux d’intérêt est élevé, plus il est coûteux d’emprunter, moins les ménages et les entreprises sont incités à demander des prêts.
Le taux d’intérêt nominal qui sera fixé par les banques commerciales se trouve à l’équilibre entre l’offre et la demande de crédits. Dans notre exemple, ce taux sera de 5 %. À ce prix, un milliard deux cents millions d’euros de prêts sont demandés par les ménages et les entreprises, et offerts par les banques commerciales.

Graphique 5.2 - L’impact du taux d’intérêt directeur

Effets d’une variation du taux directeur : 2 canaux de transmission

Étudions maintenant les effets d’une variation du taux directeur : on appelle « canaux de transmission » les voies par lesquelles le pilotage du taux directeur par la banque centrale agit sur la quantité de monnaie en circulation.
Il existe principalement deux canaux de transmission :
  • le canal du crédit ;
  • le canal du taux d’intérêt.

Le canal du crédit

Le canal du crédit est l’effet de la variation du taux directeur sur l’offre de crédit des banques.
Le taux directeur influence le taux d’intérêt à court terme du marché monétaire, donc le coût du refinancement pour les banques. Comme nous l’avons vu dans l’introduction de cette section, plus le volume de crédits distribués (l’offre de crédit) est élevé, plus la banque devra faire face à des retraits en billets de la part de ses clients ou risque d’avoir à régler un solde après compensation élevé aux autres banques, et plus elle risque de se trouver en besoin de monnaie centrale (qu’elle devra emprunter aux autres banques ou à la banque centrale). Par conséquent, l’offre de crédit par les banques varie en fonction du taux directeur de la banque centrale.

Questions sur le canal du crédit

1.Appuyez-vous sur le graphique précédent sur l’offre et la demande de crédits et imaginez maintenant que la banque centrale relève son taux directeur à 6 %. Montrez graphiquement l’effet de cette hausse de taux sur la courbe d’offre de crédit des banques commerciales. Caractérisez le choc dont il est question.
2. Pourquoi l’offre de crédit baisse-t-elle ?

Corrigé - Le canal du crédit

1. Parce que les banques veulent limiter la nécessité de se refinancer compte tenu de la hausse du taux directeur et du coût du refinancement.
2. La courbe d’offre de crédit des banques se déplace vers la gauche : il s’agit d’un choc d’offre négatif.

Le canal du taux d'intérêt

Le canal du taux d’intérêt

Le canal du taux d’intérêt est l’effet de la variation du taux directeur sur la demande de crédit des agents non financiers.
Ce canal de transmission découle de la hiérarchie des taux mise en évidence précédemment : taux directeur de la banque centrale ⇨ taux d’intérêt à court terme du marché monétaire ⇨ taux d’intérêt nominaux des crédits aux agents non financiers.
Observez votre représentation graphique de la question précédente.Voir l'Illustration5.5: "Le taux d’intérêt directeur de la banque centrale".

Illustration 5.5 - Le taux d’intérêt directeur de la Banque centrale

Notes : C’est le taux d’intérêt réel (taux nominal corrigé de l’inflation) qui détermine le coût de l’emprunt. Ainsi, à inflation stable, si le taux d’intérêt nominal augmente, le taux d’intérêt réel s’accroît et la demande de crédit diminue. Dans le cas contraire, si le taux d’intérêt nominal se réduit, le taux d’intérêt réel diminue et la demande de crédits augmente.

Questions sur le canal du taux d'intérêt

1. Quel effet le choc d’offre de crédit des banques a-t-il sur le taux d’intérêt nominal ?
2. Quelle en est la conséquence sur la demande de crédit des agents non financiers ? Justifiez votre réponse.
3. Le volume de crédits distribués par les banques, donc la quantité de monnaie en circulation dans l’économie, a-t-il finalement augmenté ou diminué ?

Corrigé - Le canal du taux d'intérêt

1. Le taux d’intérêt nominal augmente.
2.Elle diminue, car le coût de l’emprunt augmente.
3.Le volume de crédits distribués par les banques a diminué.

Synthèse

Synthèse - Le hiérarchie des taux d'intérêt

Les banques commerciales, lorsqu’elles sont en besoin de monnaie centrale, doivent emprunter sur le marché monétaire, moyennant le versement d’un taux d’intérêt à court terme aux banques auquel elles empruntent. Mais ce taux dépend du taux directeur auquel la banque centrale prête elle-même de la monnaie centrale.
  • Si la banque centrale augmente son taux directeur, toute banque en excédent de monnaie centrale a intérêt à prêter elle-même à ce taux puisque les intérêts sont l’une des sources de son chiffre d’affaires, donc de ses profits.
  • Si la banque centrale baisse son taux directeur, toute banque en besoin de monnaie centrale empruntera à la banque centrale et non aux autres banques si leur taux est plus élevé que le taux directeur.
Il y a ainsi une hiérarchie des taux d’intérêt : la variation du taux directeur de la banque centrale se traduit par une variation du taux d’intérêt à court terme du marché monétaire, suivie par une variation des taux d’intérêt nominaux pratiqués par les banques commerciales dans les crédits qu’elles accordent aux agents non financiers.

Synthèse - la régulation de la masse monétaire

La banque centrale peut déterminer la quantité de monnaie en circulation grâce à trois instruments : l’offre de monnaie fiduciaire (pièces et billets), le taux de réserves obligatoires des banques commerciales, et le taux directeur. Celui-ci est l’instrument principal de régulation de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie, parce qu’il agit sur l’offre et la demande de crédit par le canal du crédit et par le canal du taux d’intérêt.

Étude de cas - La Banque centrale européenne

La banque centrale peut déterminer la quantité de monnaie en circulation dans une économie en faisant varier son taux directeur. Elle est responsable en ce sens de la politique monétaire du pays. De nombreux pays disposent de leur propre banque centrale au niveau national : la Federal Reserve Bank (Fed) aux États-Unis, la Banque d’Angleterre au Royaume-Uni.
Dans la zone euro, c’est la Banque centrale européenne (BCE). Cette banque est particulière puisqu’elle détermine, depuis le 1er janvier 1999, la politique monétaire pour tous les pays membres de la zone euro : celle-ci constitue une zone monétaire commune (ou union monétaire), parce que tous ses membres utilisent l’euro. Cela signifie qu’il n’y a qu’une seule politique monétaire pour l’ensemble de la zone euro. Les membres de la zone euro ont renoncé à leur propre politique monétaire quand ils ont rejoint l’union monétaire ; les banques centrales nationales (BCN) des pays membres de la zone ont alors transféré leurs compétences à la BCE. L’Eurosystème se compose ainsi de la BCE et des BCN des pays ayant adopté l’euro, chargées de mettre en œuvre la politique monétaire définie par le Conseil des gouverneurs de la BCE.
La Banque centrale européenne est une institution (statut reconnu au Traité de Lisbonne en 2007) indépendante du pouvoir politique. Elle a été créée par le Traité de Maastricht de 1992. Son siège se trouve à Francfort en Allemagne depuis le 1er juin 1998.